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Présentation des autres articles du HS n° 15

mardi 9 mars 2010, par Courant Alternatif


Le vent nous porte sur le système
Ou comment être antinucléaire sans devenir pro-éolien

Denis- Reims
Les champs d’éoliennes se multiplient. Cette industrie crée des emplois. Pour l’écologie citoyenne, la remettre en cause c’est « naturellement » être pronucléaire. Et pourtant…


Les agrocarburants :
nouvelle arnaque, nouvelle cata

(Jérôme – Strasbourg)

Le terme de biocarburant, souvent utilisé, est fallacieux. Il n’y a en effet rien de « bio » dans ces nouvelles transformations énergétiques, si ce n’est le volet idéologique qui voudrait nous faire croire qu’il y a dans les agrocarburants un aspect « écologique ». Sous ce vert vernis, la promotion actuelle qui est offerte aux agrocarburants cherche à prétendre limiter à court terme les émissions de gaz à effet de serre, pallier à moyen terme l’épuisement des réserves de pétrole et favoriser à long terme le développement agricole. En fait, il s’agit avant tout de trouver de nouvelles ressources énergétiques, à n’importe quel prix, par n’importe quel moyen, afin de servir le désastre du modèle de production capitaliste.


Economie verte : Sauver la planète ?
Oui, mais pour sauver l’économie

(Langard)

Sauver le capitalisme est l’unique souci des capitalistes. Comme l’écrivait l’économiste britannique Stern en 2006 : « Si nous continuons à émettre en aussi grande quantité qu’actuellement des gaz à effet de serre, la croissance mondiale pourrait baisser de 20 % ou plus. Il est temps de se réveiller ! »


Hallali général contre l’écologisme
les débuts du mouvement écologiste avec ses arnaques

(Alain-Claude Galtié)

A défaut d’un mouvement plus combatif, la crise écologique planétaire et l’expansion des industries qui en étaient principalement à l’origine poussaient les nouveaux révoltés vers le mouvement de la protection de la nature. Parisien depuis peu, j’étais allé vers la Fédération nationale des sociétés de protection de la nature qui avait ses locaux au Museum d’histoire naturelle, et étais devenu membre de Jeunes et nature, une association récemment créée par François Lapoix. Nous y étions plus éducateurs que militants. Sensibiliser les plus jeunes pour que, devenus adultes, ils changent peut-être les décisions politiques sur lesquelles nous n’avions pas su agir ne satisfaisait pas tout le monde. Il y avait un décalage entre cette mission d’éveil au long cours auprès des scolaires et l’urgence que nous ressentions. Nous voulions nous-mêmes agir sur le présent.

Premiers pas écologistes
Un mouvement très courtisé, voire plus sans affinités
Un mouvement beaucoup trop gênant
Vers l’ultra-capitalisme, toutes voiles vertes dehors


Du retour du religieux dans les écologies

(Jean Transenne)

Lorsque, au milieu du xxe siècle, Malraux avait prédit que le xxie serait religieux ou ne serait pas, nous ne pensions pas que ce retour s’immiscerait aussi vite dans nos plates-bandes. Nous étions jusque-là confrontés à certains aspects religieux du militantisme : la « croyance » en l’inéluctabilité de la révolution ou du communisme, le messianisme des grands mouvements paysans en Amérique latine ou des insurrectionnalistes, l’attachement aux organisations, etc. Ce n’était cependant qu’une tendance vers le religieux, une pesanteur dont il fallait sans cesse s’affranchir, mais qui n’était pas de l’ordre d’une réelle acceptation de la transcendance. Il s’agissait du paradis sur Terre, certes paradis tout de même, mais l’enjeu restait l’Homme social, et non l’Homme individuel créé par Dieu ou par un ordre supérieur.

