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Vivre sans le capitalisme (suite)

dimanche 31 mai 2009, par OCL St Nazaire


1/ Communiqué d’Enric Duran suite à sa remise en liberté provisoire

De nouveau libre Nous continuons à œuvrer pour vivre sans le capitalisme

Après 65 jours de détention sans procès, la Cour de Barcelone nous a donné la raison dans la mesure où le placement en détention provisoire sans liberté sous caution, prise par le tribunal n° 29, a été jugé excessive. L’ordonnance de la Cour insiste, cependant, sur le risque de fuite, en parlant de mes propres déclarations contradictoires, sans vouloir admettre qu’il s’agit là d’un processus où j’ai décidé de revenir, en en assumant les conséquences, et que mon retour coïncide avec la publication de “Podemos” le 17 mars dernier.

La Cour contredit visiblement ce qu’a dit la chambre d’instruction n ° 29, de sorte que, si cette dernière a déclaré, sans honte, qu’une raison de m’échapper était que je n’avais pas d’enracinement social, l’autre dit maintenant que j’ai un “réseau de connexions” à ma disposition pour me cacher sans quitter le pays. Ainsi, la Cour de Barcelone a inventé les “excès d’enracinement social” comme une raison de prendre des mesures de précaution. Où sommes nous ?

Bien que la Cour nous a donné en partie raison, personne ne m’enlèvera les 65 jours où j’ai été enfermé.

Quoi qu’il en soit, le temps passé en prison a été une expérience enrichissante qui m’a permis d’apprendre par moi-même, beaucoup de choses sur le système pénitentiaire et la réalité des prisons. Au niveau personnel, le quotidien a été très calme et n’a pas été très dur à supporter, en partie grâce à ma façon d’être, mais aussi parce qu’entrer en prison avec le soutien social de celui qui en bénéficie n’a rien à voir avec la situation de 99% des détenus anonymes désignés comme des parias. Ils ont voulu éviter que je voie ce qu’est vraiment la prison, mais mon observation et le temps partagé avec d’autres compagnons m’ont aidé à avoir une bonne idée du manque de défense et de la violation des droits fondamentaux que vivent les milliers de personnes détenues dans notre pays, un manque de droits bien au-delà de ce disent les lois en vigueur. La prison ne remplit pas la fonction de réinsertion qu’on lui suppose, mais accentue la dislocation sociale et l’absence de perspectives de ceux qui y sont enfermés. J’espère que cette expérience me sera utile pour contribuer ainsi à la défense des droits fondamentaux des prisonniers et à créer un débat social sur la prison et ses alternatives.

En plus de critiquer les motifs de cette décision qui a mis un prix à ma liberté, je considère que la caution de 50.000 euros est excessive quant à sa quantité. Il suffit de regarder les archives des cautions déposées pour d’autres délits présumés pour se rendre compte que c’est un montant discriminatoire, décidé à cause de mes idées. Pourtant, parmi les personnes qui me soutiennent, certains individus qui veulent rester anonymes ont déposés cette somme rapidement. Les gens qui me soutiennent considèrent que je suis plus utile dans la rue qu’en prison, c’est la raison pour laquelle j’ai été libéré si rapidement. Je les en remercie et j’assume cette confiance qui m’est donnée. Malgré cela, il faut préciser que cet argent, les banques ne le verront pas parce qu’il n’est pas à moi et, qu’en tant que caution, ce ne sont pas des dons mais des dépôts qui seront restitués à ces personnes après le procès. Ces dépôts seront transférés prochainement à la banque éthique et coopérative Fiare (en français, Confier) avec qui nous travaillons, de sorte qu’il ne restera au tribunal que la garantie bancaire correspondante. De cette façon, notre réponse à cette mesure économique est cohérente avec nos objectifs de l’insoumission bancaire : en profiter pour renforcer le premier projet éthique et coopératif de notre pays.

Le processus de l’instruction continue et peut être long. Si les banques veulent me juger, les citoyens jugeront les banques. Comme il a été démontré au cours de ces 65 jours où j’ai été en prison, chaque coup reçu amplifie la force de nos dénonciations, la signification de nos arguments et de la cohérence de nos actions. Ils cherchent une punition exemplaire, ils ne font que renforcer nos sources d’inspiration.

