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[Égypte] Les jours d’après

mercredi 16 février 2011, par OCLibertaire

Près de 24 heures de fête ont suivi la chute de Moubarak. Démantèlement du camp de la place Tahrir. Premières mesures « institutionnelles » du Conseil suprême des forces armées concernant la dissolution du parlement, la suspension de la Constitution, la nomination d’une commission chargée de réviser cette même Constitution… Une liste de 43 personnes de l’ancien régime a été dressée avec interdiction de quitter le pays et gel de leurs avoirs financiers.
Si certains « Jeunes révolutionnaires » de la place Tahrir ont été reçus par les nouveaux maîtres de l’État égyptien, c’est sur le« front social » que les choses vont se déplacer, en particulier chez les fonctionnaires, les salariés des entreprises d’État et les travailleurs des plus grandes entreprises où les revendications portent sur la démission des membres des directions, les salaires, la couverture maladie, l’embauche des salariés précaires dans des contrats fixes...
Comme cela était prévisible, l’armée a appelé à la fin des grèves. Il n’est pas sûr qu’elle soit entendue. L’enjeu des prochains jours et semaines est de voir comment la rébellion sociale naissance, multiforme mais pas généralisée, va utiliser cette situation nouvelle à son profit.

Voir en ligne : Egiptebarricada

Samedi 12 février 2011

Après la gueule de bois... il reste encore beaucoup à faire

12:25 heure du Caire

Aujourd’hui, nous nous sommes réveillés dans un pays plus libre. Dans un monde plus libre. Un tyran a été abattu par la ferme détermination de la volonté populaire.
L’Égypte s’est levée avec une gueule de bois consécutive d’une longue nuit de fête qui, en fait, ne semble pas s’être encore terminée dans de nombreux endroits. Sur la place, cette chanson n’a cessé d’être écoutée.
Comme cela a déjà été l’accent dominant jusqu’à présent, les révolutionnaires égyptiens nous donnent une nouvelle leçon. Des centaines de membres des brigades populaires de nettoyage de Tahrir se sont mises à la collecte des ordures, avec l’aide des nettoyeurs de l’entreprise sous-traitante de la municipalité du Caire.

Les balais et les sacs sont distribués pour achever le travail aussi rapidement que possible. Apparemment, ce type d’intervention a également lieu ailleurs dans le pays. Sur la place, pendant ce temps, des appels depuis la radio se font entendre de se concentrer un peu, d’essayer de faire que l’euphorie de la victoire d’hier ne fasse pas perdre de vue la lutte engagée. Il faut se souvenir qu’aucun membre de l’armée, qui a formellement soutenu le pouvoir aujourd’hui, ne s’est encore adressé aux groupes de l’opposition pas plus qu’aux rebelles de Tahrir. Il y a encore beaucoup de choses à changer. L’avenir de la Constitution, les deux chambres du parlement, les élections présidentielles ou l’état d’exception sont probablement les questions les plus importantes. Bien qu’il semble clair que la plupart des rebelles n’ont pas l’intention de lever le camp de la place, on peut entendre quelques discussions sur la nécessité de continuer de se battre de la même façon. La plupart de ceux qui appellent à la levée du camp sont des gens qui n’y ont pas été dormi. « Tu n’as pas ce que tu voulais ? Maintenant qu’est-ce qui manque ? », demande un homme... « Des garanties », répond un révolutionnaire cairote. Il semble donc que le camp se poursuivra jusqu’à la satisfaction des exigences de la révolution. Reste à voir comment cela va se traduire dans la pratique. Personne ne sait encore si la place va être ouverte à la circulation même si la maintenir fermée pourrait finir par créer des confrontations inutiles avec certains citoyens.

12:56 heure du Caire

Preuve que ce n’est pas fini, nous parviennent des informations de mobilisations dans la ceinture ouvrière du Caire. La plupart viennent du blogueur Hossam El Hamalawy. 5000 travailleurs de l’entreprise sucrière de Hawamdiya viennent à l’instant de se déclarer en grève. Les travailleurs temporaires de la métallurgie à Helwan ont aussi arrêté les machines. Des travailleurs des transports publics sont aussi semble-t-il en train de manifester au Caire.

