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[Afrique du Sud] Grévistes massacrés en défense du capital

samedi 25 août 2012, par WXYZ

A la suite du massacre de la mine de Marikana le 16 août dernier, et les jours précédents, nous publions deux documents provenant de deux organisations sociales des « damnés de la terre » sud-africains opposées au gouvernement de Jacob Zuma et de l’ « alliance tripartite » de la gauche politique et syndicale regroupant l’ANC, le Parti Communiste et le Congrès des syndicats (COSATU).

Le bilan total officiel des tueries s’établit actuellement à 44 morts, 34 lors de l’assaut policier et 10 autres (dont 2 policiers) au cours des attaques précédentes menées soit par la police, soit par des gardes de sécurité, soit par des nervis du syndicat officiel des mineurs (NUM), le 10 août dernier, qui voulaient empêcher par la force le déclenchement de la grève, déclarée « illégale » par le gouvernement car échappant au syndicat officiel des mineurs.


Tandis la direction de l’ANC exprimait ses « condoléances » aux familles des victimes et que la COSATU appelait les travailleurs sud-africains à « maintenir la cohésion et l’unité face aux tentatives de division et de déstabilisation », en référence au syndicat dissident AMCU (Association des mineurs et du syndicat de la construction), le Parti Communiste d’Afrique du sud n’a pas hésité à aller encore plus loin dans l’ignominie. Après le massacre, non seulement il défend l’action de la police mais a exigé l’« arrestation immédiate » des leaders du syndicat AMCU dont le développement dans cette mine est directement né du conflit en cours, qu’il accuse de semer le chaos sous prétexte de conflit social (et d’être selon les termes du communiqué, « les coordonnateurs, les planificateurs et les leaders de cette violence anarchique entre travailleurs », “SACP North West Media Statement, 17 August 2012”). Dans le même communiqué, le PC demande la création d’une « commission d’enquête présidentielle » spécialement sur le syndicat AMCU lui-même « partout où il s’implante », de vérifier s’il ne commet pas d’illégalités, de « renforcer la LRA, [la loi sur les relations du travail] sur la formation des syndicats » contre « la situation actuelle où les individus ont le droit de former un syndicat comme d’ouvrir des comptes personnels ou de souscrire des polices d’assurance », et finalement de tout faire pour empêcher qu’il se développe.

Les 3/4 des mineurs ont désobéi aux injonctions à reprendre le travail et aux menaces de licenciements proférées, sous forme d’un ultimatum aux grévistes, par la direction de la société Lomnin exploitant la mine de platine de Marikana, société au conseil d’administration de laquelle siège Cyril Ramaphosa, milliardaire, membre éminent de l’ANC, de la Coca-Cola Compagny, du conseil d’administration d’Unilever Afrique du sud, patron entre autre des 145 restaurants de la franchise Mc Donald’s dans le pays, ex-sympathisant communiste et ancien dirigeant du syndicat des mineurs NUM. 

Le mouvement se poursuit. L’ultimatum de la direction a été annulé. Dans au moins deux autres mines – celle de Thembelani de la société Anglo American Platinum’s (Amplats) et celle de Rasimone de la compagnie Royal Bafokeng Platinium – des revendications ont été formulées et des débrayages ont eu lieu dans la semaine. L’attaque meurtrière de la police a aussi laissé 78 blessés hospitalisés. Plusieurs centaines de grévistes ont été arrêtés et passés à tabac par les policiers. Plus de cent plaintes pour violence auraient été déposées contre la police.

Passées les obsèques officielles, tout peut de nouveau encore arriver dans ce conflit de classe qui, d’ores et déjà, marquera un tournant dans une période post apartheid qui avait vu se nouer une alliance entre la vieille bourgeoisie blanche, surtout d’origine britannique et industrielle qui détenait, et détient encore pour l’essentiel, les leviers économiques de l’accumulation et la « nouvelle bourgeoisie » noire montante, de gauche, politique et syndicale, issue de la lutte contre l’apartheid et dont les compromissions intéressées de ses leaders et apparatchiks ont permis d’accélérer sa victoire, de s’emparer des institutions du pouvoir politique et à partir de 1994 de se voir attribuée une fraction de la propriété du capital, notamment dans les assurances, les banques, le secteur minier (jusqu’à 26% selon la Charte minière de 2002).

Un compromis historique, une alliance de classe et d’intérêts bien compris que ce conflit, et cette sanglante répression du mois d’août 2012, a au moins le triste mérite de révéler au grand jour, si l’on ne s’arrête pas à ce que répète en boucle la presse mainstream reprenant la thèse dominante du conflit qui serait intersyndical et causé par la surenchère d’un petit groupe d’agitateurs… air connu.

Nous publions deux documents qui illustrent bien le contexte de ce conflit et montrent qu’il n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein, mais s’inscrit dans une longue histoire de misère, d’exploitation, de rébellions et de répression que la fin de l’apartheid, il y a 20 ans, n’aura modifié qu’en surface.

XYZ


« Marikana montre que nous vivons dans une prison démocratique »

par Bandile Mdlalose (mouvement Abahlali baseMjondolo)

L’Afrique du Sud a la plus belle Constitution de tous les pays. Sa beauté est parfaitement attestée et respectée. Mais nous vivons dans une prison démocratique.

Nous devons saluer le combat du Docteur Nelson Mandela, de Steve Biko et les luttes de la communauté des années 1980, de la jeunesse de 1976 [Soweto] et des ouvriers de 1973 [vague de grèves dans la région de Durban]. Les luttes du passé ont vaincu les Boers Blancs et nous ont apporté la démocratie avec tous ces beaux droits sur le papier. Nous avons tant de droits attestés, comme le droit au logement et à la protestation. Mais chaque jour, nos droits sont violés par les Boers Noirs. Ils ont fait le serment de protéger nos droits, mais le serment était un faux serment.

Au lieu de soutenir les luttes du peuple afin que nous puissions faire une véritable démocratie et faire de nos droits une réalité, ils envoient leurs forces de sécurité et de police pour expulser les pauvres, pour nous enfermer en dehors des villes et écraser nos luttes. Au lieu de travailler avec le peuple pour transformer la société, ils répriment le peuple pour protéger la société inégalitaire qu’ils ont pris en charge en 1994.

Les politiciens ne se sont pas unis avec le peuple. Ils se sont unis avec les capitalistes. Le résultat de cette nouvelle alliance entre les politiciens et les capitalistes, c’est que le 1% de l’élite prend pour elle-même la plupart des fruits de cette démocratie. Les classes moyennes ont toujours leurs belles vies, mais pour les pauvres, avec ou sans emploi, les choses ont empiré et elles continuent d’empirer.

Les arrestations, les passages à tabac, la torture, la destruction des maisons des gens et les tueries ont continué après l’apartheid. Maintenant, nous avons aussi le massacre.
Chaque année, les Boers Noirs nous disent de nous rappeler de 1976, mais ils ne disent rien à propos de la répression de nos luttes après l’apartheid. Ils ne disent rien à propos de Thembinkosi Mpanza et de Vukani Shange, abattus par la Farm Watch [gardes armés, association des fermiers dédiée à la Surveillance des Fermes] à eMasangweni en 2006. Ils ne disent rien au sujet des attaques de la police contre Abahlali baseMjondolo en 2008, les attaques armées contre notre mouvement à Kennedy Road [Durban] en 2009 et la répression de la Campagne anti-expulsion [Anti-Eviction Campaign], le Mouvement des Sans Terre [Landless People’s Movement], le Mouvement des Chômeurs [Unemployed People’s Movement]. Ils ne disent rien à propos de l’assassinat par la police de Andries Tatane l’année dernière ni de la longue liste des personnes qui ont été tuées par la police alors qu’ils protestaient.

Maintenant que les grévistes de Marikana ont été tués, ils en parlent comme s’il s’agissait d’une catastrophe naturelle, alors qu’en fait c’est une catastrophe politique perpétrée par les capitalistes et les politiciens.

Allons-nous rester les bras croisés et regarder chacun de nos mouvements se faire écraser un par un ? Combien d’entre nous doivent mourir avant que nous soyons reconnus et inclus dans la société ? Combien d’entre nous doivent mourir avant que la terre et la richesse soit équitablement partagées et que chacun ait son mot à dire dans toutes les décisions qui le concernent ? Quand les opprimés se lèveront-ils et parleront-ils d’une seule voix ?

Nous sommes traités comme cela parce que nous sommes pauvres. Nous ne sommes pas autorisés à exercer nos droits face au gouvernement. Sur le papier, les droits sont pour tout le monde. En réalité, ils ne sont là que pour les riches. Nos droits sont bien connus car ils sont écrits, mais ils ne sont pas mis en application. L’alliance entre les politiciens et les capitalistes a créé une prison démocratique. Nous pouvons voter, mais seulement pour notre propre oppression. Nous pouvons voter, mais l’État continue d’ignorer la loi quand il s’agit de pauvres. Il est normal pour nous d’être expulsés et réprimés, même si ces choses sont illégales. C’est pourquoi les gens commencent à appeler les politiciens des Black Boers [des Boers Noirs]. Oui, ils gouvernent le pays, mais ils ne le gouvernent pas pour nous ou avec nous.

Pendant des années, les luttes de la communauté ont été attaquées. Qui aurait imaginé que les luttes actuelles des travailleurs seraient également attaquées par la police ? La lutte se propage à partir des cabanes vers les mines et des mines elle revient aux cabanes. En regardant le silence de la COSATU [confédération des syndicats] et l’ensemble des associés des Boers Noirs, je ne peux pas m’empêcher de me demander ce qu’il va se passer à partir de maintenant. Il semble que les pauvres sont de notre côté. Il semble que beaucoup d’entre nous devront être emprisonnés, battus et tués avant que nous comptions dans cette société.

Je souhaite que chaque personne regarde soigneusement cette soi-disant démocratie. Je souhaite à chacun et chacune de se demander si nous sommes réalistes quand nous disons que nous sommes dans une démocratie ou si nous vivons vraiment dans une prison démocratique. Il est clair que nous n’avons pas réellement les droits et libertés qui sont écrits dans la Constitution. Il est clair que nos gouvernants utilisent la force armée pour nous exclure de la société et pour nous réprimer quand nous résistons. Regardez ce qui est arrivé à Abahlali baseMjondolo en 2009. Regardez ce qui est arrivé au Mouvement des Sans Terre en 2010. Regardez ce qui est arrivé à Andries Tatane l’année dernière [un manifestant abattu en pleine rue par la police en avril 2011]. Regardez ce qui est arrivé au Mouvement des Chômeurs récemment. Regardez ce qui est arrivé aux grévistes de Marikana.

Ne nous leurrons pas en disant que nous sommes dans un pays démocratique alors que nous sommes dans une prison démocratique.

Les Boers Noirs pensent que nous, les pauvres, nous sommes ‟Dom”. Ils pensent qu’en nous faisant voter pour eux et qu’en nous souvenant de la lutte contre les Boers Blancs, nous penserons que nous sommes ‟Free”[2]. Nous avons seulement été libérés du régime de l’apartheid et de la domination des Boers Blancs, mais le même système qui rend certaines personnes riches et d’autres pauvres existe toujours. Le même système qui maintient solidement les pauvres à l’écart et réprime nos luttes existe toujours.

Il est clair que ce pays est dirigé par la main sanglante et que, tant qu’il est pris par la même main sanglante, nous continuerons à verser notre sang. Mais nous les pauvres nous devons mettre un terme à cela et nous libérer de telle sorte que nos enfants soient heureux de vivre dans notre pays. Nous devons façonner notre propre avenir, car de la façon dont nous vivons, nous ne faisons que garantir l’avenir des Boers Noirs. Nous avons besoin d’un pays dans lequel il n’y a plus de Boers, de quelque couleur qu’ils soient. Nous avons besoin d’un pays où nous sommes tous, juste des gens, des gens qui comptent tous autant et ont les mêmes droits.

Personne ne nous fournira la liberté. Nous devons nous battre pour prendre notre propre liberté dans nos propres mains. Mais la politique de la main sanglante est la politique des Boers, noirs et blancs. Notre politique doit être différente et meilleure. Notre politique doit être la politique d’un peuple organisé, uni et déterminé.

Bandile Mdlalose

Bandile Mdlalose est la secrétaire générale du mouvement Abahlali baseMjondolo.

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Note de la traduction :

[1] En septembre 2009, un rassemblement contre les conditions de vie, organisé par le mouvement Abahlali baseMjondolo (AbM) dans le bidonville de Kenedy Road (Durban, province du KwaZulu-Natal) a été attaqué par une bande d’une quarantaine de nervis et de militants locaux de l’ANC équipés d’armes à feu, de bâtons et de couteaux.
Cette descente, qui s’est faite en plusieurs fois, procédait à la fois du nettoyage ethnique (nationalisme zulu) et de la liquidation politique (écraser un mouvement social dissident en pleine expansion). La police, présente sur place, n’est pas intervenue. Il y a eu plusieurs morts, les cabanes des militants du AbM détruites, ces militants ont été arrêtés ou contraints à la clandestinité et un millier de sans-abris non-zulus (sur 7 000 habitants du bidonville) contraints de quitter les lieux. Des cadres de l’ANC sont ensuite venus prendre le contrôle politique du bidonville.

