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Rencontres internationales anarchistes de Saint-Imier - Août 2012

Des enjeux qui posent question… sans vraiment surprendre

jeudi 16 mai 2013, par WXYZ

Une Rencontre internationale anarchiste (RIA) s’est déroulée en août à Saint-Imier pour commémorer le congrès extraordinaire de la Fédération jurassienne qui a donné naissance à l’Association internationale des travailleurs, voici cent quarante ans.
Elle a rassemblé dans cette ville pendant cinq jours environ 3 000 personnes – venues pour l’essentiel d’Europe de l’Ouest, avec une petite présence d’Amérique latine et du Maghreb, quelques Tchèques, Kurdes, Japonais… – dans un grand mélange d’« anars » organisé-e-s ou non, de styles divers. Au vu des discussions que cette RIA a suscitées, il nous a paru important d’analyser ses tenants et aboutissants, et d’expliquer par la même occasion la position de l’OCL à son sujet – déjà parce que nous avions choisi d’y prendre part en animant trois débats [1].

Disons-le d’entrée, les rassemblements anarchistes n’ont en général aucune signification par rapport à la situation politique du moment – on n’y revendique rien dans le présent, sinon une histoire passée et fondatrice. On ne vise même pas à y défendre une orientation, une démarche politique plus ou moins alternative à celles des partis, syndicats et autres « oppositions internes » au système. Et cela non seulement parce que ce qui constitue leur fondement (organisations, groupes, revues…) est bien trop hétérogène pour ce faire, mais aussi, pour une bonne part, parce que semblable préoccupation vient à l’esprit de fort peu – soit sur l’idée que tout est réglé depuis longtemps et se trouve déjà écrit dans les centaines d’ouvrages de la Grande Bibliothèque Anarchiste Internationale, soit sur celle que l’« anarchie » est un choix individuel parmi d’autres, une façon de vivre immédiatement avec des amis dans la société du capital sans la combattre.
Ces rassemblements visent donc en gros à affirmer, comme dit la chanson : « Y en a pas un sur cent et pourtant ils existent… » Ils présentent une photographie de ce que sont les anarchistes contemporains – ou, plus exactement, celles et ceux qui se reconnaissent dans ce type d’initiatives. Et, en même temps, ils paraissent incroyablement déconnectés de l’actualité des luttes, de la crise du capital, de la nécessité d’inventer des pratiques collectives de résistance et de rupture pour contrer l’offensive sur les conditions d’existence ; déconnectés également des tentatives du capital de se relancer par de grands travaux destructeurs et générateurs de nouvelles dépendances et dominations. Par voie de conséquence, les personnes qui s’intéressent à ces questions et les mettent au centre de leur démarche politique sont présentées comme une branche de la « famille » anar parmi d’autres, alors qu’il n’existe en fait aucune sorte d’unité au sein de celle-ci.

Participer n’empêche pas d’être critiques

A l’OCL, nous ne voyons pas davantage intérêt à entretenir un unanimisme de façade que de vaines polémiques. Nous avons une démarche qui nous est propre – une certaine façon d’appréhender réalités politiques et luttes sociales, de nous exprimer dessus ; d’essayer d’intervenir dans le réel en l’interrogeant toujours, en cherchant à rejeter les simplifications idéologiques, la répétition de slogans creux, les fétichismes organisationnels ou anti-organisationnels, en nous efforçant de faire ressortir des problématiques et interrogations nées de la pratique et des interventions que nous pouvons avoir dans des luttes.
Notre orientation générale nous empêche de confondre les dynamiques d’auto-émancipation et de mouvement, et leurs limites, avec les « Tous ensemble » revendicatifs aux contenus les plus flous, interclassistes, opportunistes (quand ce n’est pas la défense de la République et du capitalisme social… ou vert) – à la remorque des élu-e-s et des notables, des fronts politiques ou syndicaux ou associatifs qui régulièrement se font et se défont pour « représenter » les mouvements, les canaliser dans la limite des cadres institutionnels, et ainsi désamorcer leurs capacités d’autonomie et leurs potentialités subversives.

Nous n’avons pas la volonté de représenter ou de nous assimiler à l’ensemble de la constellation anarchiste, fonction historique de la Fédération anarchiste, avec la « Synthèse » (voir encart ci-dessous) qui lui sert de référence constitutive.
Et nous n’avons pas davantage celle d’organiser en réaction au sein de cette constellation « anarchiste » un courant structuré, certes lutte de classes, mais à notre goût beaucoup trop syndicaliste et trop peu critique des modes classiques d’organisation, d’intervention et de conception du combat politique. Ni non plus celle de nous identifier aux courants informels, aux mouvances « rhizomiques », aux nébuleuses spontanéistes, life style… diversement influencés par la conception libérale de la liberté, le nombrilisme individualiste et la morale qui va avec, pour relier les atomes les uns aux autres et recréer de l’unité à un autre niveau : celui de la ressemblance, de la duplication des égos à l’identique.
Ces différenciations existent, et d’autres encore, depuis longtemps et pour longtemps sans doute. Nous plaçons nos priorités ailleurs.
Notre motivation pour participer à la Rencontre de Saint-Imier reposait donc avant tout sur le désir de rencontrer des personnes allant dans le même sens que ce que nous faisons et disons, ou du moins susceptibles d’y trouver intérêt, des camarades qui nous interpellent par ce sur quoi ils ou elles ont réfléchi, ce qu’ils ou elles réalisent ou souhaitent mener à bien… et cela, d’ailleurs, quel que soit le degré de proximité politique.

