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Libérer les incarcérés de Villiers le Bel

mercredi 28 avril 2010, par OCLibertaire


Voir en ligne : Soutien Villiers Le Bel

Ça ne se passera pas comme ça.

Pourquoi nous devons libérer les incarcérés de Villiers-le-Bel.

Le 21 juin prochain, ce ne sera pas l’été, ce ne sera pas la fête de la Musique ; ce sera l’ouverture du procès de nos amis, de nos frères. Quatre de Villiers-le-Bel devront répondre de l’accusation d’avoir tiré à la chevrotine sur la police durant les émeutes de novembre 2007. Le scénario est déjà écrit : après l’opération de communication de février 2008 - 1500 hommes en armes dans la cité avec journalistes embarqués -, après les «  sanctions exemplaires » exigées par Sarkozy, après les condamnations démesurées des émeutiers au printemps dernier - 3 ans ferme pour jet de pierre -, ce sera le procès de la « banlieue-tueuse-de-flics », chargé de réconcilier le pouvoir avec l’électorat du Front National et tous les flippés de France.

On négligera que les deux seuls morts dans cette affaire, ce sont Lakhamy et Moushin, deux adolescents tués dans un curieux « accident » avec une voiture de police. On fera semblant d’oublier que les secours à peine arrivés, un porte-parole du ministère de l’Intérieur annonçait déjà aux médias que les policiers n’étaient pour rien dans ces morts. On évitera bien d’évoquer que c’est le déferlement de cars pleins de CRS sur la cité qui a déclenché l’émeute. Puisqu’il faut des « coupables » sur qui déchaîner la vengeance de l’Etat, il faut un procès, un procès pour l’exemple. En l’absence de la moindre preuve, ce sera un procès de témoignages, ce sera parole de flics et de délateurs anonymes rémunérés contre parole de«  jeunes », devant un jury d’assises.

Jusqu’à la mort de Lakhamy et Moushin, Villiers-Le-Bel, c’était une petite ville discrète du Val d’Oise - la gare, la Cerisaie, la ZAC, le PLM, les Carreaux, les Burteaux... Depuis les émeutes, Villiers, ce n’est plus une ville, c’est un symbole, un enjeu, un fantasme. Le pouvoir y projette toutes ses angoisses sécuritaires, et d’abord sa crainte qu’à l’occupation policière des quartiers réponde l’émeute organisée, que ceux que l’on braque au flashball depuis dix ans finissent par mettre les flics dans le viseur. Chaque soir de l’année, les boulevards de Villiers ne sont plus qu’un ballet des différents corps de police - UTEQ, gardes mobiles, CRS, BAC, etc. -, en attendant l’inauguration du nouveau commissariat de 360 hommes. C’est une expérimentation où l’on cherche à déterminer le niveau de pression policière, de provocations que peut supporter un quartier sans exploser. La sensation, ici, ce n’est pas de vivre en marge de la société, mais dans le laboratoire de son futur. S’il y a dans l’avenir proche un risque de soulèvement, ce qui est sûr c’est que c’est à Villiers que le pouvoir s’entraîne à le gérer. N’importe qui se promène ici dans la rue après 17 heures comprend : L’Etat et ses patrouilles de Robocops façon Gaza ne cherchent pas à ramener l’ordre là où règnerait le désordre, mais à provoquer le désordre au bon moment pour pouvoir être vu comme ceux qui ramènent l’ordre, quand s’approchent les élections.

En vérité, cette société est devenue si incapable de dire positivement ce qu’elle est ni ce qu’elle veut, qu’elle ne sait plus se définir que contre la banlieue. C’est pourquoi le pouvoir veut faire du procès de Maka et des autres le procès des « tueurs de flics » : pour souder autour de lui une société en perdition. Nos amis n’ont pas à payer pour cette perdition, ni pour le salut des gouvernants. Le procès qui leur est intenté ne vise pas, au fond, à établir la responsabilité d’actes précis, c’est le procès d’un événement dans son entier, et plus que d’un événement encore, celuid’une séquence historique. Une séquence historique qui s’est ouverte avec la mort de Zyed et Bouna et les émeutes de 2005, et que le pouvoir voudrait finir d’étouffer par un procès d’assises à grand spectacle.

Le problème, c’est que la rage et la révolte qui se sont exprimés là ne s’y laisseront pas étouffer. Un autre est que ces explosions-là ont résonné et résonnent encore dans bien d’autres coeurs que celui des dits « jeunes des cités ». Un autre encore est que cette nouvelle opération d’isolement est peut-être en passe d’échouer définitivement. Des cloisons se sont brisées, des mains qui se cherchaient à tâtons se sont trouvées.