Depuis que la cupidité et le manque de scrupules des banques ont été découverts et ainsi que la manière avec laquelle elles ont agi dans le déclenchement de la crise économique actuelle, une majorité sociale estime que les voleurs sont les banques et veut pour moi l’acquittement

A partir de maintenant, s’ouvre une nouvelle phase dans laquelle je vais défendre mes idées librement, comme j’allais le faire à partir du 17 mars lors de mon retour public. Deux mois plus tard, je me réincorpore de manière aussi active que jamais dans les mouvements sociaux et en particulier dans le réseau pour la décroissance et le collectif “Crisi”. Beaucoup de travail nous attend pour mettre en oeuvre les projets présentés dans la publication “Podemos !” Et, avec des centaines de compagnes et compagnons, nous nous engageons de toutes nos forces pour que le 17 septembre prochain puisse être un nouveau tournant démontrant que nous pouvons vivre sans le capitalisme et que cette date permette de visualiser la quantité de personnes qui de plus en plus nombreuses veulent vivre de manière alternative à celle qu’impose le système dominant et que nous commençons à réaliser.

Au niveau mondial, le temps passe vite et, pour aussi forts que soient les arguments, pour aussi claire que soit la manifestation des évidences, pour aussi nombreux que soient les acteurs sociaux qui le réclament, personne dans la classe politique ne se risque à entrer dans le débat public sur le fait que la croissance doive continuer de rester la fin en soi de l’économie. Au lieu de changer le modèle économique pour en finir avec la croissance, il est question de changer de modèle de croissance et de prendre des mesures qui tendent à le perpétuer. L’achat de voitures est subventionné alors que de plus en plus de gens sans emploi souffrent de ne pas pouvoir manger et de manquer d’endroit pour dormir. Ainsi, une occasion est manquée d’entamer une transition vers un modèle écologiquement et économiquement viable. Si eux ne le font pas, nous le ferons nous-mêmes.

Si la classe politique détourne l’attention, nous devons la recentrer. Assez des fausses promesses, de corruption et d’insultes entre partis. Assez de la lâcheté et de calculs électoraux à court terme. Pourquoi ne pas parler de comment nous pouvons rendre notre société viable pour 2012, de façon qu’elle le soit aussi en 2020 et 2040 ?

Alors que les établissements publics ne réagissent pas et continuent de fonctionner selon la loi du silence pour tout ce qui n’est pas la pensée unique capitaliste, nous n’avons qu’une seule option et qui est d’agir directement, de transformer la société par en bas, depuis l’auto-organisation sociale.

La répression ne nous coupera pas les ailes. Le pouvoir n’est pas grand’ chose sans obéissance et sans peur. Nous sommes chaque fois plus nombreuses les personnes courageuses et nous sommes en train de nous organiser. Le 25 mai 2009

2) Texte issu de la revue “Podemos”

Le capitalisme : ce bateau au mât brisé à la dérive…

Cette année 2009 se présente chargée de pleins de dangers. La tempête est très forte, le combustible touche a sa fin, et le bateau est a la dérive. Le bateau va -t-il couler ? Quand ? C’est difficile de faire un pronostic du rythme de la crise en cours, surtout car il n’y a pas de précédent dans l’histoire du capitalisme. La crise cyclique s’est unie a celle d’un système basé sur la croissance à tout prix, qui ne peut plus perdurer. La crise a un caractère pluriel (économique, énergétique, environnemental, idéologique...) et les fortes relations entre ses différents composants lui confère un aspect erratique et peu prévisible. De toutes façon, toute une série d’indicateurs socioéconomiques nous indiquent que la récession globale qui s’est développée tout au long de l’année 2008 est en train de se transformer en une dépression globale pour 2009. Cette nouvelle étape se caractérise par les grandes baisses de productions et l’augmentation du chômage dans les pays centraux et dans la majeure partie de la périphérie. La pluie de millions d’euros et de dollars versé sur les pays riches n’a pas su freiner ce phénomène. Aux USA, le PIB du 4e trimestre 2008 a baisé de 3,8%, la production industrielle de 11% la consommation de biens durables et les exportations de 22% respectivement. En Espagne, le PIB du 4e trimestre a baissé de 1% la production industrielle de 9,5% la construction de 16% et la vente d’automobiles de 30%. Les informations disponibles depuis le début de 2009 indiquent que la tendance est à l’aggravation de la situation. Partout sur terre, les taux de chômages ont augmenté dans le dernier trimestre 2008. En seulement 3 mois ont a vu 1 million de chômeurs en plus aux USA. En Espagne le chômage a atteint 14,5% de la population active en janvier 2009, et les prévisions officielles annoncent 18€ d’ici a la fin de 2009. La commission européenne a été plus loin et a prédit le chiffre de 21,4% pour 2010. La seule chose qui augmente c’est l’épargne privée, par ceux qui le peuvent, face a la peur que crée cette situation, et cela ne fait que croître le cercle vicieux récessionniste de la consommation, la production et des investissements. On a assisté à un rapide appauvrissement d’une énorme partie de la population, combinant la perte de richesses illusoires (en argent virtuel) de certains, et la perte réelle du travail, des salaires et des maisons d’autres.

