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EtudiantEs : La bataille de Strasbourg

jeudi 26 mars 2009, par OCL St Nazaire

Les évènements s’enchainent à l’Université de Strasbourg. Voici un compte-rendu de la situation lors du week-end du 21-22 mars (CNE et CNU), de l’AG et de la prise historique de la fac de Droit du 23 mars, et du siège de la fac de Droit le 24 mars.

Ce week-end s’est donc tenue à Strasbourg la Coordination Nationale Etudiante (CNE) qui rassemblé près de 40 délégations de toute la France. Les camarades délégués furent surpris de notre organisation carrée et saluèrent la plus "agréable" et "organisée" des CNE jusqu’à maintenant.

En effet, accueillis avec guitares, cafés, chants révolutionnaires, beaucoup furent déjà ébahis par l’état de la réappropriation des trois bâtiments bloqués de Sciences Humaines dont le patio occupé jour et nuit. La politisation de l’espace par les banderoles, pancartes, slogans, tracts, journaux, cuisine autogérée, dortoir, rebaptisation des amphis (Amphi Julien Coupat, Amphi Louise Michel, Amphi Blanqui, etc.), etc.

Service "d’ordre", accueil, tampons et cartons de mandatés, bouffe, ont fonctionné à merveille pour le côté pratique. Tribunes, service "d’ordre", coin observateurs, etc., également pour le côté "politique".

Les débats ont duré moins de 20h ; réparties le samedi de 14h à 21h30 puis de 22h30 à 2h du matin et le dimanche de 9h à 15h ; ce qui est remarquable pour une CNE où, d’habitude, les débats durent entre 25 et 35h.

A noter que l’UNEF majo a boycotté la CNE. Les délégués ont d’ailleurs voté une motion virulente condamnant la position douteuse de l’UNEF.

A été voté l’appel à la poursuite et à la radicalisation du mouvement, diverses journées d’action et propositions d’actions symboliques et radicales, la condamnation ferme et unanime des violentes répressions policières sur le mouvement et de la criminalisation des mouvements sociaux, ainsi qu’un soutien et un appel à participer au contre-sommet de l’OTAN à Strasbourg.

Vu ce qui s’est dit à la CNE, Strasbourg reste de loin la ville la plus mobilisée et surtout la plus structurée, avec grève réelle par le blocage stable, qui nous permet d’avoir un Comité de Lutte toujours plus important au niveau effectif (une grosse centaine en moyenne actuellement) et des commissions très actives qui s’auto-organisent. Le fait aussi qu’on a une convergence de plus en plus effective avec les lycéens (on est d’ailleurs une des rares villes où plus de 400 lycéens ont rejoint le cortège universitaire le 19 mars, bravo à la commission convergence).

Notre capacité également à toujours être plusieurs milliers en manif et à multiplier les actions dures (ce que peinent les autres villes qui le regrettent). Précisons aussi que dans les autres villes, la répression policière est beaucoup plus dure avec flashball etc, et que nous avons effectivement beaucoup de chance, finalement, qu’au niveau de la fac, l’administration soit si passive.

Les délégués se sont réjouis du très beau barbecue le soir qui a eu lieu au jardin intérieur de Marc Bloch, avec quantités de viande (merguez, poulets, etc.), patates, salades, yaourts, etc. ; le tout en chantant à 150 Bella Ciao ou l’Internationale, entre autre.

La CNE s’est donc très bien passée.

Lundi 23 mars, a eu lieu la Coordination Nationale des Universités (profs-BIATOSS-étudiants), toujours à Strasbourg. Une cinquantaine de délégations de toute la France s’est retrouvée pour décider, également, la poursuite et la radicalisation du mouvement, en appelant à bloquer gares, péages d’autoroute, rectorats.

Simultanément, le lundi 23 mars, s’est tenue la grande Assemblée Générale Centrale et Unitaire. Au départ prévue à l’amphi Athéna (fac de Droit- capacité de 350 places)), puis déplacée à l’amphi 1 du patio (850 places), l’AG s’est finalement tenue sur la Place Rouge même, en plein air. En effet, entre 1500 et 2000 personnes sont présentes (chiffres des DNA, d’ailleurs). L’AFGES (section locale de la FAGE), l’UNI et les jeunesses populistes de l’UMP ont énormément affiché, tracté, mobilisé, appelé à venir à cette AG pour débloquer la fac. De notre côté, on prend peur, car on n’a fait AUCUNE comm’, pour se consacrer essentiellement aux deux Coordinations Nationales.

