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Editorial, Courant Alternatif 199

lundi 19 avril 2010, par Courant Alternatif


Certes la claque électorale que vient de prendre la droite française aux élections régionales peut nous faire pouffer. Voire les têtes à claques de la droite décomplexée se déconfire sur les plateaux de télévision comme un citron qui aurait trop baigné est un spectacle auquel on aurait tord de ne pas gouter, si ce n’est au moins un peu. Certes le discrédit de ces élections à la con prend des proportions telles qu’il est même difficile aujourd’hui pour les « spécialistes » politiques ne pas l’évoquer : à l’instar du buzz qui s’est répandu les derniers jours de la campagne électorale sur les réseaux communautaires d’internet français : cette femme qui répondait à un journaleux, « j’en ai rien à secouer, je suis anarchiste et j’aimerais foutre en l’air toute cette société capitaliste ... »

Mais à part ces quelques propositions de ricanements, il n’y a pas grand chose qui nous porte à de l’optimisme. Même si la victoire de la « goche » est à relativiser, car en nombre de voix, elle ne recueille guère plus de suffrages que lors des consultations précédentes (c’est essentiellement l’électorat de l’UMP qui a fondu dans l’abstention comme la neige de janvier sous le soleil de mars), dans l’état actuel des choses, l’alternative du retour de la « gauche plus rien » est à considérer comme un enterrement de troisième classe des luttes sociales. A imaginer ces roturiers de la casse populaire au pouvoir, on imagine facilement le chantage qui s’opérerait alors : « Ne proteste pas, ne fait pas grève sinon tu vas faire le jeu de la droite », comme on a pu l’entendre avec le même abandon de perspective quand on soutenait dans les années 90 les luttes de sans papiers ou les révoltes en banlieues et que cela ferait « le jeu » du Front National. Cela sera semblable à la lepénisation des esprits (pour reprendre le titre de l’ouvrage d’alors de Pierre Tévanian et Sylvie Tissot) qui a pu s’opérer car justement les luttes ne sont pas allées assez loin, parce que la gôche de merde a sombré dans l’angélisme de la xénophobie et qu’ainsi le chantage à l’immobilisme a pu avoir lieu. Le statu-quo social que le décor post-électoral peaufine ne prête guère à voir autre chose qu’une impasse politique. Une énième manifestation saute-mouton a eu lieu le 23 mars dernier (Page 5) dont le relatif succès montre que le dynamisme des bureaucraties syndicales à défaut d’éteindre la flamme de la contestation, maintient toujours l’illusion que sans elles, rien n’est possible à grande ampleur.

Pourtant les foyers de la grogne existent et les raisons de se révolter sont bel et bien visibles. Au nom de la crise économique, la guerre de classe que mène la bourgeoisie est impitoyable. On en arrive à un tel point que si pour sauver le capitalisme mondial, il fallait réhabiliter le servage, il y aurait bien un de ces crétins d’économistes à la solde du pouvoir qui serait capable de le proposer ! C’est qu’on est dans une période où nos perspectives et nos utopies révolutionnaires sont absentes. On en aurait pourtant bien besoin ! Mais l’immobilisme dont notre période est constituée ne l’est pas uniquement par l’impasse politicienne. Elle l’est aussi par la crainte de perdre. Perdre quoi ? Vu la situation, à part nos chaînes, on pourrait bien se le demander. Elle le serait aussi par l’intégration de l’idée que la répression de toutes les contestations qui sortiraient des faibles bandes autorisées serait aujourd’hui implacable. Que la peur ait vocation à devenir l’alliée de la tyrannie du pouvoir, cela n’est pas nouveau ! Mais que cette peur se dissipe à travers celles et ceux qui osent encore espérer que le monde doit changer, voilà bien une opinion à laquelle nous avions envie de tordre le cou !

Commission Journal de Strasbourg


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