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C’est Pas Etonnant !

mercredi 1er mars 2006, par Courant Alternatif

A en croire le discours ambiant, on a l’impression que le contrat nouvelle embauche débarque tel un OVNI dans la galaxie du monde du travail… Ce n’est pourtant pas de la seule crapulerie d’un gouvernement qu’il résulte, mais bien de la continuité d’une logique d’accumulation toujours plus importante du capital pour quelques-uns, toujours aux dépens des travailleurs. C’est à cause du rapport de force entre exploiteurs et exploités, qui n’est pas favorable à ces derniers, que le CPE est possible. Et c’est en renversant ce rapport de force qu’il ne le sera plus. Pour autant, nous ne pouvons concevoir de défendre « le code du travail », car il légifère le salariat que nous entendons justement combattre. Cependant, il est nécessaire de répondre à cette nouvelle attaque,… pour préparer l’offensive… !

C’est quoi donc ?
Le contrat première embauche s’inscrit dans la continuité du CNE, passé en douce dans les « ordonnances Villepin » de cet été. Le CPE étend la période d’essai de 2 ans - qui était jusque- là réservée aux travailleurs des boîtes de moins de 20 salariés (CNE)-, à toutes les entreprises, mais seulement pour les moins de 26 ans. Evidemment, cela s’accompagne d’exonération de charges patronales pour ceux qui embauchent quelqu’un au chômage depuis plus de 6 mois. D’une pierre deux coups, on vole une partie du salaire du travailleur (ce qu’on appelle abusivement les cotisations patronales forme un salaire indirect), et on officialise encore plus une précarité qui est déjà bien présente. Les CPE/CNE remettent donc directement en cause le CDI, puisque l’employeur peut à sa guise virer un CPE, reprendre quelqu’un d’autre en CNE, puis quelques mois plus tard reprendre le premier en CPE… C’est aussi le CDD qui est attaqué, puisque celui-ci n’aurait alors plus d’intérêt pour les employeurs (les CDD dépassant très rarement les 2 ans). Donc le CDD qui offrait une certaine « sécurité » de l’emploi (on ne peut quasiment pas licencier un CDD), pendant une période limitée certes, n’a plus lieu d’être avec les CPE/CNE.
En guise d’aumône, l’Etat (et pas la boîte qui a profité du travailleur) reverse pendant 2 mois 2 X 460euros (un peu plus que le RMI), mais seulement à celui qui a eu la chance de rester plus de 3 mois dans l’entreprise.
On imagine évidemment toutes les conséquences que cela a sur le fait de pouvoir se défendre : « Tu veux te syndiquer ? Bah, t’iras voir ailleurs », « tu réclames le paiement de tes heures sup’ ? Bye bye, y’a 10 autres chômeurs prêts à prendre ta place ».
Quand on nous présente cela comme une avancée sociale, il y a vraiment de quoi se révolter.
Aussi, on comprend bien les logiques pour remettre en cause le code du travail pas à pas… d’abord pour les petites boîtes (où la mobilisation est plus difficile), puis chez les jeunes (on divise toujours), pour finalement arriver « d’ici juin », au contrat unique, combiné des CNE et CPE, comme le réclame le MEDEF.

C’est pas nouveau.
Le capital n’a pas attendu ce contrat pour étendre la précarité ; c’est une constante depuis un moment. Que cela passe par la destruction organisée des régimes de solidarité (sécu, chômage, retraites…), par la création d’un arsenal de contrats précaires ou par la mise au travail forcé, les gouvernements (de droite et de gauche) et les institutions de l’Etat sont toujours au service des capitalistes.
Aujourd’hui, avec la remise en cause des acquis sociaux arrachés après de longues luttes - et qui ont aussi permis d’apaiser les élans révolutionnaires des travailleurs !-, on retourne vers des conditions de travail proches de celles du XIXème siècle. Avec en plus le fait que les populations sont de plus en plus noyées dans la société de consommation (donc attachées à leur mode de vie individualiste, qui nécessite toujours plus de fric, au delà des besoins vitaux) et que la lutte de classe est de moins en moins saisissable : fini le temps où les travailleurs, réunis nombreux sur un même lieu de travail, connaissaient leur exploiteur, le patron. C’est le temps des actionnaires inconnus, cachés derrière les multinationales de plus en plus puissantes, et des petits patrons qui réussissent presque à faire « pitié » à leurs employés qui n’osent plus les combattre.
C’est le chômage qui permet aux dirigeants de justifier de telles mesures. On nous fait croire que c’est en nous enfonçant toujours plus dans la peur du lendemain, le stress du licenciement, l’écrasement permanent des aspirations à une vie décente, qu’on pourrait combattre « les problèmes de la société ». Pourtant, le système fonctionne à merveille : les profits sont là et grandissent en permanence, presque plus personne n’ose remettre en cause l’ordre capitaliste et la marchandisation occupe de plus en plus toutes les sphères de la vie. Le chômage est alors l’argument parfait pour enfoncer les travailleurs, alors que c’est lui qui permet de répandre la précarité (mise en concurrence) et qu’il est structurel et nécessaire à l’ordre capitaliste. Pourtant, le chômage va certainement diminuer. D’une part statistiquement, en nous présentant les chiffres de la création d’emplois qui nous masquent la réalité. D’autre part, au détriment de nos conditions de vie. On a alors le choix entre des CPE, un contrat d’avenir, un CES, un CAE, une vacation à l’éducation nationale, un stage dans le service public, un contrat de mission en intérim, le RMA,… « Le plein emploi est mort, vive le plein emploi précaire ! » (titre d’un tract d’AC !)
De toute façon, les chômeurs n’auront bientôt plus d’autre choix que d’accepter un « boulot de merde payé des miettes » ! Avec le suivi mensuel qui s’installe dans les ANPE, les ASSEDIC et la sécu qui font faillite, le « service public » qui disparaît et le coût de la vie qui augmente, c’est presque la mise au travail forcé.
Aussi, il faut absolument décrédibiliser la gauche qui n’a jamais combattu le développement de l’intérim ni les licenciements abusifs ni le chômage, qui a préparé la privatisation de l’éducation nationale et d’EDF, reculé l’âge de la retraite… Et les syndicats qui sont complices du maintien de nos conditions, puisque ce sont eux les « partenaires sociaux » qui négocient (avec les gouvernements et les patrons) les conditions de notre exploitation et participent à la gestion des miettes que l’on accorde au peuple pour qu’il ferme sa gueule.