[2] Jeu de mots à partir de Freedom : Free = libre et Dom, qui vient de l’anglais et du hollandais anciens, et voulant dire : appartenant à un domaine, à un territoire, à une juridiction. Ainsi, on est “free” ou “dom” ; c’est pas la même chose…

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Ce mouvement des shack dwellers (littéralement « habitants des cabanes ») s’est donné le nom d’Abahlali baseMjondolo (en zulu, « mouvement des habitants des cabanes de bidonvilles »).
C’est à la fois un mouvement de défense des habitants des cabanes, des squatters, pour une vie digne, le « droit à la ville », mais aussi un mouvement de base qui cherche à construire une « politique de l’opprimé », dans une démarche autonome, « par et pour les pauvres ». AbM refuse les partis politiques, boycotte les élections (« No land, no house, no vote ! »), se réfère à l’autonomie, pratique l’action directe et la désobéissance, insiste sur les processus délibératifs et démocratiques, regroupe les habitants sans tenir compte de l’ethnie ou la nationalité, évoque parfois la perspective d’un « communisme vivant ».
Le mouvement est né en 2005 dans le bidonville de Kennedy Road (banlieue de Durban). Il existe maintenant dans les villes de Pietermaritzburg et la zone ouest du Cap.

Sur ces luttes urbaines post apartheid, voir cet article paru dans Echanges n°131 (hiver 2009-2010).

http://mondialisme.org/spip.php?article1434

Sur le mouvement d’Abahlali baseMjondolo, des informations ici :

http://www.lavoiedujaguar.net/Abahlali-baseMjondolo-les

http://www.lavoiedujaguar.net/Abahlali-baseMjondolo-et-la-lutte

Site du mouvement :

http://abahlali.org/


« Le massacre des mineurs de Marikana : une monumentale escalade de la guerre contre les pauvres »

par Ayanda Kota (Mouvement des Chômeurs)

Cela fait maintenant deux jours qu’a été perpétré le bain de sang, froid, brutal, cruel et impitoyable de 45 mineurs de Marikana par les services de la police sud-africaine. Cela a été un massacre !

L’Afrique du Sud est le pays le plus inégalitaire du monde. La quantité de pauvreté est extravagante. Dans chaque township, il y a des cabanes sans assainissement ni électricité. Le taux de chômage se maintient autour de 40%. L’inégalité économique va de pair avec l’inégalité politique. Partout les militants sont confrontés à la répression sévère de la police et aux structures locales du parti.

L’exploitation minière a été au centre de l’histoire de la répression en Afrique du Sud. Les mines ont fait que Sandton soit Sandton [quartier d’affaires de Johannesburg] et que les bantoustans du Cap-Oriental soient les lieux désolés qu’ils sont encore aujourd’hui. L’exploitation minière en Afrique du Sud a également fabriqué des élites riches en Angleterre en exploitant des travailleurs en Afrique du Sud. Vous ne pouvez pas comprendre pourquoi la population rurale du Cap-Oriental est pauvre sans comprendre pourquoi Sandton et la City de Londres sont riches.

L’exploitation minière s’est récemment retrouvée aux informations en Afrique du Sud. Malema [ex-président de la Ligue de la jeunesse de l’ANC, exclu en début d’année pour indiscipline], un démagogue corrompu et autoritaire qui représente une faction de l’élite BEE [Black Empowerment Economy, mesures de discrimination positive], s’en est est allé exiger la nationalisation. Les forces progressistes à l’intérieur et à l’extérieur de l’alliance s’opposent à Malema, car il représente la fraction la plus prédatrice de l’élite et recherche une caution massive pour ses amis qui possèdent des mines non rentables. Ce que nous défendons, c’est la socialisation, sous contrôle ouvrier, des mines. Nous voulons également des réparations pour les centaines d’années d’exploitation.

Les choses commencent à changer, mais pas pour le mieux. Khulubuse Zuma, le neveu du président et Zondwa Mandela, le petit-fils de l’ancien président, et bien d’autres ayant des liens familiaux étroits avec les politiciens, sont devenus des magnats de la mine du jour au lendemain. La Chine, en pillant nos ressources, a elle aussi rejoint le train en marche.

Frans Baleni, le secrétaire général du Syndicat national des mineurs (NUM) gagne 105 000 rands par mois [10 000 euros]. Le NUM est devenu une voie d’accès à de hautes fonctions dans le gouvernement et même à des places dans les conseils d’administration des sociétés minières. Le syndicat est en train de perdre toute crédibilité dans les mines. Il est clair qu’il est maintenant coopté dans le système et qu’il fait partie des structures de contrôle. C’est la police qui utilise le NUM pour s’adresser aux travailleurs. La trahison des travailleurs par Baleni a fait de lui un homme très riche - un homme riche qui condamne et essaie d’en finir avec les luttes des pauvres. Il n’est pas surprenant que les travailleurs rejettent le NUM, en essayant de construire un syndicat alternatif ou en agissant par eux-mêmes, sans aucun syndicat qui les représente. Les travailleurs ont raison de chasser les dirigeants du NUM loin de leurs grèves.

La mine de Marikana est la plus riche mine de platine du monde, et pourtant ses travailleurs vivent dans des cabanes. La plupart des travailleurs qui ont été assassinés sont des foreurs de roches, le travail le plus difficile et le plus dangereux dans la mine. Ils font le travail le plus dangereux dans la mine et pourtant ils ne gagnent que 4000 rands par mois [380 euros]. Par leur sang et leur sueur dans les mines, ils ne produisent pas seulement de la richesse qui leur est aliénée, ils produisent aussi les gros chats, qui boivent du vin et dinent sur des corps nus et appellent cela des sushis.

Les travailleurs qui occupaient la colline sont venus de nombreux endroits, y compris du Swaziland et du Mozambique. Mais la plupart d’entre eux venaient de la région rurale du Cap-Oriental, des anciens bantoustans où les gens vivent leur vie comme des morts vivants soumis à des chefs, sans travail, sans terre et sans espoir. Chaque rand [entre 9 et 10 centimes d’euros] qu’ils arrachent aux capitalistes est un rand qui va à la partie la plus pauvre du pays. La partie du pays qui a été la plus dévastée par les mines au cours du siècle dernier. Nous fêtons chaque rand que les travailleurs reprennent des mains des capitalistes et nous soutenons totalement leur revendication d’un salaire de 12 500 rands par mois [1190 euros]. Est-ce que Baleni ou Nzimande [secrétaire général du Parti Communiste et ministre de l’Enseignement supérieur et de la Formation professionnelle] ou Zuma accepteraient 4000 rands par mois ? Si ce n’est pas le cas, pourquoi quelqu’un d’autre l’accepterait ?

Les grévistes voient les dirigeants du NUM comme des traîtres. Ils se sont dissociés du NUM parce qu’ils ont vu qu’il fallait se dissocier de l’alliance des capitalistes et des entrepreneurs qui dirigent l’ANC. Leur décision de rompre a été très courageuse ! Nous allons devoir nous dissocier dans tous les secteurs si nous voulons construire un véritable mouvement pour le changement.

Sous l’alliance tripartite [ANC-Parti Communiste-COSATU, au pouvoir depuis 1994] les travailleurs se détachent du socialisme ; ils sont seulement invités à voter pour le parti au pouvoir. Rien n’est fait pour qu’ils forgent leur conscience sociale dans la lutte. Ils sont encouragés à participer à la politique sensationnaliste, la politique de savoir qui doit diriger et qui doit être éliminé. Ils sont encouragés à voir les communautés et les travailleurs qui s’organisent de manière indépendante comme leurs ennemis.

Il est facile de décider de ne pas décider. Il est beaucoup plus difficile de prendre une décision significative de risques et de promesses. Pour les mineurs, se séparer des amis de Baleni et de l’alliance tripartite a été une décision courageuse. Ils comprennent que le courage est un élément important de toutes les luttes. Ils comprennent qu’il n’y a pas de solution miracle dans la lutte pour une société plus juste, une société qui respecte et défende les droits des travailleurs et la nature, une société qui sera régie sur le principe de chacun selon ses besoins. Cette société-ci est fondée sur chacun de ses membres, selon les liens politiques qu’il entretient avec l’élite qui s’est emparé de l’ANC et ses partenaires de l’alliance.

Si les grévistes avaient protesté sous la bannière de l’alliance tripartite, ils n’auraient pas été abattus. Les grèves de la COSATU (Congress of South African Trade Unions) ont souvent été violentes, mais leurs membres n’ont pas été tirés comme des animaux. En fait, les campagnes de soutien à Zuma dans son procès pour corruption et viol étaient pleines de menaces de violence et pourtant les partisans de Zuma n’ont pas été abattus.

Avant que les mineurs occupent la colline, ils avaient fait le serment qu’aucune balle ne les en dissuaderait. Ils étaient prêts à se battre et à mourir pour obtenir une part équitable de la richesse de cette mine, pour eux-mêmes et leurs familles. Ce que cela démontre, c’est que ce sont des gens qui étaient au courant des risques que leurs décisions impliquaient, qui avaient réfléchi soigneusement à ces risques, guidés par leur conscience et en avaient conclu qu’ils étaient prêts à faire face aux conséquences qui pourraient survenir.

[…]

L’immense courage des mineurs qui se sont rassemblés sur la colline Nkaneng a été merveilleux. Ils étaient prêts à résister réellement. Ils étaient prêts à faire face à des risques réels. Nous ne voyons pas ce courage au sein de la gauche. En fait, la plupart de la gauche a abandonné la lutte réelle dans les communautés réelles au profit de réunions, de conférences et des courriers électroniques. La gauche est devenue quelque chose qui ressemble au fonctionnement des ONG. Cela consiste à transporter par autobus de pauvres Noirs dans des réunions où ils n’ont aucun contrôle et qui sont très éloignées des réalités de nos luttes réelles. Il s’agit d’éduquer les pauvres et non pas de se battre avec les pauvres. Lorsque des luttes réelles se produisent dans des endroits comme les bidonvilles de Zakheleni, de eTwatwa ou de Kennedy Road, la majorité de la gauche n’est pas là. Mais quand il y a une grande conférence, ils sont tous là.

Le gouvernement de l’ANC a tué des travailleurs qui exigeaient une augmentation des salaires auprès d’une compagnie notoirement exploiteuse et très très riche. Les travailleurs gagnent seulement 4000 rands par mois [380 euros] en faisant le travail le plus dangereux. Le président de l’ANC et les ministres ne gagnent pas moins de 2 millions de rands par an [190 000 euros]. Et en plus de cela, la corruption est partout. Nos politiciens font partie de l’élite mondiale. Le permanent le plus en bas de l’échelle de l’ANC gagne pas moins de 20000 rands [1900 euros] sans compter les avantages.

Les mineurs de Marikana vivent dans des cabanes avec leurs familles. Le président de l’ANC a construit récemment une maison de maitre dans sa propriété, un manoir que les contribuables ont financé pour plus de 200 millions de rands (19 millions d’euros).

C’est le gouvernement de l’ANC qui tire sur des manifestants et les tue quand ils se battent pour l’affirmation de leur humanité. Ils ont récemment tué Tatane Andries. Ils ont tué au moins 25 autres personnes dans les manifestations depuis l’année 2000. Si vous êtes pauvres et noirs, pour l’ANC, votre vie ne compte pour rien.

Quelle leçon peut-on tirer de ce massacre des mineurs de Marikana ? La cruauté de ce gouvernement ne diminue pas, mais au contraire augmente avec le nombre de travailleurs et de chômeurs qui meurent de faim. Ils criminalisent nos luttes et militarisent leur police. Il est clair que quiconque s’organise en dehors de l’ANC, dans les communautés ou dans les lieux de travail, devra faire face à la répression sévère et violente du parti et de la police.

Le NUM et le SACP (Parti Communiste d’Afrique du Sud) ont dit très clairement de quel côté ils se trouvent. En soutenant le massacre et en appelant à plus de répression contre les travailleurs, ils ont montré très clairement qu’ils sont du côté de l’alliance impitoyable entre le capital et les politiciens. Ils ont déclaré très clairement qu’ils soutiennent la guerre contre les pauvres. Leurs réactions à ce massacre sont une honte totale. Aucune formation de gauche crédible en Afrique du Sud ou n’importe où dans le monde ne peut plus travailler avec le NUM ou le PC. La décision des mineurs de Marikana de se séparer de la politique corrompu et impitoyable de l’alliance s’est trouvée justifiée.

Les choses ne vont pas s’améliorer, mais ne vont faire qu’empirer. Quand l’élite au pouvoir se sent menacée, elle répond avec de plus en plus de violence. La guerre a été déclarée contre les pauvres et contre quiconque s’organise en dehors du contrôle de l’ANC. Nous sommes nos propres libérateurs. Nous devons nous organiser et continuer de construire en dehors de l’ANC. Nous devons faire face aux réalités de la situation que nous affrontons avec clarté et courage. Beaucoup d’entre nous seront emprisonnés et tués dans les années à venir.

Ce qu’ils ont fait ne pourra jamais être oublié ni pardonné.

Ayanda Kota

Ayanda Kota est le porte-parole du Mouvement des Chômeurs (Unemployed People’s Movement) à Grahamstown.

