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Critique du genre et réflexions sur la théorie queer

lundi 4 février 2008, par Courant Alternatif

Avec l’émergence de la théorie queer, les questionnements sur le genre et la volonté de le déconstruire, semblent, pour certain-e-s, plus une mode qu’une démarche politique. Cette théorie présentée comme radicalement nouvelle, remettrait en question l’ensemble du mouvement féministe présentant celui-ci comme un mouvement revendiquant de manière homogène des valeurs identitaires de « femmes ». Pourtant, depuis 1949 Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir démontre largement le fait que le genre est une construction sociale... « On ne naît pas femme, on le devient »...(1)

La féminité et la masculinité n’existent qu’au travers de la perception bipolaire d’une réalité humaine. Ce système de pensée, qui s’organise autour d’un processus de classification hiérarchique des choses matérielles et abstraites ainsi que des êtres, est à la fois la cause et la conséquence de notre acceptation de la domination. Ce conditionnement mental intervient dès la naissance et se poursuit jusqu’à la mort, notamment par le langage, l’éducation, les jouets, la publicité et la prostitution et ce de génération en génération. Il n’y a pas de fatalité car en tant qu’être humain nous avons la capacité de nous redéfinir. Ni une quelconque divinité, ni la « nature » ne nous manipule. L’observation de sociétés très différentes de la notre montre qu’il n’y a pas de fatalité biologique, mais bien des constructions sociales à l’origine du genre. Chez les Chambulis, en Nouvelle-Guinée, de nombreuses caractéristiques dites masculines ou féminines sont inversées par rapport aux notres(2). Pourtant, Les caractéristiques que peut avoir une personne ne sont ni masculines ni féminines. Elles font partie de l’immense potentiel présent dans chaque être humain qui se décline en un nombre infini de variations. Ces variations sont étiquetées par l’idéologie dominante comme féminines ou masculines. Il en découle l’institution de catégories qui induisent l’assignation des personnes dans une classification hiérarchique. Le recours à la biologie pour maintenir la classification par catégories de genre n’est qu’un mauvais prétexte. On pourrait même faire appel à la biologie pour démontrer le contraire. En effet, même d’un point de vue biologique, il n’y a pas de rupture entre les femelles et les mâles, il y a un continuum. De plus, les humain-e-s sont culturel-les plutôt que naturel-le-s jusque dans leurs anatomies. Les récentes découvertes en matière d’étude du cerveau démontrent la « plasticité »(3) de ce dernier. Non seulement il n’y a pas deux cerveaux identiques, mais de plus, le même cerveau, à un moment donné n’est pas identique à ce qu’il était précédemment. Il n’y a donc pas davantage de différence entre le cerveau d’un mâle et celui d’une femelle, qu’entre les cerveaux de deux femelles ou de deux mâles. La seule chose qui soit universellement partagée entre tou-te-s les humain-e-s, c’est la condition d’êtres doté-e-s de conscience. Mais « cette universalité n’est pas donnée, elle est perpétuellement construite » (4) et elle prend autant de formes que de cerveaux pour participer à sa construction.
Il ne suffit pas de « débiologiser le genre » pour détruire la hiérarchisation entre les caractéristiques dites masculines et féminines. Il est scientifiquement démontré qu’il n’y a pas de « races » au sein de l’humanité. Beaucoup de personnes en conviennent tout en agissant en racistes.
Pour ces individu-e-s le concept « race » est débiologisé mais garde toute sa signification. Leurs actes restent les mêmes qu’avant la « débiologisation » de la « race ». Elle-il-s demeurent xénophobes et le problème reste entier. « 0% raciste-100% identité » peut-on lire sur certains de leurs sites internet.