15:13 heure du Caire

L’armée vient de faire une nouvelle déclaration. Ils assurent qu’ils transfèreront le pouvoir à un gouvernement civil, mais n’ont pas précisé ni quand ni comment exactement. Pendant ce temps, déclarent-ils, ils garderont le gouvernement actuel, c’est à dire les mêmes ministres qu’avait nommé Moubarak au cours de la première semaine de la rébellion. Ils disent faire cela pour ne pas paralyser le pays.

00:48 Heure du Caire

Il devient très difficile, voire impossible, de décrire l’explosion de bonheur qui a accompagné la chute du régime dans le pays. Une nouvelle Egypte est née et a voulu sortir dans la rue pour le célébrer. Plus de 30 heures après que Soleiman ait mis fin à un règne de 30 années de Moubarak, on peut encore entendre les klaxons dans les rues, sous un couvre-feu toujours en vigueur et dans une partie de la ville assez éloignée du centre névralgique de cette révolution. L’Egypte est sortie faire la fête, dans les formes les plus diverses, à travers tout le pays. Elle a extériorisé une joie de construire un nouveau pays, un processus dont tout le monde est conscient qu’il sera long et difficile. Mais le premier pas a été fait et l’espoir a rempli les rues. Des milliers de jeunes ont pris des balais et des pelles et ont rendu la ville plus propre que jamais. D’autres se sont dédié à nettoyer les tanks qui avaient été recouverts, au cours de la révolte, des slogans de la révolution réclamant la chute du régime. D’autres encore ont décidé de traduire sur les murs l’optimisme que la Révolution du 25 Janvier a entraîné chez un peuple resté prostré pendant trois décennies. Musique, fête et honneur pour tous ceux qui sont tombés dans la place Tahrir, transformée pendant un jour et demi en un véritable festival.

L’information exprimée par l’armée au début de l’après-midi, assurant que les chambres du parlement seront dissoutes, que le pouvoir sera transféré à un gouvernement civil élu avec des garanties démocratiques et la fin de l’état d’urgence semble avoir convaincu la majorité de la population. Ce qui va se passer avec les manifestants de la place Tahrir est une question où il y a encore de nombreux facteurs en jeu. Alors que beaucoup ont été satisfaits des déclarations de l’armée cet après-midi et sont rentrés chez eux, d’autres disent qu’ils resteront sur la place pour « défendre la révolution », c’est à dire pour s’assurer qu’elle se déroulera comme convenu. Il est encore difficile de prévoir quels seront ces effets au quotidien. A ce stade, il semble assez difficile pour les manifestants de maintenir la place fermée à la circulation et en contrôlant les accès, de sorte qu’il faudra voir comment maintenir l’occupation. Certains parlent déjà de former une plateforme politique, y compris sous la forme d’un parti politique, afin d’engager des poursuites contre la corruption.

L’armée a commencé à bouger et à quitter la ville. J’imagine que cela va se faire lentement, mais il y a quelques minutes j’ai été témoin d’au moins 7 tanks en train d’être remorqués hors de la ville. Le couvre-feu, bien que très réduit, est toujours en vigueur et il faudra voir comment les policiers vont revenir dans leurs locaux après le divorce total avec la population suite aux événements du 28 Janvier.

Les choses ne se sont pas calmé non plus à Suez, l’un des points les plus chauds lors du soulèvement populaire. Il semble que des grèves sont en cours dans des usines de divers secteurs, la plupart avec un arrière-fond lié à la corruption. Cela s’ajoute aussi à l’exigence populaire d’en finir avec le gouverneur de la ville, à qui il est reproché, en sus de la corruption, les crimes de sang commis au cours de la dure répression contre les manifestants. Dans d’autres grèves en cours actuellement dans le pays, l’armée a tenté d’intercéder, la plupart du temps sans succès. Les travailleurs des transports publics à Alexandrie semblent suivre les traces leur collègues du Caire et sont en grève. Des grèves ont été annoncées dans le secteur du pétrole pour demain, entre autres, en demandant de cesser de vendre du gaz à Israël.
Nous allons voir comment tout cela va évoluer. Il y a encore un long chemin à parcourir.
Mais aujourd’hui nous vivons un peu plus libres. Avec la preuve évidente de la force du pouvoir du peuple.