Le 24 août 2012

[ Présentation et traduction : XYZ pour OCLibertaire ]

7 Messages de forum

  • [Afrique du Sud] Grévistes massacrés en défense du capital

    4 septembre 2012 18:55, par Guerre de Classe

    TRES INTERESSANTS ARTICLES, VOICI NOTRE TRACT EN SOLIDARITE AVEC LES MINEURS EN GREVE :

    Quand les profits des capitalistes s’effondrent, ceux-ci répondent à la résistance prolétarienne par un bain de sang ! Ce ne sont pas ces meurtres qui mettront un terme au défi prolétarien en Afrique du Sud !

    Lorsque des mineurs de la mine de Marikana (d’où sont extraits 12% du platine produit dans le pays et qui est en même temps la plus riche mine de platine au monde), ainsi que des habitants du coin qui survivent dans des taudis misérables, ont manifesté le 15 août 2012 pour l’amélioration de leurs conditions de vie, la police –ce corps de protection du capital- a répondu par un massacre.

    L’État assassine 45 personnes en 5 jours pour réprimer les mouvements de protestation ! Mais les insupportables conditions de vie ne peuvent pas être balayées par un bain de sang. Le tic-tac de la bombe à retardement ne s’arrête pas… Et il fera sauter tout le système d’exploitation !

    Déjà le premier jour de la grève pour l’augmentation des salaires (le 10 août) s’est terminé par une tuerie : dix morts. La réponse du capital fut nécessairement meurtrière –le platine est une marchandise importante pour l’industrie automobile. Dès le début de la crise économique, des sociétés comme Lonmin ont perdu une partie de leurs profits, suite à l’effondrement de la production. Les émeutes dans les mines ont aussi causé la chute du prix de leurs actions. L’extension des luttes aux autres mines serait un sérieux coup de poing pour le capital minier, un coup de poing que le gouvernement du Congrès National africain (ANC) ne pourrait se permettre.

    Les courageux prolétaires de Marikana, dont certains sont originaires du Swaziland et du Mozambique, ont néanmoins décidé de poursuivre la lutte. Ni les tueries, ni les menaces et l’ultimatum de Lonmin pour la reprise du travail n’ont arrêté la grève. Au contraire, seulement 13% des ouvriers sont retournés au chagrin et la grève s’est même étendue à au moins deux autres mines. En outre, les jaunes sont massivement menacés et visés par les grévistes, à tel point que la police a déjà officiellement abandonné d’essayer de les protéger contre les représailles. Les prolétaires ont brandi le drapeau de la lutte et n’attendent pas que l’alliance tripartite constituée par l’ANC, le Parti « Communiste » Sud-Africain (SACP) et le syndicat COSATU propose une solution « compatissante » à leur problème.

    Ce n’est pas la première fois que le prolétariat en Afrique du Sud connait une telle expérience et s’affronte aux médiateurs de l’ordre capitaliste. Cette fois-ci, c’est le syndicat des mineurs NUM qui a essayé d’empêcher à tout prix la grève, en utilisant parfois la violence physique, afin de maintenir la paix sociale. Cette paix sociale signifie que les ouvriers continuent de vivre dans des bidonvilles, alors que l’ANC a dépensé pour les célébrations de son 100ème anniversaire au moins 9 millions et demi d’euros ; cette paix sociale oblige notre classe en Afrique du Sud à lutter pour avoir accès à l’eau potable et à l’électricité, alors que le nouveau palais du président de l’ANC coûtera 19 millions d’euros !

    Les prolétaires en République d’Afrique du Sud perdent leurs illusions. L’ANC est au pouvoir depuis 1994 et elle a prouvé qu’elle gère l’exploitation du prolétariat par le capital de la même façon que tout autre gouvernement. 40% de la population active est au chômage, dont la moitié est constituée de jeunes entre 18 et 24 ans. Le nombre de ceux qui vivotent avec des allocations sociales a augmenté de 2,5 millions en 1999 à 12 million en 2006.

    Quelques grèves massives ont éclaté en Afrique du Sud ces 2 dernières années : la grève des fonctionnaires en 2010 qui a duré 20 jours et durant laquelle 1,3 million de personnes prirent part, les grèves dans les industries minières, énergiques, pétrolières et métallurgiques en 2011, chacune comptant des centaines voire des milliers d’ouvriers qui y participèrent.

    Le mécontentement grandissant a aussi influencé l’alternance du pouvoir ; le président Thaba Mbeki fut remplacé en 2008 par un crétin plus populiste, Zuma. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que le prolétariat cherche sa voie dans la lutte et qu’il s’organise sous différentes formes : les comités de grève, comités de chômeurs, mouvements d’habitants des bidonvilles, etc. se multiplient. L’ANC au pouvoir, ainsi que le SACP côte à côte avec son alter ego grec le KKE, observent les luttes autonomes du prolétariat avec frayeur, de la même façon qu’ils ont été horrifiés par la possibilité dont ledit printemps arabe pourrait « infecter » notre classe en Afrique du Sud. L’État est déterminé à étouffer dans l’œuf toute propagation de la révolte, à la réprimer aussi durement qu’à l’époque de l’apartheid.

    La nouvelle bourgeoisie noire qui s’est développée grâce au programme « Black Economic Empowerment » (BEE) ne possède que 9% du capital dans les sociétés minières, mais les élites étatiques noires gèrent le rapport social capitaliste en Afrique du Sud. Le capital n’a ni nationalité ni race, mais afin de se valoriser, il requiert l’État et sa police qui assureront l’exploitation.

    Certains en appellent au socialisme de l’ANC et l’accusent de trahison, mais ce socialisme n’était rien qu’une ruse pour contrôler l’humeur de la classe ouvrière. Le Nationalisme Noir qui était censé être une opposition radicale au colonialisme britannique (qui a effectivement exproprié la terre, imposé des taxes et ensuite absorbé les Sans Terre comme force de travail bon marché) n’a jamais été rien d’autre qu’une variante de la même société de classe basée sur la même conflictualité de classe. Nelson Mandela lui-même a clarifié (déjà en 1964) l’essence nationaliste et bourgeoise de l’ANC : « L’ANC n’a jamais, à aucun moment de son histoire, préconisé un changement révolutionnaire de la structure économique de ce pays, il n’a aussi jamais […] condamné la société capitaliste. »

    L’ANC n’a donc pas trahi le prolétariat, mais était au contraire dès le début une expression de l’aspiration de la bourgeoisie noire vers la domination capitaliste. Les nationalisations ne sont rien d’autres qu’une tentative de la bourgeoisie noire de s’accaparer plus de richesses, de la même façon que la bourgeoisie suce le prolétariat au Venezuela, en Colombie, en Chine et à Cuba.

    Il est temps de revenir des illusions au sujet de la trahison des élites de l’ANC qui furent alimentées par les gauchistes. En même temps, il est nécessaire de refuser les aspirations à remettre le syndicat COSATU sur ses pieds, telles que demandées par quelques militants.

    Le prolétariat en Afrique du Sud, ainsi que partout dans le monde, doit se débarrasser des rapports sociaux qui lui sont imposés, il doit clairement refuser le capitalisme. C’est ce dont sont effrayés l’ANC, le SACP, le COSATU, toutes les fractions de gauche de la bourgeoisie et les ONG : un prolétariat autonome de leurs idéologies, un prolétariat qui lutte pour une vraie amélioration de ses conditions de vie, un prolétariat qui à travers sa lutte saisit les vraies causes de la pauvreté, de l’oppression, des meurtres étatiques et des guerres impérialistes… qui saisit les fondements de l’exploitation capitaliste, de la société de classe, de la séparation de tous d’avec les moyens de subsistance, de la production de marchandises en lieu et place de la production pour la satisfaction des besoins humains.

    Camarade prolétaire, n’oublie pas que l’usine n’est pas ton usine, la mine n’est pas ta mine, le bureau n’est pas ton bureau, l’école n’est pas ton école, ce pays n’est pas ton pays,… ce sont les différents lieux de ton exploitation, de ton aliénation, de ton expropriation des moyens de vivre,… ton lieu de travail, c’est ta prison, et d’une prison, ON S’ÉVADE,… ou mieux dit, ON LA DÉTRUIT !!!

    Le prolétariat n’a ni patrie, ni race. Il ne s’agit pas de la cupidité et de la « trahison » des élites.

    La répression sanglante en Afrique du Sud n’est que le présage de ce que le capital prépare pour le prolétariat en lutte partout dans le monde !

    Pour la satisfaction des besoins humains. Contre le capitalisme meurtrier.

    Pour le prolétariat combattif. Pour le Communisme.

    Groupe Guerre de Classe – août 2012 http://autistici.org/tridnivalka • tridnivalka@yahoo.com

    Nous publions ce tract simultanément en trois langues : anglais, français et tchèque, non parce que nous disposerions de traducteurs efficaces, mais par souci d’internationalisme d’une part, et parce qu’il est le fruit d’une activité commune entre des camarades de plusieurs expressions linguistiques d’autre part.

    Voir en ligne : Quand les profits des capitalistes s’effondrent, ceux-ci répondent à la résistance prolétarienne par un bain de sang !

  • [Afrique du Sud] Grévistes massacrés en défense du capital

    10 septembre 2012 13:06, par C.Hélène

    Afrique du Sud : Une nouvelle grève rassemble 15.000 mineurs

    Mis à jour le 10.09.12

    Un tiers de la main-d’oeuvre sud-africaine de Gold Fields, soit 15.000 mineurs, ont entamé une grève sauvage, la dernière en date à frapper le secteur minier du pays, a annoncé ce lundi le quatrième producteur mondial d’or. La grève a lieu alors que la police sud-africaine craint des violences à la suite de l’expiration du délai prévu pour la reprise du travail dans la mine de platine de Marikana, exploitée par Lonmin, où des heurts ont fait 34 morts parmi les mineurs, la plupart tués par la police, le 16 août. Gold Fields a trouvé un accord la semaine dernière pour mettre fin à une précédente grève sauvage, rassemblant 12.000 employés dans sa principale mine de l’est du pays, mais la contestation s’est désormais déplacée dans un site aurifère exploité par le groupe dans l’Ouest.

    La société a précisé ne pas connaître l’origine exacte de la grève de lundi, alors que le secteur minier est agité par le conflit entre le Syndicat national des mineurs (NUM), proche du gouvernement, et l’Association des mineurs et des salariés du bâtiment (AMCU), qui refuse de reprendre le travail à Marikana. Reuters

    • Le 3 septembre, jour des 162 premières libérations des grévistes de Marikana, un appel au débrayage lancé par un piquet de grève à la mine de Modder East à Springs, une ville située à environ 30 km à l’est de Johannesburg, est réprimé par la police et provoque 4 blessés.
      Armés de bâtons et de barres de fer, quelque 200 hommes licenciés en juin par la compagnie Gold One, que contrôlent des capitaux chinois, ont tenté de bloquer les accès à cette mine d’or. Les forces de l’ordre sont alors intervenues en fin de matinée pour disperser les manifestants à l’aide de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc.
      Après une grève sauvage organisée par le petit syndicat Ptawu, qui cherchait à être l’organisation représentative, Gold One avait licencié en juin plus de la moitié des salariés de la mine, soit 1 044 personnes.
      Le scénario est banal : les mineurs lancent une grève sauvage, la justice déclare le mouvement illégal avant que la compagnie exploitante ne licencie les grévistes… pour les réembaucher au compte goutte une fois le calme revenu. Ainsi, au début de l’année, la mine de platine d’Impala Platinum à Rustenburg (nord) a été paralysée plusieurs semaines par une grève illégale émaillée de violences qui ont fait trois morts et plusieurs blessés. La direction avait licencié pas moins 17 200 grévistes, avant d’en réembaucher la plupart.

      Le 5 septembre, les grévistes de Marikana ont organisé une marche-manifestation en direction d’une autre mine de l’entreprise Lonmin située à plusieurs kilomètres de là. Cette tentative d’entrer en contact avec ces mineurs, clairement pour les appeler à débrayer, a été bloquée par un important barrage policier.

      Le 6 septembre, libération de la plupart des grévistes incarcérés depuis le 16 août et poursuivis pour « violence publique » et « rassemblement interdit », après la suspension provisoire de leur inculpation pour meurtre.

      Le 10 septembre 2012, 15 000 mineurs sud-africains ont à nouveau débrayé dans une mine d’or (KDC West) exploitée à plus de 3 000 mètres de profondeur par le groupe Gold Fields (deuxième producteur local) dans la banlieue de Johannesburg dans un climat social toujours tendu par le bras de fer qui se poursuit à la mine de Marikana.

