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Iran : Mythes et réalités

vendredi 26 juin 2009, par Administrateur OCL Web

Un texte sur l’Iran et la manière dont la presse traite le sujet

L’auteure appartient à un courant à la fois féministe et communiste-ouvrier qui vaut la peine d’être publié et lu ici, au même titre, en complément de ce que peuvent dire des anars iraniens comme dans l’autre article


Voir en ligne : initiative communiste-ouvrière

Par Azar Majedi *

L’Iran est en première des nouvelles internationales. Qu’est ce qui a conduit aux manifestations de masse ? Comment est-ce que la situation a changé si dramatiquement en une semaine ? Qu’est ce que veulent les gens ? Qu’est-ce que le mouvement de protestation va devenir ? Ces questions sont répétées de manière répétitive sur toutes les chaînes de télé et dans la presse. Différents analystes politiques et universitaires européens ou américains d’origine iranienne, avec des degrés d’allégeance variable au soi-disant camp réformiste, sont invités à faire la lumière sur la situation. Tous ces commentateurs partagent l’assomption suivante : « le peuple d’Iran ne veut pas la révolution ». Par là, ils veulent dire que la population ne veut pas jeter par-dessus bord le régime islamique. Ils disent que le peuple veut une évolution, un changement graduel. Ils insistent sur le fait que les gens veulent des changements mineurs dans le système politique, juste un peu plus de liberté. Ils expliquent qu’ils protestent contre Ahmadinejad et l’élection truquée, pas contre le régime islamique. Donc, que si Mousavi devient président, tout devient normal.
Voilà le noyau de toutes les analyses proposées par les médias internationaux. Depuis le soit disant « anti-impérialiste » de gauche Robert Fisk dans l’Independent, jusqu’aux journalistes de droite du Financial Times, ils répètent tous la même chose. Le premier proclame catégoriquement que le peuple d’Iran « est heureux du régime islamique ». Il répète incessamment le cliché « anti-impérialiste » selon lequel le peuple d’Iran « ne veut pas que l’Occident lui dise ce qu’il doit faire. Ils ne veulent pas être comme en occident » (cité d’après Aljazeera en anglais). Comme si vouloir en finir avec le régime islamique, vouloir en finir avec la tyrannie religieuse, avec l’apartheid sexuel, la répression, la pauvreté et la corruption étaient par défaut des aspirations occidentales et non des aspirations humaines universelles. Comme si, même si on les appelait occidentales, cela les discréditerait. Selon Fisk, le peuple d’Iran est loyal à la révolution « islamique ». Ils veulent seulement en finir avec Ahmadinejad.
Le reporter du Financial Times, aux new du matin sur GMTV, a exprimé son désaccord avec mon communiqué disant que « c’est le début de la fin pour le régime islamique ». Elle a maintenu que le peuple en Iran « ne voulait pas de révolution. Ils veulent une évolution et un peu de liberté. Ils veulent pouvoir mettre des T-shirts s’ils en ont envie ».
Si je ne croyais pas si fortement en ce que je voudrais voir arriver dans mon pays natal, dans celui que j’ai du fuir (avec des milliers d’autres) pour sauver ma vie, échapper à la torture et à l’exécution, au temps ou M. Mousavi était premier ministre, je pourrais penser que j’étais folle de vouloir le changement, de vouloir renverser cette dictature brutale, misogyne, réactionnaire, religieuse. Je pourrais me dire que tous mes camarades bien-aimés et mes amis qui ont été tués dans les tristement célèbres prisons du régime islamique étaient fous d’avoir perdu leurs vies à se battre contre ce régime. Je pourrais penser que les centaines de milliers de personnes qui risquent leurs vies dans cette aventure doivent être folles également.
Je suis sûre que Messieurs Mousavi, Karoubi et Khatamei ne veulent pas tant de changement. Ils veulent seulement de petits changements. Je n’ai pas de doutes qu’ils soient « heureux avec le régime islamique ». Mais qu’en est-il de Neda, la jeune fille qui a été tuée à Téhéran ? De cette femme enceinte qui a été tuée dans une manifestation ? De son compagnon qui a perdu deux êtres aimés d’une seule balle ? Qu’en est-il des mères et des pères dont les fils et les filles ont été brutalement tortures et exécutes, qui ne avent même pas où leurs enfants bien-aimés sont enterrés, de ces parents qui, par peur des représailles, ont enterrés leurs enfants au fond de leur jardin ? Qu’en est-il des parents dont les milliers d’enfants ont marché sur des mines pendant la guerre Iran-Irak avec la clef du paradis suspendue au cou ? De ces enfants dont les mères ont été lapidées à mort ? De ces millions de femmes qui ont été forcées à porter le voile et traitées comme des moitiés d’êtres humains ? Est-ce que ces gens sont « heureux » du régime islamique, est-ce qu’ils veulent seulement un peu de liberté, un peu de changement ?
Si je ne connaissais pas, si je ne ressentais pas ces griefs d’aussi près, si je ne les avais pas vus de mes propres yeux, si je ne connaissais pas quelques unes de ces courageuses jeunes filles et jeunes gens qui ont été exécutés par le régime, alors, je pourrais être convaincue. Je n’aurais pas d’autre choix que d’accepter la seule interprétation offerte par les médias internationaux. C’est terrifiant. Est-ce accidentel, ou est-ce que cela reflète une volonté cachée ? Est-ce que ces analyses sont le produit d’une compréhension superficielle d’une société sous l’emprise de la dictature et de la censure, ou est-ce que cela fait partie d’une stratégie ?

