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L’écologisme intégré : à propos d’Europe ecologie et du languedoc

mercredi 10 mars 2010, par Courant Alternatif

Nous avons reçu ce texte d’un lecteur de Courant Alternatif qui illustre parfaitement le mouvement d’intégration de l’écologie politique à l’appareil d’Etat (fût-il décentralisé) et à la dynamique du capital. Ce texte complète utilement le Hors série de Courant alternatif sur l’écologie, pour donner quelques éléments concrets de résistance à l’écologisme capitalo-compatible dont on nous rebats les oreilles depuis le "Grenelle de l’environnement", et qui trouve sont point d’orgue dans le programme défendu par Europe écologie pour ces élections régionales de mars 2010.

Ici, dans le Languedoc, nous n’avons pas connu l’expérience des débuts théoriques de l’écologie politique. On en a un résumé intéressant dans Courant Alternatif de ce mois-ci, spécial Environnement.

Des installations à Europe écologie

Ici, à partir des années 72/73, nous avons vu s’installer une écologie pratique, très pratique, trés au quotidien. Pendant plus de dix années, tout et son contraire ont été expérimentés, certes en vrac, et avec des résultats inégaux, mais cela a suscité beaucoup de dynamisme et d’enthousiasme. Cette écologie au quotidien s’est inscrite dans le mouvement des installations de ces années-là, les « margeots », les « néos », les « babs » (appelés par l’extérieur souvent répressif : les « hippies », les « babas-cools », les « crassous », « retour à la terre » et autres compliments). C’est à l’intérieur de ce mouvement des installations (qui a représenté dans certains départements 10% de la population) qu’ont a vu fleurir le bio en grand, l’éolien, le solaire, l’écoconstruction (appelée alors autoconstruction), écoles parallèles, troc organisé, communautés diverses et variés, sans oublier la plupart des dérives philosophiques ou pseudo-tous les trucs possibles et imaginables. Une vaste pagaïe mais qui par le nombre de participants et de projets avait un certain charme dû vraisemblablement au fait que les projets les plus néfastes se neutralisaient au contact de l’ensemble. Mais ce n’est pas de ces « joyeux » festoiements que je veux vous entretenir.

De cette marmite d’idées et de gesticulations, qui couvrent des territoires assez vastes (les Pyrénées, l’Ariège et les Corbières, les Cévennes et la Montagne Noire, les Basses Alpes) est sortie ce que nous appelons aujourd’hui en Languedoc-Roussilon l’ « Europe-Ecologie locale ».
Certes la Région est actuellement sous les feux de la rampe avec notre Frêche-Berlusconi-de gauche et ses réseaux clanistes et clientélistes (ici on ne dit pas mafieux car les Languedociens n’aiment pas côtoyer le sang sauf dans les arènes, évidemment !), mais comme vous le savez le Frêche en question est l’arbre qui cache la forêt. Pour ces éléctions nous avons, ici, le « choix » entre 2 listes PS, 2 listes Ecolo, 2 UMP, 3 Fachos et 1 ext-gauche (unie !) + LO. Nous avons donc le plaisir d’être une Région unique en ce sens : nous avons tout en double.
Mais ce sont les écolos qui font le plus fort puisque, malgré le doublement des listes ils arrivent à se trouver sur toutes les listes (sauf peut-être LO). Mais, ceux qui ne soutiennent pas EE sont à coup sûr des « traîtres ». Mais il faut le noter, ces traîtres sont très nombreux, et même majoritaires face à EE. C’est ici qu’il faut revenir au mouvement des installations.

L’impossible unité des gestionnaires et des commerçants

Ils sont nombreux et adversaires parce qu’ils viennent d’un même mouvement, d’une même démarche. Deux sortes d’écologistes politiques sont sorties dans les années 80 du mouvement d’installation :
le gestionnaire de trucs merdiques
et le commerçant bientôt florissant.
L’écologie politique, ici, c’est ça (en ce qui concerne le profil des candidats).

