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Notes sur la période inachevée.

mardi 23 novembre 2010, par Courant Alternatif

Les journées de grève du 7 septembre au 19 octobre, ont démontré avec force l’impopularité et le rejet de la politique de N. Sarkozy, de la droite et du patronat. Ce rejet de la réforme des retraites induit aussi fortement les autres attaques anti-sociales portées par ce gouvernement contre les travailleurs : emplois, salaires, casse des services publics… Au fil des ces différentes mobilisations massives, le slogan repris par nombre de manifestants « aujourd’hui dans la rue, demain on continue » traduisait déjà l’insatisfaction pour certain(e)s et ou la frustration pour tous, des limites imposées par les confédérations syndicales pour mettre à bas ce gouvernement ; pour stopper ces mesures impopulaires. Le fait de voir l’intersyndicale reporter la mobilisation suivante quinze jours plus tard soit le 23 a permis au gouvernement d’achever le parcours parlementaire de son projet de loi.

UNITE, Unité ?

Dès le début des mobilisations contre le projet de loi Woerth, l’intersyndicale au nom de l’unité freinait toute contestation dans et hors de ses rangs. Consensus et unité entre défenseurs du dialogue social, entre partenaires sociaux responsables : CGT, CFDT, FSU, UNSA, CFTC, et CGC. Pour ces organisations, il n’était pas question de demander un retrait du projet. De tout temps, leurs demandes étaient de négocier certains de ses aspects avec le gouvernement. Ceux-ci voulaient négocier dans le cadre des besoins du capitalisme en discutant certaines exigences du MEDEF. Atténuer les conséquences du choc du « travailler plus pour gagner moins » parmi les salariés. Abattre mais « de mort lente » le régime des retraites par solidarité, mis en place par le conseil national de la résistance. Pour y substituer le régime individualiste de retraites par capitalisation, cher aux fonds de pension et à ses actionnaires, dont l’un des représentants en France n’est autre que le frère de notre bling bling président : Guillaume Sarkozy.
Via le gouvernement, le patronat avec des arguments fallacieux (vieillissement de la population, faillite et déficits des caisses ...), s’accaparera ainsi gratuitement pour le compte de groupes privés d’assurances et de mutuelles, les milliards de la cagnotte des retraites publiques. Il imposera ainsi le marché des retraites complémentaires. Projet qui se traduira par la baisse du niveau des prestations retraites et précipitera encore plus de salariés dans la misère. Aidés par les médias écrits, visuels et audio, qui voici peu encore nous bombardaient constamment sur la nécessité et les bienfaits de la réforme à grands renforts de consultants, chiffres et autres statistiques, les leaders de l’intersyndicale, accompagnaient et ponctuaient leur concertation et autre dialogue social avec le gouvernement, sur le projet des retraites par ces journées d’action bien orchestrées, mais sans liens et sans lendemain. Manifestation tous les deux mois, où les slogans sur la grève générale paraissaient incantatoires car trop minoritaires et trop clairsemés dans les cortèges.
Notons que cette dynamique de journées d’action sans suite, avaient pour maîtres d’œuvre, dans l’intersyndicale, nos deux duettistes : B. Thibault et F. Chérèque.
Ces périodes attentistes nourrissaient aussi la rage que forgent parfois les frustrations. Subir sans pouvoir réagir, subir alors que nous pourrions « tout » collectivement. Pourtant, à chaque appel nous redescendions plus nombreux dans la rue. Les coups portés par ce président et le patronat devenaient insupportables. Les cadeaux faits aux banques et aux nantis inadmissibles. Les attaques anti-sociales intolérables.
Pour FO et Solidaires la seule revendication était le retrait pur et simple du projet. Il n’y avait rien à négocier.
Posture, le positionnement de FO dans l’intersyndicale. Il ne rejoint nullement ni sur le fond ni sur la forme celui de Solidaires. Le syndicat de JC. Mailly a boycotté les premiers rendez-vous de l’intersyndicale et ses appels aux mobilisations pour s’y joindre plus tard. Il demande le retrait total du projet de loi mais avec « son » préalable de grève générale de 24 heures. Cet avertissement, dit-il, devrait être le coup de semonce qui fera reculer N. Sarkozy. Ce n’est qu’après que pourrait être discuté la reconduction des grèves. Posture radicale car FO est en incertitude d’existence syndicale future, depuis le « Yalta » de Mai 2008. Quand, le MEDEF, la CGT et la CFDT se sont mis d’accord pour kidnapper par une nouvelle loi, la représentativité syndicale à leur profit. Vu le passé de cette organisation, sa radicalisation (même animée par les courants trotskistes qui la composent) prête à sourire.
Solidaires qui ne signera pas les deux derniers communiqués de l’intersyndicale n’a pas le passif de FO. Sa revendication du retrait immédiat du projet de loi trouve de suite écho non seulement dans les différents SUD mais aussi dans les autres structures syndicales : CGT, FSU et autres.