L’armée essaie de démanteler le camp de Tahir

Dimanche 13 février 2011

12:22 heure du Caire

L’armée tente de démanteler le camp Tahrir, mais les manifestants disent qu’ils ne partiront que lorsqu’ils auront l’assurance que les promesses sont tenues. Il semble que, à l’instant, la police militaire aurait ouvert la place à la circulation. Il semble que les tentes ont également été enlevées. Diverses manifestations ont lieu dans tout le pays, la plupart pour des questions du travail, augmentations de salaires ou bien dénonciations des directions corrompues, ou les deux. La police, en dépit de sa popularité au plus bas niveau depuis la répression sévère qu’elle a exercé au début de la révolution, se manifeste dans tout le pays exigeant des augmentations de salaire. Certains appellent également à la poursuite de l’ancien ministre de l’Intérieur Habib El Adly, qui est responsable de la répression brutale exercée contre la population. Habib El Adly est également poursuivi, entre autres, pour sa participation apparemment directe dans l’attaque terroriste contre une église copte à la fin de l’année dans la ville d’Alexandrie.

14:16 heure du Caire

Il semble que des manifestations sont en train de se produire dans tout le pays. La Transition, en lettres capitales, semble avoir démarré très fort.

Lundi 14 février 2011

La grève des transports publics

Il semble que la grève des travailleurs des transports publics est une de celles qui a eu le plus de force ces derniers jours. Voici un bref résumé : 15 000 travailleurs des transports publics sont actuellement en train de manifester devant le bâtiment de la radio-télévision (dans le centre du Caire). Leurs revendications sont :

  • Destitution du président du Service, Saleh Farag
  • Hausse du salaire minimum à 1200 livres (150 euros environ)
  • Engagement pour le paiement immédiat de la sécurité sociale
  • Inclusion l’Autorité des transports publics au sein du ministère des Transports
  • Résoudre le problème de la Fédération générale des syndicats d’Egypte (le syndicat vertical du Régime)
  • Augmentation de 7% des heures supplémentaires

En dehors de ce qui s’est passé en Algérie, il apparaît également que pour la première fois il y a de l’agitation politique pour le changement à Bahreïn, en plus de celle déjà en cours depuis plusieurs jours au Yémen. Le Soudan, la Jordanie et la Mauritanie ont également connu des manifestations. En Libye des manifestations contre le régime ont également été appelées pour le 17, et dans une de ses excentricités classiques, Kadhafi a dit qu’il y participera. La Syrie, où ont échouées quelques tentatives précédemment, ou le Maroc pourrait en vivre sous peu.

Les luttes sociales continuent pendant que l’armée dissout le parlement

Deux jours après la chute du régime, il y a des signes qui montrent clairement que la route sera longue et difficile. Un grand nombre de mouvements de lutte de travailleurs, qui ont été essentiels au moment de faire tomber le dictateur, sont en cours. Particulièrement importants pour leurs positions stratégiques semblent être ceux touchant le pétrole et le gaz. Les travailleurs des entreprises pétrolières publiques sont actuellement devant le ministère du Pétrole à Nasr City, et exigent l’amélioration des conditions de travail et l’arrêt de la vente de gaz à Israël. Un grand rassemblement s’est déroulé hier, aussi, devant le centre de communications Ramses, au Caire et il y a eu d’autres manifestations dans plusieurs usines. Il y eu aussi des protestations de la police pour l’augmentation des salaires et exigeant même que soit jugé l’ancien ministre Habib el Adly, qu’ils rendent responsable de toute la répression.

Pour sa part, l’armée a dissous le Parlement, en assurant qu’elle se maintiendra au pouvoir jusqu’à la tenue des élections, dans une période qui pourrait durer environ 6 mois. Cela ne semble pas satisfaire les principaux défenseurs du noyau de la révolution, qui demandent également l’abrogation de l’état d’urgence. Hier, la police militaire a forcé l’ouverture de la place à la circulation et a démantelé le camp, contre l’avis des personnes présentes. Quoi qu’il en soit il y a beaucoup de mouvement politique sur la place.