L’Etat au service du capital.
C’est cela qu’il faut dénoncer, plutôt que d’enfermer la contestation (du CPE) dans une défense du code du travail et de reporter la faute sur un gouvernement ou un ministre, ce qui laisse penser qu’un autre gouvernement est possible. Car c’est bien là le danger, provoqué par les organisation de jeunesse de gauche (même « révolutionnaire »), que de ne pas dépasser le cadre institutionnel. On ne peut pas, dans un combat révolutionnaire, se placer dans la défense de l’Etat, ou des règles de l’Etat. On sait pertinemment que, dans de telles conditions, le gouvernement n’aurait alors qu’à retirer le projet (et peut-être le faire autrement) et la situation restera toujours la même. Alors il nous faut dénoncer l’Etat qui préserve notre exploitation.
Car c’est lui qui réprime les lycéen-nes du mouvement de 2005, c’est lui qui envoie les flics à des étudiants occupant la fac de Tolbiac (Paris 1), c’est l’Etat encore qui avalise les contrats précaires, organise la répression et les prisons qui nous attendent à chaque instant, et de plus en plus. C’est l’école qui organise la société du travail, individualiste et élitiste, au service des entreprises qui ont besoin de travailleurs formés…
Quand on sait que la jurisprudence (arrêt de cassation) a autorisé des licenciements que l’employeur justifiait en évoquant la « prévision » de problème économique, comment invoquer la justice pour dire que le CPE est anticonstitutionnel ? Il est alors absurde de ne pas dépasser le cadre institutionnel pour favoriser la création et l’émergence de situations réellement révolutionnaires, au delà du cadre politique.

Les orgas de jeunesse, la gauche.
Dans le mouvement étudiant contre le CPE (du point de vue parisien en tout cas), il faut remarquer deux attitudes à combattre.
Il y a d’un coté la gauche institutionnelle (plutôt incarnée par l’UNEF) qui est dans une perspective claire de contrôle du mouvement et de ses ambitions. Ses militants orientent la contestation uniquement sur le seul CPE, en appelant uniquement la jeunesse, s’attaquent uniquement à Villepin et prônent la défense du CDI. Ils sont clairement inscrits dans la perspective électorale de recomposition de la gauche. Un mouvement bien gentil et quelques journées de mobilisation les arrangent bien pour justifier leur rôle.
De l’autre coté, il y a des orgas de jeunesse un peu plus radicales (trotskistes ou même « libertaires ») qui contribuent à enfermer le mouvement dans le cadre institutionnel (manif/AG, droit du travail, critique du gouvernement). Ceux-là favorisent le rôle des réformistes en tentant de les combattre sur leur terrains et essaient d’ores et déjà de mettre un cadre à la mobilisation. Ce sont eux qui font (dirigent et animent) les AG, établissent les revendications, et coordonnent-nationalisent le mouvement avant même que les étudiants soient réellement mobilisés. Pour justifier leur légitimité, ils ont inventé la catégorie des « non syndiqués », c’est à dire des gens qui marchent plus ou moins dans leur sens et qui semblent plus représentatifs des autres étudiants, pour prendre part aux décisions.
En effet, les cadres de la mobilisation sont déjà posés (depuis longtemps) et ceux qui sont alors convaincus qu’il faut se bouger n’ont plus qu’à s’inscrire dans ce cadre. Comment imaginer un mouvement des masses quand les étudiants « normaux » ( !) sont isolés face à d’autres « politisés » qui passent leur temps à se combattre entre eux et ont des discours pondus d’avance à faire accepter aux étudiants. Dans de telles conditions, on ne peut qu’imaginer un mouvement de « consommation de la contestation » dirigé par les assemblées générales où seules les orgas sont capables d’influer sur les décisions.
A moins que, par la création d’espaces de discussion et de réflexion, indépendants et spontanés, des espaces de résistance et de création, les étudiants s’approprient la lutte et dépassent le cadre purement politicien. C’est alors qu’il serait nécessaire de se coordonner, pour faire aboutir nos envies, quand les étudiants mobilisés seraient réellement en lutte.
Pour cela, il faut contribuer à favoriser ces espaces, en dehors des AG, et à tous moments, lors d’occupations, de débrayages ou autres. Il faut, non pas établir les revendications des étudiants, mais expliquer notre point de vue, ce pour quoi nous entendons combattre le CPE et surtout dépasser cela pour favoriser l’émergence d’une situation où chacun aurait sa place, prendrait en main sa vie, au delà du monde que l’on nous impose, bref, une situation révolutionnaire porteuse d’espoirs pour notre avenir.

SEBA, Paris - février 2006.

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