Ce terrible souci de la représentation et du spectacle

Durant la RIA, une centaine de réunions se sont tenues en parallèle, en plusieurs lieux, en même temps qu’un salon du livre, des projections de film et des concerts. Ces manifestations ont mêlé des personnes d’âges, d’origines et de cultures politiques variés ; et si pas mal d’entre elles ont préféré rester dehors sous le beau soleil, l’auditoire des débats a été important et attentif, en dépit de la lourdeur de fonctionnement imposée par la traduction des interventions, qui a souvent bloqué l’expression de pensées et d’exposés structurés en laissant parfois place à des aspects superficiels et ponctuels. Certains débats abordaient la situation dans un pays ou une région (révolutions arabes, Israël/Palestine, Mexique, Brésil, Japon, Biélorussie…), mais bien plus portaient sur un thème idéologique ou intemporel (éducation et pédagogie libertaire, espéranto, désobéissance – avec Xavier Renou –, sport et anarchisme…) au détriment des luttes sociales en cours. De plus, le style « conférence » a fréquemment primé au détriment de vrais échanges.

L’« atelier anarcha-féministe », rapidement devenu non mixte, est le seul lieu de discussion qui a duré tout au long de la Rencontre, et il a en quelque sorte été mis en valeur puisqu’il était programmé chaque jour à la même heure dans la plus grande et l’unique salle où pouvait se faire une traduction simultanée. Les femmes qui s’y sont réunies ont entre autres analysé le rassemblement dans lequel elles se trouvaient pour pointer certaines réalités (malheureusement classiques dans les milieux militants quels qu’ils soient) : que les personnes introduisant les débats étaient en majorité des hommes, et que les prises de parole étaient de même assez déséquilibrées en leur faveur. Une situation qui s’explique pour partie par le fait que les hommes ont du mal à leur laisser une place, bien sûr, mais aussi par la composition des structures militantes selon les sexes (en général un tiers féminine - deux tiers masculine) ; par la préférence de nombreuses femmes pour un investissement concret, dans les secteurs associatif ou syndical, plutôt que pour des discussions idéologiques et de « spécialistes » de la théorie ; par leur moins grande habitude que les hommes à s’exprimer en public, etc.
Quoi qu’il en soit, les moyens mis à la disposition de cet atelier montrent qu’il n’était pas vécu comme un danger par le comité d’organisation (proposée en mai par des membres de la commission femmes de la FA, cette initiative a été « validée par lui » selon leurs dires), mais plutôt comme un « plus » par rapport à l’image recherchée, en ces temps de « parité » vantée dans les sphères politiciennes. Et si, lors du meeting de clôture, des femmes sont intervenues pour souligner la prégnance de la domination masculine en ces lieux en lisant collectivement un texte[2], le « chahut » qui en est résulté est resté maîtrisé par la structure organisationnelle.

La municipalité de Saint-Imier a facilité la RIA : mise à disposition de terrains transformés en campings et des principaux bâtiments municipaux. Quant à la police, elle a été remarquablement discrète. Dans les rues, on pouvait néanmoins remarquer la quasi-absence de la population (4 700 habitant-e-s) : on ne voyait guère que des groupes de fourmis noires (plus que d’autres couleurs) se rendant d’un « espace anar » à un autre. Il n’y a presque pas eu d’incidents, en tout cas beaucoup moins que lors de certaines fêtes locales paraît-il. Un « bon comportement » qui a valu à la Rencontre quelques échos favorables dans la presse. ‎Des journalistes ont trouvé « gentils » ces gens somme toute surtout pittoresques. On a pu lire dans un article cette déclaration d’un responsable de la FA (laquelle s’est beaucoup investie dans le travail d’organisation avec l’OSL suisse) : « Le monde de demain pourrait ressembler à la Suisse d’aujourd’hui, à savoir un système fédéral où chacun dispose de compétences propres, tout en adhérant à une organisation globale garante des libertés directrices. » Des propos déformés par le journaliste, d’après leur auteur, mais qu’il n’a semble-t-il pas démentis officiellement.
De plus, dans le reportage qui a été réalisé sur la Rencontre, les organisateurs interviewés ont expliqué que celle-ci avait permis de s’informer sur un « mouvement plutôt méconnu » en mettant en avant les idées de pacifisme, non-violence, écologie, anti-autoritarisme. Rien sur une quelconque volonté de destruction de l’État et du capitalisme, ni sur une éventuelle implication dans des luttes sociales[3]. Bref, il s’agissait apparemment de présenter des gens calmes, à l’idéologie peu définie mais se situant plutôt « à l’extrême gauche de la gauche » tout en entretenant leur folklore pacifico-écolo-punk ! Un choix qui favorise leur dissociation par la presse d’avec les éventuels futurs fauteurs de troubles, assimilables ainsi à de simples délinquants ne pouvant entrer dans la rubrique « Luttes sociales » : si les « anars » sont gentils, ceux qui foutent la merde sont des voyous de droit commun [4].

