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H1N1 & Firmes pharmaceutiques : un financement à clarifier

mercredi 17 février 2010, par Courant Alternatif

Dans la confusion médiatique autour de la pandémie annoncée de grippe A, et l’indispensable recours aux vaccins anti-grippaux, il importe d’informer pour voir clair à propos de la marchandisation de notre santé publique en France et ailleurs. Quatre vaccins grippaux autorisés et quatre firmes pharmaceutiques ! À qui cela profite ?

La grippe H1N1v, (nom de code de la grippe A) s’est mise en vacances de fin d’année. En décembre 2009, la gravité modérée de la grippe A est confirmée et les effets indésirables des vaccins grippaux H1H1v ne sont pas connus à long terme. Jusqu’à la fin de novembre 2009, en France métropolitaine, 4 millions de personnes ont eu la grippe (déclarés, sans contrôle sérodiagnostic). Les complications graves de la grippe A sont rares, de l’ordre de 1 cas pour 8000 malades (1). Les médias mettent l’accent sur ces cas.

Conflits d’intérêts

Du côté des firmes pharmaceutiques, l’innovation du médicament se fait rare. Crise de la recherche : celle-ci leur coûterait trop chère dans leur rapport à court terme et l’investissement/retour de bénéfices insuffisant. Imaginons que l’invention d’une nouvelle maladie tombe à pic. Mieux vaut dire que si cette maladie concerne les pays riches, une maladie fréquente, cela semble très lucratif. C’est le cas de la grippe A. 94 millions de vaccins achetés à 4 industriels pharmaceutiques permet de montrer (ou faire croire) que l’Etat est en mesure de trouver la solution pour protéger la population (2).
La Dame ministre de la santé, pharmacienne de son état, a omis de noter dans son CV officiel qu’elle a été à la solde de firmes pharmaceutiques plus de dix ans comme VRP. Elle a mis tout en œuvre pour la vaccination généralisée, (sans le médecin généraliste) contre la grippe A, et pour cause, les vaccins sont à caser.
La vaccination contre la grippe A a été mise à « la va-vite » sur le marché, sans cohérence ni méthode rigoureuse. En effet, les personnels soignants, parfois encore non diplômés (donc non autorisés à exercer une profession de soignant) ont été réquisitionnés pour vacciner 6 millions de personnes en France.
L’industrie pharmaceutique, même si elle déclare ses intentions de protéger les malades, comme son nom l’indique c’est avant tout une industrie qui produit. Peu philanthropes les managers de l’industrie pharmaceutique seront guidés par les profits à engranger.
Mieux vaut comprendre que l’industrie pharmaceutique pense d’abord le produit « médicament, ou vaccin » en termes de marchandises, donc de bénéfices, chiffrés en milliard d’euros. Son objectif est 20 % de retour d’investissement sur le marché. L’industrie pharmaceutique doit prouver que le produit apporte un bénéfice aux patients et de son utilité. Balivernes !
L’industrie pharmaceutique arrose les acteurs décideurs à tous les niveaux de la conception, à l’administration du vaccin en passant par sa mise sur le marché.

Première étape : l’essai clinique.

C’est l’étape qui permet d’étudier le bénéfice du vaccin et ses effets indésirables. La durée de l’essai clinique est comprise entre un à deux ans. L’essai est réalisé sur des volontaires et conduit avec une « rigueur scientifique » par des médecins, des professeurs. Les grands de la médecine sont indemnisés par l’industrie pharmaceutique, pour participer à cette phase alors qu’ils devraient être indépendants. L’essai clinique du vaccin grippal A, a été conclu après douze semaines. Les trucages, les manipulations des résultats sont pratiques courantes. Il est facile d’orienter les conclusions d’essais cliniques en interprétant les statistiques dans le sens souhaité. Les principes de transparence ou de précaution, en fonction de l’intérêt financier, ne sont plus respectés. La publication des résultats a été transmise partiellement aux différentes commissions (sénatoriales, professionnelles etc.). C’est ce qui a expliqué les confusions autour de ce vaccin, avec notamment un adjuvant (albumine d’œuf) connu pour ses complications pour les femmes enceintes, les enfants, les vieux*.

Deuxième étape : Autorisation de la Mise sur le Marché

L’AMM, comme son nom l’indique, est une autorisation pour le médicament d’être commercialisé. C’est l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS), entourée d’experts, qui délivre cette autorisation (3). Les experts sont souvent les mêmes professeurs que lors des essais cliniques. Entre les experts indemnisés par l’industrie et la commission, il est difficile pour eux, de juger un produit proposé par leurs financeurs !
L’AFSSAPS est subventionnée, par qui ? L’argent des contribuables et de l’industrie pharmaceutique. L’AFSSAPS suit en général, les recommandations de l’Agence du médicament européen (AME). C’est ce qu’elle a fait pour le vaccin contre la grippe A, mais rien ne l’obligeait. Ce certificat AMM de mise sur le marché obtenu, l’industrie pharmaceutique peut commercialiser directement son produit sans l’accord ni le taux de remboursement de la Sécurité sociale. Le Comité économique des produits de santé (CEPS) fixe le prix du médicament, souvent celui proposé par les firmes. Enfin il revient à la Caisse nationale d’assurance maladie d’en fixer le taux de remboursement.
Pour le vaccin antigrippal A, quatre industriels pharmaceutiques sont en concurrence et en course. Que le plus rapide gagne. Même des médicaments anciens, connus pour une efficacité prouvée, telle l’aspirine par exemple, changent de nom pour être vendus plus cher. Il suffit de leur additionner une poudre de « Perlimpinpin ». Le bénéfice du médicament sur la santé des patients n’est pas prouvé, mais le bénéfice de la santé de l’industrie pharmaceutique, lui est bien démontré.