Se dégenrer ce n’est pas passer d’un genre à l’autre, ni se situer entre les deux. Se dégenrer c’est détruire la catégorisation par le genre et non multiplier les catégories de genre. Définir comme une fin en soi le passage d’un genre à l’autre et affirmer qu’il suffit de cela pour dépasser le genre c’est admettre cette catégorisation comme une fatalité et l’entériner en s’y conformant. Par conséquent, on ne peut se dégenrer individuellement. Une personne peut passer d’un genre à l’autre ou s’identifier comme étant entre les deux. Cela peut être important pour elle, et elle est la seule à pouvoir définir les conditions de son bien-être. Cependant, elle ne sera pas dégenrée tant qu’elle-même et la société identifieront ses caractéristiques comme féminines et/ou masculines, au lieu d’estimer qu’elles ne sont ni l’une ni l’autre, mais simplement les siennes, indépendamment de la forme de ses organes génitaux et de celle des personnes avec lesquelles elle a des relations sexuelles. Ces caractéristiques sont modifiables, car en perpétuelle évolution en fonction des choix (par désir ou par dépit) que la personne fait consciemment ou inconsciemment. Elles sont aussi inaliénables et pourraient, à ce titre, être considérées comme propre à cette personne plutôt que servir de prétexte à son enfermement dans une catégorie. Si les caractéristiques humaines n’étaient pas classées en deux genres, l’identité de chaque personne ne serait pas résumée à l’appartenance à l’une de ces catégories. En revanche, amplifier la catégorisation du genre en classant les personnes dans des catégories identitaires intermédiaires entre le masculin et le féminin ne fait que complexifier la lutte pour échapper à la classification.
La théorie queer prône, non pas l’abolition du genre, mais la multiplication des catégories de genre définies et déclinées selon différents critères genrés, confondant sexuation et sexualité. « Introduire plus de degrés entre les pôles d’un continuum n’abolit pas ce continuum [...] Mais surtout cette position ne dénaturalise pas le genre. Elle le détache du sexe, certes, et donc de la naturalisation par la biologie. Mais elle considère le genre comme une dimension indispensable et nécessairement présente dans la sexualité. Le genre est ainsi re-naturalisé par un trait psychologique présumé universel, une « nature de la sexualité humaine ». »(5). La théorie queer ne remet pas en question le principe même de norme, mais institue de nouvelles normes en maintenant la croyance en la féminité et en la masculinité, donc en maintenant la hiérarchie, car « le genre est un concept asymétrique car intrinsèquement hiérarchique »(6). Elle présente les rapports sociaux entre lesgenres et les « identités de genres » comme deux notions indépendantes l’une de l’autre. Ceci est absurde car « l’identité de genre » d’une personne n’existe pas « en soi », elle est construite par les rapports sociaux (auxquels la personne participe) qui la conditionnent et la définissent.
Si je suis « féminine » c’est parce que je vis au sein d’une société qui croit au concept de « féminité  » (dont la fonction est d’établir le « masculin » comme supérieur et universel ) et dont les règles et les représentations entérinent cette croyance ainsi que ce qu’elle produit dans les rapports sociaux. Dans Queer Zone 1, Marie-Hélène Bourcier (sociologue et théoricienne queer) écrit : « La mise en perspective queer est fondamentalement déceptive en ce qu’elle invite à rompre avec des modèles politiques qui n’ont pas forcément fait la preuve de leur efficacité [...] la théorie et les politiques queer sont étrangères à une rhétorique de la libération ou de la révolution ». La théorie queer séduit car elle propose une « alternative », plus rapide et plus facile, à la lutte révolutionnaire contre la domination. Ceci rappelle le rapport au temps (temps à rentabiliser) dans les schémas de pensée forgées par le capitalisme omniprésent qui exige la performance et la rapidité, excluant tout projet de changement profond du système et des mentalités. Dans Queer Zone 2, elle développe une critique de l’aspect impérialiste de ce quelle nomme « l’universalisme blanc hétérocentré », contre lequel elle oppose une position pro-communautaristes. Ce qui relève de la même logique que de s’affirmer pro-sectes pour combattre les religions dominantes. Cette apologie des communautarismes se traduit, par exemple, par un discours quasi admiratif à l’égard du voile islamique. Marie-Hélène Bourcier n’évoque même pas l’hypothèse d’une lutte pour l’inaliénabilité inconditionnelle de chaque personne. Comme si au sein des communautés, il n’y avait pas d’oppressions ni de dominations.