Comme ailleurs, un certain goût pour la victimisation

La RIA de Saint-Imier s’est ainsi inscrite dans l’actuelle dérive « politiquement correcte » et « mode de vie alternatif » de milieux anarchistes où l’on s’autodéfinit facilement comme la fine fleur de l’Anarchie tout en étant centré-e sur son nombril plus que sur les luttes. On a pu y entendre par exemple vanter le ramassage des déchets dans une poubelle, sur l’illusion de se trouver ce faisant en dehors du « système », comme si cela pouvait être autre chose qu’un moyen de survie…
Mais si les mouvances de cet anarchisme sont apparues à cette RIA en position hégémonique et disproportionnée, et s’il y a eu dans le contenu des débats cette carence sur les luttes réelles, c’est bien parce qu’un grand nombre de camarades investi-e-s dedans au quotidien n’ont pas senti ni vu l’intérêt d’y venir… et n’y ont pas été encouragé-e-s par la mise en avant de l’aspect « commémoratif » et idéologique. C’est précisément le choix organisationnel délibéré qui a produit pareil rassemblement un peu ectoplasmique où chacun-e pouvait hurler à l’oppression quand ses envies n’étaient pas réalisées. Témoin les seules « actions » qui s’y sont déroulées, menées par des vegans (voir encadré ci-après) en « interne » – une intervention beaucoup plus facile à réaliser qu’à l’« extérieur », car, c’est bien connu, le « mouvement anar » est un ventre mou auquel on peut appliquer la fameuse « loi du plus fort » –, donc en direction de la « famille », et dans le but de l’« éduquer » évidemment.

En conclusion, pour que ses rassemblements échappent à de telles ornières, il faudrait que le « mouvement » remette en question une certaine soif d’autocélébration et de mise en scène des apparitions ancrée sur la recherche de reconnaissance, y compris par les institutions de la société capitaliste[5], et sur les fortes dimensions identitaires et culturelles qui produisent le désir d’appartenance à une sorte de contre-société « anar », avec ses codes et signes de reconnaissance, son folklore, son esthétique… Mais, aussi, que soient interrogés ses raccourcis historiques et l’intemporalité de ses propositions découlant de la constitution d’un corps doctrinaire devenu abstrait – sûrement sur la croyance qu’il est possible, par la seule force du verbe et de l’Idée, de leur donner une épaisseur substantielle, la puissance indiscutée d’une vérité, ce qui transforme le discours anarchiste en un catéchisme, une série de pseudo-recettes et de slogans simplistes dans une rhétorique tournant à vide et décontextualisée… que les nouvelles technologies d’Internet semblent pouvoir étendre et démultiplier à l’infini.
Bref, une remise en cause salutaire mais rien moins qu’évidente.

Militant-e-s de l’OCL présent-e-s à Saint-Imier

(cet article a été publié à l’origine dans le n° 223 de Courant Alternatif, octobre 2012)

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Notes :

[1]. Voir leur présentation et bilan à la fin de ce texte.

[2]. Elles ont également annoncé la création d’un réseau anarcha-féministe (qui doit fonctionner à partir d’octobre sur une base non mixte et par cooptation) ainsi que d’un site Internet et une rencontre internationale anarcha-féministe non mixte dans deux ans.

[3]. Deux « internationales » ont tenu en même temps leurs congrès ou rencontre à Saint-Imier : l’Internationale des Fédérations anarchistes et Anarkismo. N’y étant pas puisque pas affiliés à elles, nous ne pouvons nous référer qu’à leurs résolutions finales. Et force est de constater que celles d’Anarkismo sont plus ancrées dans les perspectives concrètes de la lutte des classes que celles de l’IFA, qui demeurent (sans surprise) très généralistes et intemporelles.