La stratégie réformiste mise à mal

Cette stratégie attentiste des patrons syndicaux, allait être contrecarrée par plusieurs événements.
Les contre coups de la crise obligent le gouvernement sous la pression du patronat à accélérer ses réformes et coupes budgétaires. La rigueur, sans le dire. N. Sarkozy qui se voulait le chantre de la démocratie sociale, rompt avec ses partenaires sociaux et préfère légiférer unilatéralement. Il plante ses deux duettistes privilégiés pour la démarche parlementaire plus expéditive.
Les vacances d’été souvent propices au calme social, sont rythmées par les affaires. Les injustices sociales deviennent trop criantes. Les travailleurs devront serrer leur ceinture, tandis qu’au sommet, au gouvernement, les petits arrangements entre amis vont bon train. Des milliers d’euros qui partent en fumée par les cigares d’un ministre, d’autres versés pour une pseudo étude sur les méfaits de la mondialisation à une ministre qui alimente la caisse de son parti croupion de gouvernement. Et surtout, le ministre chargé de négocier les retraites, chargé de nous faire avaler les nécessaires et justes mesures d’austérité est pris la main dans le sac d’embrouilles entre copains et coquins. Le ministre E. Woerth défraie les chroniques, ment et s’englue dans l’affaire : Woerth-Bettancourt.
Les contre feux allumés par l’Elysée pour faire oublier ce climat et sa puanteur politique n’y changeront rien. Derniers boucs émissaires de circonstance, la chasse aux ROM ne sera pas payée de retour même dans l’électorat de la droite modérée. Bien pire les agissements du gouvernement provoquent de dures réactions hors de France : Union Européenne, Vatican…
Dans ce climat politique nauséeux, l’argumentaire du gouvernement sur le projet de loi sur les retraites se répète, s’essouffle sans plus convaincre. L’opinion reste majoritairement contre.
Elle n’est plus façonnée par les médias officiels même s’ils restent omniprésents et persistent sur le sujet. La contre information disséquant la propagande gouvernementale a réussi à se propager via le net, les multiples sites et autres réseaux militants, ainsi que sur les lieux de travail par les militants syndicaux. Loin de démobiliser, le temps estival a permis de préparer la rentrée sociale.

Une rentrée sociale au rendez-vous

La journée du 7, puis celle du 23 septembre à l’appel de l’intersyndicale réuniront plusieurs millions de salariés dans les rues. Autant voire plus, que la dernière manifestation du 23 Juin, la veille des vacances. Après avoir été planté par Sarkozy qui campe sur ses positions, les leaders de la CGT et de la CFDT sont coincés par l’ampleur des mobilisations. Ils se retrouvent piégés dans leur propre dynamique attentiste. Ils voient ainsi leurs marges de manœuvre se réduire pour enterrer trop brutalement ce mouvement de protestation. Des débordements par les grèves locales reconductibles les inquiètent. Le soutien apporté par la gauche institutionnelle sur le terrain législatif ou sénatorial n’a que peu d’écho dans ce mouvement de protestation qui s’installe pour durer. De même que les sirènes électorales, qui veulent canaliser la révolte d’aujourd’hui, vers les urnes de 2012, a peu d’emprise sur les travailleurs qui se retrouvent dans les assemblées générales de lutte.
Une rentrée pleine de promesse, après ces mois de ballades syndicales, d’évitement face au pouvoir, renforcée par les lycéens et les étudiants qui s’engagent à leur tour contre le projet de loi. Ils élargissent le champ de la solidarité sociale et renforce le rapport de force dans les lieux de lutte, préparant l’affrontement central contre le pouvoir.

