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Hors-série n° 4 spécial anti-nucléaire

Ni rose ni vert, arrêt immédiat du nucléaire

mardi 17 mai 2011, par Courant Alternatif

En 2000, Courant Alternatif publiait un numéro hors série spécial antinucléaire "Ni rose, ni vert, arrêt immédiat du nucléaire". Ce numéro est épuisé de longue date, mais contient des textes de référence d’autant plus utiles aujourd’hui, quand le débat sur le nucléaire revient sur le devant de la scène. Nous le mettons en téléchargement au format pdf. Sommaire et édito en ligne

Pourquoi s’opposer au nucléaire ?

“Nous faisons tout ce que nous pouvons pour prévenir l’accident grave, nous espérons ne pas en avoir, mais nous ne pouvons pas garantir qu’il ne se produira pas. On ne peut exclure que dans les dix ou vingt ans à venir un accident civil grave se produise dans l’une de nos installations” [1].

Dans les années 50 le nucléaire civil était présenté comme parfaitement sûr, sans déchets et pouvant fournir une énergie à tout jamais abondante. A partir de 1974, date de l’accélération du programme nucléaire français, on nous affirmait que cette technologie était parfaitement maîtrisée et qu’un accident grave n’était pas possible. EDF garantissait une absolue sécurité grâce à un système de défense sans faille constituée de trois barrières entre le combustible et l’environnement... ce qui revenait implicitement à reconnaître la possibilité d’accident. Nous nagions en pleine euphorie scientiste : envolées à tout jamais l’idée selon laquelle l’émancipation des êtres humains ne pourra venir que d’eux-mêmes par un changement d’organisation sociale, économique et politique ! Le bonheur sera l’œuvre de la science qui résoudra tous nos problèmes. Ce discours était porté par la quasi totalité du corps scientifique, de la communauté médicale, de la classe politique. Ceux qui doutaient et qui critiquaient, les antinucléaires de la première heure, les sceptiques de la science et du développement, étaient marginalisés et pris en tenaille entre une pensée occidentale arrogante et dominatrice, et le stalinisme qui, sur ces questions, ne se distinguait en rien de la pensée quasi unique de l’époque.

Rompre avec le scientisme
A en croire les apôtres de la science, ceux qui craignent aujourd’hui le nucléaire sont les mêmes que ceux qui craignaient le chemin de fer au XIXe siècle. Il y aurait toujours, selon eux, une partie frileuse de la population qui, accrochée au passé par peur de la modernité, serait toujours encline à propager un catastrophisme infondé.
Pourtant, sachant que dans le monde moderne, les découvertes scientifiques ne se traduisent par des applications technologiques et techniques que si elles servent au développement du capitalisme ; et que le capitalisme a toujours apporté destructions, guerres et écrasement des individus, il nous semble que nous serions en droit de manifester quelque méfiance à l’encontre des mises en œuvre de nouvelles techniques réalisées au nom de la modernité et du progrès.
Mais surtout, il n’y a rien de commun entre un chemin de fer et une centrale ou une bombe nucléaire. Dans le premier cas, comme dans celui de la plupart des innovations technologiques du monde moderne, sur terre, sur mer, dans l’air, un dysfonctionnement, une erreur ou un accident n’entraînent la mort que de quelques centaines, au plus, de personnes. Dans le cas d’un accident nucléaire, ce sont plusieurs dizaines de milliers de personnes qui laissent leur peau dans l’instant ou dans les années qui suivent.
Dans le premier cas, une fois l’accident passé, les traces sont effaçables alors que dans le second ce sont des régions entières qui se retrouvent contaminées et c’est donc la vie même sur la planète qui est ainsi menacée. Dans le premier cas on peut théoriquement revenir plus ou moins en arrière si on estime que telle ou telle technologie est trop dangereuse ou inadaptée. Les traces de son passé existeront certes : modification du paysage et du mode de vie, maladies, structure sociale, mais rien d’absolument irréversible. Dans le cas du nucléaire, il restera pour des centaines de milliers d’années, des zones contaminées et des milliers de tonnes de déchets stockées ici ou là : il n’y a donc pas de réversibilité ! La différence entre le nucléaire et les autres technologies apparues depuis deux siècles n’est pas question de degré, mais bien de nature. Nous sommes dans le qualitatif, pas dans le quantitatif !