      Le 12 septembre, la tension persiste sur le front social, où des mineurs du géant Anglo American Platinum (Amplats) ont commencé à bloquer les routes de la « ceinture de platine » autour de Rustenburg (nord)

      Quelques articles de presse sur les derniers développements


      Afrique du Sud : des tirs de gaz lacrymogène contre des grévistes

      Mercredi 12 septembre, des grévistes qui voulaient bloquer un train à proximité de la mine d’or de Gold Fields à Carletonville, près de Johannesburg, ont reçu des tirs de gaz lacrymogènes de la part des gardes de sécurité, d’après la direction.
      Equipés de masques à gaz, les gardes privés de sécurité ont fait usage de substances lacrymogènes au moment où plusieurs centaines de mineurs tentaient d’intercepter un train de marchandises en posant des blocs de béton et des barres de métal sur la voie ferrée menant à la mine, d’après les déclarations de Sven Lunsche, un porte-parole de Gold Field.
      Un des grévistes, Mfanayedwa Themba, cité par l’agence Sapa, a justifié cette action en expliquant : "ce train, c’est une partie de la mine. C’est une partie de nous".
      Sur le même site, Julius Malema, un tribun radical, était venu encourager les grévistes mercredi. Il avait notamment appelé à lancer une grève nationale des mines "cinq jours par mois" afin d’obtenir des hausses de salaire substantielles.
      Depuis dimanche soir, environ 15 000 mineurs du site KDC West de Gold Fields sont en grève. Ils demandent la démission de leurs leaders syndicaux locaux et réclament la non-imposition des primes ainsi qu’une augmentation générale des salaires.
      Le site de Gold Fields fait partie des mines touchées par l’agitation sociale. Agitation qui s’est renforcée depuis la fusillade de la mine de platine de Marikana le 16 août, où 34 mineurs ont été tués par la police.

      source : ici

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      Afrique du Sud : l’agitation sociale s’étend dans les mines de platine

      Créé le 12-09-2012 à 12h25 - Mis à jour à 17h20

      La crise sociale qui secoue les mines sud-africaines s’est étendue mercredi 12 septembre avec la suspension des activités du numéro un mondial du platine Anglo American Platinum (Amplats) dans la région de Rustenburg (nord), gagnée par les manifestations.
      La crise sociale qui secoue les mines sud-africaines s’est étendue mercredi avec la suspension des activités du numéro un mondial du platine Anglo American Platinum (Amplats) dans la région de Rustenburg (nord), gagnée par les manifestations.
      Le groupe a affirmé, dans un communiqué publié à Londres, vouloir protéger ses salariés des "intimidations extérieures".
      "Nos employés, qui veulent aller travailler, sont empêchés de le faire et sont intimidés et menacés de violence", a déclaré Chris Griffith, le directeur général d’Amplats. "Nos employés ne sont pas en grève", a-t-il insisté, notant que "la suspension continuera tant que les opérations ne pourront pas reprendre de façon sûre".
      Amplats est une filiale à 80% du géant minier Anglo American, qui dit produire 40% de la production mondiale de platine, une bonne partie des puits étant situés autour de Rustenburg.
      La situation a été tendue toute la journée sur place, des routes ayant été barricadées par des manifestants armés de lances, de machettes et de bâtons.
      "En gros, c’est une émeute, mais la situation est sous contrôle", a affirmé le porte-parole de la police locale Thulani Ngubane, joint par téléphone dans la matinée.
      Des journalistes de l’AFP ont constaté qu’une troupe d’environ 1.500 manifestants se déplaçait de puits en puits pour appeler les mineurs à cesser le travail.
      Ils ont tenu à préciser qu’ils étaient bien des mineurs d’Amplats en grève, malgré les dénégations de la direction.
      "Nous sommes en grève pour de l’argent", a résumé la chef d’équipe Agrippa Phiri. "Nous voulons de l’argent. Nous demandons 14.500" rands (1.350 euros) par mois, a-t-elle dit, précisant n’en gagner que 5.500 nets.
      Cette somme est plus importante que les 12.500 rands (1.200 euros) réclamés dans tous les mouvements sociaux en cours.
      La tension actuelle est la conséquence des événements dramatiques de la mine voisine de Marikana, exploitée par le groupe britannique Lonmin, où 45 personnes ont été tuées en un mois.
      La grève avait démarré par la demande de foreurs d’obtenir un salaire de 12.500 rands, ce qui représente pour certains d’entre eux le triplement de leur traitement actuel.
      La journée a été marquée mercredi à Marikana par une grande manifestation d’environ 5.000 mineurs et villageois des environs —selon la police— vers la fonderie de la mine.
      "Nous voulons que toutes les opérations s’arrêtent", a répété à l’agence Sapa leur meneur Loyiso Matsheketshe, qui réclame depuis plusieurs semaines l’arrêt total des opérations —tandis que la direction veut que le travail reprenne calmement avant de commencer à parler salaires.
      A une centaine de kilomètres de là, des gardes de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes contre des grévistes de la mine d’or de Gold Fields à Carletonville, à 70 km au sud-ouest de Johannesburg, qui voulaient bloquer un train.
      Quelque 15.000 grévistes y ont cessé le travail depuis dimanche soir.
      Le feuilleton social a été en outre alimenté mercredi par une prestation du jeune tribun populiste Julius Malema devant une trentaine de militaires mis à pied, à qui il a fait une publicité inattendue.
      Exclu de l’ANC —le parti dominant— en avril pour ses prises de positions outrancières, Malema avait attiré plus de journalistes que de militaires, alors que l’annonce du meeting avait mis le gouvernement en émoi.
      Le ministère de la Défense avait menacé les militaires de sanctions disciplinaires s’ils participaient à un tel rassemblement sans autorisation.
      "Le souhait a été exprimé par Malema de rendre le secteur minier « ingouvernable » et de saper l’économie. Le pays ne peut pas se permettre que la même instabilité gagne l’armée", avait déclaré la ministre de la Défense Nosiviwe Mapisa-Nqakula.
      Malema, qui a renouvelé mercredi son appel à la nationalisation des mines, avait renouvelé mardi devant les grévistes de Gold Fields son appel à faire la "révolution", invitant tous les mineurs du pays à débrayer cinq jours par mois jusqu’à ce qu’ils obtiennent tous 12.500 rands par mois.

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      Afrique du Sud : des milliers de mineurs convergent vers le site d’Amplats
      13 septembre 2012 10h01

      RUSTENBURG (Afrique du Sud) - Des milliers d’employés de la mine de platine d’Amplats à Rustenburg (nord) convergeaient jeudi matin vers le site pour un meeting annoncé dans la matinée, au lendemain de l’annonce par la société du gel de toutes ses activités en raison de fortes tensions sociales.

      Par petits groupes, à pied ou en minibus, parfois armés de bâtons ou d’armes traditionnelles, les mineurs se rendaient vers un stade situé sur le territoire de la mine, ont constaté des journalistes de l’AFP. Des unités de police suivaient à distance respectable.

      Aux abords du stade, un petit groupe chantait en zoulou : Nous souffrons, mais personne ne nous écoute !

      Mercredi, le géant minier basé à Londres Anglo American avait annoncé la suspension de ses activités dans le platine dans toute la région de Rustenburg, en proie à l’agitation sociale.

      Amplats, filiale à 80% d’Anglo American, dit produire 40% du platine mondial.

      On est contents, c’est ce qu’on voulait, a assuré à l’AFP l’un des mineurs, Victor Mogale, 46 ans. Ca nous va bien, renchérissait son collègue Thebe Maswave, 36 ans, la mine peut fermer. Quand ils ouvriront de nouveau, ils sauront combien il faut nous pays. Pour le moment ils ne savent pas. Ils pensent qu’on s’amusent quand on est au fond de la mine.

      A distance du stade, le site était plongé dans le silence. Les grilles des puits étaient fermées, gardées par des vigiles.

      Jeudi matin, un malentendu semblait subsister entre mineurs et direction. Tandis que les mineurs affirmaient être en grève pour obtenir des augmentations, la direction locale d’Amplats en restait à son communiqué de mercredi, affirmant qu’aucun de ses mineurs n’était en grève.

      La direction s’est contentée, jusque là, d’accuser des éléments extérieurs de menaces et intimidations visant à empêcher ses employés de venir au travail.

      Un autre mineur, Samuel Molefe, 51 ans, a déclaré à l’AFP : Nous voulons une augmentation, une vie meilleure. Entre 10.000 et 12.000 rands (920 à 1.100 euros) par mois. Il affirme gagner actuellement 7.000 rands, avantages compris.

      D’autres employés d’Amplats ont confirmé être en grève, disant réclamer 14.500 rands (1.350 euros).

      (©AFP / 13 septembre 2012 10h01) Source : ici

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      Afrique du Sud : les mineurs rejettent la hausse de salaire proposée par Lonmin

      Le Monde.fr avec AFP | 14.09.2012 à 11h05

      Une hausse salariale proposée par le groupe Lonmin aux mineurs de Marikana, la première en cinq semaines de conflit mais très inférieure aux revendications, a été rejetée vendredi matin par les grévistes, ont indiqué les médias sud-africains.

      Les mineurs "ont rejeté l’offre" et manifesté leur "déception", a indiqué la chaîne eNCA, en direct de la colline servant de lieu de rassemblement aux grévistes, théâtre d’une sanglante fusillade policière le 16 août, digne des pires heures de l’apartheid. "L’optimisme est retombé", selon la chaîne, dont le reporter sur place affirme que les grévistes maintiennent leur mot d’ordre de "12 500 rands ou rien" et projettent maintenant de porter leurs doléances devant le gouvernement et d’aller manifester à Pretoria devant le siège du gouvernement.

      "Les salariés disent qu’on leur a proposé 986 rands [95 euros] de hausse et que ce n’est pas suffisant, a tweeté une journaliste d’EWN sur place. C’est reparti pour un tour de négociations." La reprise des négociations est prévue à midi. La hausse proposée porterait le salaire mensuel des mineurs au plus bas de l’échelon à 5 500 rands (550 euros environ).

      L’UN DES PLUS VIOLENTS CONFLITS SOCIAUX

      Le groupe britannique Lonmin, dont la mine de Marikana est au cœur d’un des plus violents conflits sociaux de ces dernières années en Afrique du Sud, a présenté son offre jeudi soir, à l’issue d’un nouveau round de négociations. Le groupe n’en a pas révélé la teneur.

      L’évêque Jo Seoka, l’un des médiateurs, a toutefois indiqué à l’AFP que "ce n’est pas ce qu’ils avaient espéré", en référence aux 12 500 rands (1 200 euros) réclamés par les grévistes depuis le 10 août. "Hier [jeudi] on a réussi à ce que l’entreprise mette quelque chose sur la table, ce qui constitue déjà en soit un succès car cela a été un pas difficile à franchir, il y a donc une sorte de satisfaction sur ce point", a-t-il ajouté. Jusqu’à présent, Lonmin refusait de parler des salaires tant que le travail n’aurait pas repris pour ne pas créer un précédent et engager des négociations en dehors du cadre conventionnel.

      La grève à Marikana, un site d’extraction du platine, a démarré le 10 août, à l’initiative de 3 000 foreurs, en rupture avec le syndicat majoritaire dans les mines sud-africaines NUM et réclamant un quasi-triplement de leurs salaires. En tout, 45 personnes sont mortes depuis un mois à Marikana, dont au moins un syndicaliste du NUM (syndicat national des mineurs), deux policiers, deux gardes de sécurité et 34 grévistes abattus par la police le 16 août.

      • Riposte du gouvernement

        Jeudi 13 septembre

        Le président sud-africain, Jacob Zuma, jusque-là assez silencieux, a déclaré devant le Parlement que les troubles dans le secteur minier "ne pouvaient plus être acceptés", sans annoncer aucune mesure concrète, lors d’une séance de questions au Parlement.
        "Vous savez qu’il n’y a pas que les mineurs en grève, il y a aussi certaines personnes qui vont sur place pour inciter les mineurs à agir d’une certaine façon", a déclaré le chef de l’Etat, sans citer aucun nom.
        "Cela ne peut pas être accepté, et nous allons nous en occuper. Nous allons être prochainement très actifs."
        Ce même jour, le corps d’un 45ème mort de Marikana a été identifié comme étant celui d’un permanent du syndicat NUM, tué sans doute lorsque ces syndicalistes ont voulu casser de force, avec l’aide de gardes de sécurité et de policiers, le mouvement de grève naissant, avant la tuerie du 16 août.
        Ce même jour, un appel à une grève nationale a été lancé dans le secteur minier de toute l’Afrique du Sud.

        Vendredi 14 septembre

        Les grévistes de Marikana ont rejeté l’offre d’augmentation de salaires de 986 rands [95 euros].
        Le gouvernement sud-africain a été plus précis. Il menacé d’arrestation les fauteurs de trouble dans la région minière de Rustenburg (nord), alors que les mineurs de platine de Marikana campent sur leurs exigences salariales, dans un conflit qui a fait 45 morts et déstabilise un secteur clé.
        Le gouvernement, inquiet pour la croissance économique déjà en berne, "a mis en place des mesures pour s’assurer que la situation est sous contrôle", a annoncé le ministre de la Justice Jeff Radebe, lors d’un point presse conjoint avec le ministre des Finances Pravin Gordhan.
        "Ces mesures sont les suivantes : ceux qui procéderont à des rassemblements illégaux, porteront des armes dangereuses, se livreront à la provocation ou menaceront de violence dans les zones concernées seront traitées comme il se doit".
        Quelques heures après que le ministre de la Justice a annoncé que le gouvernement ne tolérerait plus les rassemblements illégaux, sept personnes ont été arrêtées lors d’une de ces manifestations qui se succèdent ces jours-ci.

