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Taksim partout, Résistance partout !

« Je suis allé résister, je reviens tout de suite »

18ème jour du soulèvement

samedi 15 juin 2013, par WXYZ

Malgré une répression impitoyable, malgré les insultes, les menaces et les tentatives de division du pouvoir entre les bons et les méchants, la résistance reste forte dans toute la Turquie alors que les manifestants continuent de tenir le parc Gezi et refusent d’obéir aux injonctions et aux ultimatums d’Erdoğan.

La lutte continue...

Pour tenter d’en savoir plus :

  • Un nouveau texte sur ce qui se passe dans le parc Gezi et la place Takim.
  • L’appel à continuer la lutte du collectif Taksim Dayanişmasi ("Solidarité Taksim") en date du 15 juin.


« Je suis allé résister, je reviens tout de suite »

Par Ali Bektaş

Samedi 15 juin 2013

ISTANBUL - La lutte qui a éclaté le 31 mai pour lutter contre la rénovation urbaine néolibérale - et en particulier la démolition d’un parc dans le centre d’Istanbul - a dépassé ses objectifs initiaux, et s’est transformée en un véritable soulèvement contre un régime démocratiquement élu quoiqu’autoritaire. Bien qu’elle a commencé dans le parc Gezi, voisin de la place centrale d’Istanbul, la place Taksim, le soulèvement s’est propagé rapidement à travers la ville et à l’ensemble du pays.

Inflexibles dans leur détermination à rester dans les rues, des foules immenses se sont également rassemblées jour après jour à Ankara et Izmir ainsi que dans d’autres villes plus petites. Trois manifestants ont trouvé la mort et quatre autres sont actuellement dans un état critique. A cela s’ajoute plus de 6000 blessés, dont 10 qui ont perdu les yeux. Le soulèvement a dominé le discours national depuis plus de deux semaines que le pays a vécu la révolte populaire urbaine la plus importante et la plus longue qu’il ait jamais vu. Il est maintenant considéré comme un éveil politique capital pour toute une génération. Sur le terrain, il n’y a qu’un seul terme qui est utilisé pour décrire les foules grandement hétérogènes qui ont manifesté en Turquie depuis des semaines : la résistance. Résistance contre le développement urbain à courte vue, résistance contre la police et résistance contre le régime autoritaire de Recep Tayyip Erdoğan et son gouvernement AKP (Parti de la Justice et du Développement), au pouvoir depuis plus de dix ans. Presque tous les hashtags Twitter appropriés suivent la formule de commande de résistance, ‟#Diren ” et se multiplient en fonction du lieu ou du sujet. Les commerçant laissent des notes expliquant « Je suis allé résister, je reviens tout de suite », et l’un des slogans les plus courants est « Taksim partout ! Résistance partout ! »

C’est comme si l’ensemble de Taksim, le centre culturel bohème d’Istanbul et le lieu des événements politiques marquants, faisait partie de la résistance et presque tout le monde se promène avec des lunettes de plongée et des masques anti-poussière pour se protéger eux-mêmes des gaz lacrymogènes généreusement distribués.

Les barricades de la transformation

Pendant dix jours, entre le 1er et le 10 juin, toutes les principales artères menant à la place Taksim et les rues latérales plus petites ont été barricadées dans la défense contre la police. Dans certaines avenues telles que Gumussuyu, où les combats ont fait rage au début de l’insurrection, plus d’une douzaine de barricades étaient présentes. Certaines d’entre elles qui atteignaient trois mètres de haut, étaient construites à partir de toutes sortes de débris urbain : matériaux de construction, bus urbains détruits, barres métalliques cimentées à des parpaings en direction des lignes ennemies, sur un mode médiéval surréaliste. Comme dans d’autres soulèvements populaires urbains, les barricades ont isolé la zone de l’Etat et ouvert un espace où un tout nouveau jeu des relations sociales, précédemment inimaginables, pouvait prendre forme.

Sur des panneaux indicateurs accrochés entre les poteaux d’éclairage dans les rues menant à la place Taksim et au parc Gezi ont pouvait lire « Par ici la Commune de Taksim ». C’était peut-être un peu exagéré, mais c’était certainement plus vrai dans le parc proprement dit, où la solidarité et l’aide mutuelle sont devenus la norme. Chaque personne parle de cette nouvelle existence qu’ils ont découvert dans ce bel espace soustrait à l’Etat où la coopération, la solidarité et la lutte ont supplanté la société empoisonnée qu’ils ont laissé derrière eux. Des discussions tendues qui surgissent entre des individus aux idéologies politiques adverses, ou des gens ivres qui perturbent sont rapidement calmés pour revenir à un état d’esprit plus sobre. Les gens ont vu que la violence sociale a été effectivement réduite par l’absence de la police. C’est particulièrement le cas pour les participantes, pour les femmes qui représentent au moins la moitié sinon plus de ceux qui occupent le parc Gezi. Non seulement les harcèlements verbaux et la violence sexuelle habituels à Taksim ont été réduits, mais des femmes et des hommes antisexistes ont réclamé un espace important pour combattre le patriarcat en allant jusqu’à intervenir sur les chants, les slogans et les graffitis qui utilisent un langage sexiste pour attaquer Erdoğan ou l’AKP.

Depuis près de deux semaines maintenant, les drapeaux du PKK (le puissant groupe de la guérilla kurde) flottent au vent avec les drapeaux de la République turque sur la place Taksim. Cette situation, auparavant inimaginable, n’a été rendu possible que parce que les deux, les Kurdes et les kémalistes, se sont unis contre un ennemi commun, la police et le gouvernement de l’AKP. Un étudiant kurde a déclaré que c’était cela le vrai processus de paix, par opposition au processus opportuniste mis en place par Erdoğan au cours de l’année écoulée. Il est révélateur de la nature du conflit avec les Kurdes que l’absence de l’Etat dans les rues de Taksim ait consolidé un espace pour les gens se parlent réellement et s’écoutent les uns les autres.

Le premier week-end sur les barricades a vu deux manifestations de masse. Le samedi 8 juin, les supporters de football des trois grands clubs d’Istanbul, Beşiktaş, Fenerbahçe et Galatasaray, ont convergé sur la place dans une grande démonstration de force. Ces fans, précédemment en guerre les uns contre les autres, se rassemblent aujourd’hui sous l’étendard “Istanbul United” et ont fourni beaucoup de l’énergie nécessaire pour les combats de rue. Parmi eux, le Çarşı [‟Bazar”, du Beşiktaş] brille le plus car ce sont les plus organisés, intelligents et avec des expériences précédentes d’intervention dans des situations politiques. Mais ils sont résolument apolitiques, dans le sens où ils ne soutiennent aucun parti politique et disent que leur ‟esprit rebelle” est avec le peuple. En fait, ils sont idéologiquement assez confus et alternent entre les symboles nationalistes et la chanson Bella Ciao, le tout dans une sorte de populisme de gauche machiste.