On assiste, depuis vingt ou trente ans, à une inflation de nouveaux « -isme », nés pour la plupart dans la très protestante et puritaine Amérique du Nord, et qui ont transité par la Grande-Bretagne ou par la très « réformée » Allemagne. Cela va du primitivisme à l’antispécisme, de l’écologie profonde à l’anarchisme vert, des mouvements « anticivilisation » à l’« éco-féminisme » en passant par le mouvement Gaïa qui les coiffe en réalité presque tous… et même le satanisme (que nous laisserons de côté !). Toutes ces néo-idéologies affirment avoir un rapport avec l’écologie et prétendent apporter un éclairage neuf sur des questions brûlantes. Les frontières entre elles sont perméables, des sous-groupes s’y déchirent parfois ; aucune n’est totalement homogène, et les contradictions, comme les débats, y sont multiples. On pourrait se livrer à une critique minutieuse de chacune d’elles. Ce n’est pas ce que nous ferons. C’est que, sans ignorer la complexité des thèses défendues et les différences qui existent, il nous apparaît que les éléments qui les distinguent pèsent d’assez peu de poids par rapport à ce qui les unit. Et ce sont ces points communs que nous allons examiner.

La suite :

• Dans le pot commun, un retour aux fondements religieux :
la transcendance, le péché, les mythes originels… […]
• La Préhistoire au service de l’idéologie […]
• La culpabilisation, une arme religieuse […]
• Derrière le culte du vivant, l’angoisse de la mort


Solidaires, écologistes et libertaires au pays de Bové…

(Fab)

En Aveyron, sur les cendres de l’altermondialisme, des individus commencent à se rassembler autour d’une même idée de la liberté…


Ecologie, territoire et lutte des classes...

(Manolo)

La volonté de construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes n’est pas nouvelle : le projet a été révélé en 1972 après une étude de presque six ans. Mais il est resté ensuite durant vingt-cinq ans dans les tiroirs, freiné par la crise pétrolière, et n’a été réactivé qu’en 2000 par... le gouvernement Jospin. Depuis, Jean-Marc Ayrault, le maire PS de Nantes, l’a pris à bras-le-corps et il multiplie les démarches pour la création de l’« aéroport Grand Ouest ».


Aperçu sur l’histoire du mouvement antinucléaire en France

(Sylvie – Paris et Denis – Reims)

Qu’il soit civil ou militaire, le nucléaire est mortifère ! Ses deux principales applications, civile et militaire, sont indissociables, comme nous le rappellent si souvent les craintes de l’Occident quant au nucléaire iranien. Les mouvements antinucléaires, qui ont été aussi parmi les plus massifs, durables et déterminés de la France de la fin des années 70, se sont développés bien après la naissance des applications militaires et industrielles du nucléaire.

La suite :

• Création du CEA
• Le lancement du nucléaire
• L’émergence d’un mouvement antinucléaire dans les années 60-70
• Le tournant de « Malville »
• Les moments forts de la lutte de sites
• L’échec de la structuration du mouvement antinucléaire
• Tchernobyl, une amorce de réveil… qui fait long feu
• Le gouvernement Jospin :le parti « Vert » entre au gouvernement
• Le réseau Sortir du nucléaire
• Et en dehors du Réseau ?


Modifications de l’environnement (géo-ingénierie, introduction d’espèces) :
des bricolages hasardeux scientifiquement étayés

(Scylla – Lyon)

Pour nombre de ceux qui ont le pouvoir (scientifique, politique, économique et j’en passe), la technologie trouvera un remède à tous les désordres écologiques, et si ce n’est pas aujourd’hui ce sera demain. Cela relève de la croyance dans le progrès, dans la science, mais aussi de la perspective de se faire un gros tas de pognon. Non ? Si, quand même. Et tant pis si la mise en œuvre de ces projets ne fait qu’empirer les problèmes qu’ils sont censés résoudre ou s’ils en génèrent d’autres tout aussi graves.


OGM… Une menace majeure
sur la nature et sur… notre liberté

(Philippe Godard)

Désormais, les nuisances apportées par les OGM sont bien (trop) connues, même si, dans certains pays, ils continuent de s’étendre, faute, prétendent certains, d’un modèle « alternatif » sérieux. C’est la société dessinée par les OGM que nous dénonçons ici, et nous esquissons quelques-unes des réponses que nous pouvons y apporter, y compris pour en finir très vite avec l’agro-industrie.