[4]. Quelque temps avant la RIA, son comité d’organisation avait déjà planté le décor en publiant un communiqué dans lequel on pouvait lire : « L’expression et la manifestation (...) de toute forme de violence (...) ne seront pas tolérées. »

[5]. Ce constant souci, à travers les manifs anars, de dire finalement une seule et même chose : « On est là », « On fait bien partie de l’Histoire » est ressorti lors de la récente commémoration de la libération de Paris : des anarchistes ont voulu participer à la cérémonie prévue le 25 août à l’Hôtel de Ville en arborant des drapeaux, et une quinzaine d’entre eux ont été gardés quelques heures dans deux commissariats. Un communiqué de la FA dit à ce sujet : « Il est grand temps de reconnaître que nombre d’anarchistes ont joué un rôle dans la lutte contre le nazisme et ont contribué à la libération de notre pays » (sic) – mais qu’est-ce qui est ici revendiqué ? Que le drapeau noir et rouge soit associé au drapeau français, que des « représentants anarchistes » soient invités aux cérémonies de la République… ?


Synthèse et Plateforme

La Synthèse anarchiste rédigée par Sébastien Faure en 1928 cherche à faire tenir ensemble les trois principaux courants de l’époque – anarchistes-communistes, anarchistes syndicalistes et anarchistes individualistes. Il n’y a là en fait qu’une synthèse organisationnelle minimale, souple, fédérative, et non la recherche d’une synthèse des contenus politiques, d’un dépassement des « courants ». Cela tient de la cohabitation dans une sorte de maison commune qui vise à maintenir à flot un noyau idéologique sur une activité de propagande pour un corps d’idées supposées communes. Comme sa sœur ennemie, la Plateforme dite d’Archinov (1926), la Synthèse a été écrite dans une période marquée par la contre-révolution léniniste-bureaucratique en Russie et le reflux des luttes de classes et du mouvement ouvrier révolutionnaire en Europe de l’Ouest.
Ces deux options portent la trace du contexte spécifique qui les a fait naître. Pour l’une, l’influence des idées libérales, de la philosophie des Lumières, de divers humanismes et courants « rationalistes » ; pour l’autre, la primauté accordée à l’efficacité organisationnelle par rapport à celle qu’a su démontrer le Parti bolchevique (et l’Armée rouge) lors de la révolution russe.


La « société anar », une Suisse qui mangerait vegan ?
Au secours, fuyons !

Le comité organisateur des Rencontres de Saint-Imier avait donné son accord pour que les cantines vegan soient seules à y fournir de la nourriture – hormis un « coin snack » comprenant un barbecue et une plaque pour faire des crêpes. Mais ce quasi-monopole des vegan n’a pas suffi à certain-e-s qui ont vu là un enjeu dans un « combat » liant la « libération animale » et celle des femmes ! Trois soirs de suite, le barbecue a reçu de la merde, des mégots puis de l’eau. Le dernier soir, un groupe de personnes ont fait la chaîne autour de ce lieu « maudit » pour empêcher toute approche en criant : « Non-violence ! », en accusant les « viandards » d’être criminels ou fascistes, ou en affirmant que les « vrais » anars ne mangent pas de viande…
Ce qui pouvait jusqu’ici sembler un phénomène marginal ne valant pas la peine d’être combattu est ainsi apparu comme porteur d’une volonté hégémonique. Les habituels arguments sur la facilité, avec la cuisine des vegan, de faire de la nourriture pour tou-te-s, sur leur prise en charge de l’alimentation qui ôterait aux autres une tâche lourde… ont été dévoilés pour laisser apparaître le désir d’imposer une idéologie à la fois par la force physique et par un discours à visée culpabilisante.

Cela n’est que le reflet d’un puritanisme qui s’exprime de plus en plus clairement en prônant un « politiquement correct » vestimentaire et langagier, dans le courant « style de vie » anar. Bien entendu, la plupart des personnes présentes à Saint-Imier n’ont pas osé réagir à cette offensive basée sur la culpabilité : celle de manger de la viande – comme celle de boire de l’alcool, d’être homme et Homme, d’être blanc, d’être du Nord, d’être hétéro ou simplement homo –… et le barbecue n’a pas été défendu.

Pourtant, il n’est pas difficile de pointer que ses attaquant-e-s « petits Blancs » européens et citadins ont du mal à regarder le monde autrement qu’à travers leur propre culture et méconnaissent tant la nature que les luttes sociales. Ils-elles se sont apparemment revendiqué-e-s de l’Animal Liberation Front – à savoir notamment Walter Bond, lequel est ProLife entre autres choses –, et l’épisode suisse donne un petit aperçu des dérives dans lesquelles le veganisme peut tomber, sans parler d’un ethnocentrisme, voire d’un racisme, conduisant à condamner des peuples qui mangent de la viande depuis des millénaires et survivent grâce à cela tout en respectant la nature, comme les Inuits.

Le militantisme vegan est centré sur l’exploitation des animaux et leur attitude fait partie d’une scène, d’un mode de vie alternatif. Ils et elles ont été « agressé-e-s par l’odeur des saucisses », nous a-t-on dit dans leur chaîne anti-barbecue ce soir-là. Et aussi : « Tolérer qu’il y ait des lieux où on bouffe de la viande, c’est comme tolérer qu’il y ait un lieu où on puisse battre les femmes. » Ou encore : « Je ne suis pas vegan, mais je me solidarise avec parce que ce sont des victimes – comme les femmes ! » Bref, les femmes qui, au Moyen Age, étaient jugées inférieures aux hommes sur l’argument qu’elles n’étaient pas pourvues d’âme, ce qui faisait d’elles des animaux, voient les hommes les rejoindre dans le monde animal – maigre consolation.