Leur participation a été déterminante car ils viennent très bien organisés, et avez l’expérience d’agir ensemble dans les stades. Il n’est pas étonnant que les fans de football d’Istanbul, qui représentent un ample segment représentatif de la population urbaine, ait été un grand cadeau pour la lutte dans la défense de la ville.
Le lendemain, le 9 juin, il y a eu un rassemblement encore plus grand à Taksim. Selon certaines estimations, près d’un million de personnes étaient présentes et celui-ci avait un caractère beaucoup plus marqué à gauche. Beaucoup de gens prétendent que cela pourrait avoir été la plus grande foule jamais vue sur la place Taksim, y compris lors des légendaires rassemblements de travailleurs des années 1970.

Erdoğan et les tactiques de propagande facile

Les mots prononcés par Erdoğan devenaient de plus en plus ridiculement faux alors qu’il se trouvait clairement au milieu de la plus grande crise de son gouvernement. Pour défendre ses forces de police et essayer de minimiser sa répression extrême, il a proclamé que 17 personnes avaient été tuées par la police des Etats-Unis pendant le mouvement Occupy. Naturellement, l’ambassade américaine rapidement démenti cela. Il a même déclaré que les nombreux blessés qui ont submergé une mosquée voisine le troisième jour de l’insurrection, s’étaient en fait soûlés à l’intérieur. L’imam de la mosquée a rapidement nié. Sa rhétorique, toute remplie de mensonges et toute aussi enragée comme toujours, s’est en fait déplacée à mesure que son administration essayait clairement de gérer cette crise. Au début, il pensait qu’il pouvait simplement insulter ceux qui étaient dans le parc en prétendant qu’ils étaient des ‟racailles” (çapulcu) et des ‟ivrognes”, implicitement pour les opposer à ceux qui sont bien, les musulmans pratiquants. Encore une fois les occupants du parc ont montré leur intelligence et ont désarmé le gouvernement en s’appropriant ce terme et tout le monde a commencé à s’appeler çapulcu. En outre, l’ambiance positive dans le parc avec ses cuisines, ses bibliothèques, ses potagers urbains, etc. a commencé à être remarquée à travers les médias sociaux et même carrément parmi les principaux médias turcs qui avaient d’abord ignoré les manifestations. Cela a permis de combattre avec succès la propagande organisée par le gouvernement selon laquelle le campement était un cloaque puant l’urine et il est devenu beaucoup plus que clair qu’il y avait plus que des ‟ivrognes” dans le parc Gezi. Cette tactique initiale a fait long feu.

La stratégie suivante employée par le gouvernement de l’AKP a été de fomenter la division, déjà rampante, entre ceux qu’ils ont désignées comme des ‟provocateurs” [en français dans le texte] (lire : ceux qui battent en retraite quand la police attaque), ou plus généralement des ‟groupes marginaux” (lire : des petits groupes militants gauchistes) et la soi-disant ‟jeunesse écologiste essayant de sauver les arbres” (imaginez : un adolescent écolo paumé et naïf). C’est là une division complètement artificielle. De nombreuses sortes de personnes se sont battues contre la police. Il n’est pas très clair de qui il s’agit à propos de ces ‟groupes marginaux”, mais de nombreux petits groupes de gauche font partie de la Plate-forme de Solidarité Taksim (ceux qui ont organisé le campement initial du parc). Et aucun jeune écologiste aussi bien intentionné mais aussi naïf ne peut être trouvé dans le parc. En outre, le mouvement initial pour sauver le parc était beaucoup plus qu’une tentative innocente pour sauver des arbres : c’était, en fait, une lutte pour l’espace public et contre son encerclement. Bien que c’était là une division artificielle, cette tactique a eu plus de succès pour le gouvernement car il n’y a pas exactement un consensus sur la façon de faire face à la violence policière.

Ceux qui ont été actifs dans les mouvements sociaux du passé ont sûrement déjà vu ces deux tactiques être déployées comme partie intégrante du manuel d’utilisation de l’État. Il y a d’abord une tentative pour discréditer ceux qui sont descendus dans les rues ou dans les occupations. Mais si le mouvement devient trop populaire, l’étape suivante est d’essayer de les fractionner en favorisant les divisions et l’étiquetage de certains d’entre eux comme des extrémistes et d’autres comme des naïfs simplement utilisés comme couverture. La marginalité devient un horizon toujours fuyant qui ne s’éteint jamais jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne pour résister.

Reprendre la place pour l’assaut final

Mardi 11 juin, la police a fait mouvement pour reprendre la place Taksim. De toute évidence, c’était l’étape nécessaire avant toute tentative pour reprendre le parc voisin à ceux qui l’occupent. A 7h du matin, la police a pénétré dans la place. Les barricades étaient insuffisantes, sans personne derrière elles pour défendre leur position à cette heure si matinale. Malgré cela, certains du parc et de la place se sont battus contre la police du mieux qu’ils pouvaient pendant toute la journée. La place a été perdue dans l’heure et la plupart des affrontements ont eu lieu sur l’avenue principale (aujourd’hui l’un des chantiers de construction qui font partie du développement de la place voulu par Erdoğan) aux abords du parc Gezi.

À plusieurs reprises, la police a lancé des gaz lacrymogènes dans le parc, malgré les nombreuses promesses qui avaient été données que le parc serait laissé en dehors de l’attaque de la police. L’incroyable auto-organisation du parc s’était déjà surpassée elle-même et ceux qui résistent ont amélioré leur manière de faire face aux grenades de gaz lacrymogène. En réalisant que l’ensemble de Taksim était le lieu de la résistance, il est devenu évident que relancer les grenades sur la police avait peu d’effet pour se débarrasser du gaz qui remplissait tout le quartier. Au lieu de cela, des seaux d’eau, de sable et des couvertures humides ont été distribués à travers le campement et les grenades ont été rapidement éteintes dès qu’elles tombaient au sol.

La Plate-forme de Solidarité Taksim a lancé un appel pour que les gens convergent à 19h et des dizaines de milliers de personnes ont commencé à manifester à l’intérieur de la place ce soir-là. Peu de temps après que la place ait été remplie, la police a décidé de disperser la foule avec une quantité incroyable de gaz lacrymogènes et de canons à eau. Heureusement, cette foule complètement non préparée et pacifique a gardé son calme et une nouvelle bousculade mortelle, comme celle qui a eu lieu le 1er mai 1977, ne s’est pas répétée. Les gens ont été repoussés quelques rues en contrebas de la place et ont continué d’avancer vers les lignes de police, avant d’être repoussés avec davantage de gaz lacrymogènes et de canons à eau. Cela a duré jusqu’à environ quatre heures du matin. À un moment donné, la police est entrée dans le parc. Plusieurs centaines de policiers anti-émeute ont détruit des tentes et diverses infrastructures autour de l’entrée. En réponse, une grande barricade a été érigée à l’entrée du parc comme première ligne de défense contre la police.

Le rire contre la peur

Le régime du gouvernement par la peur s’est heurté à une démonstration publique sans précédent de l’humour. Les rues entourant Taksim et le quartier adjacent de Beyoglu ont été recouverts de graffitis dès le début du soulèvement. Le contenu de cette énorme quantité de graffitis a pris presque tout le monde au dépourvu et il montre l’esprit incroyable de ceux qui sont descendus dans les rues. L’humour du mouvement ne lui enlève rien de sa détermination et, au lieu de cela, lui donne des munitions spirituelles pour continuer. Quand ils ne pleurent pas à cause des gaz lacrymogènes, les gens éclatent en larmes de rire en voyant le prochain graffiti au coin de la rue qui se moque d’Erdoğan.

