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Electrolux Italie (suite)

mardi 18 février 2014

Devant le tollé provoqué (dont la grève des travailleurs des 4 usines) par la ‟fuite” médiatique sur les intentions de la direction d’Electrolux, cette dernière a déclaré travailler à une solution alternative, en maintenant le site de production de Porcia et en chiffrant à 8% la baisse nécessaire du salaire ouvrier (130 euros/mois), mais une baisse évaluée à 18% selon un syndicaliste, avec en complément une demande d’aides supplémentaires de l’Etat adressée au gouvernement, par des transferts fiscaux notamment, en plus du renouvellement et l’extension des mesures de chômage partiel par le biais des « contrats de solidarité » (2 heures/jour payées à 60% par l’assurance sociale) qui arrivent à échéance en mars 2014.
La grève continue et la chute du gouvernement Letta a provoqué l’annulation de la réunion prévue le 17 février entre gouvernement, direction et syndicats.

Épisode précédent : Italie. Attaque de grande ampleur sur le salaire ouvrier chez Electrolux

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Electrolux, les formes de la lutte
et la marche-arrière partielle de la direction

Samedi 8 février 2014 – clash city workers

Il y a près de deux semaines, Electrolux a présenté son plan de cession et de réduction des salaires pour des milliers de travailleurs des usines situées en Italie : Porcia (Pordenone, Frioul-Vénétie-Julienne), Solaro (Milan), Forlì et Susegana (Trévise, Vénétie). Nous en avons déjà parlé longuement en essayant de mettre en évidence certains écueils que les travailleurs doivent affronter.

La réponse ouvrière à l’opération arrogante entreprise par Electrolux a été rapide et a démarré dans toutes les usines, à partir de Porcia, avec blocages des grilles et grèves tournantes. Il faut cependant rappeler que les perspectives faites il y a quelques mois étaient déjà sombres lorsque la direction italienne d’Electrolux avait annoncé qu’elle lançait une série d’enquêtes pour évaluer la performance des établissements italiens en concurrence avec leurs jumeaux situés dans les pays dans lesquels les salaires en vigueur sont plus bas (Pologne et en Hongrie notamment) . Depuis lors, comme nous l’ont indiqué des travailleurs et des représentants syndicaux, l’intention d’Electrolux était clairement de ne pas abandonner la production en Italie avant d’avoir pressuré les travailleurs le plus possible, avec l’augmentation des rythmes et la baisse des salaires. Depuis cette semaine a enfin été recréée une coordination efficace entre les actions menées dans les quatre usines du groupe. En particulier, le blocage des marchandises qui a été réalisé dans des formes semblables dans toutes les usines.

Vendredi matin, nous étions aux portes de Susegana où pendant une semaine un rassemblement permanent gardé jour et nuit par un camping-car et un abri couvert qui accueille les travailleurs et bloque les entrées des camions.

Dans l’usine de Susegana, il y a 5 lignes de production et d’autres ateliers en amont des chaînes, plus les bureaux administratifs et ceux des projets : les travailleurs sont en grève pendant 1 heure et 15 minutes par ligne à partir de la première équipe de 6 heures et les employés (pour l’instant encore peu nombreux mais en augmentation) au cours de la matinée. Les grèves sont tournantes afin de garantir à la fois le plus de dégâts à la production (diminution de 15 à 25% sur les 4000 pièces par jour) et la présence continue au piquet.

Les travailleurs, forts de l’organisation qu’ils se sont donnés, avec les contrôles par recoupement entre les charges et les fiches de transport des camions et grâce à leur connaissance du déroulement de la production, ont décidé de libérer seulement quelques centaines de réfrigérateurs par jour pour ne pas remplir l’entrepôt et pour que la direction ne puisse recourir à la ‟mise en liberté” des travailleurs [suspension du travail et du salaire], ce qui signifierait se retrouver avec des armes très émoussées. Par contre, ce qui ne traverse absolument pas la ‟Douane Ouvrière”, ce sont les autres produits (plaques de cuisson, fours, lave-vaisselles, machines à laver) qui sont stockés dans les entrepôts de Susegana mais produits ailleurs et amenés ici pour réaliser des paquets de produits finis mixtes demandés par des entreprises (Scavolini , IKEA, ...) qui assemblent des cuisines et des meubles avec des appareils encastrables Electrolux.