        Une quatrième mine paralysée

        Après les mines de platine de Marikana (Lonmin), d’Amplats (Anglo American) et la mine d’or de KDC West (Gold Fields), proche de Johannesburg, où les leaders locaux du NUM ont été sifflés et débordés, une quatrième exploitation était touchée par l’extension du mouvement gréviste. Le géant minier australien Aquarius Platinum, quatrième producteur mondial de platine, a en effet annoncé ce vendredi la suspension jusqu’à dimanche soir de l’activité de sa mine de Kroondal près de Rustenburg, dans le nord de l’Afrique du Sud, en raison de tensions sociales croissantes dans la région.
        L’entreprise a décidé de suspendre temporairement ses activités minières "pour assurer la sécurité des employés et des biens étant donné les tensions croissantes et les manifestations parmi les travailleurs et les habitants de la région", a indiqué la direction via un communiqué.

        Cette décision a été annoncée après qu’un cortège de mineurs – identifiés en tant que grévistes d’Amplats, filiale du géant minier Anglo American – a fait irruption sur un site d’Aquarius et sommé la direction de stopper immédiatement l’activité, selon plusieurs médias sud-africains. La police est ensuite intervenue. "A titre de précaution, la mine a été évacuée et le personnel renvoyé à la maison", a ajouté le groupe.
        Selon l’agence radio EWN, la police a utilisé des gaz lacrymogènes et procédé à des arrestations.

        Signe de l’extrême volatilité de la situation, une cinquième mine (de chrome cette fois-ci) a été affectée. Le groupe minier Xstrata (dont le siège est en Suisse) a donné congé pour la journée aux ouvriers de sa mine de chrome près de Rustenburg, selon un communiqué lu à l’AFP. A titre de précaution, la mine de chrome de Kroondal, voisine de celle d’Aquarius Platinium, a été évacuée et le personnel renvoyé à la maison pour la journée en raison des manifestations croissantes dans la région, a indiqué le groupe. D’après la presse, l’évacuation s’est achevée sans incident et aucun autre site de Xstrata n’est affecté.

        Passage à l’action répressive de la police et de la justice

        Samedi 15 septembre.

        Action policière. Après les menaces d’arrestation des grévistes, la police est passée à l’action dans la nuit de vendredi à samedi. Au moins 500 membres des forces de l’ordre sont intervenus à 2 heures du matin brutalement dans les baraquements des mineurs de Marikana. Ils ont saisi des machettes et d’autres armes qualifiées de dangereuses par la police. Officiellement, une douzaine de mineurs ont été arrêtés et seront poursuivies pour « rassemblement illégal ».
        Dans cette « cité » des Karee hostels, ces « auberges » de baraquements loués aux mineurs, situés à proximité de la mine de Marikana, vivraient environ 6000 mineurs. Les chaînes de TV ont longuement montrés des pangas (machettes), des lances traditionnelles et des knobkierries, ces longs bâtons, comme des cannes à bout rond, armes de défense et symboles de la force, de fierté, très utilisés dans les manifestations contre l’apartheid.

        Environ 150 militaires ont été également mobilisés et positionnés en renfort dans la région, ce qui est semble-t-il une première dans le conflit actuel.

        La chaîne d’information eNCA a indiqué que les policiers avaient opéré sans ménagement, "mettant tout sens dessus-dessous", y compris dans les pièces où étaient hébergées des familles.
        "Il est nécessaire d’intervenir car nous sommes arrivés à un point où il faut faire des choix importants", a déclaré à l’AFP le porte-parole de la présidence Mac Maharaj, "si nous laissons cette situation se développer, l’économie va en souffrir gravement".
        Puis, dans la matinée du samedi, les forces de l’ordre sont arrivés en une douzaine de véhicules blindés et appuyés par plusieurs hélicoptères ont dispersé les grévistes avec des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes qui s’étaient rassemblés. Les mineurs ont reflué et ont érigé des barricades de pneus enflammés et de morceaux de roche d’où ils ont riposté avec des pierres. D’après l’AFP, la police a fait aussi usage de tir de grenaille.
        Il y a eu plusieurs blessés, dont deux femmes, six dont une hospitalisée selon l’évêque anglican Jo Seoka, médiateur dans le conflit. Ce dernier s’est déclaré "particulièrement inquiet et redoute que l’action du gouvernement ne mène dans les faits à une aggravation de la situation et finalement à une révolte totale dans la ceinture de platine" autour de Marikana, dénonçant "une grossière violation des droits de l’homme". Et d’ajouter : "Aujourd’hui, la police a demandé aux travailleurs de rendre toutes leurs armes, ils l’ont fait et on leur a ensuite tiré dessus".

        Sur le plan judiciaire, un tribunal a autorisé l’entreprise minière Lonmin à procéder au licenciement massif de tous les grévistes. La justice considère que cette grève n’a pas été conduite selon les règles édictées par le code du travail. Les 3 000 grévistes peuvent donc perdre leur emploi s’ils ne retournent pas à leur poste. Après le rejet par les grévistes d’une proposition d’augmenter les salaires de manière dérisoire, la direction peut donc utiliser le licenciement collectif pour tenter d’imposer la paix sociale et la fin du conflit.

        Dimanche 16 septembre, dans la matinée, une manifestation avait été appelée « pacifiquement » en direction du siège de la police de Rustenburg pour protester contre la descente de police de la veille, les violences policières et l’interdiction des rassemblements. Le rassemblement a été immédiatement bloqué par la police. Les forces de l’ordre, qui avaient bloqué la route avec plusieurs véhicules blindées, ont donné quelques minutes aux mineurs pour se retirer, expliquant que la manifestation n’avait pas été autorisée. Les manifestants auraient renoncé à manifester et se replieraient en direction de leur bidonville.

        Partie de 3000 rock drillers (foreurs de roche) de la mine de Marikana, la grève touche aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers de mineurs, sans compter les mouvements sporadiques comme ceux qui se sont produit après le massacre du 16 août dans une mine de platine voisine de Marikana (près de Rustenburg ) appartenant à l’exploitant sud-africain Royal Bafokeng Platinum qui emploie 7.000 salariés ou encore les mesures ‟préventives” (congés) ou purement répressives visant à empêcher le déclenchement de mouvements de grèves.

        Sources : Presse francophone et sud-africaine (City Press, Mail and Guardian, Daily Maverick…)

        • Quelques coupure de presse pour relayer bien imparfaitement les derniers développements :

          • reprise du travail à la mine de Marikana jeudi après l’obtention d’une augmentation des salaires de 22% pour les foreurs, de 10 à 15% pour les autres travailleurs de la mine, et 190 euros de prime pour la reprise du travail.
          • poursuite du mouvement dans la mine de platine d’Amplats et la mine d’or de Gold Fields.
          • interdiction d’une marche des femmes de mineurs décidée après la mort d’une manifestante, abattue d’une balle en caoutchouc tirée par la police le 15 septembre.
          • nouvelle grève dans une mine d’or de la compagnie AngloGold Ashanti.

          Nouvelle grève dans une mine d’or, le secteur toujours agité

          JOHANNESBURG (© 2012 AFP) - Une nouvelle grève a éclaté vendredi dans une mine d’or sud-africaine, preuve que la crise sociale n’est toujours pas terminée dans ce secteur vital de l’économie, malgré l’accord trouvé à Marikana (nord), où le conflit avait fait 46 morts en un mois.

          21/09/2012 |

          Le scénario de la mine d’or de Kopanang près d’Orkney, à 170 km au sud-est de Johannesburg, ressemble à s’y méprendre à celui des mines de platine au mois d’août : un groupe de mineurs a déclenché une grève sauvage, sans passer par les syndicats et sans utiliser les voies légales pour prévenir la direction du groupe AngloGold Ashanti de leurs revendications.

          "Les travailleurs de l’une de nos mines (...) se sont mis en grève. Ca a commencé hier soir (jeudi) et ça continue aujourd’hui (vendredi)", a indiqué à l’AFP le porte-parole du groupe sud-africain Alan Fine.
          "C’est une grève sauvage", a-t-il souligné, ajoutant que la direction n’avait reçu aucune revendication. AngloGold Ashanti est le troisième producteur mondial d’or. La mine de Kopanang, qui emploie environ 5.000 personnes, représente 7% des opérations du groupe, avec 307.000 onces d’or extraites en 2011, selon le site de la compagnie.

          La tension dans les mines avait pourtant baissé d’un cran cette semaine, avec la conclusion d’un accord à la mine de platine de Marikana, exploitée par Lonmin.
          Ce conflit social a fait au total 46 morts. Dix personnes —dont deux policiers— ont été tués début août en marge d’affrontements intersyndicaux. Trente-quatre mineurs ont été abattus par la police le 16 août, et une femme est morte à l’hôpital après avoir été touchée par une balle en caoutchouc le 15 septembre lors de la dispersion d’un rassemblement par la police.
          Une marche des femmes de Marikana est prévue samedi matin, pour demander le retrait des forces de l’ordre de la région et "la fin des brutalités policières".

          L’accord passé entre grévistes et direction de Lonmin prévoit des augmentations de salaire allant de 11 à 22%, assorties d’une prime ponctuelle de 190 euros pour la reprise du travail.
          Mais le secteur minier, qui assure près d’un cinquième du PIB sud-africain, s’inquiète désormais des risques de contagion de ce "précédent", alors que plusieurs sites majeurs sont confrontés à des revendications salariales équivalentes.
          Une autre mine d’or, exploitée par le groupe Gold Fields, est paralysée par un mouvement social depuis près de deux semaines. Les grévistes y réclament un salaire mensuel de 12.500 rands (1.160 euros) nets, reprenant la revendication majeure de Marikana.

          Dans le secteur du platine, les meneurs de la grève chez le géant Amplats ont annoncé qu’ils rencontreraient leur direction mardi, pour tenter là aussi d’obtenir de substantielles augmentations de salaire. Les sites d’Amplats, fermés provisoirement la semaine passée, ont rouvert, mais la direction a admis jeudi que moins de 20% des employés étaient effectivement au travail.
          Cette flambée de revendications et de violences dans les mines sud-africaine a débuté en août avec les événements sanglants de Marikana.
          Le week-end dernier, le gouvernement a décidé de reprendre la main et a lancé une massive opération de maintien de l’ordre.
          Les mineurs, qui manifestaient régulièrement avec des machettes, des lances et des bâtons, ont été désarmés. Tous les rassemblements de plus de 15 personnes non autorisés ont été dispersés par la force, avec force gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc.

          L’association de défense des droits civiques Section 27, en appelant les femmes de plusieurs provinces à se joindre à la marche de samedi à Marikana, a dénoncé "les actions illégales de la police".
          "Depuis le début de la grève et la répression policière, les femmes et les enfants de Marikana ont été les objets d’intimidations et de harcèlement quotidiens, de descente de police en pleine nuit avec portes enfoncées", affirme Section 27.

          Vendredi, le ministre de la Justice Jeff Radebe a par ailleurs confirmé que la commission d’enquête sur le massacre du 16 août, mise en place par le président Jacob Zuma, devrait rendre ses conclusions d’ici janvier.

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          Retour au travail des employés de la mine de Marikana

          Créé le 20-09-2012 à 17h01 - Mis à jour à 17h01

          MARIKANA, Afrique du Sud (Reuters) - Des milliers d’employés de la mine de platine de Marikana en Afrique du Sud ont repris le travail jeudi, mettant fin à six semaines de conflit social marqué par la mort de 46 ouvriers dans la pire répression policière depuis l’apartheid.

          Le mouvement de grève s’est toutefois étendu dans des mines voisines, notamment à celle de Rustenburg, d’Anglo American Platinum (Amplats), dont les employés réclament des hausses de salaires similaires.

          Les mineurs de Marikana, mine exploitée par le groupe Lonmin et située à 100 km au nord-ouest de Johannesburg, ont obtenu mardi une hausse de 22% des salaires au terme d’un mouvement très dur.

          Le 16 août, 34 des 3.000 ouvriers grévistes de la mine ont été tués par la police. Les forces de l’ordre avaient fait usage d’armes automatiques contre des mineurs armés de machettes, de lances et de pistolets. Dix autres personnes avaient péri dans les jours ayant précédé la fusillade.

          A Rustenburg, des ouvriers grévistes d’Amplats ont bloqué une rue avec une barricade de pneus en feu dans un face-à-face tendu avec des policiers, épaulés par des véhicules blindés. Amplats, premier producteur mondial de platine, a menacé de poursuivre en justice les grévistes s’ils ne revenaient pas travailler jeudi.

          "On va acheter 20 litres d’essence, et si la police devient agressive, on fera des cocktails molotov et on les lancera sur eux", a prévenu Lawrence Mudise, un mineur perforateur, portant une pancarte réclamant un salaire de 2.000 dollars par mois.
          La police a fait usage mercredi de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes pour tenter de disperser une foule d’hommes transportant des machettes dans un camp près du site.
          "On n’ira pas travailler tant qu’on n’aura pas obtenu ce qu’on demande. On tire sur nos enfants, nos familles sont terrorisées et brutalisées mais on ne retournera pas au travail", a dit un mineur qui a souhaité conserver l’anonymat.