La saveur particulière de cet humour provient d’une série de magazines satiriques hebdomadaires qui remontent à la période marquée par les coups d’Etat militaires de 1971 et 1980. Face à la poigne de fer et au regard du régime militaire, ces magazines ont développé une façon de critiquer le pouvoir sous le couvert de la satire. Cette tradition comique a rencontré les éléments culturels de l’ère du Web 2.0 comme morceaux de la culture populaire. Il faut également noter que la plupart de ces magazines ont leurs bureaux dans la place Taksim et sont étroitement liées à la vie culturelle de ces rues. Cette culture satirique s’est développée dans les années 1990 et 2000 et a explosé dans les rues d’Istanbul. La plupart des gens qui suivent les évènements sont conscients des nombreux jeux de mots et des mèmes [1] construits sur le mot utilisé en turc pour ‟racaille” (çapulcu)[2]. Mais le « chaque jour je çapule » n’est que la pointe émergée de l’iceberg comique. Malheureusement, un grand nombre des autres exemples sont presque impossibles à traduire.

Une crise de la représentation

A chaque moment de ces derniers jours, il semble y avoir encore un nouveau groupe d’artistes, d’intellectuels ou d’acteurs, qui, encouragés par Erdoğan, se croient par eux-mêmes suffisamment importants pour servir de médiateur entre les masses spontanées et le gouvernement. Malgré un tel théâtre de négociation, le Premier ministre n’a cessé de poursuivre la délivrance de ses menaces successives, soulignant que sa patience finissait par s’épuiser.

La frustration des hommes du pouvoir qui ne peuvent pas trouver un dirigeant ou un représentant pour négocier et éteindre le mouvement est évidente. La nature totalement spontanée et sans leader de ceux qui ont pris les rues, dépourvus de toute structure de prise de décision, a été peut-être leur plus grande force. Maintenant que la lutte a dépassé son objectif initial de sauver le parc, même la Plate-forme de Solidarité Taksim, qui peut faire valoir être le seul groupe pouvant tenter de jouer un rôle de leadership dans la lutte, est vivement critiqué pour sa rencontre avec le Premier ministre et pour avoir accepté un référendum qui n’a semble-t-il aucune base légale sur l’avenir du parc. Ce que ceux qui sont en train de négocier avec le Premier ministre ne semblent pas comprendre, c’est que la situation a maintenant dépassé de loin la question du parc et que le gouvernement est désormais confronté à la volonté de ceux qui sont dans les rues et non à une poignée de personnes célèbres ou à des organisations politiques.

Se préparer à une bataille finale

Maintenant que la place a été perdue au bénéfice de la police, ceux qui occupent le parc attendent l’assaut final et tentent de récupérer le parc. Chaque soir, il y a une situation tendue quand chacun enfile son masque et son casque et écrit son groupe sanguin sur son corps. La détermination des milliers qui montent la garde est incroyable. Ils ont déjà vécu cela et maintenant ils plaisantent au sujet des gaz lacrymogènes.

Chaque jour, il y a des déclarations du gouverneur d’Istanbul disant que la sécurité de personne ne peut être garantie, accompagnées par des tweets orwelliens notant combien est agréable l’atmosphère de l’occupation avec le parfum des tilleuls et le chant des oiseaux au petit matin. Encore plus insultante est la rhétorique infantilisante des autorités qui en appellent constamment aux parents de ceux qui occupent la place pour qu’ils demandent à leurs enfants de rentrer à la maison, sans quoi ils seront blessés. En réponse à ces menaces, des dizaines de mères ont publiquement rejoint leurs enfants dans la résistance ces derniers jours. La guerre psychologique employée par le gouvernement est certainement de gros calibre mais les réponses biologiques le sont tout autant.

La résistance semble déterminée, à tout le moins, pour tenir le terrain et ne pas laisser le parc sans combattre. Et chaque soir, ils sont des milliers à venir après leur travail pour se joindre à ceux qui campent en permanence, malgré qu’ils soient harcelés et arrêtés par la police pour porter sur eux des respirateurs et des casques. Le fait qu’il s’agisse d’un mouvement si jeune, avec relativement peu d’expérience dans l’organisation au niveau de la rue, rend très difficile pour les foules réunies dans le parc de résister à une attaque en règle de la police. En ce moment, la stratégie collective consiste à rendre cette attaque la plus coûteuse politiquement possible pour le gouvernement.
Ce qui arrive le lendemain d’une expulsion est bien sûr une autre question. Mais le plus important est que le génie est maintenant sorti de la bouteille en Turquie[3], et qu’une toute nouvelle partie significative de la jeunesse s’est trouvée et qu’ils ont commencé à rêver de ce qu’ils peuvent réaliser ensemble.

Ali Bektaş

Le 15 juin 2013

Source : “I’ve gone to resist, I’ll be right back”

NdT

[1] mème : éléments cognitifs propre à une espace culturel déterminé, voir définition Wikipedia

[2] Voir ici : çapulcu

[3] Le Génie est sorti de la bouteille et plus personne ne peut le faire rentrer...



Déclaration de Taksim Dayanişmasi
("Solidarité Taksim")

Taksim partout, Résistance partout !

15 juin 2013

La Plate-forme Solidarité Taksim a réalisé cette déclaration à la suite de réunions et de forums qui ont pris de longues heures jusqu’aux premières heures de la matinée.

Notre résistance qui a commencé afin d’empêcher la démolition du parc Gezi et de sauver ses arbres s’est propagé à Istanbul et à l’ensemble du pays avec la colère accumulée de milliers de citoyens au cours des 11 années du régime de l’AKP. Des centaines de personnes ont répondu au 8ème jour de la résistance.

Nous assistons à une résistance, à la lutte la plus étendue de l’histoire de notre pays pour revendiquer nos droits, qui a été exposée à une violence policière intense depuis le premier jour. Nous traversons une période où les droits des personnes, y compris le droit à la vie, sont foulés au pied. Cependant, cette cruauté a uni les foules au lieu de les désagréger, a renforcé la solidarité des personnes qui apprennent à se connaître les uns les autres au travers de cette lutte. Sous l’accablant bombardement des gaz, qui asphyxie tout être vivant, de plus en plus les gens ont envahi les rues et ont transformé cette résistance en un mouvement social majeur.

La première réaction gouvernement envers les exigences extrêmement claires et justifiées, qui ont été exprimées depuis le tout premier jour de la résistance, a été de les ignorer complètement. Ils ont ensuite essayé de diviser la résistance, de provoquer les gens et de nuire à la légitimité du mouvement. Au niveau de l’opinion publique nationale et internationale, le gouvernement a échoué dans ces tentatives. Finalement, c’est la légitimité du gouvernement, pas celle de la résistance, qui a discréditée. Par conséquent, grâce à la pression de notre juste résistance, le gouvernement de l’AKP a été poussé entamer un dialogue. Néanmoins, c’est n’est que le début, notre lutte continue.