Fausses et scandaleuses solutions

Depuis que s’est produit l’énorme crise financière au mois de septembre dernier, les gouvernements de toutes parts ont essayés de minimiser sa chute a coups de milliers de millions d’euros pour le secteur bancaire. Puis vinrent les aides au secteur privé, les industries clés, l’industrie automobile et dans une moindre échelle aux consommateurs. Nous avons été scandalisés par les aides à ceux qui ont été les responsables de cette débâcle, pendant que des millions de gens perdaient leur travail ou étaient contraint de voir leurs maisons saisies pour impayés. Cependant tous ces efforts ne servent même pas à rétablir la situation. Ces injections de fonds sont en train d’augmenter dangereusement la dette publique sans atteindre l’objectif de freiner la crise. Cela arrive car derrière la crise de liquidité des banques ont s’aperçoit que le surendettement publique et surtout privé, ainsi qu’une énorme partie des consommateurs se voient choir vers des situations de difficulté de paiement et finalement d’insolvabilité.

En Espagne, la dette familiale est passée en 10 ans de 47% a 135% du PIB. Quand aux impayés des crédits accordés par les banques, caisses d’épargnes et coopératives de crédit, aux particuliers et aux entreprises, le taux est passé de 0,8% a 3,3% entre décembre 2007 et décembre 2008. En ce qui concerne les établissements financiers de crédit, le chiffre est passé à 6,1%.

Le surendettement ne s’arrange pas en injectant encore plus d’argent dans le système, car avec ces interventions on obtient seulement un souffle d’air frais passager et on fait durer la chute sans pouvoir l’empêcher. D’autre part grâce à ces aides "anticrise", les dettes passent du secteur privé au secteur public, au risque de mettre les états en état d’insolvabilité. Et puis rappelons nous que l’argent de l’État provient des habitant de son pays grâces aux multiples et divers impôts et taxes. Le déficit de l’Espagne a atteint le chiffre de 3,8% du PIB en fin 2008 et les prévisions pour 2009 annoncent 5,8%.

L’augmentation des inégalités accroît le problème

Dans la zone euro, les revenus des personnes qui travaillent en relation aux revenus des personnes qui ne travaillent pas (revenus financier, rentes, locations, etc.) est passé de 70% en 1992 à 62% aujourd’hui. Ce sont des chiffres officiels qui montrent que de plus en plus de gens vivent sans travailler, du travail des autres. A cela il conviendrait de souligner que des milliers de millions d’Euros ne sont pas déclarés (paradis fiscaux, omissions de déclarations et fraude fiscale).

Au problème du surendettement il faut ajouter celui de la baisse du pouvoir d’achat des classes populaires pour expliquer la baisse de la demande. Les plus riches ont fait de plus en plus d’argent à partir de l’argent, tellement qu’ils ne pouvaient tout dépenser, c’est pourquoi ils ont réinvesti dans la spéculation financière et immobilière faisant ainsi augmenter le prix des logements et des loyers, et causant le surendettement. Maintenant, le secteur bancaire et de la construction possède en Espagne 1.600.000 logements quand la demande annuelle est aujourd’hui de 220.000. La valeur de ces biens reste fluctuante et baisse avec l’augmentation du taux d’impayés.

Ce qu’il est important de comprendre, c’est que l’insolvabilité et le surendettement ne sont pas seulement la conséquence des abus du secteur financier sur les entreprises et les personnes, mais sont le résultat d’une stagnation prolongée de la production. La cause principale de cette crise de croissance de l’économie, c’est l’augmentation des prix des matières premières et la pénurie des ressources naturelles que le capitalisme a exploité, et trop souvent gaspillé dans ces dernières décennies.