Contre le paritarisme, elle propose une politique de discrimination positive basée sur des quotas qui selon elle « conduiraient à des calculs plus proches de la réalité historique et culturelle ». À une mesure de discrimination positive elle en oppose une autre, se gardant bien de s’attaquer au principe de discrimination, qui même « positif » ne peut être que stigmatisant, résumant l’identité d’une personne à une appartenance communautaire. D’ailleurs, Marie-Hélène Bourcier emploie de manière récurrente le terme de « race » sans jamais rappeler la non-existence scientifique de ce concept et le fait qu’il s’agit d’une construction sociale au service de la domination. Être éga-les-aux ne signifie pas être identiques. L’idéal républicain assimilationniste est l’expression du communautarisme de la communauté dominante. Il n’en est pas moins un communautarisme parmi les autres. Il y a une différence entre déclarer qu’on est lesbienne, trans, hétéro, etc. et prôner le lesbianisme, la transsexualité, l’hétérosexualité, etc. comme norme exclusive de conformité à une idéologie quelconque. Les lesbiennes ne sont pas moins aliénées au patriarcat que les hétérosexuelles. Les homosexuel-le-s, les transgenre et les transsexuel-le-s ne sont pas forcément communautaristes.
« L’implicite d’une préexistence des groupes à leur hiérarchisation laisse de côté la question de la construction des groupes en groupes : comment, pourquoi ont-ils été créés ? L’impossibilité de rendre compte de leur constitution par autre chose que la volonté de hiérarchiser les individu-e-s [...]est la clé de voûte de ma théorie. [...] cette logique de la « différence » s’impose de plus en plus à ces groupes dominés. De plus en plus on les entend « revendiquer leur différence ». Les revendications d’égalité se transforment en revendications « d’identité » »(5). Ces revendications peuvent déboucher sur une illusion d’égalité entre les catégories, mais pas sur une égalité entre les personnes. « Pour avoir droit à ce « respect » et à cette « valorisation », il faut absolument que les individu-e-s se tiennent dans les limites de ce qui est reconnu comme spécifique à leur groupe. [...] Mais surtout, ce que porte en elle la revendication identitaire qui propose une valorisation par l’appartenance de groupe, c’est la négation de l’individu-e au sens d’être singulier-e. [...] La revendication identitaire implique en effet l’obligation pour chaque membre du groupe de se conformer aux normes de ce groupe pour être reconnu-e, et d’abandonner l’individualité qui est permise aux membres du groupe dominant. Cette interchangeabilité des personnes, cette désindividualisation, c’est justement la situation dont [les femmes féministes] essaient de sortir. La négation de l’individu-e, bien qu’elle soit prônée par les différentialistes, est cependant une négation des différences : des différences individuelles. » (5).
Ce ne sont pas les femmes ni les homosexuel-le-s qui sont spécifiques mais le système qui les oppresse et qui nécessite une analyse et une lutte spécifiques. Les personnes ne sont pas les oppressions qu’elles subissent ni les stigmatisations dont elles font l’objet, mais ce qu’elles font face à ces oppressions et à ces stigmatisations. Il ne s’agit pas de nier l’existence de la catégorisation identitaire mais de visibiliser les différences individuelles pour démontrer, que chaque personne est unique et inaliénable. C’est au travers de l’exercice du libre-arbitre que s’exprime la liberté potentielle de chaque individu-e, qui peut choisir de s’associer à d’autres (qui ne sont pas forcément assigné-e-s à la même catégorie) pour combattre la domination et l’aliénation, et/ou qui peut également les combattre par des actes individuels.
Dans un chapitre intitulé « La cité des femmes mais sans les putes » de Queer Zone 1, on peut lire : « cultiver derechef l’homologie entre lesbiennes et femmes, gaies et hommes, construisant par là même les gaies [...] comme hétéro-patriarcaux ou des dominants masculins ». De même, dans le n°7 de Bang Bang (journal queer) intitulé Le Miracle de l’hétérophobie on peut lire, parmi d’autres articles allant dans le même sens, A propos de queer et du SM où Déborha Dioactiv déclare « Les hétéros et les bis ne sont pas assez radicaux à mes yeux puisqu’en pratiquant une sexualité avec des personnes de sexe différent, ils-elles se rendent complices et collabos d’un système hétérosexiste qui m’opprime dans mon quotidien et sont donc des traîtres ». Selon la théorie queer, les hétéro et les bisexuel-le-s seraient donc forcément machistes. Il faudrait obligatoirement n’avoir des relations sexuelles qu’avec des personnes de « même sexe » et se conformer à une sexualité soumise à une certaine forme de morale plutôt que de prendre simplement en compte nos différents désirs, comme le confirme le chapitre sur les « gouines SM radicales » dans Queer Zone 1.