          Par ailleurs, environ 15.000 mineurs de Gold Fields, quatrième producteur mondial d’or, ont observé une grève sauvage. La compagnie a prévenu qu’elle ne répondrait pas aux revendications des grévistes qui réclament un salaire minimum de 12.500 rands (1.155 euros).

          Helen Nyambura-Mwaura, Marine Pennetier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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          Afrique-Sud : Amplats repousse encore sa menace de licenciement des grévistes

          Vendredi, 21 Septembre 2012 16:53 AEM

          JOHANNESBURG, 21 sept 2012 (AFP) - Amplats, filiale du géant minier Anglo American, a encore retardé à lundi soir sa menace de licencier tous ses employés qui ne se rendraient pas au travail dans ses mines de platine de Rustenburg, au nord de l’Afrique du Sud, a-t-il indiqué vendredi.

          Le groupe, qui a repris ses opérations mardi matin sur cinq sites qu’il avait fermés mercredi 12 septembre pour des raisons de sécurité, avait d’abord menacé de licencier tous ses employés qui ne seraient pas allés pointer mercredi, avant de repousser sa menace à jeudi.

          Le numéro un mondial du platine s’est dit "déçu" de ce que moins d’un cinquième de ses employés se soit rendu au travail vendredi, rappelant que les absents étaient considérés comme étant illégalement en grève.

          "La compagnie continue à exhorter ses employés à retourner au travail et exige qu’ils le fassent d’ici le quart de nuit du lundi 24 septembre, faute de quoi des procédures légales seront entamées", a menacé Amplats, utilisant les mêmes termes que dans un précédent communiqué.

          Après des échauffourées entre policiers et manifestants dans les jours précédents, la situation restait tendue sur place, où la route d’accès au bidonville de Sondela, près d’un des puits, a été barrée par des habitants. L’agitation a démarré début août dans un site voisin du groupe britannique Lonmin à Marikana, où un accord salarial a été trouvé mardi après plus de cinq semaines d’une grève émaillées d’incidents ayant fait 46 morts, dont 34 abattus par la police.
          Les grévistes d’Amplats réclament des augmentations au moins aussi importantes que leurs collègues de Marikana.

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          Marikana : interdiction de la marche des femmes contre les violences policières

          Vendredi, 21 Septembre 2012 16:51 AEM

          JOHANNESBOURG (Afrique du Sud), 21 sept 2012 (AFP) - Une marche des femmes de Marikana prévue samedi pour protester contre les violences policière a été interdite par les autorités locales, ont indiqué vendredi les organisatrices, qui dénoncent "un retour au temps de l’apartheid".

          "Nous, femmes de Marikana, avions prévu une marche pacifique le samedi 22 septembre (...) pour déposer un mémorandum au poste de police et appeler à la cessation des brutalités policières à Marikana", selon un communiqué des organisatrices de la marche.
          Le conflit social de Marikana a fait 46 morts au total, dont une conseillère municipale de Madibeng (la commune concernée), décédée à l’hôpital après avoir été touchée par une balle en caoutchouc tirée par la police le 15 septembre.
          "La municipalité de Madibeng a illégalement interdit notre marche (...) Nous appelons tout le monde à nous soutenir dans notre lutte contre la violation par le gouvernement de la liberté d’expression. Nous vous appelons à agir pour empêcher notre pays de revenir au temps de l’apartheid."

          Les références à l’apartheid, le régime raciste qui avait réprimé dans le sang les révoltes noires, se multiplient depuis le massacre policier du 16 août, lorsque les forces de l’ordre ont tué 34 mineurs en grève.

          L’association de défense des droits civiques Section 27, en appelant les femmes de plusieurs provinces à se joindre à la marche de samedi à Marikana, avait dénoncé "les actions illégales de la police". "Depuis le début de la grève et la répression policière, les femmes et les enfants de Marikana ont été les objets d’intimidations et de harcèlement quotidiens, de descente de police en pleine nuit avec portes enfoncées", avait affirmé Section 27.

          La marche a été reportée d’une semaine, au samedi 29 septembre.

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          • 5 morts de plus dans les conflits miniers, poursuite dans les transports….

            Marikana. La commission d’enquête présidée par le juge Ian Farlam a commencé ses auditions. Un mineur a déclaré mardi ce que de nombreux autres mineurs avaient déjà affirmé à la presse, à savoir que des permanents du NUM (Syndicat national des mineurs, pilier de la confédération COSATU, associée au pouvoir gouvernemental avec l’ANC et le Parti Communiste) avaient ouvert le feu et tué deux mineurs aux tout premiers jours du conflit à Lonmin.

            Transports routiers. La presse rapporte que six camions ont été attaqués et brûlés autour de Johannesburg depuis lundi dans des actions liées à la grève des camionneurs. Au moins trois conducteurs ont été blessés lors de ces attaques. Les grévistes réclament une hausse des salaires de 12%, les employeurs proposeraient 8%.

            Conflits miniers. Selon le secrétaire général du NUM, cinq morts sont à déplorer depuis dimanche autour de Rustenburg, l’épicentre du mouvement social dans les mines de platine de la société Amplats. Les violences auraient eu lieu pendant la week-end, pas dans les installations minières mais dans les baraquements de mineurs situés alentour. Les mines de l’Anglo American et les installations aurifères de la Gold Fields et de l’AngloGold Ashanti étaient toujours paralysées.

            Gold Fields, un nouveau Marikana ? D’après Reuters, 2000 mineurs en grève, qui ont été expulsés des logements de la compagnie minière Gold Fields [JSE : GFI] occupaient mardi une colline située à proximité de la mine, dans des scènes qui rappellent la lutte de la mine de platine Marikana.
            Les travailleurs de la mine KDC-West de Gold Fields, située à 50 km à l’ouest de Johannesburg, ont déclaré qu’ils ne quitteraient pas l’affleurement rocheux situé près de l’entrée de la mine tant qu’ils n’obtiendront pas une augmentation de salaire à 12 500 rands par mois (1200 euros).
            Un porte-parole de Gold Fields, Sven Lunsche, a déclaré qu’environ 5.500 travailleurs étaient logés de KDC-West, mais que beaucoup n’étaient pas encore partis et que la société était dans l’attente d’une ordonnance du tribunal pour compléter les expulsions. « La loi et l’ordre avaient disparus dans les foyers », a déclaré Lunsche qui « ont été utilisés comme base pour planifier et coordonner des activités illégales qui menaçaient la vie en soutien à la grève illégale. »

            La presse s’inquiète. D’après elle, pas moins de 75.000 mineurs, soit 15% de l’effectif total de l’industrie minière en Afrique du Sud, sont maintenant impliqués dans des mouvements de grèves illégales, menaçant la croissance déjà chancelante de la plus grande économie du continent africain.


            Chrono inversée des derniers jours à partir de quelques articles de presse

            Afrique du Sud : le syndicat des mines, débordé par sa base, propose des négociations

            JOHANNESBURG (AFP) - Le syndicat national des mines d’Afrique du Sud (NUM), débordé par sa base dans la récente vague de grèves sauvages qui perturbe la production d’or et de platine du pays, a tenté de reprendre la main mardi en proposant au patronat des négociations immédiates, alors que le conflit a fait encore cinq morts ce week-end.

            Impuissant à canaliser le mécontentement des mineurs dont il négocie pourtant la rémunération depuis des années, le NUM a annoncé qu’une équipe de négociateurs se rendrait mercredi à la Chambre des mines pour discuter du sort des mineurs d’or et de charbon, soit environ 120.000 salariés.

            Les mines de platine, où les négociations ont lieu par entreprise et non par branche, et où le mouvement a débuté en août, ne sont pas concernées.

            Le NUM qui a lui-même négocié l’an dernier un accord salarial pour deux ans avec la Chambre des mines n’a visiblement d’autres choix que de dénoncer aujourd’hui à son tour des niveaux de salaires et des conditions de travail qualifiées de "pathétiques".

            "Bien que le NUM n’approuve pas les grèves sauvages et ne les encourage pas, précisément parce qu’elles exposent les travailleurs à des mesures de rétorsion de l’employeur (...) le NUM et le Cosatu soutiennent totalement la revendication légitime des mineurs d’être mieux payés et de voir leurs conditions de travail améliorées", a déclaré lors d’une conférence de presse Zwelinzima Vavi, secrétaire général du Cosatu, la confédération nationale des syndicats. "Nous appelons la Chambre des mines à démarrer des négociations sans attendre avec le NUM et d’autres syndicats de l’industrie minière pour trouver une solution durable à l’impasse actuelle", a-t-il ajouté.

            Le NUM a aussi lancé un appel aux entreprises à ne pas licencier massivement les grévistes, menaces qui selon lui ne font qu’ajouter de l’huile sur le feu. Un appel qui vise essentiellement Amplats, filiale du géant du platine anglo-sud-africain Anglo American qui a convoqué ses salariés en conseil de discipline mardi.

            Selon le secrétaire général du NUM, cinq morts sont à déplorer depuis dimanche autour de Rustenburg, l’épicentre du mouvement social, pas dans les installations minières mais dans les baraquements de mineurs alentour. Ces violences ont eu lieu "à la suite de l’annonce par Amplats de son intention de rompre les contrats de travail", a affirmé M. Baleni. "Notre crainte est que plus il y aura de licenciements, plus la violence augmentera", a-t-il ajouté. Depuis vendredi soir, plusieurs attaques au cocktail molotov ont eu lieu contre des permanents syndicaux, sous-entendu du NUM, ou contre des bâtiments d’Amplats, a-t-il dit. Quatre voitures ont aussi été incendiées, selon la police qui suppose que les grévistes d’Amplats sont derrière ces actes de vandalisme.

            Les cinq morts s’ajoutent aux 46 personnes tuées en août et en septembre durant la grève sauvage de la mine de platine de Marikana, exploitée par le groupe britannique Lonmin, dont 34 grévistes abattus par la police le 16 août. Depuis lundi, une commission d’enquête indépendante nommée par le gouvernement est sur place pour élucider ce massacre qui a rappelé à l’Afrique du Sud les pires heures de l’apartheid.

            Un mineur a déclaré mardi au juge Ian Farlam, président la commission, ce que de nombreux autres mineurs avaient déjà affirmé à l’AFP, à savoir que des permanents du NUM avaient ouvert le feu et tué deux mineurs aux tout premiers jours du conflit à Lonmin, illustrant les relations tendues entre le syndicat majoritaire, les grévistes et le syndicat radical Amcu.

            Mardi matin, les principales mines sud-africaines du géant Anglo American étaient toujours à l’arrêt, de même que les installations aurifères de Gold Fields et AngloGold Ashanti.

            Les revendications salariales vont de 12.500 à 18.000 rands mensuels (1.100 à 1.665 euros).

            Loin de faire leur mea culpa, les dirigeants syndicaux ont rejeté l’escalade de la violence sur les employeurs, accusant en particulier le groupe sud-africain Impala d’avoir semé la zizanie en début d’année en accordant des augmentations à une catégorie de mineurs et pas aux autres, et "plus grave encore en dehors du cadre de la négociation collective", selon M. Vavi.

            http://tempsreel.nouvelobs.com/mond...

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            Afrique du Sud : nouvelles grèves sauvages dans les mines

            29/09/2012

            Plusieurs centaines de mineurs ont entamé de nouvelles grèves sauvages vendredi dans trois mines sud-africaines d’or, de chrome et de charbon, dans la foulée des mouvements sociaux qui ébranlent depuis des semaines les secteurs de l’or et surtout du platine.

            Des dizaines de milliers de mineurs au total sont en grève dans plusieurs sites majeurs du pays, depuis les événements violents de la mine de platine de Marikana, où 46 personnes ont trouvé la mort en août et septembre. Après des semaines de négociations, les grévistes de Marikana, dont le mouvement était illégal, ont obtenu de substantielles augmentations, de 11 à 22%. Village Main Reef, producteur d’or, a annoncé dans un communiqué que 1.700 de ses employés n’avaient pas rejoint leur poste de travail depuis jeudi soir, à la mine de Blyvooruitzicht près de Johannesburg.

            Samancor Chrome a indiqué pour sa part que 400 de ses mineurs avaient lancé un "sit-in souterrain illégal" jeudi, pour réclamer des augmentations de salaires supérieures à celles négociées par les syndicats. Les mineurs sont ressortis vendredi de la mine. L’un de leurs porte-parole a fait savoir qu’ils réclamaient un salaire de base de 12.500 rands mensuels (1.170 euros). Cette somme, réclamée au départ par les grévistes de Marikana, est devenue une sorte de revendication minimum commune à tous les mineurs d’Afrique du Sud. Par ailleurs, la société Petmin a fait savoir que 345 employés sous contrats temporaires avaient débrayé vendredi dans sa filiale de la Tendele Coal Mining Company. Les revendications des grévistes n’ont pas été explicitées.

            http://www.jeuneafrique.com/Article...

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            Afrique du Sud : la grève s’étend à toutes les mines d’or d’AngloGold Ashanti

            Mercredi 26 septembre 2012 à 10h38

            (Belga) La grève s’est étendue à toutes les mines d’or sud-africaines d’AngloGold Ashanti qui ne produisent plus rien, a indiqué mercredi ce groupe sud-africain qui emploie localement 35.000 salariés.