Notes critiques sur le productivisme

(J.-F)

L’irruption de l’écologie dans les combats pour l’émancipation humaine au cours du dernier quart du siècle dernier a modifié sensiblement les coordonnées politiques, et même, en deçà et au-delà, a remis en cause toute une tradition du devenir révolutionnaire jusque-là construit sur un sens de l’histoire, celui du développement du capital, des forces productives, des sciences et techniques. Ce devenir, la révolution socialiste, était centré sur les luttes ouvrières et l’accumulation des forces de cette classe, et donc conçu à partir de la centralité d’un sujet de l’histoire, le prolétariat, qui devait ou allait tôt ou tard « produire » les conditions de sa libération et de celle de l’humanité tout entière en… développant les forces productives que les rapports de production capitalistes entravaient.

Beaucoup de production dans tout cela. Héritage d’un K. Marx obnubilé par ce paradigme au point de faire du monde un gigantesque champ de production : les hommes sont insérés et soumis à des rapports de production ; les prolétaires sont les produits d’une histoire qu’ils produisent, en produisant aussi des richesses dont ils ne bénéficient pas même si les hommes sont producteurs de leurs moyens d’existence et, par là même, producteurs de leur vie matérielle, mais aussi producteurs de leurs représentations, de leurs idées… et avec les outils, machines, ils ont à faire avec des forces productives tandis que le temps du non-travail, le sommeil, les repas, et le salaire versé servent à reproduirent leur force de travail, etc., tandis que continuellement se reproduisent globalement les conditions de la production matérielle et spirituelle, la division en classes, les moyens de l’exploitation des ouvriers tout autant que ceux de leur libération…
L’irruption de l’écologie vient renverser notablement l’axe à partir duquel il est possible de définir un projet d’émancipation. La plupart des partis et organisations qui se piquent de vouloir changer notablement l’ordre du monde ont « pris conscience » de la question écologique : ces thèmes sont tout naturellement venus d’ajouter à la liste déjà longue des « fronts de lutte », des revendications transitoires et autres axes programmatiques qui leur tiennent lieu de projet.
Pour l’OCL et quelques autres (1), l’écologie est depuis longtemps venue modifier la caractérisation même du capitalisme, et donc la manière et les contenus avec lesquels il est pertinent d’argumenter la nécessaire rupture avec lui : nous ne visons pas une république des producteurs prenant possession de la machine économique et la faisant tourner selon les objectifs d’une planification – d’Etat avec plus ou moins de « démocratie participative » – censée répondre à des besoins non satisfaits. Si l’appropriation collective des moyens de production demeure à l’ordre du jour comme condition nécessaire à la transformation de l’ordre social, c’est bien la production elle-même qui doit faire l’objet d’une remise en cause dans ses présupposés, et non seulement dans ses effets (répartition des richesses, pollution).
L’écologie que nous défendons s’inscrit dans le combat contre la domination capitaliste et le modifie radicalement. C’est pourquoi il nous semble important de remonter aux sources de ce système, qui n’est pas seulement un ensemble de moyens de production orienté vers la recherche du profit pour des minorités possédantes, mais renvoie à des déterminations beaucoup plus profondes, dont les effets sont plus amples, et que l’on peut qualifier de civilisation capitaliste dont l’élément productiviste et son sous-ensemble techniciste sont les principaux piliers.
A l’heure où l’« écologie » se réduit à la question climatique et à l’administration capitaliste des catastrophes, il nous a semblé utile de revenir sur quelques fondamentaux qui proposent un renversement des perspectives susceptible d’éclairer et de dessiner les contours d’un nouveau devenir révolutionnaire.
L’écologie que nous défendons se veut sociale et révolutionnaire au sens où elle s’inscrit dans une critique renouvelée du capitalisme et non dans son aménagement, sa moralisation, l’illusion d’un capitalisme propre, aimable, respectueux des hommes et de la nature. Contre le ravalement en vert du capitalisme et au-delà du moralisme ambiant qui veut promouvoir une consommation responsable, citoyenne, éthique et équitable avec comme projet sous-jacent de revenir à une « vraie » économie rationnellement organisée, relocalisée, durable, basée sur une science et des techniques « neutres », sur des comportements vertueusement altruistes et un capital productif bénéfique et utile en opposition au mauvais capital financier parasite, rapace et incontrôlable. Ces projets, ces visées, même si elles traduisent confusément des aspirations légitimes, ne sont que la vieille conception de l’économie socialiste, qui dans sa forme adoucie et réaliste s’est aussi appelée keynésianisme, remise au goût du jour par des critiques issues d’une écologie politicienne de surface mâtinées de règles morales issues du christianisme social : d’un côté mettre plus de local, de marché, de troc, de pathos, de partage, de qualité relationnelle, d’authenticité, de sens, de proximité, de souplesse que la vieille planification centralisée ; de l’autre, ne proposer que des solutions technobureaucratiques et institutionnelles, cette fois à l’échelle planétaire (mondialisation contrôlée oblige !) à même de « réguler » tout cela, de surveiller, d’orienter, de huiler les rouages de la mégamachine. Une écologie compatible avec le productivisme inhérent au capitalisme est au mieux une illusion, au pire une escroquerie.