Bataille à la Fédération générale des syndicats d’Egypte

Une centaine de manifestants, membres des 3 seuls syndicats libres à ce jour dans le pays, a tenté hier manifester au siège de la Fédération générale des syndicats d’Egypte, la « branche ouvrière » du syndicat vertical du régime. Les manifestants demandaient la liberté d’association syndicale et l’éviction du président de la fédération, le pro-Moubarak Hussein Megawer. Ils ont essayé de pénétrer dans le bâtiment, où ils se sont heurtés à un groupe de gros bras qui les ont attaqués, causant des dégâts matériels et plusieurs blessés. Cet incident intervient dans une atmosphère remplie d’exigences de salariés qui ne cessent pas.
En fait des représentants de la « Jeunesse de la Révolution », un ensemble regroupant des révolutionnaires de la place Tahrir, ont rencontré dimanche les chefs de l’armée. Le groupe reconnaît que des progrès ont été réalisés, mais demande instamment l’adoption de 12 points jugés essentiels. Parmi ceux-ci, le plus important serait la cession d’urgence, dans les 30 jours, du pouvoir à un gouvernement civil technocrate qui ait une plus grande légitimité. Ils soulignent mettent en avant également la libération de tous les prisonniers et la fin de l’état d’urgence qui régit le pays depuis l’arrivée de Moubarak au pouvoir. Ils assurent que l’application de ces demandent calmera momentanément la situation dans le pays et surtout l’agitation dans le monde du travail.

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Informations complémentaires

El-Arish

Ce szont finalement dix personnes qui auraient été tuées et 35 autres blessées vendredi dans des affrontements entre manifestants et forces de sécurité dans la ville égyptienne d’El-Arish, selon des sources de sécurité locales. Les forces de sécurité ont fait usage de gaz lacrymogène pour dissiper les manifestants qui avaient afflué dans les rues pour se joindre à la vague de contestation nationale qui réclamait le départ du président égyptien Hosni Moubarak. Les milliers de manifestants n’étaient pas satisfaits du discours qu’avait prononcé jeudi soir M. Moubarak, qui, selon eux, n’a pas répondu à leurs aspirations. (afriscoop.net) Selon d’autres sources (Reuters), les manifestants auraient attaqué le poste de police avec des cocktails molotov pour libérer les prisonniers. Les mouvements sociaux touchent tous les secteurs.

Le Caire

Tarek Amer, président de la banque d’État National Bank of Egypt, la principale banque commerciale du pays, a été contraint de démissionner dimanche après que 2000 employés en colère l’aient empêché d’atteindre son bureau. Le nombre d’employés mobilisés n’a cessé de croître tout au long de la journée. Un peu plus loin, même scène devant la Bank Misr, second établissement du pays. En tête des revendications : la démission des membres du conseil d’administration. « Ils ont embauché la nièce de l’ancien premier ministre Nazif comme conseiller média auprès du président. Elle gagne 200 000 livres par mois [env. 25000 euros]. Elle est dentiste. Qu’est-ce qu’un dentiste peut conseiller dans une banque ? » interroge un directeur de succursale parmi les manifestants. (Ahram Online) Du coup, les bureaux de la Banque centrale d’Égypte sont restés fermés. Tout comme la Bourse. La télévision a annoncé que la Banque centrale resterait fermée jusqu’à jeudi à cause des grèves dans le secteur bancaire.

Au Caire, des milliers de fonctionnaires se sont mis en grève et ont manifesté à plusieurs reprises, tandis que les grèves se poursuivent ailleurs, notamment chez les dockers de Suez (où le gouverneur de la ville est en fuite) et de Port Saïd.

Les employés du ministère de l’Éducation, de même que ceux de l’Autorité des services vétérinaires, sont en grève et demandent la démission de leur directeur ainsi que des augmentations de salaires.