On y était, voila ce qu’on a vu !

Je suis d’une génération qui a connu les manifestations de masse contre une autre dictature. Je suis d’une génération qui s’est battue contre la dictature du shah. Je me suis battue contre deux dictatures pour l’égalité, la liberté, la justice sociale et économique, la prospérité. Je suis, comme beaucoup de mes camarades, une militante politique expérimentée. Les médias agissaient de la même manière il y a 30 ans. A cette époque, la technologie n’était pas aussi avancée. Il n’y avait pas YouTube, ni d’internet, ni de télévision par satellite. Mais les gens dépendaient déjà des médias internationaux pour les nouvelles. Il y avait les radios à onde courtes, la BBC, Voice of America, Radio Israël et Radio Moscou pour les informations et les nouvelles.
En 1978, les médias ont joué un rôle important pour transformer Khomeiny en leader – alors qu’il n’était rien d’autre qu’un membre du clergé en exil, presque inconnu de la majorité de la population, et presque oublié même de la plupart de ses fanatiques. Au milieu de la guerre froide, la peur d’un immense mouvement populaire de gauche en Iran, a amené les états occidentaux à se réunir en un sommet à la Guadeloupe, pour influencer le cours des événements du plus vaste mouvement de masse dans l’histoire iranienne. En peu de temps, pour notre plus grande stupeur, les islamistes, qui étaient marginalisés dans la première phase des manifestations, ont pris le leadership dans le mouvement antimonarchiste.
Saddam Hussein avait demandé la déportation de Khomeiny, sous prétexte qu’il était engage dans des activités politiques contre l’état iranien. La France l’a accueilli. En une nuit, il est devenu une célébrité médiatique internationale. Un « leader » était né. Une révolution pour la liberté, l’égalité et la justice avait avorté. C’était le depuis de 30 années de sang, d’oppression, de misogynie, d’apartheid sexuel, de lapidation, de mutilation et du régime politique le plus abominable.
L’historie est en train de se répéter. Comme toujours, par peur de changements radicaux qui pourraient mener au renforcent de la gauche, la machinerie des médias ne dit que la moitié de la vérité. Leurs « analyses en profondeur » n’égratignent même pas la surface. Peut-être que pour certains journalistes, la surface est tout ce qu’ils sont capable de saisir, mas dans l’ensemble, c’est un plan délibéré pour censurer la gauche, pour ne pas montrer les aspirations profondes et les revendications de la population. Un « leader modéré » et tout ce qu’ils sont prêt à laisser s’exprimer.