Troisième étape : Amélioration du Service Médical Rendu (ASMR).

Cette commission de contrôle est réalisée par la Haute (et pourquoi Haute ?) Autorité de Santé (HAS). Comme son nom l’indique l’amélioration thérapeutique du vaccin, du médicament autorisés est recherchée. Les effets indésirables sont identifiés. C’est cette commission qui interdit un produit dangereux, permet de modifier le remboursement ou prescrire le déremboursement du médicament. Les médecins sont dans l’obligation de déclarer les effets indésirables. Devant des « oublis » ou des manques, depuis 2009 les malades ont la possibilité de faire la déclaration des effets indésirables qu’ils observent. Le formulaire sur le site de AFSSAPS est renseigné par le malade avec les résultats d’examens ou le compte-rendu médical et les effets indésirables observés. Mais les associations de malades ne se mobilisent pas pour faire connaître cette possibilité.
Malgré leur déclaration d’indépendance et malgré une interdiction de recevoir de la part de l’industrie pharmaceutique des salaires ou des cadeaux, tous les grands experts de la médecine participant à ASMR sont sous influence de l’industrie pharmaceutique.

Et enfin étape : « marketing » ou de la promotion du vaccin.

Il est assuré directement par l’industrie pharmaceutique auprès des médecins traitants prescripteurs dont 90% de ceux-ci voient leur formation assurée par les firmes. Le budget de l’industrie pharmaceutique réservée aux visiteurs médicaux auprès des médecins, représente 25 000 euros par an et par médecin. Considérons que chaque année, elle investit la somme de 2 milliards d’euros sur la performance de leur réseau de visiteurs médicaux. Il va de soit que cet investissement de la part des industries pharmaceutiques n’est pas philanthropique. Le but est de faire de chaque médecin le prescripteur le plus fidèle et rentable (malgré lui souvent) pour le bien-être des patrons de la firme pharmaceutique (4).
La campagne de vaccination réalisée par « sante.gouv.fr », l’a été en partenariat avec Sanofi-Avantis France. Faut-il préciser le PDG de la dite compagnie pharmaceutique, est membre de l’UMP et grand ami du Président de la « raie publique ». Le champion français Sanofi-Avantis a prévu, rien que sur le vaccin de la grippe A, 8 milliards d’euros de profits, pour un chiffre d’affaires de 25 milliards. Belle rentabilité sur un marché dont les ressources proviennent essentiellement de l’argent des contribuables.

Industrie pharmaceutique, une idée fixe : vendre. Merci l’Europe !

Depuis 2007, la Directive européenne du médicament permet de proposer à l’industrie pharmaceutique, de s’implanter dans les commissions auprès des professionnels de la santé (5). L’industrie pharmaceutique a déjà de larges droits d’accès au grand public, notamment le droit de publier des informations sur les pathologies, le droit de parrainer des émissions audiovisuelles, de promouvoir leurs médicaments auprès des journalistes grand public, de s’impliquer dans les publications mises à la disposition du public dans les salles d’attente des médecins et les officines de pharmacies, etc. Elle se fait même un « devoir » de transmettre au public des informations qu’elle est censée détenir sur ses médicaments. Rien ne l’arrête. Son idée fixe est vendre.

Vaccins à vendre

La résiliation de la commande des 50 millions de doses de vaccins contre la grippe A, sur un total de 94 millions de doses, aux 4 géants de l’industrie pharmaceutique aurait pu provoquer une baisse des actions boursières (6). Rien de tel. La hausse de 20 % des actions a été enregistrée.
Les stocks seront écoulés vers les pays du Qatar, l’Egypte… Les spécialistes disent que le prix de vente des doses a été surévalué et ainsi les laboratoires pharmaceutiques ont pu financer, grâce à la grippe A, leurs capacités de production de vaccins, y compris pour celui de la grippe saisonnière.

Enfin, faisons les comptes : près de 800 millions d’euros pour acheter les vaccins, 2,5 milliards d’euros pour financer le programme de vaccination. Mais quel est le rôle du l’État et du ministère de la santé (pas publique) ? L’État est-il au service de l’industrie pharmaceutique ?

MV (07)
Déclarant n’avoir aucun conflit d’intérêt

Sources :
1- INVS « Points de situation au 1 décembre 2009 » Bulletin grippe A (H1N1) 2009 : 1 page.
2- " Vaccins grippaux H1N1v (suite)" Rev Prescrire 2010 ; 30 (315) : 13-14.
3- Afssaps « Recommandations sur la vaccination grippale A » site de l’afssaps
4- « Les médicamenteurs » film de Stéphane Horel, Annick Redolfi, et Brigitte Rossigneux. Production BCI Communication. 25 rue Coquillère 75001 Paris/ bcicom@bcicom.org
5- « Commissionner makes final plea for drug information directive » site www.euractiv.com
6- “Une bonne dose de profits » Politis n° 1085 14 janvier au 20 janvier 2010.

Quiz
En visitant les sites de chacunes des agences citées dans ce texte, prenez le nom d’un expert qui apparaît et répondez aux questions suivantes :
Quelle est sa mission publique ?
Dans quelle industrie pharmaceutique a t-il été expert ?
Rémunération ?
Pour en savoir plus :
http:// état-exception.blogspot.com
un blog général interessant et informatif


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