On prend peur, mais quand l’AG vote pour l’ordre du jour proposé par la tribune (avec le point blocage en dernier), et non pas la proposition de l’AFGES et de la Cé (avec le point blocage en premier), on comprend qu’il y a moyen de retourner les choses.

Malgré une AG en plein air (première AG à la place Rouge depuis Mai 68), les gens étaient disciplinés, attentifs, patients. L’AG fut donc assez rapide, malgré tout. Le débat, riche sans être particulièrement vif, a fait comprendre à beaucoup d’étudiants en Droit (qui constituent une grande partie de l’AG) la nécessité de se mobiliser et de passer au stade supérieur.

Les gens de droite se sont décrédibilisés tout seuls ("pensez à vous, pensez à court terme !", ou encore "les étudiants étrangers doivent signer un contrat pour 3 ans, par exemple, à l’université, ce n’est pas la peine de demander la régularisation de tous les sans-papiers", ou enfin "l’Ecole de l’Observatoire et des Sciences de la Terres et maths-infos ont voté en AG très majoritairement contre le blocage de leur bâtiment" (alors qu’à cette AG d’UFR, il y avait 101 voix contre le blocage et...99 pour ; à deux voix près, donc).

Au contraire, notre discours sur la nécessité indispensable aujourd’hui de contrer la casse qui peut devenir irréversible de l’enseignement supérieur et du service public en général à fait rallier pas mal d’étudiants de Droit, notamment, à notre cause.

Cette AG mémorable, au lieu de débloquer la fac comme on le craignait, a non seulement reconduit le blocage des trois bâtiments de Sciences Humaines (portique, platane, marc bloch) mais a également voté le blocage de...la Fac de Droit ! Ce avec plus de 600 voix pour et 400 voix contre (1200 personnes environ du milieu à la fin de l’AG).

Aussitôt, l’AFGES dénonce une manipulation des "étudiants en Lettre et sciences humaines". S’ensuit 20 minutes de cris exaltés, de pleurs de joie pour les camarades en Droit, de "El Pueblo Unido Jamas Sera Vencido", "la fac répond : résistance", etc etc.

Pour beaucoup, cette AG a quelque chose d’historique. C’est une victoire politique majeure.

Les délégations de la CNU, encore en débats, en apprenant cette nouvelle, ont longuement applaudi et acclamé Strasbourg.

18h, réunion du Comité de Lutte qui rassemble...plus de 300 personnes !! (nouveau record d’affluence).

Nous rappelons ce qui a été voté à cette formidable AG : manif mardi 24 mars avec action symbolique, manif jeudi 26 mars avec action de blocage économique et, bien sûr, le blocage de la Fac de Droit.

Nous renouvelons les référents de chaque commission, nous parlons de l’évacuation policière de la fac en lutte à cause de l’OTAN, de la poursuite du mouvement pendant le sommet de l’OTAN, et du blocage de la fac de Droit. Nous créons d’ailleurs deux nouvelles commissions : la commission Evacuation Policière (pour définir les modalités de résistance) et la Commission occupation/blocage de la fac de Droit. Ces deux commissions vont travailler dans d’autres salles quand, alors que nous continuions les débats en Comité de Lutte, la Commission Fac de Droit vient en trombe nous dire d’aller envahir le Droit.

Tout le monde se lève d’un seul élan et part en plusieurs groupes investir en force la fac de Droit, gardée préventivement par deux ou trois vigiles. Finalement, c’était ce qu’attendait tout le monde.

Voici le récit désormais historique de la prise de la fac de Droit :

Au nom du droit

pour narguer les assiégeants.

Vers 20h, nous sommes environ 150 à attaquer la fac de Droit sur plusieurs points. Personnellement, j’étais d’un groupe qui "attaquait" sur la gauche du bâtiment, à une petite porte de secours en haut d’un étroit escalier.

Un vigile nous bloque. On charge, parvenant à le déborder et pénétrer le bâtiment mais il devient violent. Tensions. Finalement, il constate notre nombre et laisse faire.