            L’entreprise n’a pas reçu de revendication officielle des grévistes mais souligne que le mouvement survient alors que les mines d’or et de platine du pays sont affectées par des arrêts de travail et grèves pour les salaires depuis août. "La grève affecte nos six mines" d’Afrique du Sud, a indiqué à l’AFP un porte-parole, Alan Fine, en précisant que "la situation était calme sur le terrain" mais le mouvement très suivi.

            "Nous employons environ 35.000 personnes (sur plus 61.000 dans l’ensemble du groupe, ndlr) et une large majorité sont en grève", a-t-il dit. Un premier site avait débrayé le 20 septembre avant d’être rejoint lundi par les mineurs de cinq autres mines, selon un communiqué.

            Les mines sud-africaines de ce groupe implanté dans 13 pays du monde contribuent pour plus d’un tiers de sa production d’or (37%). L’agitation sociale a démarré à la mine de platine de Marikana dans le bassin minier de Rustenburg, à l’ouest de Johannesburg, où le conflit a été l’un des plus violents de ces dernières années en Afrique du Sud et a sérieusement ébranlé le leadership de la puissante fédération syndicale minière du NUM. Il a coûté la vie à 46 personnes dont 35 tués par la police.

            Contrairement au secteur du platine où chaque entreprise négocie ses propres salaires, les mines d’or ont une négociation collective centralisée.

            "La priorité d’AngloGold Ashanti est de maintenir la sécurité, la paix et la stabilité de chaque site, et de poursuivre un dialogue constructif avec tous les employés, leurs représentants et autres parties prenantes.

            Des discussions ont lieu avec les délégués syndicaux au niveau de la branche à travers la Chambre des mines", a souligné le groupe dans un communiqué. (PVO)

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            Les mines sud-africaines toujours agitées

            Le 26 septembre 2012 par Daniel Krajka

            Malgré la résolution de la grève de Marikana, les conflits continuent de s’étendre dans les mines sud-africaines. Après les mines d’or, une mine de charbon est en grève.

            Au bout de six semaines de grève, les 28 000 travailleurs de Marikana, une mine de platine appartenant au numéro trois du secteur, Lonmin, ont obtenu des augmentations de salaire échelonnées entre 12% et 22%. Rien cependant pour les 10 000 travailleurs de la sous-traitance. Mais la résolution du conflit et la reprise progressive de l’activité ne semble pas avoir calmé l’ébullition du secteur minier sud-africain.

            Dans le platine également, le numéro un mondial, Amplats, subit une grève dans ses mines situées à proximité de Rustenburg. Malgré des menaces de licenciement réitérées, moins de 20% des 26 000 salariés de ces quatre mines sont retournés au travail après un arrêt de l’activité décidé par la direction pour des raisons de sécurité. Arguant de la bonne santé financière d’Anglo American, la compagnie minière diversifiée qui contrôle Amplats, les grévistes réclament un salaire minimum de 16 070 rands, soit 1 950 dollars.

            Le mouvement revendicatif a fait tache d’huile. Il s’est d’abord étendu aux mines d’or, le secteur dont les conditions d’exploitation sont les plus proches : mines souterraines, travail pénible et salaires relativement bas. Gold Fields ( http://indices.usinenouvelle.com/me... ) a été le premier touché. Après un premier conflit dans la partie est de son complexe de KDC, ce sont les 15.000 travailleurs de la partie ouest qui se sont mis en grève le 9 septembre, réclamant comme à Marikana, un salaire mensuel minimum de 12 500 rands.

            Gold Fields a obtenu une injonction contre les grévistes, sans effet puisque le mouvement s’est étendu le 21 septembre à la partie ouest de la mine Beatrix – qui produit 900 onces de métal jaune chaque jour, alors que KDC ouest en extrait 1 200 –, puis, le 24 à l’ensemble du complexe avec 9 000 salariés en grève. Leur revendication est alignée sur celle d’Amplats, 16 000 rands.

            Le 20 septembre, ce sont les 5 000 travailleurs de la mine de Kopanang, appartenant à la première compagnie aurifère du pays et numéro trois mondial, AngloGold Ashanti, qui débrayaient, suivis le 25 par ceux West Wits, également près de Carletonville, ainsi que ceux de Vaal River, près d’Orkney. Ici encore, la revendication de base, soutenue par la plupart des 35 000 salariés d’AngloGold, est un salaire minimum de 12 500 rands.

            Dans le charbon également, les travailleurs commencent à recourir à la grève pour faire aboutir leurs revendications salariales. Le syndicat NUM a déclenché une grève sur le site de Mooiplaats Colliery, près d’Ermelo, dans la province de Mpumalanga province. Coal of Africa, la compagnie minière, avait proposé une hausse globale de salaire de 22% qui a été refusé par les salariés. L’entreprise emploie 368 salariés dont 176 appartiennent au NUM. 

            Canaliser la révolte

            Le syndicat NUM, par la voix de son président Senzeni Zokwana, a demandé aux compagnies minières de ne pas tolérer les grèves sauvages qui échappent à tout contrôle. En acceptant une augmentation de salaire suite à une grève illégale, Lonmin a créé un dangereux précédent, avait déclaré Zwelinzima Vavi, le président de la Cosatu, la confédération des syndicats sud-africains. « Si ces travailleurs ont forcé la main de la compagnie de cette manière, par une grève non protégée, qu’est-ce qui empêche (les travailleurs de) Driefontein (l’ancien nom de KDC) de faire de même », soulignait Vavi avant de foncer vers la mine d’or pour tenter, sans résultat, de résoudre le conflit. En ligne avec les craintes des compagnies minières, Frans Baleni, le secrétaire général du NUM a rappelé que 10 000 emplois pourraient être perdus dans le secteur, suite aux grèves.

            Rejetant le NUM, jugé trop proche des dirigeants des compagnies minières, et méfiant vis-à-vis du nouveau syndicat AMCU, très actif à Marikana, des mineurs d’Amplats veulent créer un nouveau syndicat. De même, Lonmin a été obligé de négocier directement avec des délégués des grévistes, n’appartenant pas aux syndicats. Des initiatives que la Cosatu, à laquelle appartient le NUM, rejette violemment.

            Dans le secteur aurifère, patrons et syndicats craignent que les grèves dispersées ne fassent sauter le système de négociations salariales par branche. La situation échappe à ce point à tout contrôle que des parlementaires de l’ANC, responsables d’une commission sur les mines, n’ont pas osé se déplacer à Marikana. De même, des dirigeants du NUM n’avaient pu parler aux grévistes que depuis un véhicule blindé de la police.

            http://indices.usinenouvelle.com/me...

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            Afrique du Sud : le mouvement de grève s’étend à une nouvelle mine

            Le Monde.fr avec AFP | 25.09.2012 à 18h48

            La compagnie minière sud-africaine Gold Fields, dont une mine près de Johannesburg est paralysée depuis plus de quinze jours par une grève, a annoncé mardi 25 septembre que le mouvement s’était étendu à une autre mine qu’elle exploite dans le centre du pays.

            "Les employés de la mine Beatrix dans la province de l’Etat libre ont également entamé une grève illégale. La grève a démarré vendredi dans la section ouest (anciennement mine Oryx) et s’est étendue lundi au reste de la mine", a indiqué dans un communiqué le groupe, quatrième producteur d’or mondial. "La grande majorité des 15 000 employés de KDC West [la mine proche de Johannesburg] et les 9 000 employés de Beatrix participent à des grèves illégales, et la production est stoppée sur les deux sites d’activité", précise le communiqué.

            La justice a interdit les grèves à KDC West et dans la section ouest de Beatrix, relève Gold Fields, qui ajoute avoir demandé une interdiction de la grève dans l’ensemble de Beatrix et dit "examiner toutes les options" pour faire face à la situation.

            La violente crise qui secoue les mines sud-africaines a démarré en août à la mine de platine de Marikana (Nord) exploitée par le groupe britannique Lonmin où une longue grève émaillée de violences a fait 46 morts et a pris fin seulement la semaine dernière après un accord concédant 11 à 22 % d’augmentations salariales.

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            Afrique du Sud : les mineurs grévistes en négociation avec Amplats

            Le Monde.fr avec AFP | 25.09.2012 à 12h35

            Amplats, la filiale platine du groupe Anglo American, a entamé pour la première fois, mardi 25 septembre, des pourparlers avec les grévistes sud-africains de ses cinq mines du bassin de Rustenburg, situé dans le nord du pays, sous l’édige de médiateurs indépendants, a-t-on appris auprès des grévistes. Mercredi et jeudi derniers, des heurts ont eu lieu lorsque la police est intervenue pour disperser un rassemblement de grévistes dans le bidonville de Sondela, près d’un puits d’Amplats.

            "Nous sommes au siège de la CCMA", la Commission nationale d’arbitrage des conflits du travail à Rustenburg, et "ça a démarré à 9 h 20", a indiqué un représentant des salariés, Gaddhafi Mdoda. "Nous avons trois personnes à l’intérieur et pour la direction, un responsable de la production et des avocats, ainsi que des médiateurs de la CCMA, a-t-il ajouté. Nous avons commencé par discuter de notre mémorandum qui porte sur les salaires. Nous attendons d’Anglo American qu’ils viennent mettre quelque chose sur la table et s’ils n’en sont pas capables, la grève va continuer."

            Prenant exemple sur les salariés du groupe britannique Lonmin sur le site voisin de Marikana, où une grève sauvage a coûté la vie à 46 personnes, les mineurs d’Amplats ont débrayé le 10 septembre pour réclamer de fortes augmentations de salaire. Amplats a d’abord réagi en suspendant ses opérations pendant une semaine pour des raisons de sécurité puis en exigeant la reprise du travail. Le groupe a menacé de licencier les employés qui ne seraient pas allés pointer mercredi 19 au soir, avant de repousser son ultimatum au jeudi 20, puis au lundi 24.

            Le numéro un mondial du platine n’a laissé filtrer aucune information mardi matin, promettant un communiqué dans l’après-midi.

          • Derrière la réalité du massacre d’une cinquantaine de mineurs sud-africains en août dernier, tout un réseau complexe d’explications peut se résumer par la crise mondiale présente du capital, où l’on retrouve les impératifs financiers, la compétition internationale autour des matières premières et l’exacerbation d’une situation sociale propre à l’Afrique du Sud.

            Le secteur des mines est au cœur même du développement capitaliste, requérant des capitaux énormes pour des extractions, dans des conditions extrêmes, tant dans les conditions naturelles (des mines d’or jusqu’à 5 000 mètres de profondeur) que dans la surexploitation de la main-d’œuvre (0,55 euro par jour pour les mineurs de diamants de Sierra Leone). Ces conditions reflètent la compétition féroce entre groupes capitalistes et Etats, où la corruption règne en maître et où les capitaux engagés requièrent une rentabilité supérieure à 15 %. Face aux multinationales minières, dont les profits d’une seule sont 20 fois supérieurs au budget d’un de ces Etats miniers, que pèsent les pouvoirs politiques locaux, sinon d’être les larbins de ces groupes miniers et de leur garantir leur profit par le maintien de conditions terribles d’exploitation des travailleurs, au besoin par la violence ? Les 15 % de profit des énormes capitaux nécessaires aux infrastructures et autres engins d’exploitation surdimensionnés dépendent essentiellement de la surexploitation de la main d’œuvre locale.

            L’Afrique du Sud n’échappe pas à une telle situation, malgré la richesse de son sous-sol en minéraux de toutes sortes (depuis le charbon jusqu’aux mines de diamants, en passant par l’or et le platine), ou plutôt à cause de cette richesse. Mais le fait d’avoir été parmi les premiers pays à exploiter en grand ces richesses – depuis 1866 pour la première mine de diamants – la place dans une position d’infériorité, eu égard à ses concurrents mondiaux exploitant des mines plus récentes, plus modernes, et plus facilement exploitables. Comme il faut toujours aller au plus profond (jusqu’à 5 000 mètres), la rentabilité diminue si les autres conditions d’exploitation – celle de la main-d’œuvre notamment – restent constantes. Les capitaux à la recherche d’investissements plus rentables vont ailleurs ou, s’ils s’investissent, vont exiger de cette main d’œuvre des rendements croissants donc des conditions de travail plus exigeantes. Par exemple, la production des mines d’or a diminué de moitié en dix ans et si les mines d’or produisaient annuellement 200 tonnes d’or en 1970, elles n’en produisent plus en 2011 que 100 tonnes. Même si la production minière représente encore 20 % du PIB et 50 % de la balance du commerce extérieur, l’Afrique du Sud n’occupe plus que la 5ème place mondiale dans la production des métaux précieux, après la Chine, l’Australie, les USA et la Russie.