Le personnel du ministère du Travail a également protesté pour exiger le départ de la ministre Aïcha Abdel Hadi, membre du parti de Moubarak, tandis que les fonctionnaires de l’Organisation gouvernementale de la Jeunesse et des Sports manifestaient sur la place Tahrir.

Des centaines de conducteurs d’ambulances se sont également rassemblés sur l’autre rive du Nil avec des revendications similaires. Les archéologues et les journalistes étaient aussi dans la rue, dans des manifestations séparées. La différence de salaires entre la direction et les employés est l’un des principaux thèmes soulevés par les grévistes. Les travailleurs demandent en outre une couverture médicale et leur titularisation.

Au Caire, plusieurs centaines de travailleurs ont manifesté devant la Fédération des travailleurs égyptiens, syndicat vertical contrôlé par l’Etat, pour exiger la démission de son président Hussein Megawer, très impopulaire, ainsi que les membres de son conseil d’administration, accusés de complicité avec le régime de Moubarak et de corruption.

Les travailleurs de l’industrie touristique ont organisé lundi une manifestation devant l’entrée de la Grande Pyramide. Environ 150 salariés (dont beaucoup de guides) se sont rassemblés sur le plateau de Gizeh, en dehors du Caire, pour exiger des augmentations de salaires et aussi pour appeler les touristes à revenir en Egypte.

Un mouvement de grève affecte aussi la compagnie aérienne nationale EgyptAir, qui a programmé seulement 31 vols internationaux et 12 dessertes intérieures ce lundi, contre au total 145 liaisons quotidiennes. L’agence officielle Mena a fait état de manifestations dans d’autres villes, dont Assouan (sud) et Alexandrie (nord).

Les travailleurs chargés du nettoyage d’un tunnel routier très important du Caire ont dressé des barricades à l’entrée et réclament comme partout, des augmentations de salaire, des contrats en fixe (certains ont des contrats temporaire depuis onze ans), une assurance-maladie.

La direction de la Arafa Holding, le plus grand exportateur de vêtements d’Egypte, a décidé de fermer ses usines de Ramadan City jusqu’au 17 février en raison de la grève de ses usines situées à la périphérie du Caire regroupant 6000 travailleurs.

A Alexandrie, deuxième ville du pays, des milliers de travailleurs du secteur bancaire, des hôpitaux, des magasins d’Etat et de l’industrie étaient en grève pour la troisième journée consécutive.

A Kerdassa, au sud de la capitale, plus de 5.000 ouvriers d’une grande entreprise textile ont entamé un sit-in pour réclamer de meilleures conditions de travail et réclamer des contrats permanents et non plus provisoires.

A Assiout plusieurs entreprises, cimenterie (4000 travailleurs de l’Assiut Cement Company), chimie (2000 de l’Assiut Fertilizer Factory) ont organisé des sit-in et sont en grève pour des salaires plus élevés et des contrats fixes.

Pétrochimie, textile, aluminium, raffinage du sucre, postiers… les mouvements de lutte et de grève se poursuivent depuis maintenant trois jours… ce qui n’est pas vraiment ce que la junte militaire au pouvoir peut accepter longtemps.

L’armée contre les grèves

Le Conseil suprême des forces armées, au pouvoir en Egypte, a critiqué lundi ces grèves. Dans un « communiqué numéro 5 » diffusé par la télévision publique, les militaires soulignent que « les nobles Egyptiens voient que ces grèves, dans cette période délicate, produisent des résultats négatifs ». L’armée « appelle les citoyens, les organisations professionnelles et les syndicats à jouer pleinement leur rôle ». « A présent, tous les citoyens doivent conjuguer leurs efforts pour garantir la sécurité de la patrie », a indiqué l’armée.
Selon les militaires, les grèves et les actions de protestation dégénèrent souvent en désordres qui portent atteinte à la sécurité nationale et privent les autorités de la capacité d’approvisionner les citoyens en biens de première nécessité.
« Le Conseil suprême des forces armées appelle les citoyens et les syndicats à assumer leur rôle, chacun à sa place. Nous espérons que tout le monde participera à la création d’un climat propice à la gestion des affaires du pays jusqu’à ce qu’elle soit remise au pouvoir civil, élu par le peuple », dit la déclaration.
L’armée a prévenu que les actions de protestation entravent la vie quotidienne des Egyptiens et « portent atteinte à l’économie nationale ».