Pendant les 18 premiers jours de la résistance, quatre citoyens ont perdu la vie à cause de la violence de police : Ethem Sarısülük, Mehmet Ayvalıtaş, Abdullah Cömert et Mustafa Sarı. Beaucoup ont été blessés, ont perdu leurs yeux, la vision, et même des membres. Nous ressentons de la douleur pour ceux qui ont été tués et nous rappelons qu’ils ont été assassinés pour obtenir leurs droits démocratiques les plus élémentaires. Nous répétons qu’aucune action judiciaire sérieuse n’a encore été prise contre ceux qui ont perpétré et supervisé ces actions qui ont conduit au meurtre de nos amis, et nous réaffirmons que nous nous assurerons que les responsables de la violence soient traduits en justice. En outre, beaucoup de personnes sont toujours en détention en raison des politiques de détention arbitraires appliquées par les forces de sécurité. Au nom des personnes qui résistent dans le parc Gezi et de Solidarité Taksim, nous appelons à la libération de toutes les personnes qui ont été arrêtées en raison de leur participation au soulèvement à travers le pays.

Pendant ce temps, nous avons vu que nous pouvions unir, discuter, créer des communs et lutter ensemble en dépit de la violence qui s’est abattue sur nous. Ce qui était considéré comme la faiblesse de la démocratie pluraliste nous a permis de nous dresser dans la résistance contre le majoritarisme. Contre le pouvoir du gouvernement, qui compte sur la destruction écologique pour augmenter les loyers et la rente immobilière, des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées dans le parc Gezi pour défendre les arbres et ont ainsi défendu leurs propres vies et libertés. La Résistance du parc Gezi comme espace de liberté a montré une très grande détermination à maintenir une conduite pacifique contre la violence de police.

Alors que les gens résistaient dans le parc Gezi et Solidarité Taksim, la chose la plus importante que nous avons apprise jusqu’ici est que la résistance ne peut pas être contenue dans le temps ou dans l’espace, et qu’elle continuera dans chaque aspect de la vie, dans chacune des parties de la ville et du pays, dans chaque mètre carré et chaque moment.

Au 18ème jour de notre résistance, ce samedi 15 juin, nous allons continuer notre occupation pour le parc et toutes créatures vivantes qui s’y trouvent, nos arbres, nos espaces de vie, nos vies privées, nos libertés, et notre avenir. Nous poursuivrons cette lutte jusqu’à ce que nos revendications soient satisfaites.

Cette résistance sera le reflet de la volonté collective de Solidarité Taksim et un symbole de notre lutte globale. A partir de ce jour, nous allons continuer à lutter contre toutes sortes d’injustice et de souffrances dans notre pays avec le dynamisme et la force générée par notre lutte qui s’est propagé à travers le pays et peut-être le monde.

Nous sommes plus forts, plus organisés et plus remplis d’espoir que nous l’étions il y a 18 jours.

Ce n’est que le début, la résistance continue !

Taksim Dayanişmasi ("Solidarité Taksim")

15 juin 2013.

[ Traductions par nos soins : OCLibertaire ]

3 Messages de forum

  • De Notre-Dame-des-Landes à Taksim, les arbres de la révolte !

    Collectif francilien de soutien à Notre-Dame-des-Landes

    Le lundi 27 mai, plusieurs centaines de personnes ont installé un campement de tentes pour s’opposer à la destruction d’un lieu de promenade historique, le parc de Gezi, au cœur d’Istanbul. Lieu de rassemblements – longtemps interdits –, la place Taksim est un des rares lieux de verdure qui subsistent face à l’urbanisation galopante initiée par le gouvernement turc au début des années 2000. Or, pour une population plus modeste, progressivement chassée du centre-ville par la gentrification d’Istanbul, ces rares lieux de rencontre subsistants sont vitaux.

    C’est donc avec colère et détermination que les manifestants ont accueilli les forces de l’ordre venues les déloger avec matraques, lances à eau, gaz et pelleteuses, dans la nuit et les jours qui ont suivi. La révolte localisée sur et autour de la place Taksim a gagné les quartiers voisins. Les violents affrontements de la nuit du 31 mai ont mis le feu aux poudres, drainant de nombreux manifestants dans les rues à travers toute la Turquie, depuis le 1er juin. La répression policière particulièrement violente rappelle de sombres souvenirs à la population : le 1er mai 1977, 34 personnes avaient trouvé la mort sur la place Taksim lorsque les chars dispersaient les 500 000 manifestants rassemblés suite à l’appel des organisations de travailleurs. S’ajoute à ça une montée du conservatisme religieux, imposée par le gouvernement Erdogan à un pays laïc depuis 1923, et mal vécue par une partie de la population. L’obstination martiale et méprisante du premier ministre, face à une population qui accumule colère et rancœur, a été l’étincelle qui embrase le pays depuis une semaine.

    Si la révolte a trouvé sa source dans l’opposition à la destruction d’un espace de vie pour des visées économiques, elle a acquis aujourd’hui la dimension d’une insurrection sociale et politique et démontre que les espaces naturels, de vie, sont intimement liés à un tissu social, dont ils sont le poumon. Supprimer ces espaces, c’est mépriser le vivant et mépriser les populations qui y ont leurs racines. Dans un contexte économique difficile, fruit d’un capitalisme mondial irresponsable et indifférent à ses conséquences écologiques et humaines, ce mépris des gouvernants est ressenti comme une trahison par des populations à bout de leur tolérance.

    Au Forum Social Mondial de Tunis, les participants de nombreux pays se sont accordés sur une charte à l’égard des grands travaux inutiles et imposés (GPII). Elle dénonce le soutien inconditionnel, financier et politique, aux multinationales promotrices de projets coûteux et nuisibles aux populations locales. Elle pointe également du doigt la militarisation et la criminalisation des oppositions. Que ce soit à Taksim en Turquie, à Atenco au Mexique, au Val de Susa en Italie ou à Notre-Dame-des-Landes en France, l’imposition de vastes chantiers de construction, au mépris des espaces naturels de vie, s’est accompagnée d’une répression aveugle et féroce de toutes contestations, pourtant massives.

    Devant ce constat, nous ressentons chaque jour davantage l’urgence d’une convergence internationale de luttes de réappropriation des territoires dont nos gouvernements nous dépossèdent. Face à des discours politiques dictés par la vénalité des intérêts économiques et imposés par la force des armes, qui blessent, mutilent et tuent, nous affirmons notre désir de pouvoir réaliser une autre vision de société et vivre autrement les espaces que nous habitons.

    Solidaires de nos amis turcs, nous affirmons notre soutien aux occupant-e-s de la Place Taksim et à toutes celles et ceux qui manifestent à travers ce pays et dans le monde !

    Le Collectif francilien de soutien à Notre-Dame-des-Landes


    http://nddl-idf.org/

    Contact : collectifnddlparisidf@riseup.net

    Contact presse : presse.nddl-paris@riseup.net

  •   
    un camarade nous a fait parvenir ce texte à partir d’Istanbul   
      
    A choisir la manière forte, le pouvoir marche sur des œufs. Le mouvement semblait s’essouffler quand la police a évacué avec une grande brutalité le parc Gezi hier soir samedi. Le moment actuel est critique. Aujourd’hui, Erdogan a fait un meeting fleuve devant des dizaines de milliers de ses partisans, répétant que les manifestants étaient des terroristes. Des manifestations pro-AKP commencent à se former, elles croisent les autres, le risque de confrontation est grand. A l’heure où j’écris, les affrontements continuent dans les quartiers autour de la place Taksim. Il ne fait pas de doute que la violence de la répression alimente la poursuite d’un mouvement qui est lui-même né en réaction à une répression brutale et qui semblait avoir des difficultés à tracer des perspectives lui permettant de s’étendre et de se renforcer.