Fracture et grève générale

La stratégie défaitiste impliquée par les bureaucraties syndicales n’a pas réussi à endiguer les mécontentements, puis la colère de ceux et celles qui subissent au quotidien, dans leur travail et dans leur vie, la politique antisociale. Si dans l’intersyndicale, Solidaires et FO, partisans du retrait pur et simple de la loi, n’avaient que peu de poids pour infléchir la ligne d’inertie de l’intersyndicale, à la base la colère contre cet attentisme nourrissait les débats au point que la fracture entre les bureaucraties et travailleurs/euses en lutte traversera toutes les confédérations. Sentant grandir cette insatisfaction et le sentiment de frustration, le plus modéré, le plus conciliant et responsable, F. Chérèque lui-même dû durcir le ton, avec des appels à manifester le week-end. Ce qui conduit à cette série de manifestations rapprochées, le 29 septembre, aussitôt suivie du samedi du 2 octobre, privant du même coup les partisans de la grève reconductible, d’une dynamique.
L’idée de grève générale deviendra une nécessité pour un plus grand nombre de salariés syndiqués ou non.
« L’appel de syndicalistes à la grève générale » a rencontré aussitôt un accueil favorable, dans toutes les structures syndicales même CFDT ou CFTC, mais aussi dans les structures non institutionnelles : CNT, STC (syndicat des travailleurs corses)… Cet appel accentue la défiance contre l’attentisme imposé par l’intersyndicale. Il marque une volonté de dépasser l’isolement boutiquier où nous enfermaient les leaders syndicaux.
C’est cette exigence qui sera traduite dans les faits, après la manifestation du 12 octobre, par l’apparition d’assemblées générales de salariés appelant à des grèves reconductibles, des actions de blocage et autres lieux de solidarité. De plus les manifestants étaient toujours aussi nombreux dans les cortèges du 12 et du 19 octobre Il va de soi que cette démarche, ce désir de lutte frontale, vers la grève générale, avec le blocage de l’économie, ne pouvait qu’être désavouée par Thibault-Chérèque et autres comparses. Dès le 23 septembre, B Thibault affirmait « Ce serait irresponsable » de lancer un mot d’ordre de grève reconductible. Les entreprises où les salariés y sont prêts restent « très très minoritaires ». Tandis qu’à la CFDT on fermait la porte à une telle perspective. « Cela pourrait conduire à un divorce avec une partie des salariés décrédibilisant le mouvement ». 

Laissons le pessimisme pour des jours meilleurs

Le pouvoir se veut inflexible, au désespoir des patrons syndicaux. A grand renfort de media, il mise sur la désinformation, la lassitude et le pourrissement du conflit, sur la période de vacances. Notons qu’à ce jour, les médias ont délaissé l’explication de texte pro gouvernementale, pour entamer brièvement une polémique sur le nombre de manifestants dans les rues, avant de vendre du « casseur ».
N. Sarkozy espère l’assentiment des leaders syndicaux, à l’esprit républicain et respectueux de la démocratie. Arguments déjà avancés par certains d’entre eux, pour sortir de l’impasse où ils sont. Si la CGC avait déjà fait connaître sa décision dans ce sens, l’UNSA, et la CFTC lui emboîteront bientôt le pas. A la CFDT, les souvenirs sont vifs depuis la signature de l’accord de 2003, qui avait eu pour conséquence le départ massif de militants. Mais faisons confiance à F. Chérèque pour faire passer le message démocratique. En dernier, il ne lui restera plus à B. Thibault qu’à sonner le gong final. Il faut savoir terminer une grève. Ils auront le soutien des médias, qui leur feront écho. 2012, pour une revanche par les urnes. Ils nous trouveront bien quelques sondages à commenter sur le sens civique des français, à respecter la loi de la République. Certes, ces débordements de grèves reconductibles, de blocages, de solidarités, restent pour la plupart, dans une démarche syndicale de lutte, hormis dans le mouvement lycéen-étudiant, ou quelques rares assemblées de ville. Ils ne semblent pas non plus avoir pris l’essor désiré.
Nous savons bien que d’une façon ou d’une autre, les confédérations syndicales ont hâte d’arrêter ce mouvement qu’elles n’ont jamais désiré mais freiné le plus possible.
A ce jour, notre colère et notre révolte restent entières. Leurs intérêts se dressent contre les nôtres. A nous de leur rendre difficile, la sale tâche de nous faire réintégrer leur ordre social.

MZ 23/10/2010 Caen


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