Le gestionnaire des trucs merdiques est passé par les élections locales. Dans pas mal de communes de montagne, les margeots étaient majoritaires. Alors d’une façon normale, et tant bien que mal, il a bien fallu gérer la pénurie financière du territoire locale. Conseiller municipal, puis adjoint, maire, président de communauté de communes. Le parcours fut assez rapide, ponctué par la réfection des égouts et des stations d’épuration, ainsi que l’enlèvement des ordures et leur stockage ou élimination. Evidemment tout cela financé et contrôlé par le PS local, ultra-majoritaire (la preuve on peut s’en payer 2 aujourd’hui !).
Résultat = des stations d’épuration vite vieillies, des décharges surdimensionnées, inutiles et dangereuses. Mais l’écologiste politique avait fait son trou dans la vie des déchets. Aussi a-t-il essaimé dans toutes les composantes politiques locales. Pour une fois qu’on avait trouvé des innocents pour couvrir des dérapages financiers et des corruptions d’entreprises de BTP et d’ordures (cf. le Président du Club de foot de Montpellier, appelé le « roi des ordures » !).

Le second look de l’écologiste politique local, ce fut le commerçant capable de doubler son chiffre d’affaires tous les trois ans depuis 25 ans (qui dit mieux !?)
Le premier conseiller régional Vert fut élu lors de la première élection régionale au suffrage universel (après les lois Defferre). Ce personnage est assez symbolique de l’attitude qui caractérisera les écolo politiques locaux. Agriculteur margeot-néo bio, plantes médicinales, avec beaucoup d’argent venant de la famille, son mandat régional va lui permettre de se lancer dans le commerce bio-éco-alimentation-construction etc. Il crée, non pas des coopératives, mais des sociètés dont il est le patron (je ne suis pas un grand défenseur des coopératives, mais tout de même c’est un état d’esprit : une personne, une voix !). Par sa position dominante ce gars devient le chef des Verts du département de l’Aude, puis de la Région. Il va engendrer des jalousies, en particulier de la part des gestionnaires de trucs merdiques. Mais son impact va être réel puisqu’on va voir arriver toute une kyrielle de commerces verts, faisant le « lien » entre producteurs et consommateurs. Les profits vont commencer à tomber et l’accumulation de capital devenir important. Au point que, en parallèle à ces réseaux commerciaux, le secteur industriel écolo va être investi puis se développer, parfois difficilement, mais avec des succès certains.
Ainsi le boom de l’écoconstruction, de la maison de paille au HQE, il y a déjà tout en place ici début des années 90. Restait plus qu’à trier. Le capital n’est pas philanthrope, il oblige à l’élimination des concurrents, à la valse de l’argent (il s’agit de vendre au bon moment, après c’est trop tard !). Des grossistes bio à l’export vont se développer (ainsi à Perpignan), mais aussi des boites de construction et BTP en général (l’exemple de « Couleur Terre »), des compagnies d’installation d’éoliennes, celles qui grossissent le plus vite rachètent les plus petites, et enfin les dernières en date depuis 5/10 ans les boites de solaire (d’abord chauffe-eau, maintenant photovoltaïque). Il va sans dire que c’est la foire d’empoigne. Toutes ces boites se constituent en lobbies pour arracher auprés des élus Verts du Conseil Régional des primes régionales : solaire, écoconstruction, éolien, etc.

Le règne du frics et des experts

Les dessous de tout ça sont largement ténébreux. Les Conseillers Régionaux écolos de différents bords créent des bureaux d’études pour conseiller les collectivités locales, les particuliers, les agriculteurs. Les boites de photovoltaïques achètent le panneau 150€ en Espagne ou en Suisse et la revendent 1000€ en France (obligation de passer par un installateur agréé, sinon pas de crédit d’impôt). Pour les éoliennes, les initiateurs de la Compagnie du Vent se retirent avec des millions et des millions d’euros en poche grâce à la vente de l’entreprise à EDF. Ou bien d’autres installateurs d’éoliennes (cf. Enerpole) ouvrent des bureaux en Roumanie (ou en Pologne) dans la perspective de vendre leurs quotas de droits à polluer aux centrales thermiques charbon/pétrole de Ploesti rachetées par les oligarques russes.
Comme on le voit, en 40 ans l’écologie politique a fait un sacré bout de chemin. Elle a finalement concentré en peu de temps la démarche du commerce mondialisé, celle de la révolution industrielle, et du capitalisme de « coups » et de bulles (la dernière du 1er Janvier est l’éclatement de la bulle photovoltaïque), on attend plus que l’émergence des nouveaux « boss » de l’écologie qui pourront à eux seuls, grâce à leurs propres profits engrangés, créer des Fondations personnels pour sauver l’Humanité, la Biosphère et la Planète. Tant mieux, diront certains, même si cette façon de faire est quelque peu pyramidale, hiérarchique, autoritaire. Du moins, à mon goût !
Évidemment il existe des écologistes honnêtes, certainement, j’en ai rencontré, même dans le Languedoc. Comme l’honnêteté n’est plus une vertu cardinale dans des lieux comme le Conseil Régional, aussi ne sont-ils sur aucune liste, et quand par un très grand hasard ils y figurent, ils y sont en fin, en position non-éligible.
Et puis restent les idées, généreuses etc. mais tellement prises dans l’étau des intérêts privés et particuliers des écologistes politiques qu’elles en perdent beaucoup d’éclat.