Pour une sortie immédiate du nucléaire
Certains, dans les sphères gouvernementales, tentent de passer pour des “critiques réalistes” du nucléaire. Ils parlent même d’abandonner le “tout-nucléaire”, de “diversifier”, etc. En fait il s’agirait de ramener la part du nucléaire dans la production de l’électricité aux environs de... 60 %, à l’horizon 2020 ! Réponse dérisoire aux problèmes monstrueux que pose cette source d’énergie. D’autres se battent pour une sortie progressive du nucléaire avec l’option d’un non-renouvellement du parc, mais sans arrêt immédiat de celui qui fonctionne à l’heure actuelle. Autrement dit, au mieux, vingt années pendant lesquelles planeront des dangers réels et reconnus de catastrophe, et s’accumuleront des déchets que nul se sait ni décontaminer ni stocker. Or l’arrêt immédiat est possible techniquement sans baisse du niveau de confort ni suppression d’emplois. Mais de toutes les manières, y aurait-il des modifications de nos habitudes consuméristes, et des suppressions d’emplois (après tout, si ces suppressions apparaissent comme catastrophiques, c’est bien parce que les richesses sont inégalement partagées !), qu’il n’y aurait pas une minute à hésiter face aux dangers autrement plus graves, immédiats et pour l’éternité, que cette industrie nous fait courir. Et puis, soyons clairs, la baisse absolument indispensable de la consommation énergétique dans les pays du Nord n’est nullement de nature à entraîner un retour à la bougie. On peut vivre mieux en consommant moins et mieux.
Seulement voilà, les intérêts liés au nucléaire sont puissants, et leurs relais politiques si nombreux que seul un mouvement d’envergure pourrait résister. Face à cela, les simples mouvements d’opinion et les lamentables palinodies politiciennes sont impuissants. Miser sur cela, comme le font les Verts, ne fait que retarder la construction d’un tel mouvement.
Il ne faut pas perdre de vue que le nucléaire est le pur produit d’un système économique. Et probablement l’un de ses produits les plus pervers puisque, même en cas de Révolution (la bonne, la plus idyllique !), la nouvelle société hériterait, et pour longtemps, des déchets, des terres et des mers stérilisées et contaminées, des modifications génétiques, etc. Quoi qu’il arrive, le nucléaire restera un élément essentiel des conditions d’une reproduction possible d’une société basée sur l’exploitation, la domination, et la prépondérance du travail intellectuel. Même dans le cas improbable où ils cesseraient à court terme, les programmes nucléaires auront, en quelque cinquante années, diminué les chances de réussite de l’établissement d’une société communiste. En ce sens, le nucléaire n’est pas qu’une aberration, et ceux qui veulent le cantonner sur ce terrain se privent, et privent les autres, des moyens de comprendre ses causes, sa fonction et ses origines. Ils privent également la lutte antinucléaire de la possibilité de mener de front deux objectifs vitaux pour qui veut changer la société : faire cesser les programmes nucléaires, bien sûr, et permettre une meilleure compréhension des mécanismes de la société pour que les combats menés ne restent pas lettre morte.

Que proposons-nous ?
Nous sommes entrés dans une nouvelle période où le choix du créneau “nucléaire” pose à ses promoteurs de sérieux problèmes. Le lobby nucléaire se prépare à renouveler le parc actuel, dans un environnement plus défavorable que par le passé : nombre d’Etats ont abandonné (ou s’apprêtent à le faire) cette source d’énergie ; la multiplication des incidents oblige EDF à une gymnastique de la transparence qui trompe de moins en moins de monde ; L’enlisement de la question du retraitement comme de celle des déchets fait mauvais effet. Mais ils ne lâcheront rien, soyons en certains, si un mouvement social ne crée pas un rapport de forces suffisant.
Malgré trente ans de mouvements d’opposition, le plus souvent locaux, la filière nucléaire s’est développée !
Néanmoins, ce sont bien des mouvements massifs de population, qui ont fait, parfois, reculer la “Marche de la France” en Bretagne (où l’Etat ne peut toujours pas implanter une centrale ! Aujourd’hui, ce sont encore des mouvements de population locale qui font ou feront la fête à l’ANDRA lorsqu’elle tentera de sonder tel ou tel sous-sol. A nous d’agir en leur sein pour que ce soit la globalité du nucléaire et de ses causes qui soit remis en question, et non tel ou tel aspect partiel.
Il est regrettable que certains aient la mémoire courte. En effet, lorsque la droite était au pouvoir (avant 1981), le P.S., dans l’opposition, se prétendait antinucléaire. Venu aux affaires, son rôle était de gérer le système capitaliste, ce qui signifiait qu’il n’avait pas d’autre choix que de céder aux diktats des nucléocrates. C’est ce qui s’est passé, avec tous les dénis que cela suppose, mais qui ne sont finalement pas des trahisons, car quand on choisit de gérer les affaires au niveau de l’Etat, il ne faut pas s’attendre à autre chose.

O.C.L., mars 2000

SOMMAIRE

• Pourquoi s’opposer au nucléaire p. 3
• Des déchets pour toujours p. 4
• Implications économiques, sociales et politiques p. 5/6/7
• Expérimentation de l’arme nucléaire p. 8
• Le CEA, sa raison d’être p. 9/10
• Historique du mouvement antinucléaire (partie 1) p. 11/12
• La lutte à Golfech p. 13/14/15
• La lutte à Chooz p. 16 à 19
• La Hague antinucléaire p. 20/21
• La lutte à Plogoff p. 22/23/24
• Historique du mouvement antinucléaire (partie 2) p. 25/26/27
• L’écologie pour un capitalisme pur et sûr p. 28/29/30
• La sécurité nucléaire et l’accident majeur p. 30/31/32

Pour réaliser ce numéro spécial sur le nucléaire, nous nous sommes servis des nombreux articles parus dans Courant Alternatif ; de la brochure éditée par l’OCL en 1982, Nucléaire arrêt immédiat ; des trois ouvrages présentés p. 8.
... et de l’expérience que nous avons accumulés tout au long de nos pratiques antinucléaires. Nous nous sommes limités à la situation française, faute de temps et de place, mais aussi parce que la France est réellement une exception sur cette question. Nous avons cependant conscience qu’il y aurait eu bien d’autres questions à traiter, même en se limitant à l’hexagone. Nous invitons les lecteurs intéressés à se reporter aux sources précitées ou à nous écrire pour recevoir des documents sur telle ou telle question.

Pour télécharger le numéro HS n° 4 cliquez ici

P.-S.

Téléchargez intégralement le numéro en pdf en cliquant sur le lien (3,1 MO)

Notes

[1] (Inspecteur général pour la sûreté à EDF au colloque Nucléaire, Santé, Sécurité, 1988, Montauban)


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