Cette position rejoint la démarche de Monique Wittig qui prône le lesbiannisme strict comme mode d’action et déclare que les lesbiennes ne sont pas des femmes.
Une personne se révèle machiste par ses prises de positions qui s’expriment au travers de de ses actes. Il n’y a pas un machisme gay qui serait plus insupportable qu’un machisme hétéro, ou un machisme lesbien (dont on ne parle pas). Il y a du machisme qui prend autant de formes que d’individu-e-s (de tous genres et de toutes sexualités) qui le défendent.
La théorie queer fait aussi l’apologie de la prostitution comme en témoigne l’article de « ProstituteGayBubblesBoys » et l’interview de Diamant18Carrats par Olga Zmick, dans Le Miracle de l’hétérophobie. Ses adeptes se déclarent « pro-sexe » pour légitimer la prostitution. Or, si on aime « le sexe », on tient à ce qu’il soit libre, et non pas aliéné au capitalisme. Cette expression replacée dans son contexte est celle de l’aliénation aux lois de l’apparence et aux clichés construits par l’idéologie puritaine. À partir de quand ou de quoi une relation est-elle sexuelle ? L’onanisme n’est-il pas une forme de sexualité ? La sexualité se limite-t-elle aux seuls organes génitaux ? Pour ma part, je préfère définir ma position à propos de la sexualité par le terme « pro-désirs » en opposition au terme « pro-sexe », car le consentement peut être le fruit d’un choix par dépit, d’une contrainte acceptée, d’une servitude volontaire.
La théorie queer se revendique post-féministe, le féminisme serait dépassé et les féministes qui n’adhèrent pas à la théorie queer seraient tou-te-s des essentialistes hétéronormé-e-s qui n’ont rien compris.
Dans le chapitre intitulé « Le SM métaphore politique d’une sexualité radicale gouine et gaie » de Queer Zone 1, Marie-Hélène Bourcier explique cette position : « Non les femmes ne sont pas étrangères au pouvoir. Voilà qui replaçait au premier plan la question du pouvoir et de son exercice remettant en cause l’équation pouvoir = mâle et l’un des combats centraux du féminisme : l’égalité dans la relation. À l’utopie féministe rêvant un monde hors pouvoir, les gouines SM ont proposé une vision réaliste des relations intersubjectives ». L’égalité dans les relations serait une utopie irréaliste parce que les femmes ne sont pas étrangères au pouvoir ? Est-ce dépassé de ne pas être résigné-e-s ? C’est nous-même qui construisons nos relations, et qu’elles soient considérées comme « sexuelles » ou non, nous en sommes à la fois les scénaristes et les act-rice-eur-s.
Il est possible de créer des relations égalitaires. Cela ne dépend que de nous, aucune entité n’est responsable à notre place des actes que nous posons individuellement et collectivement. Les relations de pouvoir ne sont pas « incontournables entre deux personnes » (ou plus si affinité !!!). Elles sont le fruit d’une construction sociale et non la manifestation d’une essence prétendumenthumaine. La domination dans les relations inter-individuelles n’est pas une fatalité et sa seule issue n’est pas de dominer l’autre chacun-e son tour. Par ailleurs, il y a plusieurs courants dans le féminisme. Certains de ces courants s’opposent radicalement au point de rendre floue la définition du « féminisme ». Il est plus facile de se déclarer féministe que de l’être réellement. C’est ce que font de nombreuses personnes et organisations qui considèrent néanmoins la lutte contre le patriarcat comme une lutte secondaire et prennent des positions incohérentes. Certaines d’entre-elles se déclarent féministes pour étouffer les débats et brouiller les pistes. De même que certaines organisations d’extrême droite se déclarent anti-racistes pour mieux faire passer leurs discours xénophobes et identitaires.
Malheureusement, il est prématuré de parler de post-féminisme, alors que les personnes assignées à des catégories dites « féminines » sont encore victimes de tant de discriminations et d’injustices sociales et économiques. Alors, comme ces féministes qui ne sont pas « réalistes », je rêve donc je suis libre de créer, partager, résister et me battre pour tendre vers l’utopie.