Tout le monde se retrouve dans le hall. Aussitôt, on vérifie combien il reste de cours : il n’en reste que un dans le grand amphi1.

Sans attendre, on s’active : on barricade tout.

On prend les mobiliers, tables, chaises, grandes grilles d’infos, bureaux, étagères, grilles de chaises, planches, poutres, parpains, chaînes, qu’on trouve sur place et on installe de grandes barricades aux huit portes du bâtiment. On arrache toutes les affiches de l’AFGES pour en faire des affiches de lutte au dos, on accroche des banderoles, on installe 5 matelas, des cafetières, des camarades jouent déjà de la guitare : c’est l’exaltation. Les camarades de Droit sont émus. Et tout le monde apprécie la cigarette, voire le cigare guévariste pour un camarade en particulier (un petit clin d’oeil), dans le bâtiment réapproprié.

Les barricades sont consolidées, on apprend à connaitre le bâtiment, par des rondes et les cartes. L’AFGES, qui veut éviter les bagarres, nous montre les portes qui donnent sur l’extérieur à bloquer.

Mais le cours de l’amphi 1 se termine et les premiers lambdas de Droit découvrent avec stupeur la réappropriation politique du bâtiment. Ce sont alors les premières hystéries, les petits-bourgeois cravatés tentent d’emblée de débloquer, sans chercher à comprendre. On les en empêche, tensions verbales. On les fait sortir. On remarque d’ailleurs que, déjà, des petits groupes tournent autour du bâtiment. UNI, UMP, AFGES, fanatiques lambdas, tournent autour de la fac jusqu’à être une 60taine. Mais ils ne sont pas agressifs, ils cherchent plutôt les points faibles de notre blocage, le nombre qu’on est, etc.

Et c’est la première nuit d’occupation à la Fac de Droit ! Toute la presse est là : canal+, DNA, 20mn, Alsace, etc.

On apprend que Pécresse est déjà au courant, enragée, et aurait appelé aux présidences à évacuer par la police les facs occupées. On finit le Comité de Lutte sur les marches du grand hall principal. Puis c’est la fête : on débat, on chante, on joue de la musique, on consolide les barricades, on fait des tours de garde, on se coordonne avec les camarades continuant d’occuper le Patio, on mange grâce aux camarades exemplaires qui gèrent la Cuisine Autogérée... Beaucoup dorment sur place.

Mardi 24 mars. Dès 7h, des groupes se forment et tournent autour du bâtiment. A 8h, ils sont déjà environ 200 étudiants de Droit, présents pour des examens et des notes (à leurs dires). Ils s’agglutinent devant l’entrée arrière. Des petits groupes de droite (UMP, UNI, AFGES, Cé) font leur propagande avec tracts, discours, etc. ; tandis que des groupes restreints d’extrême-droite commencent à s’incruster à eux (Alsace d’Abord (équivalent local des Jeunesses Identitaires), Alsace Korps, et autres néo-nazis).

Du fait de se retrouver en masse, d’être tous très énervés voire traumatisés sur le coup de voir leur fac bloquée et occupée, et par la propagande des fascistes et néo-nazis, ils deviennent de plus en plus haineux. Ils chantent la Marseillaise, certains en profitent pour placer quelques "Sigh Heil" avec le salut hitlérien ; de notre côté on chante l’Internationale en levant le poing. On se masque, ils nous prennent en photos.

Vers 9h, ce sont les premières grosses attaques. Ils tambourinent la porte arrière tandis qu’ils cherchent à passer au seul accès encore libre mais gardé en piquet de grève à droite (la petite porte de secours avec le petit escalier étroit). On les repousse. On consolide les barricades. France 3, France 2, canal+, DNA, Alsace, sont présents. Mais on les fait sortir.

Les antibloqueurs attaquent au sous-sol puis à la chaufferie. A la porte du sous-sol, qu’ils défoncent, deux s’engouffrent. L’un deux escalade une grande armoire métallique qui barre le passage et, alors qu’ils nous voient déjà tous là prêts à les repousser, il se jette sur nous, coudes et genoux en avant. Une camarade reçoit un coup de genou en plein visage. On le choppe, on le plaque au mur. Vives tensions. Finalement, on le dégage et on renforce la position. Ils attaqueront à plusieurs reprises à cet endroit.