La suite :
• Rompre avec l’économisme
• Quelle production, avec quels moyens, pour quels besoins ?
• Le progrès et ses déraisons
• Sortir de l’économie
• Les natures de l’homme
• Défaire l’imaginaire productiviste

1 Message

  • Présentation des autres articles du HS n° 15

    12 avril 2010 23:17, par OCL

    Nous avons reçu ce texte de critique du Hors série de Courant Alternatif hors série n°15 "l’environnement c’est Kapital", et nous en sommes resté sur le cul !

    Si nous le publions ce n’est nullement pour discréditer tous les antispécistes en présentant bassement un texte parmi les plus crétins qui soit. Il s’agit de monter seulement que sur le terrain de la bêtise à prétention révolutionnaire sévissent encore des maoïstes, des staliniens fiers de l’être, dont le programme comporte le "Passage à l’Armée Rouge de la totalité des prérogatives militaires et de l’armement, constitution de tribunaux populaires pour appliquer la justice" et la "Formation d’un gouvernement socialiste fondé sur les comités et conseils populaires, sous la direction de la classe ouvrière et de son Parti Communiste". Les mêmes qui pour 3 lignes qui les égratignent dans un journal de 48 pages, sont prêts aux pires calomnies et autres contre-vérités, et qui n’hésiteront pas à dresser à l’occasion les poteaux d’exécutions au nom de la scientificité de la dialectique de la nature, pour qui n’aura pas succombé aux vertus de l’auto-critique rédemptrice…

    OCL

    Revendiquer l’écologie avec le PCMLM ou faire du franco-français en rejetant les satanistes « anglo-saxons » ?

    En France, lorsqu’on veut discréditer les idées nouvelles, on dit qu’elles sont étrangères. Le marxisme ? Allemand, incompatible avec « l’esprit français » ! Le bolchévisme ? Russe, inadapté aux « mentalités françaises » ! Le maoïsme ? Chinois, inapproprié à la « rationalité française » !

    Le « spécial écologie » de la revue Courant Alternatif, publié en février par l’Organisation Communiste Libertaire, ne déroge pas à la règle : l’écologie ? Anglo-saxon, du puritanisme protestant, irréconciliable avec le « savoir-vivre français », nous est-il dit dans l’article « Du retour du religieux dans les écologies. »

    Un article très instructif car, tout comme l’ensemble du « spécial écologie » il ne vise pas tant à expliquer comment il faut être écologiste, qu’à expliquer qu’il ne faut surtout pas l’être, car on servirait alors les capitalistes ! Dès le départ de l’article en question, le ton est d’ailleurs donné, puisque les premières phrases sont :

    « On assiste, depuis vingt ou trente ans, à une inflation de nouveaux « isme », nés pour la plupart dans la très protestante et puritaine Amérique du Nord, et qui ont transité par la Grande-Bretagne ou par la très « réformée » Allemagne. Cela va du primitivisme à l’antispécisme, de l’écologie profonde à l’anarchisme vert, des mouvements « anticivilisation » à l’ « éco-féminisme » en passant par le mouvement Gaïa qui les coiffe en réalité presque tous… et même le satanisme (que nous laisserons de côté !). »