La balance du pouvoir

Est-ce que les gens qui manifestent le font seulement contre Ahamdinejad ? Est-ce qu’ils sont vraiment heureux du régime islamique ? Est-ce qu’ils veulent seulement un peu de changement, un peu de liberté ? Comment est-ce que ces journalistes arrivent à de telles assomptions ? Examinons cette question.
Que s’est passé en Iran Durant les dernières semaines ? Dans la période qui a précédée les élections du 12 juin, les gens ont organisé des rassemblements et des meetings en soutien à l’un des deux candidats soi-disant réformistes et contre Ahmadinejad. Ils ont voté pour Mousavi ou Karoubi. Tout le monde s’attendait à ce que les élections soient truquées donc les gens sont resté vigilants, prêts à descendre dans la rue. Quand les résultats ont été annoncés, seulement deux heures après la fermeture des bureaux de vote, les manifestations massives ont commence. Les gens se sont rues dans les rues par milliers et ont protesté contre la fraude électorale.
C’est comme ça que les événements se sont déroulés. Mais ce n’est pas toute la vérité. Il y a autre chose qui sauté aux yeux. Quand on essaye d’analyser la situation en Iran, on doit prendre en considération un facteur important dans l’équilibre des pouvoirs. Il est évident que les gens ne pouvaient pas descendre dans la rue et crier « à bas la république islamique », tant que la machine répressive brutale et sophistiquée était intacte. Ils ont agi dans le cadre de la balance des pouvoirs et cherché à renverser cette balance en leur faveur. La plupart des votes pour Mousavi ou Karoubi étaient en réalité un « non » à Ahmadinejad et à la république islamique. Il n’y avait que quatre candidats qui étaient passé à travers le système de veto du Conseil des gardiens. Sous la république islamique, 99% des gens ne sont pas autorisés à être candidats. Selon la loi islamique, une femme ne peut pas être président. Cela exclue d’un seul coup la moitié de la population. Non seulement les gens qui ne croient pas en dieu ne peuvent pas être candidats, mais ils doivent être décapités selon cette même loi. Les membres d’une autre religion que le chiisme sont également exclus. Même dans ce dernier groupe, seuls ceux que sont des véritables partisans de la république islamique peuvent se présenter pour être candidats à la présidence.

Le Conseil des gardiens a le droit de veto sur les candidats à la candidature et décide qui remplit les conditions. Cette fois-ci, seuls quatre homes qui nt été des figures importantes du régime, qui avaient occupé des postes de haut niveau et joué un rôle important dans sa consolidation, ont passé le veto. A part Ahmadinejad, il y avait Mousavi, Karoubi et Rezai. Mousavi était premier ministre pendant la guerre Iran-Irak. C’est sous son ministère que, en août 1988, en moins d’un mois, des milliers de militants de l’opposition, y compris des enfants, ont été exécutés en prison. Karoubi était une figure éminente jadis, proche de Khomeiny, président du Majilis (parlement) à plusieurs reprises. Rezai était le commandeur des Corps de la Garde Islamique (IGC), le principal instrument de répression. Ces hommes ont tous participé à l’élimination violente de l’opposition à la république islamique. Si les iraniens parviennent à ramener la justice, ces hommes devront être jugés pour crimes contre l’humanité.