Je m’excuse, d’avoir tracé brièvement un spectacle occitan de l’écologie politique d’une façon un peu brutale. Mais « sur le terrain », comme on dit, c’est ce qui s’est passé et ce qui se passe encore. Aussi, voyez-vous, je ne voterai pas Europe Ecologie. Je connais trop les gens qui se présentent en son nom. J’ai une autre idée de la politique, de l’Europe, de l’Ecologie et du Languedoc.
Il y a de fortes chances d’ailleurs pour que je m’abstienne une nouvelle fois. Mais je n’en pense pas moins !

Jean Luc

P.-S.

Le titre, l’introduction et les intertitre sont de CA

1 Message

  • L’écologisme intégré : en Drôme aussi

    26 mars 2010 12:17, par un précaire de l’arrière-pays

    Un bon résumé d’une logique à l’oeuvre dans pas mal de coins et notamment dans les territoires ruraux.

    Nous avons très exactement les mêmes dans la Drôme.

    Néo-ruraux babas arrivés dans les années 70, devenus avec le temps les spécialistes du décrochage de subventions régionales et européennes (programme LEADER...), tout en prenant progressivement les manettes d’une partie des institutions locales (conseils municipaux, mairies, communautés de commune, comité local de développement...) et bien sûr en tissant des réseaux économiques autour du tourisme (gîtes...), de l’agriculture et la petite industrie de transformation (plantes,...), du petit commerce (épiceries bios, artisannat, matériaux bio peintures, enduits...), de la formation professionelle (bio of course, de terroir et traditionnelle), mais aussi autour des activités socio-culturelles dont la particularité est de dépendre des institutions politiques.

    La cristalisation de ces intérêts économiques et politiques se fait autour de l’économie solidaire et de la démocratie participative, deux domaines qui là encore sont étroitement liés aux institutions politiques et baignent dans l’idéologie sociale-libérale à la fois décentralisatrice (régionalisation) et "impériale" (l’Europe).

    On y mêle allègrement la simplicité volontaire (voire la décroissance), la qualité de vie et le développement personnel, avec la compétitivité du business vert "non-délocalisable" piloté par l’expertise des "créatifs culturels".

    Inutile de préciser que sous le verbiage solidaire et ésotérique new age, il y a une grande haine contre la lutte de classe, les partageux, le communisme, le conflit social en général, toutes choses qui viennent perturber l’idéologie du festif, de l’unanimisme, du consensus, des "cercles de parole" et du travail sur soi.

    La Drôme rurale n’en demeure pas moins marquée par un taux de chômage élevé, une grande pauvreté (que signale sans faille le développement exponentiel des restau du coeur, secours populaire...) une précarité très importante notament autour des saisonniers agricoles, le démantèlement progressif mais réel des services "publics" (hôpital, poste, lignes de chemin de fer...) et les "stigmates" sociaux qui vont avec : drogue, alcoolisme, repli sur la sphère privée...

    "Mais cachez ce capitalisme que je saurais voir", semblent sussurer en choeur nos Euros Ecologistes, tout en grignotant patiemment le capital électoral de la sociale-démocratie vieillissante.

    Le pire, c’est dans une certaine mesure "ça marche", tellement ce discours et ces pratiques, même s’ils collent assez peu à la réalité, sont en totale symbiose avec les "désirs" d’une bonne partie de la population même la plus opprimée : désir de convivialité, d’absence de conflit, de tranquilité, de "lâcher prise"


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