    Hier soir, après une évacuation au cours de laquelle la police a moins que jamais fait dans la dentelle (les blessés se comptent par dizaines, alors même que les occupants avaient un comportement plutôt pacifique), les manifestants se sont dispersés dans le quartier, faisant face des heures durant aux flics qui gazaient à tout-va. Parallèlement, des cortèges se sont formés un peu partout dans la ville, bloquant des axes, scandant des slogans, tapant dans des casseroles, cela jusque tard dans la nuit. Aujourd’hui, les manifestants se confrontant avec la police formaient des dizaines de groupes dans un périmètre assez large autour de la place Taksim.

    En choisissant de mettre fin à l’occupation de la place lundi et à celle du parc (qui jouxte la place) samedi, le pouvoir espère mettre fin à un mouvement aux contours flous en lui retirant son lieu de regroupement. Mais parallèlement il prend parallèlement le risque de voir les manifestations se répandre géographiquement dans la ville – il prend le risque de la saturation et de la généralisation des points de blocage.

    Il n’est pas sûr que ce saut advienne. Le début de la semaine sera sans doute décisif : soit face à la répression la confrontation s’étend et se renforce, soit le mouvement s’éteint peu à peu. Désormais il ne pourra plus stagner dans le parc comme il l’a fait les jours précédant l’attaque de samedi.

    Les quelques remarques qui suivent essayent donc de faire un bilan d’étape alors que le mouvement est à un tournant ; elles découlent de l’observation du mouvement autour du parc à Istanbul au cours de la semaine écoulée, cela sans parler la langue et sans être familier du pays. Elles sont donc nécessairement très parcellaires.

    1. Depuis le début, la contestation mêle deux composantes, l’une organisée, l’autre non : d’une part les organisations politiques, une mosaïque de partis et de micro-partis, essentiellement gauchistes mais aussi nationalistes voire fascisants ; de l’autre une frange de la population stambouliote correspondant grosso modo à une jeunesse middle class laïque et tournée vers l’Occident sans expérience politique (bien qu’une telle catégorisation sociale est nécessairement très grossière et recouvre des réalités mouvantes). Les orgas ont leur propre agenda pour tenter d’obtenir des gains politiques à partir du mouvement, mais cet agenda est flou et le contrôle qu’elles exercent sur le mouvement limité – cela y compris quant à leurs propres troupes : il faut distinguer les appareils des militants de base, souvent fortement impliqués par-delà les directives de la direction.

    Depuis la première évacuation de mardi, les orgas avancent en ordre dispersé, essayant pour certaines de se poser en interlocuteurs respectables du mouvement, négociant de ci de là, annonçant la fin de leur présence dans l’occupation du parc ; mais il apparait donc que le pouvoir se sent parallèlement suffisamment fort pour continuer à envoyer les flics gérer la situation sans tenir compte plus que ça des volontés de médiation. De fait, il sait que l’AKP conserve une base sociale forte et l’heure semble venue de mobiliser celle-ci.

    C’est essentiellement sur la base de cette polarisation et du mépris affiché par le pouvoir pour les manifestants (malgré des concessions limitées et surtout accordées avec un dédain non dissimulé par Erdogan : il a concédé l’organisation d’un référendum à Istanbul sur la transformation du parc) que le mouvement s’est construit. Cette polarisation, devant les discours martiaux du premier ministre et l’usage clairement disproportionné et peu démocratique de la violence policière, risque maintenant de se renforcer.

    2. Par-delà le point de fixation que constituent (constituaient ?) le parc Gezi et la place Taksim, on ressent bien dans une partie de la ville une ambiance particulière. Les murs sont couverts de slogans un peu partout, les concerts de casseroles à heures fixes continuent, samedi soir on circulait à pied sur des voies rapides éloignées du centre-ville.

    Les revendications sont multiples, floues et inessentielles. Comme dans tout mouvement d’ampleur, la joie de l’émergence d’une force collective, par-delà la violence de la répression, est palpable et constitue la dynamique centrale de la lutte. « Contre le fascisme, tenons-nous épaule contre épaule », scandent les manifestants. Ils ont pris goût aux gaz, au jeu du chat et de la souris avec la police et affichent une grande unité dans les moments de confrontation : ils s’entraident ; il n’y a aucune confrontation entre ceux qui affrontent directement la police et les autres ; les masques et les lunettes de plongées sont un signe de reconnaissance partagé par des milliers de personnes ; et puis depuis deux semaines les gens ont appris à faire front : il y a une certaine intelligence dans la manière de réagir face aux gazages et aux charges. Mardi dernier, on voyait des grands-mères distribuer des pierres pour les lancer sur les flics et d’autres montrer comment jeter les grenades lacrymos dans des bacs d’eau pour les neutraliser ; on voyait des vieux avec des masques à gaz aider à monter d’impresionantes barricades. On voyait des jeunes circulant juchés sur des engins de chantiers acclamés par la foule. On voyait aussi toutes sortes de gens se balader entre les gaz et les barricades sans aucune panique, et hier soir, alors que le quartier autour de la place Taksim était submergé par les gaz, la vie continuait dans une ambiance particulière : les bars et les échoppes restaient ouverts, on entendait de la musique un peu partout, et les gaz semblaient participer d’une fête de quartier.

    La brèche ouverte dans le quotidien, les joies de la foule où chacun devient un camarade, la parole qui circule entre les gens, etc. : il ne fait aucun doute que l’on assiste là à un grand moment de communion populaire… pourtant assez clairement circonscrit. Car il contient aussi l’autolimitation d’un mouvement qui jusqu’ici n’a guère débordé – on saura dans les jours à venir si un tel processus est finalement en cours.

    3. Cela semble essentiellement lié sa composition de classe spécifique. La Turquie a été relativement épargnée par la crise. La jeunesse de la classe moyenne qui constitue le noyau du mouvement ne manifeste pas parce qu’elle sent son avenir économique menacé, mais bien parce qu’elle se sent menacé dans son mode de vie par les projets agressifs du gouvernement « islamo-conservateur » : limitations sur la consommation d’alcool, volonté de réappropriation du centre-ville d’Istanbul pour lui restituer son caractère « ottoman » mâtiné de marchandisation agressive de l’espace public. Cela dans un contexte marqué depuis deux ans par une sorte de durcissement islamiste, avec par exemple des menaces sur le droit à l’avortement et aussi une forte personnalisation du pouvoir d’Erdogan qui a tendance à se comporter en « dictateur » (ce qui n’est pas sans entraîner des tensions au sein de son propre parti, qui se manifestent actuellement en souterrain dans la gestion de la crise – un rapport de force au sein du pouvoir est aussi en cours). C’est bien une sorte de lutte sur le terrain de l’hégémonie qui est en jeu, opposant deux classes dominantes : celle liée à l’Etat kémaliste, tournée vers l’Europe, et celle liée à l’AKP, conservatrice et pieuse, qui s’est attachée une part importante des classes populaires jusque là marginalisées. Cela n’est pas anodin si les manifestants pro et anti pouvoir arborent l’un comme l’autre le même symbole, à savoir le drapeau turc. Il y a là une forte polarisation autour de l’identité nationale.