Est-ce que cela donne un véritable choix au peuple ? C’est la première question qui doit être posée. Si on, alors pourquoi es-ce que les gens ont participé en si grand nombre à cette élection ? Les gens ont utilisé l’opportunité pour exprimer leur mécontentement, leur protestations, et dire un grand « non » au régime. Les mouvements de masse durant la campagne de Mousavi ou de Karoubi ont été une grande surprise pour tout le monde, y compris les candidats eux-mêmes. Dans un pays où le moindre signe de protestation, sans même parler de manifestation, est brutalement réprimé, la campagne présidentielle offert une fenêtre, une opportunité. Le régime islamique est terrifié par ces mouvements de masses et la rapidité avec laquelle ils ont cru en nombre et en radicalisation.
En face de cette rapide escalade de rassemblements contre le gouvernent sous la bannière de la campagne électorale, le Corps de la Garde Islamique (IGC) a émis un communiqué dans que les extrémistes dans le camp des candidats essayaient de renverser le régime. Ils ont menace les gens d’une répression très dure si cela arrivait. Alors, l’IGC et le camp Khamenei-Ahmadinejad ont décide de mettre fin aux élections et de faire avorte tout plan qui risquait d’affaiblir le régime. C’est ça qui a mené à annoncer les résultats seulement quelques heures après que les bureaux aient été fermés.

Ils ont mal compris la situation. Ils ont échoué à identifier les différents aspects de la psychologie collective, l’ambiance dans la population. Ils n’ont pas vu ou pas compris que les temps avaient change. Cette fois, l’ambiance était très différente. Les gens semblaient déterminés à ne pas revenir en arrière. Ce n’était pas nécessairement une décision consciente, exprimée. C’était un sentiment qui résultait plutôt d’un changement profond dans la psychologie collective de la population.

Le gens ne veulent plus de ce régime. Ils ne veulent plus vivre sous une tyrannie religieuse. Ils ne veulent plus de l’apartheid sexuel. Les gens veulent être libres. Ils veulent l’égalité et la prospérité. C’est la volonté du people. Il semble que cette fois ci, ils soient déterminer à continuer le mouvement jusqu’à ce qu’ils obtiennent ce qu’ils veulent. Le développement des événements ces derniers jours, particulièrement après le sermon du vendredi de Khamenei, ont fait basculer la lutte de pouvoir entre le peuple et le régime. En dépit de la lourde répression opérée par les forces de sécurité, du meurtre de près de 200 personnes, d’un nombre plus grand encore de blessés et de l’emprisonnement de centaines de manifestants, malgré l’usage des forces de sécurité et des tueurs des milices lâchées contre des gens désarmés, les gens relèvent le défi. La balance du pouvoir a bascule en faveur du peuple, non pas dans le sens militaire, mais en terme de défi face à l’intimidation et de la peur. Jusqu’à vendredi, les gens marchaient la bouche close, en essayant de ne pas provoquer les violences, mais ces derniers jours, les protestations sont devenue plus violentes, moins contrainte. Déjà, des manifestants crient « à bas la république islamique ». Des sentiments non censures refont surface dans les rues. On entend parler, on voit des vidéos de femmes non-voilées, portant des vêtements totalement non-islamiques dans certains quartiers. Une des caractéristiques les plus significatives de ce mouvement de protestation est qu’il n’est pas organisé ou dirigé par ceux qui disent être ses leaders, ou qui sont identifies par les médias comme ses leaders. C’est un mouvement très spontané. Ce que nous voyons, dans les rues de Téhéran ; mais aussi dans les autres grandes villes, ressemble plutôt à une insurrection. Il semble que le régime islamique soit entré dans une phase où, quelque soit a tactique ou le ton qu’il emploie, l’amène toujours vers sa fin. C’est le début de la fin de l’un des régimes politiques les plus brutaux, les plus horribles, du 20e siècle. Sa chute aura des effets profonds dans le Moyen-Orient et pour l’islam politique les femmes en lutte d’Iran et de toute la région ont tout à gagner de ces événements.

Azar Majedi, 23 juin 2009

= = = = =

* Azar Majedi est une militante politique révolutionnaire, féministe et se revendique du communisme-ouvrier.
Fondatrice de l’Organisation pour les Libération des Femmes en Iran Elle vit en exil en Angleterre.
Elle a pris part à la création du Parti Communiste-Ouvrier d’Iran en 1991. Puis en 2007 à celle du Parti de l’Unité Communiste-Ouvrière

Organisation pour la Libération des femmes - Iran (Azadizan)
http://www.azadizan.com/english/ind...