Armée égyptienne, armée du peuple ?

L’armée égyptienne qui a pris le contrôle de l’appareil d’État, se veut le garant de la transition démocratique de l’après-Moubarak.
Mais cette armée n’est pas seulement une structure essentielle du pouvoir politique depuis un demi-siècle, un appareil militaire, une institution représentative et symbolique de la nation et de l’État. Elle est aussi devenue une véritable puissance économique, sans doute la première du pays, représentant la majeure partie de ce qui reste du capitalisme d’État hérité de l’ère nassérienne, nationaliste et socialisante. Contrôlant à l’origine une industrie d’armement naissante à l’époque de Nasser (1954-1970), comportant une vingtaine d’unités de production de blindés, de munitions…, l’armée égyptienne a diversifié ses activités depuis la paix signée avec Israël en 1978. Accords de paix (dits de Camp David) qui lui ont en outre garanti une subvention étatsunienne annuelle de 1,3 milliard de dollars.
Les hauts dignitaires de l’institution militaire ont pu ainsi acquérir des intérêts dans divers secteurs civils, l’industrie du ciment, l’hôtellerie, la construction, l’immobilier, le pétrole, les eaux minérales, l’industrie alimentaire (conserveries), l’huile d’olive… Comme en Turquie, en Algérie, et dans beaucoup d’autres pays, il existe un complexe militaro-industriel puissant, contrôlant aussi l’import-export et se rémunérant sur les transactions commerciales les plus juteuses. Complètement opaque, cette économie est évaluée par certains à environ 25% du PIB.
Si Moubarak et sa clique ont été virés par la rue – mais aussi grâce au rôle décisif de l’armée – il est clair que cette « bourgeoisie-militaire » entend maintenir le cadre général dans lequel évolue la société égyptienne : sans doute prête à accepter certaines réformes répondant à l’effondrement du régime précédent, elle acceptera d’autant plus des réformes que ses intérêts et privilèges ne seront pas menacés.
La poursuite des grèves et des mouvements de rébellion dans tous les secteurs et de la part de toutes les figures sociales (ouvriers, paysans, fonctionnaires, mal-logés, chômeurs, prolétaires des ateliers de l’économie informelle, femmes de toutes ces catégories…) ne peut que se heurter à la clique des généraux qui, non contents de contrôler une partie de l’économie, se sont emparés directement des pouvoirs de l’État. Les illusions du type « l’armée et le peuple, c’est pareil », si, bien sûr, il est fait une distinction entre les conscrits et les généraux, ne devraient pas résister longtemps à l’épreuve des faits.

L’activité – et les mouvements sociaux qui vont avec – sont suspendus ce mardi, jour férié marquant l’anniversaire de la naissance du prophète Mahomet.

Mais rien n’indique qu’ils ne reprendront pas dès le lendemain.

La « Coalition de la Jeunesse Révolutionnaire » a appelé à une marche de la victoire vendredi prochain dans tout le pays pour maintenir une sorte de pression sur l’armée.

Le 15 février 20011

A suivre…

P.-S.

source Egiptebarricada, et autres informations..

1 Message

  • En lisant « leur presse » (généraliste ou spécialisée), on apprend parfois des choses instructives que l’on « sait » déjà, que l’on suppose… mais qu’il est toujours nécessaire de ne pas oublier

    Des policiers français ont formé les forces antiémeutes de Bahreïn

    Des Compagnies républicaines de sécurité ont entraîné la police du royaume en proie à de violents heurts.

    Les forces antiémeutes de Bahreïn, qui ont donné l’assaut dans la nuit de mercredi à jeudi sur un campement d’opposants dans le centre de la capitale, faisant au moins quatre morts, ont été formées par des policiers français issus des Compagnies républicaines de sécurité (CRS). Demandé par l’État du Golfe, un accord de coopération en matière de sécurité intérieure a été signé en novembre 2007 à Paris, lorsque Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l’Intérieur, avait reçu son homologue le cheikh Rashed Bin Abdallah Al-Khalifa.