Présentation des débats organisés par l’OCL

Les luttes environnementales et sur l’aménagement du territoire

En recherche permanente de nouveaux marchés et de gains de rentabilité, le capitalisme cherche à investir les endroits les plus reculés de la planète, comme les aspects les plus anodins de nos vies. Aujourd’hui, cette fuite en avant productiviste pousse le capitalisme à délocaliser les productions pour des salaires plus bas, à rentabiliser des secteurs comme l’eau, la santé, l’éducation, le logement, etc. en les privatisant et en les raréfiant, mais aussi en créant de nouvelles infrastructures, dans le transport (des personnes et des marchandises), l’énergie, l’exploitation minière, l’alimentation...
Les deux conséquences les plus visibles de ces grands projets sont une précarisation et une dépossession croissante de la population, et une destruction accélérée des territoires, sur la planète entière : déforestation, désertification, pollution, épuisement définitif des « ressources »...

Dans le monde entier, en Europe comme en France, de grands projets industriels et commerciaux sont lancés : grands barrages, ports en eau profonde, mines à ciel ouvert, exploitation pétrolière et gazière, autoroutes et voies rapides, aéroports…
Ils viennent s’additionner aux précédentes installations et en exacerbent encore les nuisances.
Par exemple, les lignes trains à grande vitesse (LGV) doivent engloutir des milliards d‘euros pour moins de passagers, moins de gares desservies, une surconsommation continuelle et croissante d’énergie, des milliers d’hectares de terres agricoles supprimées et des tranchées sabrant le territoire, pour quelques minutes gagnées et au passage pour que quelques grands groupes du BTP puissent empocher de nouveaux profits.
Ainsi, un aéroport supplémentaire – et superflu – à Notre Dame des Landes ou une gigantesque gare enterrée à Stuttgart, ainsi plusieurs tunnels (dont un de 58 kilomètres) sous les Alpes entre le Val de Susa (Italie) et la vallée de la Maurienne (France) comme le démarrage actuel ou imminent de gigantesques chantiers dévastateurs imposés aux populations du Pays basque pour que des TAV puissent circuler (dans quelques années) entre les métropoles régionales et nationales de cette partie de l’Europe. Ou encore un réacteur nucléaire surdimensionné EPR à Flamanville, de nouveaux terminaux méthaniers dans la Manche ou en Méditerranée, sans oublier l’exploitation des gaz de schiste, la création de parcs éoliens gigantesques ou la pérennisation de la filière nucléaire, particulièrement en France...

Ce qui était désigné autrefois comme le Progrès et ses bienfaits par la Gauche et beaucoup de révolutionnaires, s’avère être de façon criante un véritable suicide collectif pour l’espèce humaine et la planète, comme le dernier épisode de Fukushima vient le rappeler ou encore la raréfaction progressive de l’eau douce disponible.
Ces projets sont justifiés par le mythe central du développement sans fin, celui du PIB, des « richesses », des emplois, mais cette mythologie butte sur une contradiction indépassable : la planète est finie et la reproduction des conditions de vie sur le globe terrestre est progressivement compromise si l’on ne rompt pas avec cette logique capitaliste d’accumulation par dépossession et destruction.

C’est ce que ne veulent pas voir ceux qui en bénéficient et qui façonnent l’“opinion” en fabriquant de nouveaux “besoins” : les classes aisées qui vivent un peu dans un autre monde et qui ne voient dans ce « progrès » que les réalisations qui amélioreront encore leur mode de vie. Prendre l’avion où l’on veut, quand on veut, livrer les marchandises pillées ou produites ailleurs à bas coût le plus vite possible et toute l’année, se déplacer rapidement sur tout le territoire dans des TGV quasiment réservés à leur classe, et continuer à consommer de l’électricité sans risques de pénuries, c’est bien ce qu’ils veulent. Les conséquences sur les “autres” (qui sont les majorités) ne sont pour eux que des dégâts collatéraux, à ranger dans les profits et pertes en quelque sorte.
Contrairement à certains écologistes qui réduisent l’engagement à une série des petits « gestes » et à un pur choix éthique et individuel de sobriété et de simplicité, nous pensons qu’il y a dans ces luttes dites socio-environnementales des enjeux collectifs, des enjeux de classe et de société : là où coïncident exactement des manières de vivre, les moyens de les satisfaire que procure une position sociale déterminée, et une certaine organisation de la société liée à une configuration de son économie qui les rendent possible.
C’est pourquoi, à cette classe dominante, il faut lui enlever le pouvoir de décider car ce qu’elle décide par elle-même, elle le fait d’abord pour elle-même ; ce que nous pouvons parfaitement faire aussi, ce que nous ferons mais avec cette différence que nous sommes plus nombreu-ses et que ni nos besoins ni les manières de les satisfaire ne sont les mêmes !
La poursuite des grands travaux d’exploitation et d’infrastructures provoque aussi des transformations qui sont présentées comme naturelles et irréversibles : urbanisation et métropolisation des territoires (et “bidonvilisation” du monde), disparition de l’agriculture vivrière au profit de l’agro-industrie dans un marché globalisé, montée de nouvelles formes de misère et de dépendance (accès à l’eau, en matière alimentaire et de santé).