Parti de l’Unité Communiste-Ouvrière
http://wupiran.com/ENsite/home.html

Note :

Le communisme-ouvrier est un courant politique iranien qui développe une conception “conseilliste” du communisme, fondamentalement internationaliste et mène un combat laïc intransigeant. Comme son nom l’indique il insiste sur le caractère strictement prolétarien du combat pour le communisme, un communisme qui doit se défier de l’étatisme et s’appuyer sur le pouvoir des conseils ouvriers et le respect radical de la personne humaine. Par son positionnement, le communisme-ouvrier s’est opposé à pratiquement tous les autres courants de la gauche iranienne notamment à cause de son opportunisme à l’égard de l’islamisme politique et de son caractère supposément anti-impérialiste.
Le communisme-ouvrier (qui existe aussi en Irak) est un courant aujourd’hui divisé en plusieurs mouvements : Parti communiste-ouvrier d’Iran, Parti communiste-ouvrier d’Iran - Hekmatiste, Union Socialiste des Travailleurs, Parti de l’Unité Communiste-Ouvrière.

Informations sur ce site : http://communisme-ouvrier.info/

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2 Messages de forum

  • Iran : Mythes et réalités

    27 juin 2009 08:24

    Le "communisme-ouvrier" inspiré de Mansoor Hekmat est très présent sur internet. Leur travail est assez important : présence TV, radio, Internet et presse. Malheureusement pour nous, 90% de leur boulot est en farsi et le reste en anglais.

    Maryam Namazie interview deux fois par semaine des responsables divers du syndicalisme "illégal" iranien. Elle a une superbe pêche pour parler des grèves chez les profs en Iran (les moins payés de tout le fonctionnariat en République Islamique, 110€/mois contre un salaire moyen de 180€/mois en Iran), mais qui sont la profession la plus dure à mobiliser parce que "beaucoup de profs sont conservateurs-islamistes et préfèrent se cacher plutôt que de parler de leur salaire. Vu qu’ils savent lire, ils jouissent encore d’un certain respect social, même si leur salaire devient insignifiant". La grève des profs sera "le grand chamboulement en Iran !")

    Ils ont un blog journalier (remis à jour tous les 12 heures) en anglais :

    http://worker-communistpartyofiran....

    Ils ont une télé en continu : http://www.newchannel.tv/englishTV/

    et puis surtout

    http://www.youtube.com/user/WPITV

    Répondre à ce message

  • Bon, c’est confirmé officiellement par le Conseil des Gardiens de la Révolution. Ahmidenijad a gagné avec 11 millions de voix de plus que ses adversaires dans un pays de 70 millions d’habitants (la taille de la France).

    En Iran, la fraude électorale devient, enfin, high-tech.

    Il faut savoir que plusieurs méthodes statistiques assez simples permettent, en analysant les résultats d’un scrutin, de détecter la plupart des méthodes de fraude, en particulier "le bourrage d’urnes".

    Lorsque les résultats publiés ne le sont pas bureau de vote par bureau de vote, mais district par district, il suffit de regarder le deuxième (ou troisième) chiffre après la virgule (32.57 > 7 ou 29.42 > 2) pour voir apparaître une distortion par rapport à une répartion aléatoire. Si la distortion est importante, c’est que le deuxième chiffre après la virgule, en principe à ce niveau complètement aléatoire, n’est pas vraiment distribué de façon complètement aléatoire. Il y’a eu intervention humaine à un moment du processus, soit pour retrancher (ce qui est rare) ou pour ajouter (ce qui est très courant) des voix.

    L’Etat iranien a utilisé des ordinateurs et des algorithmes sophistiqués pour camoufler la fraude électorale. Car très peu d’éléments, dans les résultats district par district ne permettent de détecter une déviation statistique, ni dans le deuxième chiffre après la virgule, ni dans l’analyse des extrèmes (les concentrations locales qui sont contraires à une tendance générale et qui existent dans tous les districts). Le seul élément bizzare est la très, très grande divergeance dans le nombre de bulletins "nuls ou blancs" entre les différents districts. Surtout que le nombre de bulletins comptabilisé comme "nuls" est beaucoup plus important dans les districts ou le nombre de voix pour la "3ème force" (anti-Ahmidenijad ET anti-Musaveni) est le plus élevé. Dans les districts pro-Musaveni ou pro-Ahmidenijad, le nombre de bulletins nuls est conforme à la moyenne statistique.

