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Venezuela :Pour la défense du droit à la protestation sociale !

lundi 7 décembre 2009, par OCLibertaire

Au Venezuela, un groupe d’organisations sociales et de défense des droits humains, des groupes d’étudiants et d’universitaires ainsi que les différentes individualités lancent cet appel à une campagne pour défendre le droit de manifester, qui est aujourd’hui systématiquement violé par le gouvernement d’Hugo Chávez.

Voir en ligne : plus d’infos

Selon les chiffres publiés par des dirigeants syndicaux, paysans et étudiants, il y a actuellement 2200 personnes au Venezuela poursuivies devant les tribunaux pour avoir exercé leur droit constitutionnel à la protestation pour leurs revendications fondamentales. L’immense majorité de ceux qui subissent ces procès appartiennent à des syndicats de travailleurs, paysans, étudiants et aux communautés populaires ; ce sont le plus déshérités et les plus vulnérables qui souffrent de la violation de leurs droits. Ce qui fut jusque là une politique isolée et ponctuelle s’est transformé en une politique d’Etat. D’une part, les fonctionnaires de police, les procureurs et les juges de contrôle, de l’autre, des hommes armés au service des grands propriétaires fonciers et des secteurs patronaux et même des groupes de choc alliés des gouvernements, national, régionaux et locaux, indépendamment de leur orientation politique, forment le triangle de la répression des luttes sociales.

Cette criminalisation, encouragée par les différents pouvoirs de l’Etat, des patrons, des propriétaires fonciers, est réalisée dans un contexte dans lequel les manifestations pour des droits sociaux prennent de l’ampleur, où sont appliquées différentes décisions de justice contre ceux qui occupent des terrains pour réclamer leur droit à la terre et au logement, contre les communautés qui bloquent des rues pour demander ou améliorer les services publics, contre les travailleurs et travailleuses qui se mobilisent pour défendre leurs postes de travail et source de revenu, pour obtenir de meilleurs salaires et des embauches collectives, contre les étudiants qui demandent des financements pour leurs centres éducatifs, contre les usagers et usagères des services de santé publique et d’autres secteurs en lutte pour les droits sociaux et politiques. Tout ce qui précède est la claire démonstration d’une stratégie d’État, et de certains secteurs privés, afin de restreindre les protestations légitimes et la jouissance des droits humains consacrés dans la Constitution.

En contrepartie, nous vivons une situation d’impunité pour les crimes survenus contre les combattants sociaux, où les indices de la participation de patrons et de propriétaires fonciers dans les assassinats de dirigeants ouvriers et paysans n’ont fait l’objet ni d’investigations ni de poursuites, de même que la responsabilité politique des dirigeants régionaux dans certains cas. Cette impunité a encouragé l’utilisation de tueurs à gages comme méthode pour réduire au silence et intimider les secteurs en lutte pour leurs droits. Si dans ces processus, il y a un pourcentage élevé provenant des bagarres entre les organisations syndicales pour le contrôle des postes de travail comme dans le secteur de la construction, il y a eu plusieurs cas où l’assassinat sous contrat vise à écraser et dissoudre des syndicats qui osent se mobiliser pour leurs revendications et les luttes ouvrières les plus radicalisées.

Pour cette raison, un groupe d’organisations sociales et des droits humains, des groupes d’étudiants et d’universitaires ainsi que différents individus lancent une campagne pour défendre le droit de protester, comme il est défini dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et dans la Constitution, et aussi condamner l’ouverture de procès, l’utilisation de tueurs à gages et d’autres mécanismes de criminalisation de l’exercice de ce droit, tels que les dispositions légales qui interdisent l’organisation des assemblées et des grèves dans les entreprises publiques.

C’est en ce sens que nous rendons public cette déclaration avec l’objectif de sensibiliser l’opinion publique sur cette grave restriction des droits. Nous exhortons toutes les organisations syndicales, paysannes, communautaires, étudiantes et les médias alternatifs à se joindre à cette campagne nationale pour la défense du droit légitime à la protestation sociale.

Nous demandons :
1) L’abrogation des articles 284, 286, 297 et 358 du Code pénal ; 47, 48, 49, 50, 53 et 56 de la Loi organique sur la sécurité et de défense de la Nation, 139 et 141 de la Loi pour la protection des personnes physiques à l’accès aux biens et services ainsi que les articles 20, 24 et 25 de la Loi spéciale de Défense populaire contre l’accaparement, le boycott et toute autre comportement qui affecte la consommation d’aliments ou de produits soumis au contrôle des prix, tous ceux qui pénalisent le droit de protester.
2) L’investigation impartiale et transparente de tous les crimes commis par des tueurs à gages et d’autres délits commis contre des paysans, des ouvriers, et les autres secteurs sociaux ainsi que les poursuites et les condamnations pour les coupables.
3) La liberté immédiate et intégrale pour toutes les militantes et militants sociaux en détention pour avoir protesté, et la suspension du régime de présentation régulière devant les tribunaux et d’autres mesures préventives qui interdisant le travail syndical sur les lieux de travail.
4) Non à l’utilisation des forces de sécurité contre les manifestations pour les droits sociaux et politiques. Interdiction d’utiliser des armes à feu et des gaz lacrymogènes par la police et les militaires dans les manifestations et lors de l’exécution des procédures d’expulsion contre les actions menées pour exiger le droit au logement et aux services publics.