Ce “développementisme” capitaliste tend à étendre encore un peu plus les aveuglements du consumérisme, à déconnecter encore plus la sphère des “besoins” (le capitalisme de la séduction) de celles des capacités humaines et de l’usage des ressources disponibles. En outre, non contents de détruire les territoires, les méga projets, notamment de transports, visent à soumettre nos existences aux rythmes et à la temporalité des mouvements du capital et à ses logiques d’immédiateté, d’optimisation, de compétition et de vitesse.
Malgré la « crise » et les tentatives de nous discipliner sous le régime de la « dette », profitabilité et marchandisation semblent ne pas connaître de limites… hormis celles que leur imposent les populations mobilisées et les rapports de forces que ces mouvements de résistance et de rébellion sociale parviennent à établir avec les États et les grands groupes capitalistes directement intéressés à la réalisation de ces projets.

Lutter contre le développementisme, contre les grands travaux destructeurs et inutiles aux quatre coins de la planète, mais surtout là où l’on est, est un élément fondamental du combat anticapitaliste aujourd’hui : ces luttes mettent indissociablement en cause, et en rapport, les modes de vie et d’organisation sociale, les manières de produire et de définir les besoins socialement utiles à la reproduction sociale et les formes de décision politique. Elles mettent à nu les fondements et les mécanismes des principales formes d’oppression et de domination et, corrélativement, permettent de poser concrètement l’évidence qu’un autre monde que le capitalisme est possible. A partir – et au-delà – de leur actualité, elles définissent les éléments incontournables d’un projet d’émancipation pour le XXIème siècle.

C’est de tout cela que nous souhaitons débattre avec les camarades intéressés, en insistant aussi sur les enjeux plus immédiats. Ces projets industriels et commerciaux provoquent presque partout des résistances populaires, parfois massives, souvent déterminées, toujours réprimées. Toutefois, certains projets ont été abandonnés sous la contrainte des actions et des mobilisations de leurs opposants. Il est possible d’arrêter ceux qui continuent, même ceux dont les travaux sont sur le point de commencer.
Quelle peut être notre présence dans ces combats ? Comment pouvons-nous contribuer à inverser le rapport de force, à rendre impossible la poursuite de ces projets en faisant payer un coût (politique et économique) exorbitant à leurs promoteurs et investisseurs ? Quelles peuvent être nos capacités à peser pour relier les luttes les unes avec les autres, et donc à les renforcer quantitativement et qualitativement en les plaçant dans un enjeu global ? De quelle manière pouvons-nous renforcer aussi les capacités d’autodétermination sociale et l’autonomie politique de ces mouvements de lutte vis-à-vis des médiations et des institutions existantes ? Comment pouvons-nous contribuer à la formation et à la diffusion d’un imaginaire anticapitaliste et anti-productiviste sans lequel toute perspective d’auto émancipation restera encore longtemps lettre morte ?

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Les luttes de libération nationale

Alors que le capitalisme s’internationalise toujours davantage et tend à homogénéiser les modes de vie, à transformer en marchandises toutes les activités humaines, les hommes et les femmes tendent à l’inverse à s’orienter vers une redécouverte de leurs identités constitutives (fictives ou réelles, ou les deux à la fois).
Les mouvements de libération nationale qui surgissent depuis quelques années sont le plus souvent taxés de réactionnaires. Indiquent-ils un retour de l’humanité vers une sorte de barbarie où les affrontements nationalistes damneraient le pion à tous les espoirs de paix, d’égalité, de socialisme ou au contraire sont-ils porteurs d’immenses espoirs de voir se redéfinir le monde selon des dynamiques contraires à celles du capitalisme et à l’exploitation de l’homme par l’homme ? Ni l’un ni l’autre vraisemblablement.

Le concept de Nation ne peut se réduire ni à une notion juridique, ni à un espace borné, et encore moins à un État. La Nation c’est un ensemble de gens qui se reconnaissent comme y appartenant. Les éléments qui constituent cette auto-reconnaissance sont, au sens large, la culture. Ils sont très divers et vont de l’organisation sociale aux simples habitudes, de la langue à la religion, du mode de vie au mode de production, des références historiques à la reconnaissance d’un espace géographique... C’est une référence collective composée de la totalité ou d’une partie seulement de ces éléments. C’est une communauté d’individus présentant un certain nombre de points communs à un moment donné, mais qui se situe également et simultanément dans le temps (l’histoire, le présent, le passé et l’avenir) et l’espace.
Souvent on est conscient d’une appartenance lorsque celle-ci est attaquée ou niée et les luttes de libération nationale expriment une révolte contre la situation subie par des populations exploitées, dominées, colonisées.