Nous en appelons à tous ceux qui ne supportent plus l’occupation de nos vies par la police. Nous ferons tout pour que ce procès ne soit pas une nouvelle occasion de légitimer cette occupation par les désordres qu’elle produit.

Nous refusons que nos frères payent pour les angoisses des gouvernants. Cela fait déjà deux ans qu’on les tient enfermés.

Nous refusons que des dizaines d’années d’emprisonnement soient distribuées sur la base de témoignages anonymes rétribués par la police.

Nous refusons le scénario du gouvernement. Nous avons deux mois pour le chambouler.

Plusieurs dates sont déjà prévues dans cette tournée de soutien qui se déroulera du 20 mai au 15 juin 2010. Une manifestation partira le samedi 19 juin à 14h de la gare de Pontoise. Un programme partiel sera rendu public dans les semaines qui viennent.

Prenez contact avec nous. Organisez des soirées de soutien, des débats, des projections, des actions. Rencontrons-nous.

Comité de soutien aux inculpés de Villiers-le-Bel Collectif Respect-Vérité-Justice de Villiers-le-Bel

Pour nous soutenir financièrement (avocats et campagne de soutien), vous pouvez obtenir les coordonnées bancaires du collectif de soutien de Villiers le Bel en écrivant à : respectveritejustice[at]gmail[point]com

Documents joints

2 Messages de forum

  • Merci de diffuser également les appels à mobilisation, qui sont disponibles dans

    http://www.soutien-villierslebel.co...

    notamment pour la région parisienne : 18 Juin - Paris - A la CIP (Coordination Intermittents et Précaires) - 14-16 Quai de la Charente, 75019 Paris (Métro Corentin Cariou).

    Débat à partir de 18h/18h30, bouffe et Bar prix libre, et concerts à partir de 21h30.

    19 Juin - Pontoise - MANIFESTATION 15H devant la gare.

  • Que tu prêtes ou non une quelconque réalité à la fiction judiciaire, tu le reconnaîtras : le déroulement du procès des cinq habitants de Villiers-le-Bel accusés d’avoir tiré sur la police en 2007 repousse toutes les limites du dit État de droit. Charges réduites à néant, témoins fallacieux et douteux coups de théâtre mettent à nu ce qui se joue là. La police a fait main basse sur la cour d’assises.

    A Villiers-le-Bel, "un policier à l’instinct prémonitoire" (® F. Louvrier)

    À un billet daté du 23 avril, Franck Louvrier [1], conseiller en communication de l’Élysée qui revenait sur l’affaire de cette automobiliste voilée verbalisée à Nantes, avait trouvé ce titre magnifique : Un policier à l’instinct prémonitoire.

    Façon de rendre grâce au prétendu flair d’un uniforme soupçonnant que le voile de la conductrice pouvait dissimuler de plus importants délits - en l’occurrence, une très médiatique fraude aux aides sociales.

    Et manière de souligner que ce représentant de l’ordre était à la pointe d’un débat national [2].

    La prose de Franck Louvrier n’a (bien entendu) aucun intérêt - son blog n’a d’autre but que d’accueillir, avec une régularité variable, des billets ineptes censés habiller les clichés de sa pomme que le conseiller publie avec gourmandise.

    Mais il convient d’en conserver cette jolie expression - policier à l’instinct prémonitoire.

    Et de constater combien, en notre joli pays, la police et sa hiérarchie plus ou moins directe [3] savent parer de mots ronflants ses très nombreux errements.

    • Retiens cela : les membres des forces de l’ordre ont toujours - c’est presque subséquent à leur fonction - un instinct remarquable, voire divinatoire.

    Et il ne saurait être question de le remettre en cause, non plus que de douter de la parole policière.

    Tu accueilleras donc sans ricanements le témoignage de ce lieutenant qui, aujourd’hui au procès des inculpés de Villiers-le-Bel, a miraculeusement identifié l’un des accusés pour tireur, quand il avait été incapable de le faire depuis novembre 2007.

    Un souvenir tardif mais ô combien bienvenu, alors que les témoins font faux-bond en une débandade d’anthologie et que les charges s’envolent comme fétu de paille.

    « Je le reconnais formellement. Je l’ai vu une fraction de secondes sortir la tête d’un bosquet. Il avait une capuche claire… », explique ainsi le policier.

    Lequel met sa relative lenteur au démarrage - deux ans et demi , quand même… - sur le compte du traumatisme subi pendant les affrontements de Villiers-le-Bel : « Lors de ma déposition, je n’étais pas dans un état normal. »

    C’est logique : la physionomie est affaire de patience.

    Et le lieutenant a d’abord dû « sublimer » - si, si, c’est le terme qu’il emploie … - les événements de novembre 2007 avant de retrouver l’exacte mémoire de ce « visage émacié, en triangle », surgissant selon la (célèbre) « technique du dindon » [4].