Ce blocage sélectif, qui est aussi en cours à Porcia et à Forli, porte ses fruits en créant des difficultés à la direction pour répondre aux commandes des clients ou en les obligeant à augmenter les frais pour recomposer le mixte en dehors des entrepôts. Ce n’est pas pour rien que vendredi matin des contremaîtres ont été convoqués à leur arrivée par le directeur de l’usine Carlo Vanni et d’autres dirigeants venus à l’usine pour essayer de ramener les travailleurs à la ‟raison”, en brandissant la menace de la perte de clients à cause des blocages et en leur demandant de ne pas faire grève pour récupérer la production. Bien que les dirigeants ont essayé de répandre la peur d’une faillite de l’usine, de nombreux travailleurs avec qui nous avons parlé étaient déterminés à continuer, conscients qu’accepter ce chantage signifierait simplement accepter une détérioration des conditions de travail (augmentation des rythmes) et surtout des baisses de salaires, sans aucune garantie de la poursuite des investissements d’Electrolux en Italie, avec Porcia comme établissement candidat à la fermeture après celui déjà fermé en 2009 à Scandicci (province de Florence).

Mais Electrolux est en difficulté, et de l’arrogance initiale, outre le chantage, la direction a fait parvenir le vendredi après-midi [7 février] aux représentants syndicaux et au gouvernement une lettre avec quelques ouvertures fumeuses. Dans la lettre, il est indiqué que la société va présenter aux tables rondes institutionnelles un plan industriel pour Porcia, c’est-à-dire qu’elle reviendrait sur sa décision de fermer l’usine et qu’elle est prête à discuter d’autres formes (allègements fiscaux) pour que la réduction des coûts horaires du travail ne passent pas par la réduction nette des salaires, mais par une réduction de la journée de travail non structurelle à 6 heures, mais avec des amortisseurs sociaux (allocations de chômage).

A la fin de la lettre, l’entreprise voudrait imposer en contrepartie la levée des blocages dès le lundi 10 février. La suspension de la Douane Ouvrière avait été anticipée par les travailleurs dans le cas où Electrolux aurait été disponible pour revoir ses décisions et s’asseoir à la table de négociation avec des propositions alternatives, mais tant que l’entreprise ne présente pas réellement un plan B et ne le discute pas avec les travailleurs, les blocages et les rassemblements permanents continuent. Parce que, si nous sommes en face d’un premier succès partiel de la stratégie ouvrière, Electrolux a certainement l’intention d’utiliser cette ouverture pour affaiblir la lutte et repartir à l’attaque dans un court laps de temps. Les travailleurs et la RSU (délégués du personnels et syndicaux) ont bien à l’esprit quelle est la stratégie de l’entreprise et savent que le moment est venu de continuer la lutte.

Les ‟difficultés” qui ont conduit à cette marche-arrière d’Electrolux dont se targue la direction, provient exclusivement de l’action directe des travailleurs, qui reste un moteur central indépassable. Mais Electrolux a également surestimé son leadership parmi la bourgeoisie italienne et a trop cru au soutien inconditionnel des institutions et à une absence de réaction parmi la dite opinion publique. Que ce soit à cause du nombre de travailleurs impliqués ou du fait du rôle économique que jouent ces usines dans le tissu fragmenté et durement touché par ces années de souffrance du modèle Nord-Est, ou encore à cause de l’attitude méprisante (qui a dépassé la réduction de 20% proposée par les industriels de Pordenone), cela a provoqué une attention des médias sur cet affaire qui n’avait certainement pas été prévue par Electrolux et qui a obligé finalement (après des mois d’attente) le gouvernement à demander aussi une révision du plan.

Ensuite, il y a les institutions locales qui, dans ce conflit, où l’attaque vient de patrons étrangers et d’une multinationale, ont vu une occasion de retrouver un peu de crédibilité chez les travailleurs, notamment le fait d’avoir été contraints de hausser la voix avec des paroles favorables aux travailleurs, compte tenu de la dimension du problème social qui se posait, bien au-delà de leurs capacité de gestion. Dans d’autres situations, l’attitude a été bien différente : des dernières questions parlementaires demandant que l’intervention de la police soit plus violente dans la dispersion des piquets de grève et des rassemblements permanents à Granarolo[1] jusqu’au licenciement de la Fondation Santa Tecla d’Este, où pour défendre les intérêts économiques de la curie, les institutions n’ont pas hésité à envoyer la police anti-émeute pour qu’elle chasse le piquet.