Les luttes de libération nationale ont une dimension d’emblée globale et politique, dans la mesure où les gens qui y participent combattent non seulement contre ce qui leur est imposé par les autorités centrales (ou leurs représentants), à savoir en général l’État, mais aussi pour l’appropriation d’un pouvoir collectif dans l’espace concret où ils vivent ; ce sont des luttes pour la souveraineté. Ce qui implique que chaque combat mené sur un terrain apparemment partiel ou spécifique prend aussitôt une dimension plus générale ; ce qui fait également que les luttes « contre » quelque chose appellent naturellement une réflexion sur « que voulons-nous ? quelle autre société ? » et entraînent souvent même la mise en place d’alternatives concrètes.
Les luttes de libération nationale ne sont évidemment pas sans contradictions (interclassisme avec la notion de « peuple », frontisme) et comme toutes les autres luttes elles sont traversées par la lutte des classes. Elles peuvent porter en avant un projet social et égalitaire, mais elles sont aussi fréquemment le marchepied pour l’accession au pouvoir d’une bourgeoisie locale jusque-là privée de ses prérogatives par le colonisateur. Elles portent aussi le risque de franchir un point limite au-delà duquel l’affirmation de l’appartenance se retourne en une logique d’exclusion.
C’est pourquoi le soutien à certaines luttes de libération nationale ne peut être inconditionnel. Il doit prendre soin de distinguer entre des directions et des mouvements, entre des États et des peuples, entre un peuple et des classes sociales, et être attentif en premier lieu au contenu de ces luttes sur le terrain de l’émancipation sociale et non pas seulement nationale.
Nous proposons de débattre des points suivants :

  • Quels sont les aspects des luttes de libération nationale qui nous paraissent intéressants et capables d’enrichir les autres luttes ? Quels enseignements utiles peut-on tirer de ces luttes ?
  • En tant que communistes libertaires, quels axes stratégiques défendons-nous au sein d’une lutte de libération nationale ou dans le cadre de son soutien ?

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Revendications sociales, intégration ou autonomie ?

Quand le Prolétariat semblait encore le sujet de l’Histoire à venir, les revendications sociales étaient à la fois la volonté d’une amélioration immédiate des conditions de vie, mais aussi les étapes d’une longue marche vers l’accumulation de forces, d’expériences, d’élaboration de stratégies pour mener à un rapport de forces favorable et renverser le capitalisme... Les revendications sociales visaient à la fois une meilleure intégration à la société capitaliste (aujourd’hui on parle d’accès à la consommation et aux services) et une construction d’un camp des travailleurs, avec ses mutuelles et ses associations, ses coopératives, ses syndicats et partis.
Si les différents capitalismes ont combattu au départ ces organisations (se référer ici à tous les épisodes sanglants de répression et les périodes de guerre ou de dictature), face au rapport de forces ils les ont finalement légalisé, normalisé, en essayant de favoriser les composantes les plus conciliantes. Le capitalisme a réussi à échapper ou à contourner les épreuves de forces quand elles lui étaient défavorables, pour ensuite revenir sur ce qui avait été concédé, puis instaurer des mécanismes de limitation.

150 ans après la création de l’internationale anti-autoritaire, les propositions révolutionnaires anarchistes et anti-étatiques ont été marginalisées et combattues par les options staliniennes ou social-démocrates lors des grandes crises sociales du XXème siècle, options qui à leur tour ont été réduites à un vague social libéralisme, frère ennemi d’un néo-libéralisme, sur la scène politicienne en ce début de XXIème siècle.

Les conditions de fonctionnement capitalistes ont substantiellement changé dans le temps et l’espace. L’innovation technique et la production de masse ont déplacé le rapport de forces. Aujourd’hui, même si le travail productif reste le noyau de la création de richesses en-deçà d’un capitalisme financier en plein emballement, la souplesse de sa mise en valeur complique énormément la construction de regroupements combatifs pour poser une autre perspective que la reproduction du capitalisme dans ses options verte, durable ou autre.

Il semble nécessaire, en gardant en mémoire toutes ces étapes, ces réussites ou ces impasses, de questionner les revendications sociales et leurs conséquences finales. Dans quelles mesures sont-elles intégrables par le capitalisme ou au contraire favorisent-elles l’autonomie du travail par rapport au capital ?

N’est-ce pas le moment même de la revendication qui constitue l’espace où peut exister l’autonomie, dans un monde quadrillé et compartimenté par les lois et règles capitalistes ?

L’illégalité est-elle un critère décisif pour les méthodes de lutte face à l’institutionnalisation des structures et des revendications ?