    Ce qu’on lit ici consiste ni plus ni moins qu’en du racisme (et ne parlons pas du « satanisme » qui est mis sur le même plan que les théories écologistes, attitude très révélatrice de la volonté de nuire et de la mauvaise foi complète présentes tout au long de l’article en question). Des idées seraient nécessairement fausses car… nées dans des pays qui seraient protestants (sous-entendu : pas catholiques, ou bien laïcs), qui seraient « anglo-saxons » (sous-entendu : et non pas latins). Une telle affirmation est typique du petit-bourgeois français, qui pense que la France est le pays de la rationalité, de la science, de la raison, de l’humanisme, etc.

    Notons d’ailleurs que ce qu’on lit ici sur la localisation de l’origine des idées critiquées est de plus totalement faux. En effet, une partie des conceptions critiquées par l’article s’est surtout très largement développée au Chili, en Argentine, au Mexique, ainsi que dans l’État espagnol et en Italie ! Le site sud-américain Liberacion Total par exemple témoigne d’un activisme effréné et de la tentative d’une construction d’une alternative révolutionnaire nouvelle, à la confluence de l’anarchisme, du primitivisme et de l’antispécisme. Car si les questions écologistes se développent de manière nouvelle, c’est aussi en raison de la généralisation de l’industrie de la viande (notamment en Amérique latine) et de la destruction de la planète. Comme le disait Marx, l’humanité ne peut que poser les questions auxquelles elle peut répondre. En témoigne par exemple cette action au Brésil du 21 mars 2009, menée par l’ALF contre l’un des plus grands abattoirs d’Amérique latine (500.000 volailles y sont abattues chaque jour).

    Mais si l’article de Courant Alternatif ne parle pas de l’industrialisation de la viande qui se généralise, ni de la destruction de la planète qui s’accélère, ce n’est pas pour rien. Car l’article attaque en réalité la compréhension scientifique du monde… et il ne vise ainsi pas tant les « anglo-saxons » que… le PCMLM. En effet, au début de l’article répond la fin de l’article, où l’on peut lire :

    « Derrière le culte du vivant, l’angoisse de la mort Lorsqu’on voyage à travers des nouvelles idéologies, on est frappé du rapport particulier à la vie (et donc à la mort) que l’on y trouve. Une peur de la fin du monde dont nous serions coupables, collectivement et individuellement, pour nous être écartés de nos origines fusionnelles avec le Cosmos, avec la Vie.

    Y retourner est une sorte de déni de la mort. « Je suis préparé à quitter cette vie, je n’ai pas peur. Je me désintégrerai juste dans des molécules et des atomes. Ceux-ci seront probablement transformés dans une autre forme de matière vivante. » « Lors de sa mort, de sa vie et de sa destruction, l’organisme restitue à la biosphère ses atomes et les lui reprend incessamment, mais la matière vivante pénétrée de vie puise toujours sa genèse au sein de la vie elle-même », nous dit Vladimir Vernadsky, la référence des maos antispécistes du PCMLM. Finalement, nous sommes là en présence d’une façon contemporaine de transcender l’angoisse de la mort dans une nouvelle religion. »

    Disons le ouvertement et clairement : parler de « l’angoisse de la mort », dire qu’il existe une « angoisse de la mort », est totalement étranger à la culture de l’extrême-gauche. Ceux qui affirment qu’il existe une angoisse face à la mort, ce sont les existentialistes (Sartre, à la suite de Heidegger et Kierkegaard). Ce sont les fascistes qui disent qu’il existe en ce moment, de manière « contemporaine », une angoisse face à la mort, qu’il faut par conséquent retrouver le « sens de la vie » par le « dépassement de soi » et le mode de vie clanique. Et ce sont les psychanalystes qui s’appuient également sur cette notion. Et que voit-on dans l’article, justement ? Que ce passe-temps psychologique des grands bourgeois qu’est la psychanalyse se voit transformer par le texte en référence du mouvement ouvrier, aux côtés de la sociologie et l’économie !