Dans tous les cas , quelle que soit l’attitude des institutions , et quelle que soit la modification partielle de la position des entreprises en raison de la force de la confrontation démontrée par les travailleurs en lutte, dans les périodes de spending review [examen des dépenses] ceux qui feront les frais de ces stratégies de réorganisation industrielle seront de toute façon les travailleurs, les chômeurs et les retraités, qui voient diminuer les services, de la santé à l’éducation, pour garantir la récupération de niveaux plus élevés de profits pour les patrons de grandes entreprises telles que Electrolux. D’où se fait pressante la nécessité de souder le front des travailleurs dans les affrontements et les conflits qui traversent massivement – quoique d’une manière peu visible – les zones industrielles des villes italiennes et européennes, pour que la victoire de quelques-uns ne signifie pas une aggravation pour les autres.


Mises à jour du front Electrolux

Dimanche 16 Février 2014

Cette semaine la lutte des travailleurs d’Electrolux s’est poursuivie, à Susegana, à Porcia et Forlì avec le maintien du blocage sélectif des marchandises (où ne passe que la production journalière), la ‟Douane Ouvrière” en somme n’a pas faibli.

Les travailleurs attendaient le lundi 17 pour vérifier les réelles intentions de l’entreprise. La direction avait annoncé en effet l’hypothèse d’un plan B dans lequel il n’y aurait plus la fermeture que Porcia et la réduction du coût par produit ne retomberait plus sur les salaires des travailleurs, mais la table ronde, qui était convoquée à Rome au ministère du développement économique, a sauté à cause de la démission de Letta et la fin de son gouvernement. Il n’y a pas temps pour le destin de milliers de travailleurs lorsque sont en jeu les mesures choc prévues par les partisans de Renzi.

Il est certain que les relations entre capital et travail ne sont pas déterminées de manière univoque de ces dynamiques institutionnelles et comptent bien davantage sur les rapports de force sur le terrain, et les travailleurs d’Electrolux au cours de ces semaines de grèves, blocages et piquets permanents ont certainement vu croître leur force, à tel point qu’Electrolux a dû confirmer pour le lundi 17 février une rencontre à Rome avec les représentants des travailleurs.

En ce moment, les travailleurs discutent sur comment continuer la lutte et le soutien de tous est très important ; parce que si trop d’espoir a pu être placé dans l’action des institutions, seule la solidarité des autres travailleurs peut donner la force d’étendre et de gagner cette bataille.

Hier soir, pendant que les travailleurs de Forlì étaient rassemblés aux grilles de l’usine, des représentants de la Ligue du Nord locale, qui les jours précédents avaient distribué un tract qui opposait – d’immigrés + d’emplois et appelaient à une manifestation devant Electrolux, se sont présentés. La Ligue cherchait un peu de crédit parmi les travailleurs avec ses propos racistes usés, qui encore une fois vise à diviser les travailleurs au profit exclusif des patrons. Mais les travailleurs et les travailleuses ne se sont pas laissé embobiner : devant les grilles, les membres de la Ligue n’ont reçu que des invitations à quitter les lieux.

(clash city workers)

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Note :

[1] Grande entreprise coopérative de produits laitiers, originaire de la région de Bologne (Émilie-Romagne), à la tête d’une entreprise de logistique où se mène depuis près d’un an une lutte des ‟facchini” contre la baisse de 35% de leurs salaires (‟à cause de la crise”), pour de meilleures conditions de travail, contre la loi Bossi-Fini. Lutte qui s’est traduite par 51 licenciements pour fait de grève (dont ils demandent la réintégration) et arrestations de grévistes mais aussi piquets et blocages des entrepôts. Lutte soutenue par un mouvement de solidarité très actif mené par les syndicats de base (en particulier le SI-COBAS), des centres sociaux et des collectifs autonomes.
Des lutte dures qui s’affrontent en même temps à la toute-puissance des syndicats, notamment la CGIL, et de l’appareil du Parti démocrate qui défendent la direction des coopératives (la Legacoop regroupant 15.000 coopératives) à laquelle il est étroitement lié car issues de la gauche historique italienne (et très précisément du PCI, ancêtre du PD) contre les grévistes.


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