On apprend ensuite qu’ils ont démoli une des portes extérieures donnant sur l’amphi 2, un des deux gros amphis sur les côtés du bâtiment. On entend qu’ils s’engouffrent à l’intérieur en hurlant. On avait prévu le coup, les barricades ont été encore renforcées sur les portes de l’amphi donnant accès au grand hall principal. Le Doyen est là, ainsi que le vice-président de l’université. Il est environ 10h.

Pour marquer nos couleurs et montrer que nous tenons la Fac de Droit, nous déployons un grand drapeau rouge et noir à tête de mort sur le plus haut des portes-étendards sur le toit de la fac. Voilà un nouveau geste historique : le drapeau rouge et noir flotte sur la Fac de Droit assiégée !

drapeau pirate fac

le drapeau rouge et noir à tête de mort flotte sur le toit de la Fac de Droit .

Ils attaquent sur tous les fronts, mais essentiellement sur les portes donnant accès au grand hall principal et à une porte en haut de l’amphi2 qui donne sur un petit couloir débouchant également sur l’étage du grand hall principal. Ils tapent à coups de bélier sur la porte, chargent, tentent de la défoncer, mais on résiste en maintenant physiquement les barricades. Ils tenteront par la suite de démolir les portes à coups de barre de fer et de pieds de biche. En haut, ils attaquent également quasi sans interruption avec des bancs qu’ils utilisent comme béliers. Les nazis font partis des groupes violents qui veulent en découdre avec nous. A moment donné, les nazis parviennent à forcer la porte d’accès à droite (avec le petit escalier). Contact. On forme une chaîne et on les repousse. On constate alors que les nazis sont armés de barres de fer et de bombes lacrymos. Ils gazent. Les coups volent. On parvient à les repousser.

Nous tenons également les trois barricades les plus visées déjà citées. On leur pique les barres de fer qui dépassent des portes déjà enfoncées.

Ceci pendant 5h...

Nous fûmes donc véritablement assiégés. Force est de reconnaître que c’est un bâtiment facile à tenir. Nous sommes finalement parvenus, jusqu’à l’après-midi, à repousser leurs assauts et à tenir les barricades. A préciser, au fait, que nous sommes environ 150 à l’intérieur.

Des camarades du Patio nous ont une première fois réapprovisionné à midi, lors d’un coup de relâche. Mais au deuxième réapprovisionnement, en début d’après-midi, ils se sont fait attaquer par les fascistes qui ont vidé les victuailles sur la place Rouge. Les camarades les ont gazé à leur tour, puis ont fuit pour revenir avec des manches de balais. Les grosses confrontations directes ont finalement été évitées. Il est évident que s’ils étaient parvenu à investir le grand hall, ça aurait dégénéré en grande bagarre générale, et sanglante, étant donné la présence des nazis prêts à "casser du rouge". Car il y avait beaucoup de camarades antifas également dans nos rangs.

Le vice-président a été surpris par des témoins à piétiner avec les faf le pain destiné aux assiégiés. Il a également été surpris à gueuler vers les faf en montrant la fac occupée : "ce sont eux, les bourgeois !". Autrement dit, il a appelé à la violence. Le Doyen de Droit a fait pareil lors de l’ "AG" sauvage et illégitime des antibloqueurs dans l’amphi2 qu’ils sont parvenus à reprendre. En collaboration avec eux, la présidence organise un "vote électronique" par mail ENT. (sic).

Or, il y avait également une manif aujourd’hui, avec rassemblement Place Rouge à 16h. Les syndicalistes de SUD commencent à débarquer. Les tensions reprennent avec les antibloqueurs fanatiques (les nazis ont un peu déserté les lieux à ce moment-là, ou se sont fait plus discrets).

J’étais partis à 14h chez moi pour me laver, lors d’un instant de relâche (et oui, pauvre mais propre). Quand je suis revenu, il n’y avait déjà plus moyen de rentrer à l’intérieur, les assiégés ayant préféré de se barricader totalement à l’intérieur. Tensions à l’extérieur entre assiégeants et camarades qui sont alors dehors.

Finalement, la présidence a préféré ne pas envoyer les flics.