Dimanche 6 décembre 2009

Cet appel est signé par : Programa Venezolano de Educación-Acción en Derechos Humanos (Provea) ; Unidad Socialista de Izquierda (USI) ; Corriente Clasista Unitaria Revolucionaria y Autónoma (CCURA) ; Sindicato de Trabajadores del Inces (SINTRAINCES) ; Acción Solidaria ; Convite ; Periódico El Libertario ; Espacio Público ; COFAVIC ; Colectivo Socialismo Revolucionario (CSR) : Liga de Trabajadores por el Socialismo (LTS) ; Movimiento Solidaridad Laboral ; Sinergia ; Comité de Víctimas contra la Impunidad Lara (CVCI-Lara) ; Indubio Pro Reo ; Domingo Alberto Rangel.

(Traduction : OCL)

Ce document a été publié à l’origine en castillan dans El Libertario n ° 57.

Voir également le site http://www.nodo50.org/ellibertario (en espagnol, anglais et autres langues)

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3 Messages de forum

  • Venezuela : un pouvoir de plus en plus tendu

    Un nouvel épisode de répression du mouvement social, heureusement, semble-t-il, sans conséquences durables pour les militants concernés, témoigne des réactions allergiques du gouvernement chaviste aux expressions des revendications sociales.

    Le 12 mars 2010, des membres de différents syndicats, soutenus par quelques militants politiques avaient prévu de manifester à Maracay, la capitale de l’État d’Aragua, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Caracas. Ils entendaient protester contre la politique économique du gouvernement, mais aussi contre la criminalisation de la protestation sociale et l’impunité dont jouissent les instigateurs d’assassinats de combattants sociaux, de dirigeants ouvriers ou paysans non ralliés au pouvoir.

    Leur rassemblement – 200 à 300 personnes – fut rapidement entouré de tous côtés par les forces de l’ordre, puis attaqué à coup de bombes lacrymogènes. Une vingtaine de manifestants furent arrêtés par les forces de l’ordre et subirent au commissariat une garde à vue qu’on pourrait qualifier d’ordinaire, si ce n’est qu’on les obligea à se déshabiller complètement tandis qu’on filmait leur visage, et qu’on en entassa huit d’entre eux dans une cellule de 2 mètres carrés où séjournait déjà depuis six mois un garçon mineur. Un représentant du parquet vint leur dire qu’ils seraient inculpés pour obstruction de la voie publique, incitation à commettre des délits et outrage à la force publique. Leur comparution au tribunal était prévue pour le lendemain. Ils furent cependant libérés quelques heures plus tard.

    Selon Rafael Uzcategui, qui assistait à ce rassemblement en tant qu’observateur, représentant l’organisation de défense des droits de l’homme PROVEA, et qui fut arrêté, c’est la rapidité et l’ampleur des protestations, y compris internationales, qui amenèrent le gouvernement central à demander aux autorités locales de relâcher les manifestants.

    Il est utile de préciser que l’État d’Aragua et la ville de Maracay sont tous deux dirigés par le PSUV, le parti majoritaire chaviste, et qu’il ne s’agit donc pas d’un épisode de l’affrontement entre le gouvernement et l’opposition parlementaire. Comme le rappelle Rafael Uzcategui, qui fait également partie du collectif de rédaction d’El Libertario, le pouvoir cherche à museler systématiquement toute expression du mécontentement populaire. Ainsi, il y aurait actuellement environ 2 200 personnes attendant de passer en jugement simplement pour avoir voulu exprimer leurs revendications. On trouvera sur le site de l’OCL l’appel lancé en décembre 2009 par des organisations vénézuéliennes pour la « défense du droit à la protestation sociale ».

    Il faut naturellement replacer ce durcissement du pouvoir vénézuélien dans le contexte général de dégradation des conditions de vie de la masse de la population. Les améliorations attendues des différentes « missions », dans des domaines comme la santé, l’éducation et le logement se sont révélées largement illusoires ou éphémères ; la priorité donnée dans les marchés publics à des « coopératives » dirigées par des amis du pouvoir ont accru la précarité (voir à ce sujet l’interview réalisée il y a déjà 18 mois par Charles Reeve). Aujourd’hui, les pénuries d’électricité et d’eau se conjuguent aux effets de la dévaluation de janvier 2010 (le Venezuela importe plus de la moitié de ses produits alimentaires) pour rendre ces conditions de vie encore plus difficiles. Les gesticulations anti-américaines et les références au « marxisme » de Chavez ne les amélioreront pas, et il est à craindre que les mesures d’intimidation, jusqu’à l’assassinat, des protestataires sociaux ne fassent que s’amplifier.

    J.M.K., 14 mars 2010

    Source : La Bataille socialiste :

    http://bataillesocialiste.wordpress...

    voir aussi :

    http://bataillesocialiste.wordpress...

    Le gouvernement bolivarien contre l’autonomie des syndicats (septembre 2009) http://www.mondialisme.org/spip.php...

    Interview El Libertario, par Ch Reeve, mars 2008 http://claudeguillon.internetdown.o...

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  • La liberté d’expression ne vaut rien quand on n’a rien a dire de socialement intéressant.

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