    4. Mais par delà de la question du « mouvement pour le mouvement », de ce qui se joue en terme de rupture de la quotidienneté et de réappropriation de la ville, les tensions au sein du mouvement ont été au cours des deux dernières semaines multiples et latentes – et leur non-éclatement est à la fois la force (l’unité « spontanéiste ») et la faiblesse du mouvement (l’autolimitation).

    Par exemple, sur la question de la violence. A la fois il est admis qu’il est normal de résister face à la police ; à la fois le déroulé des opérations est parfois surprenant. Mardi dernier, flics et manifestants étaient face à face de manière statique derrière les barricades, et partout autour, d’autres flics stationnaient par petits groupes, certains même faisant la sieste, alors qu’autour d’eux d’autres manifestants circulaient avec leurs masques à gaz. De manière générale les pratiques offensives à l’égard de la police sont actuellement limites. L’affrontement demeure défensif : il s’agit de continuer à occuper l’espace.

    Il n’y a pas non plus vraiment d’actes de vandalisme. Les manifestants ont donc le soutien des commerçants du quartier autour de la place Taksim, eux-mêmes touchés par le processus d’ottomanisation du quartier (on s’attaque par exemple aux terrasses des bars). Savoir que quand on se fait gazer on peut se réfugier dans les échoppes et les hôtels, cela donne une force réelle aux manifestants. Mais enfin, il s’agit là d’un quartier plutôt huppé, qui par bien des aspects ressemble au Quartier latin à Paris. Et rare sont les manifestants issus du quartier voisin de Tarlabasi, quartier pauvre, kurde, gitan et menacé de gentrification présents sur la place, cela alors même que les gaz se répandent dans leurs rues. Ce n’est pas là leur lutte.

    5. Pour autant, on ne peut réduire le mouvement à sa composante de jeunesse middle-class occidentalisée ; et de fait il y a là une frange que l’on pourrait qualifier d’émeutière, qui relève paradoxalement de la frange organisée du mouvement. Organisée, ou au moins expérimentée dans l’affrontement avec la police. Ce sont eux qui ont défendu les barricades qui protégeaient l’accès à la place jusqu’à mardi dernier ; ce sont eux qui ont été les plus conséquents dans les affrontements avec la police ; ce sont eux aussi qui sont ciblés par la répression.

    Cette nébuleuse mêle les militants des organisations d’extrême gauche turques et kurdes et les ultras (essentiellement les çarsi de Besiktas, marqués « à gauche » et officiellement anarchistes). L’extrême-gauche a une longue histoire en Turquie, faite d’affrontements souvent violents avec la police et de répression ciblée. Elle a aussi une certaine assise sociale et des liens avec les syndicats et les organisations kurdes, elles-mêmes fortement imprégnées de marxisme-léninisme. La place Taksim a toujours été un lieu symbolique pour les manifestations de la « gauche » en général, et le réaménagement de la place vise aussi à empêcher ces manifestations (son accès a été fermé pour le premier mai de cette année).

    Pour la première fois, leurs pratiques se sont inscrites dans un mouvement les dépassant. La rencontre est étrange et quasi-surréaliste. Les portraits d’Attatürk (présents en masse) cohabitent pacifiquement avec ceux d’Öcalan ; le Loups gris (fascistes) se retrouvent à côté de la nébuleuse marxiste-léniniste, et il a été décidé de ne pas les virer. L’unanimisme comme la mystique de la « rencontre » véhiculent en ce sens un malaise certain, d’autant que l’absence d’assemblée empêche l’expression des antagonismes au sein de la lutte.

    Au passage, ce mouvement semble aussi véhiculer une certaine autonomisation des jeunes au sein d’organisations par ailleurs fortement hiérarchisées (cela même chez les anarchistes « organisés » – pour les autres, il s’agit essentiellement d’une identité politique un peu folklorique). C’est particulièrement palpable chez les Kurdes : la direction du PKK (et la branche officielle, le parti BDP) est demeurée fortement réticente à rejoindre le mouvement, à un moment où des négociations poussées entre le gouvernement et le PKK sont en cours ; cela n’a pas empêché nombre de jeunes militants à participer activement aux affrontements.

    6. Derrière la façade du drapeau turc arboré par ceux qui descendent dans la rue pour la première fois pour défendre leur « mode de vie », un certain refoulé est donc à l’œuvre. En qualifiant les manifestants de « vandales » et de « terroristes », le pouvoir a soudé contre lui la foule des classes moyennes occidentalisées, qui se sont sentis insultées et qui mettent en avant qu’elles sont tout le contraire, portraits d’Attatürk à l’appui. Pourtant le mouvement ouvre aussi certaines plaies de l’histoire de la Turquie moderne, faite de l’écrasement des vandales et des terroristes.

    La chose ne prend certes pas la forme d’une explosion sociale : beaucoup de quartiers populaires (en particulier les nouveaux quartiers de la ville) constituent même des soutiens importants du pouvoir actuel. De fait, la manifestation de la question sociale au sein du mouvement, et en général dans les luttes en Turquie, semble difficilement pouvoir prendre une expression autre que politique et identitaire. La jeunesse kurde désaffiliée quand elle se révolte arbore le drapeau du PKK ; les quartiers où se manifeste une forte résistance face à l’Etat sont ceux tenus par les organisations gauchistes (dans l’un d’entre eux, Gazi, situé à la périphérie de la métropole, il y a des affrontements réguliers avec la police depuis deux semaines).

    Le caractère essentiellement démocratique de l’Etat où se déroule le mouvement ne fait guère de doute – en ce sens il n’y a guère de comparaison possible avec les formes des luttes au sein des révoltes arabes. Mais cela doit pourtant être nuancé, d’une part par la stratégie de confrontation adoptée par le pouvoir, d’autre part par cette construction spécifique de l’Etat- turc et à l’absorption massive de la question sociale par la question nationale.

    ___

    Trouvé ici : DNDF

  • Samedi soir, plus de 10 000 manifestants, dont beaucoup de Kurdes, ont défilé à Istanbul. Aux cris, en turc et en kurde de « Lice est partout ! La résistance est partout ! », ils et elles se sont dirigés vers la place Taksim pour protester contre l’assassinat du jeune Medeni Yıldırım dans la région kurde de Lice au cours d’une manifestation où la population protestait contre l’agrandissement d’une gendarmerie. Les gaz n’ont pas suffi pour disperser les manifestants et les militaires ont fait feu sur la foule. Une dizaine de manifestants ont été blessés par balle.
    « Police assassine, hors du Kurdistan ! » ou « Ce n’est qu’un début, le combat continue, l’État assassin le paiera » ou « Vive la fraternité entre les peuples », « Taksim, Lice, côte à côte ! » ont été quelques-uns des slogans les plus scandés par les manifestants. Le gouvernement a beau fermer le place et envoyer ses camions antiémeutes contre les foules et des manifestants à l’hôpital ou en prison, les différentes contradictions et conflits qui parcourent le pays s’additionnent, se succèdent, se font écho... Kurdes, LGBT... ce n’est pas fini.