    Sociologie, économie et psychanalyse seraient issus du mouvement ouvrier et formeraient le socle du « matérialisme » partagé par « toutes les tendances » du mouvement ouvrier ! Une telle position est bien entendu totalement fausse, vu :

    • que Marx et Engels se sont séparés des autres courants du mouvement ouvrier, au nom du socialisme scientifique (le marxisme) ;
    • que Lénine a souligné l’importance centrale de la dialectique de la nature dans le marxisme, critiquant notamment dans « Matérialisme et empirio-criticisme » les accusations de « mysticisme » ;
    • que Mao Zedong a assumé ces positions et rappelé notamment dans « De la contradiction » que pour le marxisme, la dialectique n’était pas qu’une loi « sociale » mais bien une loi universelle, valable pour absolument tous les phénomènes.

    Ce que l’on voit donc, c’est que l’article critique l’aspect religieux dans l’écologie, pour en fait mettre en avant les vieilles thèses anti-dialectiques qu’ont déjà affronté Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao ! Vieilles thèses anti-dialectiques mises en avant depuis longtemps en France par tout le courant petit-bourgeois issu de Proudhon et des utopistes, pour qui le projet ouvrier se résumerait à de la « sociologie » et de « l’économie »… Et la preuve de cela réside dans la négation complète et absolue du matriarcat que l’on trouve dans le texte de Courant Alternatif.

    Le texte dit sur un ton absolument typique de l’université (bourgeoise) : il n’y a pas de preuves que le matriarcat ait existé, le communisme primitif est une invention, etc. Et même pire, car dans l’article, il est dit que les connaissances sur le matriarcat sont « partielles, discutées et remises en cause fréquemment – et surtout idéologisée. » Ce que le texte nie ici c’est l’aspect idéologique du discours bourgeois pseudo « scientifique. » L’article fait confiance aux « chercheurs » : il nie la lutte de classes et le fait que les résultats « scientifiques » se transforment, avec la décadence de la bourgeoisie, en simple apologie du capitalisme.

    Notons justement ici que l’article parle de « matérialisme » mais jamais de la matière, ni de la réalité en général ; il en reste à une très vague histoire des idées. Tout cela pourtant au nom de quoi ? Du « matérialisme »… Oui, mais du matérialisme bourgeois, comme on peut le voir à la définition donnée lorsqu’est faite la critique des connaissances prétendument « partielles » : « La démarche matérialiste est inversée : on ne cherche pas à déduire des conséquences et des orientations de l’observation plus ou moins scientifique, on sait ce qu’on veut démontrer à l’avance, et on pique ici et là dans les « modes » ethnographiques, ce qui conforte le présupposé. » Ce qui est ici cocasse, ce n’est pas seulement que le terme « matérialiste » qui appartient au marxisme est transformé en apologie du matérialisme bourgeois, que le matérialisme ici présenté est simplement celui de Descartes et de tous les empiristes.

    Non, il faut surtout voir que la méthode consistant à « piocher » n’importe comment est exactement ce que fait l’article ! L’article fait en effet référence à la notion de Gaïa, à des gens comme Lovelock et Vernadsky, à Françoise d’Eaubonne, au primitivisme et John Zerzan, à Earth First !, à l’ALF, à l’antispécisme….

    Mais sans jamais rien connaître d’autre à ces personnes et à ces théories autre chose que les pires caricatures des années 1990, lorsque le milieu anarchiste alors à son apogée en France baignait dans une orgie économiste petite-bourgeoise (avec l’anarcho-syndicalisme) et un refus bien chauvin de toute connaissance des expériences dans les autres pays (à part la Catalogne de 1936, pour le mythe). L’article multiplie donc les erreurs, les inventions et les fantaisies délirantes (ainsi l’ALF serait influencé par des tendances favorables à l’extinction du genre humain, alors qu’en réalité il s’agit bien entendu d’un courant ultra minoritaire et caricatural n’ayant absolument rien à voir avec l’ALF ; les antispécistes se revendiqueraient de la biosphère, alors que justement les antispécistes ne s’y intéressent pas du tout, à l’opposé précisément de ceux et celles unissant libération animale et libération de la Terre ; pas une seule fois on ne retrouve les mots « vegan » ni « véganisme » ce qui est un comble ; le Front de Libération de la Terre est également « oublié » etc.).