    Chose faite, donc : le policier a « formellement » reconnu pour tireur (sans doute entre deux bonds et gloussements de dindon) ce « diable qui sortait de sa boîte de pandore ».

    Il était temps….

    L’ensemble - langage fleuri et maladroit pour un témoignage policier tombant à point tellement nommé que c’en relèverait presque de l’intervention divine - pourrait prêter à rire si la liberté d’hommes ayant déjà passé un an et demi en taule n’était en jeu.

    Et si ce témoignage évidemment mensonger ne venait s’ajouter à une si longue liste de flagrantes et éhontées manipulations qu’elles devraient suffire à pulvériser toute croyance en l’existence d’un État de droit chez le plus naïf des républicains.

    Il n’y a finalement rien de drôle, donc, à ces témoignages dénonçant les prétendus tireurs, obtenus contre promesse de monnaies sonnantes et trébuchantes - « On a voulu créer un électrochoc dans cette cité », explique Jean Espitalier, l’ancien patron de la police judiciaire de Versailles, à propos de ces incitations financières à balancer.

    Non plus qu’à cette justice se rendant sous X, l’essentiel des charges reposant sur la parole de gens qui n’en ont plus puisqu’ils peuvent avancer n’importe quelle accusation sous le couvert de l’anonymat.

    Il n’y a rien de drôle, non plus, à ce procès mené par une présidente à l’évidence partiale - « La juge (…) m’interrogeait avec agressivité, et alors que je refusais de dire des choses que j’ignore ou que j’ai découvertes dans la presse, elle m’a rappelé que je parlais sous serment, ce qui signifiait que je mentais », raconte ainsi l’élu PS Ali Soumaré, cité comme témoin.

    Et encore moins au verdict qui se profile, apparence de justice rendue alors même que toutes les apparences - justement - ont fondu comme neige au soleil (quatre des cinq témoins sous X se sont désistés et le cinquième s’est révélé être un informateur de la brigade des stupéfiants de Sarcelles).

    Il n’y a rien de drôle, enfin, dans ces témoignages venus, de nulle part et au dernier moment, renforcer une thèse policière sinon largement mise à mal - qu’il s’agisse de ce lieutenant prétendant reconnaître, deux ans après, l’un des tireurs ou de cet ancien prisonnier qui, apprenant la tenue du procès dans Le Parisien, se serait laissé guidé par le « sentiment de culpabilité » pour venir rapporter de vieilles confidences de cellule [5].

    . Le procès de Villiers-le-Bel n’est qu’un évident simulacre, si bidonné que ses instigateurs et exécutants ne parviennent même plus à préserver cette fiction de justice qu’ils s’entendent d’ordinaire à conserver.

    Et la charge policière s’y substitue au droit : l’audience est aussi policière que l’enquête qui l’a précédée et les forces de l’ordre ont fait main basse sur la cour d’assises - les plaignants sont des policiers blessés dans les émeutes de novembre 2007, une partie des témoins aussi, et le verdict (rendu devant une assistance largement policière) sera lui-même éminemment policier.

    Certains se féliciteront de l’évidente mise à nu de la machine judiciaire s’opérant en cette occasion - chère payée pour ceux qui vont en faire les frais.

    Mais ce qu’elle dit de la dégradation du dit État de droit - qu’on croie ou non à cette fiction, il est d’évidents paliers dans la protection accordée aux individus devant la machine judiciaire - devrait inquiéter quiconque, habitant de Villiers-le-Bel ou d’ailleurs.

    Bref : Police partout (et surtout au tribunal), justice nulle part (et surtout pas au tribunal).

    JBB Article XI

    Notes

    [1] Oui, oui : il a un blog…

    [2] « Son action soulève surtout un vrai problème de société, écrivait ainsi Franck Louvrier : se vêtir ainsi d’un niqab est-il conforme à l’idée que nous nous faisons en France de la dignité de la femme ? »

    [3] Ne mégotons pas… Le conseiller en communication Franck Louvrier, parce qu’il est au plus près de l’exécutif et qu’il l’influence, n’est pas si éloigné de la hiérarchie policière. Indirectement, mais certainement - le président n’est-il pas d’abord celui des policiers depuis son passage à l’Intérieur ? - , il en fait partie.

    [4] Comprendre, d’après le lieutenant en question, qu’il sortait « sa tête à hauteur différente pour éviter les tirs ».

    [5] Lequel témoin a en sus menti à l’audience, expliquant avoir été condamné pour une gifle sur son épouse alors qu’il s’était rendu coupable d’agression sexuelle sur un mineur de moins de 15 ans…

    Voir en ligne : texte original


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