Mélusine Ciredutemps

(1) Simone de Beauvoir - Le Deuxième Sexe (Tomes 1 et 2)
(2) Margaret Mead - Moeurs et sexualité en Océanie.
(3) Catherine Vidal - Le cerveau a-t-il un sexe ?
(4) Jean-Paul Sartre - L’existencialisme
(5) Christine Delphy - L ’Ennemi Principal. Tome 2 : Penser le genre
(6) Guillaume Carnino - Pour en finir avec le sexisme.

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4 Messages de forum

  • Bonsoir,

    Des réactions sur ce texte, en vrac, et des réflexions, en cours, disons, en pleine évolution :
    Ce texte correspond assez à une sensation que j’ai depuis que j’entends parler de ces théories Queer, qui visent à faire reconnaître différents groupes qui remettent en question la notion de genre.
    Seulement je crois que ce sont des phénomènes qui sont rattachés au fait que l’être humain est fondamentalement social et que cette caractéristique engendre des groupes sociaux. Personnellement j’identifie ces phénomènes à une mode, à un besoin de se rattacher et de se reconnaître dans un groupe social. Parfois, oui, l’objectif premier est de tenter d’appartenir à une catégorie. Et les clichés restent et se reproduisent. Ils contribuent à effacer la singularité. Considérant le monde dans lequel on vit, le sentiment d’être différent peut être particulièrement douloureux à supporter. Il entraîne un besoin le besoin de se regrouper et de créer une communauté assez forte pour ne pas se sentir seul. C’est un besoin qui est créé par le fonctionnement de notre société.
    J’ai été au contact de certains de ces groupes se revendiquant Queer, de manière plus ou moins directe, parce que comme je ne répond pas à leurs normes, je n’ai jamais eu vraiment une place, puisqu’étant identifiée comme hétérosexuelle normée. Pourtant il me semblait qu’on était bien d’accord sur le fond de cette lutte.
    En effet, créer toujours plus de communautés différentes contribue à établir une opposition à la norme établie (en l’occurrence ici la norme hétérosexuelle), et donc à considérer que cette norme existe bel et bien, et se trouve renforcée et bien délimitée par cette opposition. La volonté de vouloir faire reconnaître des groupes « hors normes sexuelles » vise aussi à reconnaître celles qui existent déjà, et à les maintenir dans l’idée qu’il y a ceux qui sont dans la norme et ceux qui sont en marge. La théorie Queer pose des frontières. Mais les frontières peuvent aussi être construites dans le but d’être déconstruites sans arrêt, au fur et à mesure que le monde bouge. Peut-être aussi qu’il y a une nécessité de créer ces catégories pour pouvoir ensuite mieux les dépasser. Se créer une identité pour pouvoir la remettre en question.
    Ça me fait penser à la liberté d’agir comme elle est envisagée dans un projet éducatif libertaire. (Ma sensibilité politique s’est développée au contact des actions d’éducation dans lesquels je me suis engagée...auprès d’enfants en centres de vacances et centres de loisirs). Bref : la liberté dans un projet éducatif libertaire : créer un cadre (sécurisant, bienveillant, des repères, dans lesquels on se reconnaît et on se sent bien) pour mieux permettre de : faire évoluer ce cadre, changer des règles, remettre en question ce cadre...et aussi, évoluer librement à l’intérieur de ce cadre.
    Multiplier les cultures, les identités... pour mieux brouiller les pistes ? Cela permet aussi de jouer avec les catégories, de se les approprier, les interchanger, déplacer. Et je crois que jouer avec les clichés, quand on les déplace pour les faire resurgir là où on ne s’y attend pas, c’est subversif. La théorie Queer me dérange parce qu’elle créé des frontières. Elle classe. Elle considère l’être humain comme une entité trop simple pour être réelle ! Je n’adhère pas à cette théorie parce que moi-même je ne me sens appartenir à aucune catégorie...ou plutôt si : j’appartiens à la norme hétérosexuelle classifiée et je sais pourtant que ce n’est pas si simple et que, comme tous les autres êtres humains, je suis au croisement de désirs multiples, et parfois en apparence contradictoires. Mais je crois aussi que c’est facile pour moi d’avoir ce discours puisque j’appartiens à la catégorie dominante. Et je m’identifie à cette catégorie malgré moi, et je tend à la déconstruire aussi. J’accepte de comprendre que d’autres auront ce besoin de s’identifier à un groupe, différent du mien. Je tend aussi vers la considération de ce continuum entre les deux genres mais poser ce type de postulat induit forcément qu’il y a deux genres à la base. Puisque le genre est construit socialement il y aurait alors des personnes très féminines et des personnes très masculines indépendamment de leur sexe mais cela nécessite une structure genrée, pré-établie par la société, qui induirait une identification. L’être humain n’aurait-il pas besoin de cette structure pour pouvoir se construire ensuite individuellement ?
    Je tend moi aussi vers cette utopie réaliste (utopie réaliste ? C’est faisable ça ?) où nous sommes tous héritiers, en venant au monde, d’un structure sociale organisée autour de normes, de catégories. La liberté serait d’en avoir conscience et d’avoir le pouvoir, individuellement, de les faire évoluer, d’appartenir à plusieurs groupes. Une liberté individuelle dans le collectif.

