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« Israël est fini. Je ne veux plus vivre dans la honte »

samedi 2 août 2014

Lettre ouverte de Jérusalem

Uriel Kon : « Israël est fini. Je ne veux plus vivre dans la honte »

Uriel Kon est un Israélien né en Argentine. Il est écrivain et éditeur et c’est un opposant à l’occupation israélienne de la Palestine. Ceci est la traduction d’une lettre ouverte, qu’il a publié, en appelant la communauté juive de se lever contre le sionisme.

Honte, colère, impuissance - ce que je ressens en vivant dans, ou sur le bord de, la société israélienne. Dans leur grande majorité, il s’agit d’une masse d’individus qui ont subi un lavage de cerveau systématique depuis l’enfance. Cerveaux lavés et professionnels du lavage de cerveau. Bourreaux qui ont réussi en quelque sorte à élaborer un mécanisme d’auto-persuasion, une insensibilité complète à la souffrance des autres – tout cela combiné avec un sentiment indélébile de supériorité, paradoxalement mélangé avec l’ignorance, la vulgarité et un racisme virulent. Racisme et discrimination, appliqués aussi bien dans le domaine personnel que dans les niveaux institutionnels.

Une société qui n’a jamais cherché ni voulu la paix, comme la société israélienne, est destinée à disparaître. C’est le destin des démocraties ethniques. Parler maintenant est dangereux : les journaux et les sites d’informations en ligne en hébreu racontent la guerre d’une manière qui ne laisse pas le moindre espace pour le doute. Les nouvelles sont énoncées comme des fragments d’un discours d’endoctrinement, qui se répète comme un mantra au bar, au café, dans les universités, des parents aux enfants, des officiers aux soldats. C’est ainsi qu’il n’y a aucun interstice dans l’imaginaire local, la gauche n’existe presque pas ni la critique : abolies. L’autocritique est une trahison. Le regard de haine et de plaisir du Sabra israélien [*] pour les attaques terrestres et les bombardements est évident.

Il y a quelques minutes, je suis tombé sur un ami argentin. Nous avons convenu qu’il est impossible de parler avec la plupart des Sabras. Leur regards changent, leurs yeux se tournent, changent d’orbite vers l’intérieur : ils ressemblent à des zombies. Leur amertume et leur impolitesse sont innées, mais elles grandissent avec la haine. Pour eux, la guerre, toutes les guerres israéliennes sont morales : elles sont impossibles à éviter. Ce sont des guerres imposées par l’ennemi. Eux, ils sont l’oasis du Moyen-Orient, ils sont le miracle, ils sont les élus. Ou à Ney Matogrosso, ils sont la rose d’Hiroshima [**]. Ils font feu et ils pleurent ; ils pleurnichent pendant qu’ils tuent et construisent de nouvelles colonies dans les territoires occupés. Ils ne veulent pas tuer, mais ils tuent. Ils veulent la paix par la guerre. Et ils y croient !

Ne vous méprenez pas en visitant Tel Aviv – un monde mini-shorts, de pop américaine et de multi-sexualité. Sous le gazon bien entretenu, des personnes promenant leurs chiens ou se mouvant en rollers, derrière la médiocre littérature locale – une littérature où ils aiment se lire dans des trames infantiles et de petits drames quotidiens. Derrière les boutiques chics et le petit monde de l’entreprise ou de l’art se cache une perversité guerrière, une sanctification la mort, la sienne et celle des autres, et se voue un culte à l’éternel consensus sur la conquête et l’oppression.

Et pourtant, tous ces mots si adjectivés voudraient être une demande ; je demande à mes amis juifs, à ceux qui – comme moi – ont grandi dans des communautés juives d’Amérique latine, avec cet arrière-goût de la gauche yiddish, avec une certaine joie de vivre entourée par des êtres humains différents, séduits par la diversité : le temps est venu de renier catégoriquement Israël, de séparer enfin le judaïsme de la doctrine de ce pays fini. A l’encontre de ce que nous avons appris à l’école, le sionisme est du racisme. Le sionisme est aussi une forme d’antisémitisme. Le prototype de l’aryen israélien a échoué, et dans son échec comme au cours des dernières semaines du nazisme pendant la guerre, ils veulent tous nous effacer, ils veulent faire sauter tous les ponts. Ils veulent mourir dans leur haine automatique et leur passion érotique pour la guerre.

Ne plus soutenir Israël. Ne plus apporter d’argent qui a été et sera destiné à construire des bosquets sur les villages palestiniens détruits. Argent qui va continuer à construire des infrastructures pour les colonies dans les territoires occupés, afin d’annuler tout projet de division territoriale. Soutien qui est utilisé pour tuer des gens, assassiner des enfants, tester de nouvelles armes, élever de nouveaux petits soldats zombies dépourvus de toute idée indépendante.

Regarder ces gens en face, et plus en temps de guerre, est effrayant. Ce sont des visages des gens qui ont la nausée quand ils entendent les mots « droits de l’homme ». Pour eux, les droits de l’homme sont antisémites. Eux précisément qui sont les premiers antisémites au monde, qui se moquent de ceux qui ne vivent pas en Israël et les considèrent comme des sous-hommes. Eux qui utilisent l’histoire de peuple juif comme une excuse pour assassiner. Et tout cela pour créer un pays aussi insipide, avec un tel manque de créativité, d’humanisme, de littérature, d’imagination. Eux qui ont créé un pays où les militaires sont des héros culturels. Un pays dans lequel les femmes, pour obtenir l’égalité des droits, deviennent des hommes et les imitent. La femme libérée est la femme-homme, celle qui abandonne ses attributs pour entrer dans des corporations de sexe masculin. Son monde intérieur est celui qui a refusé d’imaginer un territoire de paix, où la vie, la création et la joie pourraient remplacer l’érotisme de la violence.

Comment puis-je vivre dans ce pays ? Comment puis-je me concilier avec l’idée que mes impôts soutiennent d’une manière ou d’une autre la perpétuation d’un système d’oppression et antidémocratique ? Ce sont les questions que je me pose depuis quelques années maintenant. À une époque, je nourrissais l’idée narcissique et innocente que quelque chose pourrait changer et que je pourrais contribuer à ce changement. Mais maintenant, la seule solution viable est de ré-émigrer, acte en soi difficile, mais pas impossible. Je pense que se rapproche la concrétisation de cet acte.

Ce pays est fini et c’est une honte. Nous sommes une honte. Et je ne veux pas vivre avec la honte à laquelle m’ont amenées mes décisions d’adolescent.

29 juillet 2014


NdT :

[*] Sabras : nom donné aux juifs israéliens nés en Israël.
[**] Ney Matogrosso, célèbre chanteur et comédien brésilien, a interprété un poème de Vinicius de Moraes intitulé Rosa de Hiroshima.


Source : http://losotrosjudios.com/2014/07/29/uriel-kon-israel-esta-acabado-no-quiero-vivir-con-la-verguenza/

Il existe une traduction anglaise ici : https://libcom.org/news/open-letter-jerusalem-30072014

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Traduction : J.F. (OCLibertaire)


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