    D’un printemps turc à un été kurde ?

    29 juin 2013

    Par Jean Marcou

    Hier [vendredi 28 juin] un jeune homme de 18 ans a été tué et une dizaine de personnes blessées, lors d’une manifestation dans le sud-est de la Turquie. C’est le projet de construction d’une nouvelle gendarmerie à Kayacık, dans le district de Lice (Diyarbakır), qui est à l’origine des troubles qui ont conduit au drame. Ces derniers ont opposés 200 manifestants à des forces de sécurité qui ont fait usage de leurs armes pour des raisons qui restent encore à élucider. Le gouverneur de la province de Diyarbakır a lui-même reconnu l’opacité des faits et annoncé qu’une enquête avait été ouverte. Toutefois, ce grave incident semble déjà susceptible de mettre le feu aux poudres.

    Quelques heures plus tard, en effet, des militants du PKK ont enlevé un sous-officier de Gendarmerie sur la route reliant Bingöl à Diyarbakır, et ce samedi, des marches de deuil et de protestation ont eu lieu à l’appel des organisations kurdes, non seulement à Diyarbakır, mais également à Istanbul. Le co-président du BDP, Selahattin Demirtaş, a appelé le gouvernement à limoger le commandant de la Gendarmerie du district de Lice, en estimant qu’il était responsable d’un recours injustifiable à l’usage d’armes à feu. Toutefois, dans un tweet, le porte-parole de l’AKP, Hüseyin Çelik, mettant en garde « ses frères kurdes », n’a pas hésité à affirmer que les incidents de Lice étaient en réalité « une version kurde de Gezi Parkı », ourdie par des forces qui veulent porter atteinte au processus de paix en cours.

    Cette affaire intervient au moment où, après la fronde de Gezi Parkı et ses suites, beaucoup d’observateurs s’interrogent sur la viabilité du processus engagé ces derniers mois par le gouvernement et le PKK pour essayer de résoudre la question kurde en Turquie. Les heurts de Lice sont sans aucun doute le plus grave incident survenus dans le sud-est du pays, depuis que, le 21 mars dernier, à l’occasion des fêtes de Newroz, Abdullah Öcalan a appelé à la paix et au cessez-le-feu. On se souvient que la première phase du « règlement » avait commencé le 8 mai dernier, avec le départ des troupes du PKK vers leurs bases-arrière en Irak du nord. Par la suite, les provinces kurdes de Turquie sont restées relativement en retrait, lorsqu’à Istanbul, la contestation a éclaté. Pourtant, depuis que celle-ci s’est atténuée ou plus exactement muée en actions civiques de protestation, de nombreuses personnes doutent de la poursuite du règlement de la question kurde et certains responsables pressent le gouvernement d’agir.

    Au cours des 15 derniers jours, plusieurs incidents inquiétants sont intervenus dans le sud-est. Le 21 juin dernier, un hélicoptère de l’armée turque a essuyé des tirs du PKK. Par ailleurs, lors des meetings qu’il a lancés pour essayer de reprendre l’initiative après l’évacuation de Taksim, le premier ministre n’a cessé de faire état du « grand complot », accusant les manifestants d’être en réalité des « saboteurs » du processus engagé pour résoudre la question kurde. Plus récemment, il a estimé que seule une minorité des militants du PKK avait quitté le territoire turc, en se montrant ainsi plutôt pessimiste sur l’issue des opérations. Le récent tweet d’Hüseyin Çelik semble relever de la même posture…

    Côté kurde, l’impatience est de plus en plus perceptible. Le chef de la branche militaire du PKK, Murat Karayılan s’est inquiété des reconnaissances effectuées, ces derniers temps, par l’aviation turque au-dessus des montagnes de Qandil où ses troupes se trouvent stationnées, et il a prévenu que ses hommes étaient prêts à reprendre la lutte armée, si besoin était. Selahattin Dermirtaş, pour sa part, a demandé au gouvernement d’engager sans plus tarder la seconde phase du processus de paix, celle où l’on doit s’attacher à résoudre sur le fond les problèmes qui se posent.

    Le gouvernement n’a cependant toujours pas fait connaître ses intentions ultimes, et en tout état de cause, il n’a pas pris d’initiative afin d’accréditer l’idée d’une reprise du processus de paix. Nommé dans le cadre de celui-ci par le premier ministre, le groupe des sages, qui a visité l’ensemble des départements turcs, a rendu récemment un rapport en faisant savoir que la balle était désormais dans le camp du gouvernement. Le vide qui perdure est donc dangereux. La Turquie sort de trois semaines de manifestations qui l’ont fortement ébranlée. Alors même que la contestation se poursuit, la reprise des affrontements en zone kurde, voire le développement d’un mouvement global de protestation comparable à celui de Gezi Parkı, pourrait ajouter un « été kurde » au récent « printemps turc », et avoir des conséquences totalement imprévisibles, si les deux mouvements parvenaient à faire leur jonction.

    Or, aujourd’hui sur Istiklal Caddesi à Istanbul, les syndicats de la fonction publique ont défilé avec le BDP, et ce soir, à Taksim, des manifestants protestent tant contre la libération d’un policier suspecté d’être à l’origine de la mort de l’une des victimes du « printemps turc » que contre les violences de Lice…

    JM

    le 29 juin 2013

    source : http://ovipot.hypotheses.org/9154


    Le week-end qui unifiera peut-être tous les mouvements

    Etienne Copeaux

    En quelques jours, la révolte turque a accompli un virage qui va probablement déterminer le futur proche du pays.

    D’abord, le vendredi 28 juin, un événement malheureux est survenu : près de Lice (prononcer Lidjè), la population d’un village manifestait pacifiquement contre l’extension d’une caserne de gendarmerie. Les militaires ne sont pas contentés d’employer contre ces gens des moyens dissuasifs de « gestion démocratique des foules » comme à Istanbul. Ils ont tiré à balles réelles. Un jeune homme de 18 ans,

    Medeni Yıldırım, est mort et une dizaine de personnes sont gravement blessées. Il faut comprendre le sens de la manifestation des villageois. N’allez pas imaginer un poste de gendarmerie bonasse comme nous en avons dans nos campagnes françaises. La gendarmerie est la principale arme de guerre contre la population kurde. Elle est comparable à une force d’occupation. Une caserne de gendarmerie est une place forte qui contrôle toute la zone environnante, dresse des barrages, effectue des missions de répression et d’intimidation, renseigne.