(publié dans le n°222 de Courant Alternatif, été 2012)

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BILAN DES DÉBATS PROPOSÉS PAR L’OCL

Les luttes environnementales et d’aménagement du territoire

Le débat sur les grands projets inutiles que l’OCL avait proposé d’animer a été lié à deux autres que proposaient la FA italienne (la lutte No Tav) et l’Alternative libertaire (écologie et consommation), ce qui a obligé à limiter strictement dans le temps leurs présentations respectives, sous peine de « saouler » l’auditoire.
Pour nous, le terme de conférence utilisé dans le programme des Rencontres entrait de plus en contradiction avec l’esprit dans lequel nous souhaitions échanger. Et, bien que se déroulant dans la plus grande salle, avec traduction simultanée, ce débat n’a fait qu’effleurer les problématiques proposées. Mais il était peut-être trop ambitieux d’attendre davantage qu’une communication « anarchiste » sur des luttes de site. Pourtant celles-ci posent dans leurs pratiques les questions de l’avant-gardisme, du fonctionnement démocratique à la base dans la lutte et dans la société, de l’utilité sociale réelle des projets combattus, pour quels intérêts – privés ou étatiques...
Bref, ce sont des luttes qui illustrent concrètement la question sociale dans toute son ampleur et sa complexité. Néanmoins, un certain nombre de discussions intéressantes sur le sujet ont pu être menées en dehors de ces moments trop courts.

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Les luttes de libération nationale

Engager un débat sur cette question dans un milieu anar en général assez peu ouvert ou intéressé à ces luttes considérées comme automatiquement nationalistes était pour nous l’occasion, à partir de là, de réaffirmer et de préciser ce que nous entendons en général par « mouvement », c’est-à-dire quelque chose dont les contours et les positions ne sont pas figés, et qui seul peut permettre une approche collective de la possibilité de changer le monde. C’était aussi l’occasion de réaffirmer un indéfectible positionnement anticolonialiste et anti-impérialiste.
Une centaine de personnes ont assisté à ce débat, dont une bonne part sont intervenues dans une ambiance ouverte sans que personne, y compris les plus hostiles au sujet, se contente de réciter un catéchisme intemporel. Evidemment, le problème des traductions, comme dans la plupart des autres forums, a considérablement ralenti les discussions, oblitérant toute possibilité d’aller plus avant et surtout limitant le nombre des intervenants, faute de temps. Sans doute eût-il mieux valu, en l’absence de bons traducteurs simultanés, faire certains débats en une seule langue et ensuite écrire un compte rendu, de ce fait plus fouillé, pour les autres locuteurs intéressés. Les uns et les autres y auraient trouvé leur compte, mais cela aurait sans doute heurté le politiquement correct qui régnait à Saint-Imier et qui voulait que nul ne se sente rejeté – du moins dans les formes !

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Revendications sociales, intégration ou autonomie ?

Une bonne centaine de personnes présentes ici aussi, en dépit de la chaleur étouffante qui régnait dans la pièce – la sono extérieure et des réglages musicaux pour le concert du soir forçant à garder les fenêtres fermées. Là encore, il y eut le problème du temps nécessaire à la traduction (merci aux volontaires dans la salle), ce qui limita notre introduction et freina la dynamique d’échange. Il fut dit d’entrée que si, officiellement, l’OCL animait ce débat ce n’était pas un débat de l’OCL mais un échange sur ce qu’il restait comme espaces d’autonomie (de classe pour nous) tant dans les lieux de lutte que dans les revendications élaborées par les acteurs de ces luttes.
Hélas, malgré l’historique qui a été fait ensuite de cette autonomie de classe (des premiers syndicats, bourses du travail et autres, jusqu’à sa liquidation ou son intégration dans les rouages de l’Etat au fil des luttes) et un rappel des rapports de forces et du développement du capitalisme, privé ou d’Etat, dans les échanges qui suivirent certaines personnes mirent plutôt en évidence des lieux alternatifs collectifs : squats, espaces sociaux autogérés, etc. Pour une autre, l’autonomie était sa manière de vivre individuelle et, refusant le travail salarié, elle s’accommodait fort bien dans son art de vivre des surplus que notre société d’abondance lui permettait de récupérer.
Ainsi, malgré la richesse des témoignages et expériences des uns et des autres, la notion de lieux autonomes qui a été mise en avant était surtout aclassiste et privilégiait des modes de vie culturels (seul un intervenant CNT expliqua un travail collectif dans l’échange et la solidarité entre des producteurs et des travailleurs ou habitants proches pour favoriser une dynamique sociale collective). Ils et elles se disaient certes anticapitalistes, anti-autoritaires ou autogestionnaires, puisque « anarchistes », mais n’avaient que peu ou pas de rapports avec le monde du travail – l’aspect qui nous importait le plus.

(publié à l’origine dans le n° 223 de Courant Alternatif, octobre 2012)


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