    J’espère que c’est compréhensible, j’ai l’impression de me contredire un peu, et j’ai aussi le sentiment de réagir sans savoir assez, faudrait que je lise plus là-dessus.
    J’avoue aussi que je ne sais pas trop ce que veut dire féminisme, malgré le fait que je brasse toutes sortes d’idées sorties de théories appelées féministes. 
Hier c’était la journée de la femme, youpi, et la seule « féministe » invitée dans les médias est Isabelle Alonzo : selon elle, la femme libérée, celle de l’avenir, c’est celle qu’est tellement forte qu’elle arrive à continuer à faire le ménage et élever ses gamins tout en étant carriériste !!! (j’aurais mieux fait de ne pas allumer France Inter)

    J’ai lu un texte de MH Bourcier sur internet : elle surnomme Bourdieu Dominator !!! Je trouve ça énervant et drôle à la fois.

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  • Info trouvée sur http://squat.net/fr/news/grenoble13...

    Vendredi 14 mars 2008, à 20h

    Vidéo-proj’ de "Terrorist She-Freaks of Texas", court métrage de Bug Davidson et Holly M. Lewis (2005, parodie de propagande étasunienne contre un soi-disant terrorisme queer), et de "Electrochocs", long métrage de Juan Carlos Claver et Julietta Serrano (2006, film inspiré d’une histoire vraie, histoire de deux femmes qui s’aiment, sous le régime de Franco, en Espagne).

    Jeudi 20 mars 2008, à 20h

    Vidéo-proj’ d’un reportage du collectif barcelonais Guerilla Travolaka sur une manifestation contre la loi espagnole sur l’identité de genre en 2007, et du film "Wild Side" de Sebastien Lifshitz (2002, histoire d’une transsexuelle et de ses deux amants).