    Nous ne sommes dans une région extrêmement sensible. Lice a été durement touchée par la répression anti-kurde de 1925. Elle est le lieu même autour duquel le PKK s’est constitué en 1978. L’événement a été filmé en direct par les témoins, la nouvelle a immédiatement circulé sur les réseaux sociaux. Samedi soir, une nouvelle et immense manifestation de solidarité avait lieu place de Taksim à Istanbul. Le thème de l’amitié entre les peuples – turc et kurde notamment – était déjà fortement présent lors de l’occupation du Gezi Parkı. Mais ce samedi, l’événement de Lice a d’un seul coup donné du corps aux slogans. Le mot d’ordre « Taksim est partout, la révolte est partout ! » est devenu « Lice est partout, la révolte est partout ! ». Bien sûr, de très nombreux Kurdes sont parmi les manifestants des villes de l’ouest turc, mais on ne sait si le mouvement kurde, avec ses structures, va rejoindre la rébellion : le processus de paix, en cours depuis novembre, est fragile, et nul ne veut risquer son échec par des décisions hâtives ou malheureuses. Ce que les « Turcs » comprennent parfaitement. Mais l’événement de Lice a introduit une dimension nouvelle, ou plutôt a fortement renforcé cette dimension du mouvement de protestation. Sur certaines pancartes, on pouvait lire « La libération de la Turquie ne se fera pas si le Kurdistan n’est pas libéré ».

    Puis, le dimanche 30 juin, avait lieu la Gay Pride d’Istanbul. Elle s’est déroulée, à nouveau, dans les lieux consacrés, la place de Taksim et la rue Istiklâl. Cette marche a été un succès sans précédent et dépasse totalement la dimension « LGBT ». Des dizaines de milliers de personnes ne se définissant pas LGBT s’y sont associées, manifestant par là leur soutien à une partie de la population qui certes s’affirme de plus en plus, mais connaît encore des discriminations, persécutions et violences. On ne connaît pas le nombre de participants à la Gay Pride ; le défilé s’étirait sur toute la rue Istiklâl (1,5 km) mais quand la tête parvenait à Tünel, il restait une foule immense à Taksim. Cette Gay Pride représente la partie de la Turquie qui considère que, pour paraphraser le slogan précédent, le pays ne pourra se libérer que si les mêmes droits sont accordés à tous, quelles que soient leurs orientations sexuelles.

    Enfin, on remarque dans toutes les initiatives de ces dernières semaines des slogans, des déclarations, des prises de positions, affiches, tags etc., concernant les Arméniens. La composante alévie du mouvement est également très forte. Tout cela peut se résumer par des billets et des pancartes vus à Gezi Parkı la semaine passée : « Turcs, Kurdes, Arméniens, Alévis, nous sommes tous frères ! ».

    Cette union dans la lutte, cette arrivée au grand jour d’une sourde exigence qui fermentait depuis deux décennies, et qui avait connu une première catharsis lors de l’assassinat et des obsèques de Hrant Dink (janvier 2007) est la caractéristique majeure de la Turquie d’aujourd’hui. C’est une lame de fond, qui exige l’égalité des droits pour tous, et qui exige la reconnaissance de l’histoire (le génocide, les massacres de Kurdes et d’Alévis).

    Les jeunes manifestants sont exigeants. Et, comme j’ai pu le constater, ils sont heureux de ce qu’ils vivent, malgré les morts et les quelque 10 000 blessés. Le mouvement a atteint une autre dimension.

    On s’interrogeait sur ce que voulaient ces jeunes : se battaient-ils vraiment pour quelques arbres ? Les étudiants en urbanisme de l’université Mimar Sinan (Istanbul) répondent de façon magistrale. Un court film d’Emircan Soksan, composé de portraits en plan fixe d’une quinzaine de jeunes qui à un rythme implacable énoncent une parole brève sur un ton très ferme, dresse en somme la liste des exigences de la jeunesse :

    « Deux ponts, un troisième en construction ; 296 centres commerciaux dont 110 en chantier ; 3463 hôtels ; des millions d’arbres abattus. A l’ombre des arbres, des millions attendent la réalisation de leurs droits. Durant l’occupation de Gezi Parkı, à cause de la violence policière, 9832 personnes sont été blessées. 9833 ! 9834 ! »
    « Trois ponts, 296 centres commerciaux, ça suffit ! Ça suffit ! Ça suffit ! Pendant l’occupation de Gezi Parkı, quatre personnes sont mortes. Mehmet Ayvalıtas. Abdullah Cömert. Mustafa Sarı. Un garçon a été tué par une balle d’un policier. En pleine tête. Une balle de la police. En pleine tête. Ethem Sarısülük. Le policier qui a tué Ethem a été relâché par le tribunal. »
    « Trois ponts. Trois aéroports. 296 centres commerciaux. Ça suffit ! En neuf ans, plus de 7000 femmes ont été violées. 60% d’entre elles avaient moins de 18 ans. 60% d’entre elles étaient des gamines. Des gamines, simplement. Ils disent : ’Elle était consentante’. Ils disent : ’Le viol n’a pas été accompli’. Ils disent : ’C’était mon ex-copine’. Ils disent : ’De toute façon elle n’était pas vierge !’. Les violeurs sont toujours libérés. Ils sont parmi nous. »
    « 296 centres commerciaux. 3463 hôtels. Ça suffit ! »
    « Nous ne sommes pas des provocateurs. Nous ne sommes pas manipulés. Nous ne sommes pas des agents de l’étranger. Ni du ’lobby de la finance’. »
    « Mais qui sommes-nous bon dieu ? Nous sommes les jeunes. Nous sommes les vieux. Nous sommes les travailleurs. Nous sommes les femmes. Nous sommes les hommes. Nous sommes les homosexuels. Nous sommes les Arméniens. Les Turcs. Les Kurdes. Les alévis. Nous sommes des mères. Des pères. Nous sommes étudiants. Nous sommes des humains. Nous sommes des humains. Nous sommes unis. »
    « Ne nous rejetez pas dans l’altérité. Ne discriminez pas. Ne nous divisez pas. »
    « Pas de centres commerciaux ! Pas d’hôtels ! Pas de ponts supplémentaires, nous n’avons pas besoin de tout cela ! Nous avons besoin de la rue. Nous voulons de la convivialité. Nous voulons la mer, nous voulons des forêts. Nous voulons la paix. Nous voulons la paix. Nous voulons la tolérance pour tous. La liberté. Plus de libertés. Pour tous. Un monde juste. Nous voulons ce monde, oui. Nous avons tout en mains pour rendre ce monde vivable. »
    « Nous les étudiants en urbanisme de l’université des beaux-arts Mimar Sinan, diplômés en 2009, nous ne voulons pas servir le capital, les intérêts financiers, nous voulons servir les intérêts de l’Homme, pour un monde équitable, pour tous. »
    « Nous montons la garde. Résiste, Istanbul ! Résiste, Ankara ! Résiste, Izmir ! Résiste, Adana ! Résiste, Hatay ! Résiste, Eskisehir ! Résiste, Mersin ! Résiste, Turquie ! »
    « Nous sommes des êtres humains, nous sommes unis, ne nous divisez pas ! »

    Dans ce texte, dans ce film, tout y est. Le film, et la Turquie qu’il représente, renforce les hypothèses, les thèses de sociologues turcs actuels : la part démocrate, progressiste de la population doit rejoindre, rejoint effectivement les mouvements des « minorités » pour leur libération : Kurdes, Arméniens, LGBT, parce qu’ils ont compris que rien ne pourra se faire sans eux. Ou comme le dit encore un slogan souvent entendu : « On ne peut obtenir seulement la liberté pour quelques-uns, il faut la liberté pour tout le monde ! »

    Le 1er juillet 2013

    Source : http://www.susam-sokak.fr/article-le-week-end-qui-unifiera-peut-etre-tous-les-mouvements-118823935.html


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