    Et l’on peut même dire qu’un tel article dans Courant Alternatif est une honte complète et montre la décadence de l’Organisation Communiste Libertaire. Car l’OCL est historiquement l’organisation la plus progressiste du mouvement anarchiste ; elle a participé au mouvement autonome en France dans la fin des années 1970, ainsi qu’aux luttes anti-nucléaires de l’époque (cette dernière activité étant d’ailleurs toujours rappelée sur le mode « ancien combattant »). Elle représente (ou plutôt représentait devrait-on dire) historiquement le courant anarchiste ouvert aux idées nouvelles, aux mouvements sociaux, à l’opposé des anarchistes traditionnalistes (du type Fédération Anarchiste). Mais là, ce qui pose problème, ce n’est pas tant que le Front de Libération des Animaux existe dans une série innombrable de pays. Le petit-bourgeois peut toujours saluer la « radicalité » de telle ou telle action, prétendre que tout se rejoint, qu’il n’est pas d’accord mais qu’il soutient, dans l’attitude schizophrène typique de l’opportuniste cherchant à se donner une image « révolutionnaire. » Non, le problème insoluble pour le petit-bourgeois, c’est que des luttes comme la libération animale et l’écologie supposent un changement pratique, au quotidien. Remettre en cause sa vie personnelle, sa vie « privée » est insupportable pour le petit-bourgeois, voilà pourquoi le matriarcat est nié dans l’article : en niant le matriarcat, on nie le patriarcat et les exigences de le combattre au quotidien. Voilà pourquoi le numéro entier « spécial écologie » de Courant Alternatif consiste purement et simplement en une attaque contre l’écologie, qui aurait été purement et simplement gangrenée par le capitalisme. Une fois dit cela, on passe à la trappe l’écologie et la nécessité de changer ! Preuve de cela de cette folie : le Grenelle de l’environnement y est même présenté comme un grand plan capitaliste… Ce qui est une critique ridicule (et « de droite ») comme le montrent les faits : le Grenelle non seulement n’allait évidemment pas « assez loin » pour ainsi dire, mais de plus il a carrément été liquidé… Mais l’OCL ne peut pas faire une critique de gauche ; tout ce qu’elle peut faire, c’est réagir comme la vieille extrême-gauche : regretter le passé. Regretter la période avant la crise générale du capitalisme, et avant la crise écologique (qui pour le coup est carrément niée).

    Ainsi, l’article dont nous parlons ici est comme tous les articles du « spécial écologie » : il s’agit d’une attaque directe contre le principe d’autocritique, contre le principe qu’il faut comprendre ce qu’est la triple oppression, ainsi que la situation des animaux et de la nature, la dimension de notre époque. Les urgences de notre époque… ne sont pas seulement pas comprises, mais ouvertement niées !

    Alors que, selon nous, toutes les questions écologiques lorsqu’elles sont comprises scientifiquement forment quelque chose de véritablement subversif à notre époque, car formant des exigences qui doivent être satisfaites. Et selon nous cela est parfaitement cohérent, et donc conforme aux objectifs communistes : la résolution de la contradiction entre les villes et les campagnes, ainsi qu’entre le travail manuel et le travail intellectuel.

    Tout cela se tient ; c’est même la seule voie, et ce sont des objectifs qui répondent à la situation de notre planète, à l’évolution dialectique de l’humanité, à la dialectique de la nature. L’article rejette le fait que l’humanité a une responsabilité nouvelle et doit cesser ses destructions, et nous nous disons, non, l’humanité doit justement comprendre sa place, qui est une place parmi d’autres, au sein de la biosphère ! L’article de Courant Alternatif montre ici à quel point la « vieille extrême-gauche » a peur de se faire balayer, et rejoint ouvertement les positions de l’ancien contre le nouveau.

    Elle est inapte à affronter les questions d’une fantastique dimension qui se posent, et qui devront être résolues !

    Site du PCMLM source


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