La crise est systémique et le modèle actuel n’offre plus de solutions. Paradoxalement, ce que n’ont pas réussi a obtenir les gouvernements avec des jolis textes et des belles promesses, en seulement quelques mois la crise l’a atteint. La lutte contre le changement climatique connait une belle période car le brûlage de combustibles fossiles ont baissé avec la baisse de la production industrielle.

Cependant, si l’économie redémarre, elle peut faire s’effondrer les biosystèmes de la planète, et on ne peut penser à un modèle pérenne qui épuisent les ressources qui touchent a leur fin. Aujourd’hui nous arrivons à la limite de certaines de ces ressources. Quand il y aura assez de liquidité financière pour réactiver l’économie, ce qui manquera ce sera toute sortes de liquides réels (eau, pétrole, gaz liquide...). Le zénith de l’ère du pétrole est là. L’or noir nous a donné un premier avertissement, et d’autres combustibles fossiles, minéraux pour l’industrie, fertilisants pour l’agriculture, terres cultivables et une longue liste de ressources finies connaîtront ce problème d’ici peu si l’économie capitaliste redémarre. C’est l’ensemble du système qui est en crise. Ce sont les piliers du capitalisme, de Wall Street, des bourses mondiales et du modèle de croissance, des systèmes productifs et du modèle consumériste qui voguent à la dérive. Le mât, pièce centrale du bateau est maintenant brisé. Un système globalisé qu’aucun pays ne peut ignorer, dont aucun gouvernement ni place boursière n’en réchappe car il est basé au niveau commercial, productif et financier.

Si la tendance s’accélère et que la crise économique ne peut pas être freinée, (le FMI a annoncé pour la première fois depuis plus de 60 ans, une baisse de la croissance mondiale pour 2009) cette année sera l’année d’une grande dépression avec bien plus de répercussions que celle des années 30, car une bonne partie des ressources naturelles ont été exploitées. Il faut abandonner le navire avant qu’il ne chavire !

Avec cette crise est arrivé le moment de penser à un changement de modèle personnel et collectif. Si nous repoussons à plus tard la confrontation avec cette situation avec les corrections de surface, mais sans rien changer au fond du problème, la chute sera encore plus forte et sans appel. Nous devons questionner de haut en bas ce modèle socio-économique capitaliste.

Nous devons questionner le fait que la durée de vie d’une voiture (mode, marketing et technicité) en Europe ne soit que de 7 ans en moyenne quand il faut au moins quatre ans pour s’en acheter une. Cette industrie qui fabrique trop de voitures, une quantité aberrante d’objets inutiles, de décoration ou si rapidement inutilisables (un appareil photo de 2 mégapixels de 2004, aujourd’hui personne n’en veut quand un appareil photo argentique peut avoir 40 ans sans aucun problèmes). Cela n’a pas de futur. Le poste de travail dans la grande entreprise n’est pas une valeur absolue. Il faut arrêter le cercle vicieux destiné à augmenter la consommation à tout prix pour maintenir le taux de croissance et les revenus de ceux qui vivent du capital. Si nous assurons nos besoins basiques, notre niveau de vie correspondra a qui nous sommes, à comment nous nous sentons, à comment nous nous mettons en relation les uns avec les autres, et non aux possessions matérielles. Mars 2009

Notes :

  • Il s’agit de l’un des textes du collectif “Podem” publié dans la revue gratuite “Nous pouvons vivre sans capitalisme”, pour laquelle Enric Duran vient de passer 65 jours en prison.
  • La revue est disponible ici : en castillan : http://www.17-s.info/es/ en catalan : http://www.17-s.info/

Une version française partielle (sans ce texte) est disponible ici :

http://oclibertaire.free.fr/spip.ph...

Informations sur Podemos, mais aussi les luttes sociales, les alternatives dans l’Etat espagnol sur le site

http://oclibertaire.free.fr/

P.-S.

Précision : Nous publions ces textes dans un souci d’information. Nous ne partageons pas nécessairement les arguments avancés par ce collectif mais nous pensons que sa démarche doit être défendue, non seulement par rapport à la répression et l’incarcération de Enric Duran, mais aussi car elle se situe dans un ensemble de problématique qui nous concernent, au même titre que d’autres combats, d’autres mouvements sociaux collectifs qui s’opposent au capitalisme et à ses effets et qui tentent eux aussi de réfléchir et de mettre en place des alternatives sociales et politiques au modèle dominant.

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