    L’Iran est divisé en trente provinces. Chaque provine compte entre 8 et 14 districts (moyenne de 12).

    En Iran, pour les élections présidentielles, les résultats par province et par district ont été publiés sur le site officiel du ministère iranien de l’intérieur. Pas les résultats bureau de vote par bureau de vote.

    Première constatation : tout s’ajoute, tout est dans l’ordre. Les résultats par province correspondent à la somme des résultats par district.

    Deuxième constation : 2 provinces ont eu plus de votes que d’électeurs inscrits (plus de 100%). 31 provinces ont connu une participation supérieure à 95% (ce qui est suspect, même si on déclare que les iraniens ont été passioné par ces élections). 55 villes de plus de 150 000 habitants (sur 328) ont également connu une participation supérieure au nombre d’inscrits sur les listes électorales (plus de 100% de votants). En termes de population, ça fait 3 millions de voteurs en plus par rapport aux registres locaux.

    MAIS, comme le Conseil des Gardiens de la Revolution l’a rappelé, selon la loi électorale iranienne, un individu peut voter dans une circonscription autre que la sienne. Il suffit qu’il justifie "être en déplacements fréquents qui l’empêchent de voter dans sa circonscription".

    Voilà l’explication des trois millions de votes en surnombre par rapport aux registres dans 55 villes sur 328. C’est suspect... 3 millions de voteurs "en déplacemnt fréquent" sur 11 millions de voteurs en plus...

    Ce phénomène n’a jamais été constaté dans aucune élection iranienne précédante. D’habitude le taux de participation est inférieur à 60%. Pour les élections de 2009, le taux de participation dépasse les 95% dans 31 provinces.

    Khamenei a déclaré qu’il s’agit d’une "victoire pour la démocratie", car les iraniens ont participé "massivement" au vote...

    Il est vrai qu’entre 2005 (les dernières élections) et 2009, la population en âge de voter a beaucoup augmenté (les 14 ans sont passés à 19 ans dans un pays ou un tiers de la population à moins de 25 ans). On s’attendait à des voteurs en plus. Et puis l’élection a passionée... Mais 11 millions de voteurs en plus ? Alors que s’est-il passé vraiment ? Le bourrage d’urnes, fait de façon scientifique, est une science complexe. Les gens naïfs pourraient croire que s’est très difficile de frauder. Et que ça n’en vaut pas le coup, vu que le code électoral, en Iran comme ailleurs, prévoit dix ans de prison pour "fraude électorale". Mais ce que les gens naïfs oublient, c’est que le jeu en vaut la chandelle. Dans n’importe quelle démocratie, malgré les peines de prison, pouvoir choisir le chef vaut largement les risques encourus. Le Président est celui qui signe les contrats de l’Etat, qui choisit les banques et les entreprises qui auront les milliards d’euros de l’Etat pour réaliser des travaux ...

    Alors voici l’explication du vote iranien de 2009. L’explication logique est qu’Ahmenidejad a rajouté environ 5-6 millions (ou 7) de voix sur les 11 millions de "nouveaux électeurs". Cela lui a permit d’avoir 62% des voix, contre 31% pour son adversaire. Alors que "normalement" , il aurait dû avoir 47-49% contre 53-51% pour Musaveni ( à la louche).