            Nous verrons que cette situation devient un problème politique qui divise les différents partis, orientant certains vers une radicalisation. Mais les conditions particulières de l’Afrique du Sud sont un obstacle supplémentaire à cette recherche de rentabilité. Si l’apartheid et le maintien de la population noire dans une situation de semi esclavage garantissaient l’acceptation de conditions d’exploitation particulièrement misérables, la fin de l’apartheid il y a vingt ans a seulement transformé un apartheid racial en un apartheid social. De plus, la lutte anti-apartheid masquait et déviait en quelque sorte le conflit social ; la fin de l’apartheid a mis sur le devant de la scène ce conflit social mais toujours dans des conditions spécifiques. Le secteur minier emploie encore 1 million de travailleurs, la moitié d’entre eux directement exploitée dans les mines, l’autre moitié dans le traitement des minerais. Le problème majeur quant à cette exploitation – et cela est aussi un frein aux investissements – est que la situation de l’ensemble des travailleurs, notamment ceux de ce secteur, n’a guère changé depuis vingt ans et que les troubles sociaux récurrents ne touchent pas seulement les relations de travail mais l’ensemble des conditions de vie.

            La fin de l’apartheid a signifié l’ascension, avec l’accession au pouvoir d’une coalition ANC – Parti communiste d’Afrique du Sud soutenu par le syndicat unique COSATU –, d’une petite minorité noire qui s’est parfaitement intégrée dans l’appareil politico-financier, similaire en cela à ce que l’on peut voir dans certains pays d’Afrique ayant des richesses exploitées par les multinationales. En août 2011, cette minorité de privilégiés a paru être pour un bref temps la garantie de la paix sociale mais aujourd’hui, le fossé est tel entre cette bourgeoisie noire et la masse des Noirs victimes de cet apartheid social que cela ne se manifeste pas seulement par des clivages politiques et par la formation de groupes plus radicaux, tentant de s’appuyer sur tout un ensemble de résistances, tant dans l’ensemble de la population dans les faits de la vie quotidienne que

            Dans le monde, une classe en lutte septembre 2012 dans les relations de travail. En août 2011, les ¾ des membres du gouvernement ANP-SACP ont des intérêts financiers dans les affaires, de même que 50 % des parlementaires. Ramaphosa, un des fondateurs du syndicat des mineurs NUM affilié au COSATU est membre du conseil de direction de Lonmin, la société possédant la mine de Marikana, là où ont eu lieu les tueries de prolétaires mineurs. Shandaka, un des hommes les plus riches d’Afrique du Sud, a été, comme d’autres, un des dirigeants de l’ANC ou du COSATU qui aujourd’hui font partie de l’élite multimillionnaire du pays, et qui ont des liens étroits avec le monde des affaires. En regard de cette poignée de profiteurs, la grande masse de la population vit dans une misère faite de privations quotidiennes autour des fournitures d’électricité et/ou d’eau potable, des écoles, des transports : rien qu’en 2012, on a dénombré près de 113 émeutes impliquant près de 3 millions de participants.

            A la violence de la répression policière répond la violence des populations locales : chaque année, près de 100 flics trouvent la mort dans ces troubles. Si le platine est un des métaux les plus recherchés (plus cher que l’or), c’est pour une bonne part à cause de son utilisation industrielle (piles à combustible, verre… 20 % des produits industriels en contiennent), notamment comme catalyseur dans les pots d’échappement des moteurs Diesel : la crise de l’automobile ayant réduit cet emploi, l’effet redescend au niveau de l’exploitation du travail, notamment, pour les cas de l’Afrique du Sud, dans les « vieilles » mines où déjà les coûts sont supérieurs à ceux des mines plus récentes. Le pays détient quand même en 4 mines 80 % des ressources mondiales de ce métal. L’ensemble – réduction d’activité, pression sur la productivité et sur l’ensemble des salaires et accessoires – fait que des résistances ouvrières surgissent, mais qu’en face de revendications conséquentes, les résistances patronales sont tout aussi fortes et que l’emploi de la manière forte devient de plus en plus inévitable. D’autant plus qu’en 2011, le prix du platine a baissé de 17 %. Arriver au « métal platine » est un processus complexe : il faut extraire une tonne de minerai pour en tirer entre 4 et 7 grammes de métal avec un processus complexe.

            Le fait qu’il faille ainsi extraire une quantité énorme de roche pour une faible quantité de métal donne une importance décisive dans le processus d’extraction aux drill operators, ceux qui, au fond, percent la roche avec des marteaux-piqueurs pour y installer des explosifs qui feront tomber inlassablement des masses de pierres qui doivent être ensuite évacuées vers des traitements de surface. Sans leur travail, toute l’activité de la mine est stoppée. Le travail de ces mineurs est particulièrement dur et dangereux, entre huit et neuf heures passées sous terre six jours sur sept par une température de plus 40°C, pour un salaire mensuel d’à peine 600 euros et dans des conditions de sécurité minimales (notamment quant à l’inhalation de poussière, en 2009, on dénombrera 288 000 ex-mineurs atteints sérieusement de silicose). Propos d’un de ces drill operators : « Quand on est au fond on est en face de la mort, de la blessure ou de toute autre chose. » La mine offre parfois le choix entre le logement dans les dortoirs (sept dans une seule pièce) de la compagnie, mais beaucoup préfèrent toucher l’allocation de logement pour compenser le faible salaire et vivre dans les conditions excessivement précaires des bidonvilles proches.

            On doit ajouter qu’une bonne partie des mineurs sont des émigrés des Etats voisins dont le salaire sert à faire vivre les familles restées au pays. On doit dire ici quelques mots de plus sur ces conflits : les rivalités syndicales. Depuis la fin de l’apartheid, les liens se sont renforcés entre la coalition au pouvoir – ANC-SACP – et la fédération syndicale COSATU dont le syndicat des mineurs NUM (300 000 membres) est une des pièces essentielles. Son secrétaire général Boleni empoche, rien que pour cette fonction, 140 000 euros par an, ce qu’un drill operator mettra vingt-neuf ans à gagner ; mais il est aussi rémunéré comme membre des conseils de la Banque de développement de l’Afrique du Sud, de la Rand Mutual Assurance et membre de la Fédération internationale des syndicats de la chimie, de l’énergie et des mines. En 1998, des critiques sont nées dans ces organisations noires, reflétant la montée des critiques contre l’intégration poussée de ces « élites » dans le système d’exploitation. Mathenjwa a été expulsé du NUM pour « indiscipline » et a fondé un syndicat « indépendant » : l’Association des travailleurs de la mine et de la construction, AMCU, qui se trouve normalement conduit à soutenir, à exploiter dans son intérêt les grèves sauvages.

            De son côté, l’ANC a expulsé un opposant interne, Malena, qui se trouve contraint d’adopter une même attitude. Les affrontements entre les militants de ces organisations dissidentes tournent souvent à une guerre des gangs dont le seul résultat est d’engendrer une méfiance générale à l’égard des syndicats quels qu’ils soient.

            Lors de la grève sauvage de la mine de platine de Marikana, Bodlani, un des cinq représentants mandatés par les mineurs pour les représenter dans les pourparlers, a déclaré : « Ce ne sont ni l’AMCU, ni le NUM qui nous ont dit de faire grève, c’est nous les travailleurs, pas les syndicats, et ce ne sont pas eux qui nous diront ce que nous devons faire. »

            Quelques mots maintenant de la multinationale Lonmin qui contrôle la mine de Marikana, à quelque 150 kilomètres de Johannesbourg. Elle est l’héritière du démantèlement d’un conglomérat d’un millier de sociétés très diverses assemblées dans les années 60 par un de ces forbans capitalistes, Tiny Rowland, aujourd’hui décédé. Il affirmait : « Je n’ai pas besoin de respectabilité mais de bénéfices et d’affaires qui tournent », mais avec des méthodes de gestion « musclées ». Méthodes de gestion renforcées par les difficultés financières de Lonmin, criblée de dettes, notamment avec la crise et la chute du prix du platine, bien qu’on ne sache pas trop qui, entre les fonds de pension ou les hedge funds possède réellement la mine parmi des groupes capitalistes divers pour qui seule compte cette rentabilité de 15 % et l’abandon de tout investissement, voire de la mine, si cette rentabilité n’est pas atteinte.

            La grève sauvage des 3 000 drill operators de Marikana ne tombe pas du ciel mais d’une situation globale du prolétariat sud-africain aggravée par la crise mondiale.

            Début 2012, une grève de six semaines dans la plus grande mine du monde, à Rustenburg (du trust Impala Platinum), a fait 4 morts mais s’est terminée par une augmentation de salaires. Une des spécificités des mines de platine d’Afrique du Sud est que, contrairement aux mines d’or, elles ne sont pas couvertes par des contrats collectifs mais par des négociations mine par mine ; ce qui fait que toute concession dans une mine à la suite de luttes peut faire école dans une autre mine, mais toujours localisée.

            Ultérieurement, dans une autre grève, dans une autre mine de Lonmin, il y eut 10 morts dont 2 flics, et devant la tension plus de 3 000 flics ont été déployés dans la région, sans doute avec une certaine volonté d’en découdre.

            C’est dans ces conditions que les 3 000 drill operators de Marikana (28 000 travailleurs au total) décident de se mettre en grève le 10 août 2012 avec une revendication centrale d’un salaire mensuel de 1 200 euros, presque trois fois leur salaire actuel : bien sûr ils se heurtent à un refus catégorique de leur employeur. Il est difficile de démêler ce qui va se dérouler la semaine suivante : les grévistes, assemblés sur une colline (qui deviendra la « colline de l’horreur ») près de la mine, armés de lances, de machettes et – peut-être – de quelques armes à feu, harangués depuis une voiture de police par le président du NUM, finalement expulsé du site, mais pour être eux-mêmes expulsés sans ménagement, une partie d’entre eux est finalement poussée dans une sorte de nasse dans les bras de tueurs qui tireront dans le tas sans aucun préavis.

            D’un côté les mineurs, dont certains diront qu’ils « préfèrent mourir que de continuer à travailler dans de telles conditions », de l’autre des flics voulant une revanche et tirant dans le dos des grévistes en fuite ou les abattant au sol d’un tir à bout portant. Epilogue sur le nombre de morts (plus de 50), de blessés (plus de 80), d’arrestations (259 dont certains blessés à leur sortie de l’hôpital).

            Les opposants syndicaux et/ou politiques tentent d’exploiter le massacre : 3 000 se retrouvent le 18 août pour être harangués par Malena, l’exclu de l’ANC. Ce qui permet au secrétaire général de l’ANC de déclarer : « Marikana a été confisquée et des contre-révolutionnaires vinrent pour miner notre mouvement. »

            Le 30 août, l’annonce que les 270 mineurs arrêtés vont être inculpés de « meurtre » en vertu d’une loi datant de l’apartheid provoque un tel tollé qu’elle doit être annulée, la plupart des mineurs arrêtés sont libérés tout en restant inculpés de troubles à l’ordre public.

            La grève de Marikana touche d’autres mines dans les jours qui suivent et c’est la hantise des autorités qu’une explosion sociale ne s’étende aux autres mines et à l’ensemble du pays. Pour Marikana, malgré les communiqués donnant des chiffres de reprise dérisoires, il semble qu’une organisation de la grève se soit mise en place avec des contrôles, dans les bidonvilles mêmes ou dans les transports, pour empêcher les jaunes de gagner la mine, contrôles dénoncés par les autorités comme des menaces et des pressions. Au moment où nous écrivons, la situation reste confuse, et si les grèves dans le secteur minier persistent, elles ne se sont pas étendues aux services publics ou au secteur industriel, pas plus qu’à la population noire engagée souvent des actions de protestations locales.

            On ne peut que retracer les derniers épisodes de cette lutte dans le secteur minier, qui lui-même n’est pas totalement touché par une grève générale.

            • 23 août : les drill operators de Royal Bakofong (7 000 travailleurs) bloquent la mine avec les mêmes revendications que ceux de Marikana.
            • 26/8 : les 12 000 mineurs de Gold Fields sont en grève et reprendront le travail le 19/9 avec des concessions sur des questions d’assurance.
            • 3/9 : mine de Modder East près de Johannesbourg, suite à une grève sauvage en juin dernier, 1 044 mineurs ont été licenciés. 500 d’entre eux ont été réembauchés depuis, quelques centaines des laissés pour compte se rassemblent à l’entrée de la mine tentant d’en interdire l’entrée : 4 blessés.
            • 11/9 : seconde grève de 15 000 mineurs à la Gold Fields.
            • 13/9 : lockout : Anglo American Platinum décide de suspendre toute activité dans les 5 mines de Rustenburg exploitant 26 000 travailleurs.
            • 14/9 : refus des mineurs de Marikana d’une augmentation de 80 euros.
            • 14/9 : rassemblement de milliers de mineurs auxquels il est proposé par différents groupes de déclencher une grève générale des mineurs.
            • 15/9 : Marikana : la police disperse sans ménagement un rassemblement de plusieurs centaines de mineurs en grève près du site minier. Ceux-ci se replient dans le bidonville voisin où ils sont pourchassés. Dans la nuit qui suit, descente de 500 flics dans les foyers d’hébergement de la mine pour saisir des « armes » (bâtons et machettes). 12 arrestations.
            • Le 20/9 un accord pour une augmentation des salaires entre 11 et 22% et une prime de 200 euros semble amorcer la reprise du travail mais, dans les mines, la situation reste précaire en raison de l’impact de cet accord sur les revendications des autres mineurs et de la situation économique mondiale qui met les mines sud-africaines notamment du platine en difficultés financières ?

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            Extrait du dernier bulletin Dans le monde, une classe en lutte, septembre 2012 ici :

            http://mondialisme.org/spip.php?article1883


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