    Vendredi 21 mars 2008, à 19h

    Le groupe "Olivia Ruiz" vous propose une soirée publique consacrée au vol à l’étalage, avec au programme : des vidéos (dont l’excellent documentaire "Main basse sur la ville", quelques courtes vidéos drôles, des extraits du dernier "Envoyé spécial" de France 2 - que vous n’avez pas vu puisque vous n’avez pas la télé et vous avez bien raison - et d’autres trucs encore), de la musique (des chansons sur le vol, car il y en a), de la lecture (des brochures et fiches pratiques, des articles de journaux avec des chiffres et des propos effarants voire spectaculaires. Il y aura aussi à manger et on prendra le temps de discuter un peu, quand même.

    Le flyer est là : http://grenoble.ww7.be/2008-03-21_F...

    Si vous voulez afficher la bonne nouvelle dans votre école, dans votre lieu de travail, dans votre ANPE, dans votre immeuble, dans votre teuscoua, ou tout simplement dans la rue (ou ailleurs encore), vous pouvez télécharger puis photocopier l’affiche, là : http://grenoble.ww7.be/2008-03-21_F...

    Si vous préférez les affiches psychédéliques : http://grenoble.ww7.be/2008-03-21_F... http://grenoble.ww7.be/2008-03-21_F...

    Toutes ces soirées auront lieu au squat des Trépasseurs, 21 avenue de Vizille, quartier (Saint-)Bruno à Grenoble. Entrée libre.

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  • Critique du genre et réflexions sur la théorie queer

    11 février 2009 01:40, par M.C.

    Merci beaucoup d’avoir remplacer l’ancien texte, dont les annotations étaient erronées (j’en suis l’unique responsable), par le nouveau avec des annotations justes. J’étais très embarrassée d’avoir attribué à M-H Bourcier des propos de C. Delphy...

    L’auteurE...

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    • « Je déteste avoir à convaincre les hétéros que les Gouines et les Pédés vivent dans une zone de guerre, que nous sommes entouréEs d’éclats de bombes que nous seulEs semblons entendre, que nos corps et âmes s’entassent haut, mortEs de peur ou tabasséEs ou violéEs, mourrant de chagrin ou de maladie, débarasséEs de notre humanité.

      Je hais les hétéros qui ne peuvent pas écouter la colère queer sans dire « hé, tous les hétéros ne sont pas comme ça. Je suis hétéro aussi, tu sais », comme si leurs égos ne recevaient pas assez de caresses ou de protection dans ce monde hétérosexiste arrogant. Pourquoi aurions nous à nous soucier d’eux, au milieu de notre juste colère causée par leur société de merde ?! Pourquoi rajouter le réconfort d’un « Bien sûr, je ne parle pas de toi. Tu ne te comportes pas de cette façon ». Laissez les découvrir par eux mêmes s’ils méritent ou pas d’être inclus dans notre colère. […] La prochaine fois qu’une hétéro t’emmerde parce que tu es en colère, dis lui que tant que les choses ne changent pas, tu n’as pas besoin de plus de preuves que le monde tourne à tes dépens. Et dis lui de ne pas essayer de nous faire taire avec des conneries comme « tu as des droits » , « tu as des privilèges », « ta réaction est démesurée », ou « tu as une mentalité de victime ». Dis lui « dégage de ma vue, tant que tu ne changes pas ». Dégage et essaye un monde sans les queers courageux, forts qui sont sa colonne vertébrale, qui sont ses tripes, sa cervelle et son âme. Dites à ces hétéroflics de dégager tant qu’ils n’ont pas passé un mois marchant main dans la main avec une personne du même sexe. S’ils survivent à ça, là vous pourrez entendre ce qu’ils ont à dire sur la colère queer. Sinon, dites leur de la fermer et d’écouter

      Not gay as in happy but queer as in fuck you ! »

      Extrait de Queer Manifesto.

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