A 16h, plusieurs centaines de manifestants sont rassemblés Place Rouge. On apprend qu’à l’intér ieur, les camarades ont préféré voté pour sortir en Block, groupés, masqués, pour rejoindre les manifestants. Car les antibloqueurs fanatiques, et les fafs sont toujours là, en scandant "envoyons les CRS", "Au boulot, au boulot, les branleurs", "on est chez nous", "dehors les branleurs", etc.. Les profs font une haie pour empêcher toute bagarre.

La tension est très vive. Le drapeau rouge et noir flotte toujours sur la fac de Droit. Les camarades à l’intérieur ont choisi de sortir par la grande porte de devant. Toutes les caméras ont leur oeil vitreux braqués vers le parvis. Les fafs sont massés en bas des escaliers de l’entrée principale, prêts à en découdre. Les profs font la haie malgré tout. Les quelques 1200 personnes sur la Place Rouge, dont beaucoup de camarades occupants-grévistes, attendent avec impatience.

Le silence s’instaure.

Soudain, on voit les barricades se défaire, de l’intérieur. Deux battants de l’entrée principale s’ouvrent et les camarades sortent, en cortège compact, en rangs serrés, masqués, tous le poing levé, en scandant "Fac ouverte, aux enfants d’ouvriers ; fac fermée, aux intérêts privés". Aussitôt, les fafs réagissent en huant de toute leur haine, avec des volées d’injures.

Le cortège des assiégés atteint la Place Rouge, lentement, toujours en scandant "fac ouverte, aux enfants d’ouvriers...", tandis que d’autres camarades gueulent "les nazis, hors de nos facs", "pétain, reviens, t’as oublié tes chiens", "dehors les fascistes", etc. Quand le cortège a rejoint sans encombre la masse des camarades au milieu de la Place Rouge, la masse des fafs et antibloqueurs fanatiques courent en trombe vers l’entrée de la fac de Droit, se positionnent à l’avant, groupés, et se mettent à chanter la Marseillaise, avant de scander "on est chez nous", "au boulot, au boulot", "ce n’est qu’un au revoir, les branleurs", et autres conneries.

Je vois des camarades de Droit les larmes aux yeux, de rage. Beaucoup de profs de Droit, venus pour la manif, gueulent vers les tarés fanatiques "honte à la fac de Droit". Des profs vont d’ailleurs leur dire qu’ils ont tellement honte qu’ils annulent tous les cours de la semaine, par solidarité avec les assiégés. Tensions.

Finalement la manif part, dans une étrange atmosphère, avec environ 1300 personnes. Ils feront une grande chaîne symbolique tout le tour de la Place Kleber avec lycéens, étudiants, précaires, profs, chercheurs, et BIATOSS pour montrer l’unité de la communauté universitaire et éducative en lutte.

Ronde Place Kleber

Tandis qu’une cinquantaine de camarades sont restés "garder" Marc Bloch contre une éventuelle attaque de fafs.

Au Comité de Lutte le soir du 24 mars, qui réunit 150 personnes, une très belle scène : alors que nous débâtons sur les suites du mouvement et des actions, un groupe de cinq étudiants qui sont rentrés en haut de l’amphi interrompent la réunion et, très solennellement, déclarent avoir honte de la fac de Droit en tant qu’étudiants en Droit et qu’ils continueront la lutte. Longs applaudissements.

les assiégés quittent la fac en cortège.

La lutte continue, en effet. Prochaine manif jeudi 26 mars, RDV 14h30 Place Rouge. Elle sera suivie d’une action de blocage économique. Prochaine grande AG centrale et unitaire le lundi 6 avril, 13h, au Patio amphi Potemkine (cet amphi change de nom toutes les heures !).

Liens vidéos des évènements :

  • France 2 (JT 20h du mardi 24 mars, à la 23e minute) :

Gui-toto

P.-S.

je vous propose de mandater ce récit détaillé, si besoin est, pour pouvoir le poster sur les sites d’informations alternatives (Bella Ciao, Indymédias...) puisqu’on m’a reproché le fait d’avoir pris cette initiative jusqu’à maintenant sans tenir compte de la20collectivité. Si cela a été ressenti de la sorte, je m’en excuse humblement ************************************************************ COMMUNIQUE DE LA CNE DE STRASBOURG :

En ce samedi 21 mars, jour de la tenue de la Coordination Nationale Etudiante, Jean-baptiste Prevost, président de l’Union Nationale des Étudiants de France (UNEF), a déclaré que les assemblées générales universitaires, n’ont « pas autant de légitimité que des syndicats pour négocier ». Cette déclaration est absolument intolérable.