    Selon les termes de cet accord, cités sur le site du ministère des Affaires étrangères et européennes, « la France contribue notamment à la formation des forces de maintien de l’ordre bahreïniennes chargées d’encadrer les manifestations ». Il est précisé que la formation « inclut une composante droits de l’homme ».

    L’accord a été validé par le Sénat puis l’Assemblée nationale en avril 2010. Le député UMP Jean-Luc Reitzer, rapporteur du projet de loi, précisait devant la commission des Affaires étrangères que « si la coopération bilatérale [avec le royaume de Bahreïn] est loin de se limiter à ce champ, elle concerne aussi la sécurité intérieure et civile, domaine dans lequel Bahreïn rencontre des difficultés particulières ». Il expliquait devant ses collègues que « comptant de l’ordre de 6000 hommes et femmes, la police de Bahreïn dispose d’un bon niveau de professionnalisme mais manque d’expérience en raison du faible taux de délinquance, qui résulte probablement de l’extrême sévérité de la justice ».

    Le député du Haut-Rhin ajoutait que « le récent développement des libertés publiques a entraîné la multiplication des manifestations sur la voie publique, dont certaines ont dégénéré en affrontements (…). Elles sont principalement le fait de la population chiite, qui se dit — à bon droit — victime d’inégalités et de discriminations. Des policiers — qui sont tous sunnites — sont régulièrement pris à partie dans certains quartiers de l’archipel. Le ministre de l’Intérieur a donc à cœur d’adapter les techniques d’intervention de la police à la nouvelle donne démocratique afin de concilier liberté d’expression et maintien de l’ordre. »

    L’élu estimait alors que « la coopération privilégiée établie avec la direction centrale des Compagnies républicaines de sécurité a permis d’accompagner la professionnalisation des unités antiémeutes et d’améliorer la gestion des foules ».

    Passée au Quai d’Orsay, Michèle Alliot-Marie s’est entretenue le 1er février à Paris avec le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn. Selon le communiqué diffusé, les deux ministres ont « insisté sur l’importance qu’il convient d’accorder aux sociétés civiles et au dialogue qu’entretiennent celles-ci avec les gouvernements ».

    Leur presse (Le Point), 17 février.

    http://www.lepoint.fr/monde/revolte-des-policiers-francais-ont-forme-les-forces-antiemeute-de-bahrein-17-02-2011-1296587_24.php

    Il y a apparemment un partage du « marché » de la répression. La France entraîne les flics anti-émeute, tandis que la Grande Bretagne vend du matos.

    Londres a vendu du matériel anti-émeute à Bahreïn

    "Le Royaume-Uni sous le feu des critiques pour avoir vendu des armes à Bahreïn", titre The Independent. Londres aurait vendu des armes à plusieurs gouvernements d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient dont certains sont, depuis plusieurs semaines, confrontés à des mouvements pro-démocratiques. Des contrats de ventes auraient été passés, avec l’accord de Downing Street, avec la Libye, l’Algérie ou l’Arabie saoudite. Des équipements anti-émeute (comme des grenades, des gazs lacrymogènes) auraient notamment été acquis la semaine dernière par Bahreïn selon un contrat signé en octobre 2010, lorsque l’opposition chiite est sorti renforcée des élections législatives. Au moins 4 personne sont mortes et 231 bessées au cours des deux derniers jours dans les manifestations destinées à renverser les autorités de ce petit Etat du Golfe arabo-persique.

    Article de The Independant http://www.independent.co.uk/news/uk/politics/britain-under-fire-for-selling-arms-to-bahrain-2218423.html

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    Quoi qu’en matière d’armement pour le maintien de l’ordre, l’industrie française se débrouille pas mal.