    Ses partisans ont comptabilisé TOUTES les voix pour Musaveni. Le nombre de voix pour Musaveni est entièrement exact, rien n’a été enlevé. Ils n’ont pas osé RETIRER des voix. Cela aurait été beaucoup trop risqué car cela laisse des traces sur le papier. Et puis, c’est compliqué. Ouvrir une urne, séparer les bulletins pro-Musaveni des autres, les compter, en enlever 30%, les remplacer par des bulletins pro-Ahmindenijad... Un cauchemar organisationel et qui laisse, comme je l’ai dit, des traces sur la papier car il y’a le registre des électeurs, la liste des voteurs et le procès-verbal du dépouillement... C’est trop risqué !

    L’Etat iranien a tout simplement "bourré" les urnes en rajoutant 5-6 millions de voteurs pro-Ahmidenijad qui en fait n’ont jamais voté...

    Ce qui exlique les 95% de votants dans un tiers des provinces.

    La fraude n’a pas eu lieue dans les bureaux de vote lors des dépouillements. Elle a eu lieu au niveau du recoupage au ministère de l’intérieur. Les fausses voix en plus ont été réparties sur chaque province, pour changer le résultat dans tel district, ou au contraire pour le laisser tel quel dans tel autre district. Puis un algorithme, très sophistiqué, a été utilsé pour produire automatiquement des résultats district par district conformes à la démographie et aux résultats de l’élection 2005.

    Selon les spécialistes, la méthode est celle d’un algorithme qui calcule la "plus petite distance pour chaque écart, renouvellant l’opération de manière récursive, jusqu’à ce qu’il trouve l’optimum" entre un district et un autre. Je ne comprends absolument rien à cette phrase, n’ayant aucunes connaissances en mathématiques.

    La même méthode a été utilisée, à une plus petite échelle, dans les années 2000 dans plusieurs états des USA (on accuse l’Ohio et d’autres) et pour les élections londoniennes. A chaque fois, le parti au pouvoir, conscient que l’election se joue à "quelques dizaines de milliers de votes" aurait employé le même algorithme que l’Iran. Un algorithme sensé rendre la fraude indétectable par les méthodes statistiques traditionelles.

    A Londres, on a beaucoup parlé du "Retirement home farming" qui consiste à "faire voter" les vieux de plus de 70 ans, dans les nombreuses maisons de retraite de la capitale. Cela représente un nombre incroyable de voix, car il y a beaucoup plus de vieux en maison de retraite que l’on croit. Beaucoup d’entre-eux souffrent de démence sénile, mais cela ne les a pas empêché de voter à 91%. Et puis, à Londres, la mairie a, trois ans avant les élections municipales, autorisée toutes les personnes "travaillant à Londres mais vivant dans une commune de banlieue limitrophe" à s’inscrire sur les registres électoraux de la capitale. Dans le cas de l’Iran, il s’agit donc d’une fraude high-tech, employant des mathématiciens, des démographes et des géographes. Une firme américaine a démontré que l’on pouvait faire passer une majorité de 66% pour A et 33% pour B, en un résultat de 80% pour A et 20% pour B ou au contraire de 40% pour A et 60% pour B en employant leur programme.

    Ce recours à la "technologie" va de pair avec les nombreux signes que l’Iran a développé le système de surveillance des conversations par téléphone mobile le plus sophistiqué du monde. Siemens a avoué avoir fourni à l’Iran, pour la somme de 500 millions d’euros tout de même, en 2007, un logiciel de "surveillance intégral du réseau" qui "repère dans toute converstion par portable l’emploi d’un des ’mots clefs’ (tel que ’révolution’, ’peuple’ (khalq en persan), ’changement’ (’safed kerna’ en persan),...)"

    Lors des dernières manifestations de juin 2009, des centaines de manifestants ont signalé que leur téléphone mobile est "devenu mort" pendant six heures, sans aucune raison, quelques minutes après qu’ils aient téléphoné à un ami. A tel point que les manifestants n’ont plus utilisé leur téléphone portable à partir du troisème jour de manifestation à Téhéran. Il semble que la police iranienne ait utilisé leur "super-système de surveillance" et l’ai concentré sur le centre-ville de Téhéran pour interdire les conversations "anti-régime".

    Rigolez pas ! C’est ce qui nous attend en Europe ...

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