La coordination Nationale Étudiante (CNE) condamne fermement ces propos, qui s’inscrivent dans la lignée de ceux du chargé de communication du ministère de l’enseignement supérieur, Benoist Apparu, déclarant que « les seuls partenaires représentatifs, ce sont les syndicats. Les coordinations nationales, c’est la démocratie des soviets ». Nous réaffirmons que seules les AG étudiantes sont souveraines pour décider de l’orientation des mouvements sur chaque fac, en dehors de toute pression de la part des directions syndicales, et que seule la coordination nationale étudiante est légitime pour porter la parole du mouvement sur le plan national. Par ailleurs, nous refusons toute négociation et exigeons l’abrogation immédiate de la LRU et des décrets qui y sont associés : masterisation, enseignants-chercheurs, financement sur la performance. Nous déplorons le boycott de la CNE par la direction de l’UNEF, ce qui n’entame en rien la légitimité propre de ses décisions. Nous condamnons les manœuvres de négociations souterraines en cours qui n’ont pour seul objectif que la casse du mouvement de grève entre une direction syndicale non représentative et le gouvernement. Toute négociation prise au nom de la communauté étudiante qu’elle prendrait serait considérée comme illégitime et comme une trahison de plus car le mouvement est à l’heure de l’unité de tous et toutes pour obtenir satisfaction de nos revendications.

REVENDICATIONS :

I Education

I.1.Contre le processus de Bologne et ses applications concrètes : Abrogation du LMD Abrogation de la loi LRU Abrogation de tous les décrets d’application de la LRU, et remise en état des codes et décrets modifiés par la LRU Refus de la mise en concurrence entre les universités Retrait du plan campus Retrait du plan Réussite en Licence retrait de la France de l’AGCS Retrait des décrets de la réforme des enseignants-chercheurs Retrait de la réforme des concours d’enseignement dite de masterisation Retrait du décret d’allocation des moyens Retour du cadrage national des diplômes & reconnaissance des diplômes nationaux dans les conventions collectives Arrêt de la casse des IUFM Retrait du Contrat Doctoral Unique Refus de toute forme de sélection à l’université Inscription de droit en master pour tous les détenteurs d’une licence Arrêt du démantèlement du CNRS, des autres organismes de recherche et du Service Public en général retrait des décrets remettant en cause la laïcité (Accords Paris-Vatican) Pour un service public de recherche et d’enseignement de qualité, gratuit et accessible à toutes et tous

I.2.Contre les suppressions de postes dans le primaire, le secondaire et le supérieur Arrêt des suppressions de postes de la maternelle à l’université. Restitution des postes supprimés de la maternelle à l’université. Pour un plan pluriannuel de création de postes dans l’éducation. Titularisation de tous les personnels précaires dans l’éducation. Retrait des réformes de la maternelle, du primaire et du lycée (dite « réforme Darcos »)

II Précarité étudiante Mise en place d’un plan d’action d’urgence sociale pour les étudiants Augmentation du nombre de logements universitaires Refonte du système des bourses (sur critères sociaux) Contre la proposition de loi pour le prêt étudiant Non à l’augmentation des frais d’inscription

III Soutien aux mouvements au niveau national

  • Contre la répression policière à l’encontre des mouvements sociaux Régularisation de tous les sans-papiers Arrêt de la politique gouvernementale de réforme des plannings familiaux Soutien du mouvement populaire en Guadeloupe et en Martinique* Soutien aux motions de la coordination universitaire* IV Soutien aux mouvements au niveau international Soutien aux étudiants espagnols en lutte *

APPEL :

Nous, étudiant-e-s mobilisé-e-s, en lutte depuis mi-janvier sommes réunis ces 21 et 22 mars à Strasbourg pour la Ve coordination nationale étudiante (CNE). Nous réaffirmons que la CNE, émanation directe des Assemblées Générales qui réunissent des dizaines de milliers d’étudiants en France, est la seule et unique instance légitime pour représenter le mouvement étudiant dans son ensemble et qu’aucune direction syndicale ou politique ne saurait se substituer à son rôle.