    « L’entreprise évoque également des contacts sérieux avec la Libye où les garde-frontières négocient l’achat de 120 véhicules blindés à roue »

    Les révoltes dans le monde arabe ont du bon pour Panhard

    17 février 2011 – 16:50 Les récents événements qui ont écarté du pouvoir les présidents Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie et Hosni Moubarak en Egypte ont de quoi inquiéter les autres dirigeants du monde arabe étant donné que ce mouvement semble s’étendre à d’autres pays, tels que la Libye, le Yémen, l’Irak ou encore Bahrein. Aussi, tout cela rend les monarchies du Golfe persique particulièrement attentives, d’autant plus que leurs populations sont composées par d’importantes minorités chiites, victimes de mesures dicriminatoires. Aussi, ces pays souhaiteraient muscler leurs forces de l’ordre.

    Et c’est la raison pour laquelle, selon le Progrès [voir ci-après], le spécialiste français des blindés légers Panhard reçoit actuellement des demandes de devis de la part des pays du Golfe.

    La tenue de la 10ème édition du salon IDEX, prévue le 20 février à Abu Dhabi, sera l’occasion pour le fabricant du PVP [petit véhicule protégé] et autres VBL [véhicule blindé léger] de concrétiser ces prises de contacts en contrats, qui pourraient porter sur une centaine de véhicules, notamment en Libye.

    Par ailleurs, le ministère russe de l’Intérieur serait également intéressé par 500 blindés légers conçus par Panhard, qui s’attend aussi à une commande de 300 Petits Véhicules Protégés (PVP) de la part de l’armée française, lesquels viendraient s’ajouter aux 930 déjà acquis.

    Les résultats de Panhard ont été positifs pour l’année 2010, avec un chiffre d’affaires de 108 millions d’euros, en progression de 20% par rapport à 2009, et un bénéfice de 6 millions d’euros.

    (Zone militaire)

    http://www.opex360.com/2011/02/17/les-revoltes-dans-le-monde-arabe-ont-du-bon-pour-panhard/

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    Panhard blindé pour l’avenir

    Panhard, fabricant français de blindés légers, est impacté par l’actualité. Certains régimes ont l’intention de s’équiper en cas d’éventuelles contestations...

    Panhard, leader européen des véhicules militaires blindés de moins de 12 tonnes, dispose d’une gamme très complète d’engins de combat et de soutien. L’entreprise a déjà vendu 18 000 véhicules dans 60 pays. Le fabricant français est plus que jamais sollicité. L’actualité, notamment suite à la révolte égyptienne, suscite une vague de demandes de devis. Les blindés légers proposés par le spécialiste français intéressent particulièrement les pays du Golfe qui cherchent à muscler leurs forces de maintien de l’ordre.

    Panhard participera la semaine prochaine au Salon Idex de l’armement qui se tient dans les Emirats arabes unis à Abu Dhabi. Ses dirigeants attendent beaucoup de ce rendez-vous important de la profession. L’occasion de transformer des devis en commandes fermes. On parle de centaines de véhicules en jeu. L’entreprise évoque également des contacts sérieux avec la Libye où les garde-frontières négocient l’achat de 120 véhicules blindés à roue ou en Russie où le ministère de l’Intérieur envisage de d’acheter 500 blindés légers.

    La célèbre marque de voiture Panhard, née à la fin du 19è siècle, a mis fin à son activité "automobile" en 1967 après sa reprise par Citroën et reste aujourd’hui constructeur de véhicules militaires. Panhard a dégagé un chiffre d’affaires en hausse de 20% à 108 millions d’euros en 2010 et anticipe un bénéfice net de 6 millions d’euros, principalement grâce à la demande française.

    Dans l’Hexagone, l’industriel compte notamment cette année sur un énorme contrat de 300 petits véhicules protégés supplémentaires qui s’ajouteraient aux 930 déjà achetés par l’armée française. Panhard compte 350 salariés répartis sur deux sites. La principale usine est située à Marolles-en-Hurepoix (91) et la seconde à Saint-Germain-Laval dans la Loire. Cette dernière compte seulement soixante salariés, elle est spécialisée dans le blindage et le renforcement des chassis. Un savoir-faire local, quasiment unique en France.

    (Le Progrès)

    http://www.leprogres.fr/loire/2011/02/15/panhard-blinde-pour-l-avenir


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