Suite à la mobilisation exceptionnelle du 19 mars, nous appelons résolument à la poursuite du mouvement et à sa radicalisation. En effet, ce jeudi plus de 3 millions de personnes ont défilé dans les rues, dans une mobilisation qui unit l’ensemble des secteurs qui subissent les attaques de la classe dirigeante, dont le système éducatif dans son ensemble.

Cette stratégie s’inscrit au cœur du processus de Bologne qui impose une même logique de rentabilité et de mise en concurrence des universités sur l’Europe entière. Cela se traduit concrètement par les différentes mesures contre lesquelles nous luttons actuellement.

Face au mépris affiché du gouvernement à notre égard, nous exigeons plus que jamais : l’abrogation sans condition de la loi Liberté Responsabilité des Universités (LRU) le retrait pur et simple, sans moratoire aucun, des décrets qui en découlent : de la réforme dite de la « masterisation de la formation des personnels éducatifs » du financement des universités sur des critères de performance du statut des enseignants-chercheurs du contrat doctoral unique Nous réclamons également l’abandon des différents plans d’application de la LRU dont le Plan Campus et le Plan Réussite en Licence. Nous réaffirmons notre attachement à un système éducatif totalement public, gratuit, laïc et accessible à tou-te-s et refusons toute forme de sélection à l’université. La mission de l’université ne doit pas être la marchandisation du savoir, ni une professionnalisation à outrance, mais bien la diffusion de connaissances et la promotion de l’esprit critique.

Ces revendications s’inscrivent dans un projet de société plus global, en totale opposition avec ce que nous vivons : dégradation des condition d’étude et de vie, destruction du système d’aide sociale, avec le démantèlement des CROUS et du planning familial. Un étudiant sur deux est obligé de se salarier pour financer ses études. Cette situation est inacceptable. Aussi, nous réclamons l’augmentation en nombre et montant des bourses sur critères sociaux et leur indexation sur le coût de la vie ainsi que la construction massive de logements sociaux. Bien plus que nous, les premiers touchés par ce système sont les sans papiers que nous soutenons dans leur lutte. Nous demandons la régularisation inconditionnelle de chacun d’entre eux.

Face aux mouvements sociaux en cours, la seule réaction des dirigeants est le déploiement d’un arsenal sécuritaire particulièrement violent et la criminalisation de la contestation. Nous appelons au soutien de tout-e-s nos camarades victimes de la répression policière et judiciaire.

La réussite d’un tel mouvement ne peut passer que par la solidarité avec les autres mobilisations et avec les mouvements étudiants qui traversent aujourd’hui toute l’Europe : Grèce, Espagne, Italie, Allemagne, Angleterre. Nous appelons à la participation de tou-te-s au contre-sommet de l’OTAN à Strasbourg du 1er au 5 avril ainsi qu’au contre-sommet de Louvain les 28 et 29 avril prochains qui s’oppose au processus de Bologne ; mais également à la convergence des luttes avec l’ensemble des travailleur-e-s. Nous appelons ainsi à la reconduction de la grève dans tous ces secteurs en lutte.

La coordination nationale appelle tou-te-s les étudiant-e-s à la radicalisation du mouvement et : à la poursuite et l’amplification du blocage des universités à la réalisation d’actions en faveur de la gratuité et contre la précarité à faire pression sur les rectorats et sur les présidences des Universités à la multiplication des AG et forums interprofessionnels dans la réalisation concrète d’une véritable convergence des luttes.

Nous appelons à la participation aux journées : du 24 mars, manifestation nationale de l’université du 26 mars, mobilisation inter-professionnelle de tous les secteurs en lutte du 31 mars, opposition à la remontée des maquettes. du 1er avril, avec des actions dirigées vers les secteurs en lutte dans les services publics du 2 avril, journée nationale de manifestation de la maternelle à l’université Nous appelons les lycéen-ne-s et les personnels Biatoss à faire converger leur mouvement avec le nôtre, pour la concrétisation d’un front uni de la maternelle à l’université.

La prochaine CNE se tiendra les 28 et 29 mars prochains à l’université Paris I Tolbiac.

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