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Espagne

mobilisation et répression avant le 1er mai

lundi 30 avril 2012, par admi2


Voir en ligne : http://www.cgtbarcelona.org/

Mobilisations et répression dans l’État espagnol Loin de prétendre à l’exhaustivité, un rapide tour d’horizon de la situation en cette veille de 1er mai.

Arrestations à Madrid suite à une action contre la hausse du prix des billets

La police nationale a arrêté jeudi 26 avril à midi à Madrid trois personnes accusées d’être impliquées dans l’action de la veille, ‟Toma el Metro” (‟Occupe le métro”) qui consistait à provoquer un arrêt synchronisé de treize convois sur 9 lignes différentes. Un des détenus est un photographe qui a couvert les actions du 15M : il a été libéré en fin d’après-midi sans inculpation. Des sources proches de lui affirment qu’il n’était pas dans le métro à ce moment-là et que « la police s’est trompé de personne ». Les deux autres, impliqués dans assemblée du quartier Austrias et dans d’autres collectifs liés au 15M, restent en détention et n’ont pas encore fait de déclaration.

La Brigade d’Information s’est présentée à leurs domiciles et les a conduit au commissariat de police de Moratalaz sur des accusations de désordre public et de menaces. L’action s’inscrit dans le cadre d’un processus de protestation contre le récent ‟tarifazo” (augmentation du prix des billets) par le gouvernement régional qui, avec cette dernière hausse devant prendre effet le 1er mai, aura vu les prix des billets augmenter de 90% en neuf mois.

Ils ne vont pas ‟s’en sortir comme ça”

Quelques heures après les arrestations, la présidente de la Communauté de Madrid, Esperanza Aguirre, a déclaré que les participants n’étaient pas « s’en sortir comme ça ». À son avis, « la sécurité des voyageurs et des citoyens » a été compromise, bien que les trains ont été bloqués alors qu’ils étaient à l’arrêt dans les stations. Le syndicat Solidaridad Obrera (anarchosyndicaliste), fortement ancrée chez les travailleurs du métro, affirme dans un communiqué que « toute personne qui sait comment fonctionne un train de métro à Madrid, sait que toute action qui consiste à tirer le signal d’alarme ne met en danger l’intégrité, et encore moins la vie, de personne »
Les trains ont été bloqués moins de quinze minutes, dans les stations, avec les portes ouvertes.

Malgré cela, le ministre Ignacio Gonzalez a parlé de « provocation envers l’Etat de droit et au respect de la légalité », et a même trouvé « certaines similitudes » entre cet acte de désobéissance civile et la ‟kale borraka” (‟violence de rue” au Pays basque). Pour sa part, la déléguée du gouvernement, Cristina Cifuentes, a décrit l’action comme « absolument répréhensible » et a annoncé la mise en place d’un dispositif policier pour éviter prévenir que cela se répète.

Loi « forcée »

Cifuentes a également déclaré que les responsables devront faire face non seulement à des sanctions administratives prévues par le Règlement des Passagers, qui prévoit une amende de 30,05 à 516,87 euros, pour avoir actionné l’arrêt d’urgence sans raison, « mais aussi toutes les conséquences juridiques résultant de l’application du Code pénal. ». Métro de Madrid a déposé une plainte devant un tribunal de permanence et demande des peines entre 6 mois et 3 ans de prison pour désordre public. La société entend que « la voie publique a été entravée dangereusement pour ceux qui l’empruntent », mais admet qu’il ne s’est produit aucun dommages corporels ou matériels pour les passagers ou les infrastructures.

Ces arrestations interviennent après la décision d’emprisonnement sans possibilité de caution pour la secrétaire à l’organisation de la Fédération locale de la CGT de Barcelone pour sa participation à la grève, et avec l’incarcération de trois jeunes hommes en détention préventive depuis le 29 mars, accusés d’avoir participé à une émeute qui se déroula alors qu’ils étaient déjà en garde à vue au commissariat. Le ministre de l’Intérieur, Jorge Fernandez Diaz, a admis devant le Congrès que « il a fallu forcer les dispositions juridiques » pour maintenir ces activistes en prison.

Un sabotage purement inventé

Dans un communiqué, le groupe à l’origine de l’action répond et met en cause « la grotesque campagne de criminalisation et de répression à laquelle nous assistons »

« L’action de mercredi était un acte symbolique de protestation contre ce qui constitue un authentique vol des Madrilène par le Métro, et son objectif était de déclarer que les citoyens nous n’acceptons pas cette hausse des tarifs et sommes disposés à agir pour défendre notre transport public.
Nous ne sommes pas ‟un groupe organisé et violent”, nous ne sommes pas des ‟vandales” ni des ‟saboteurs”, nous sommes des personnes libres et responsables, décidées à ne pas accepter qu’on nous continue à nous voler et nous saigner à blanc, et décidées à prendre l’initiative pour freiner ce tarifazo, qui est une agression barbare et indéfendable. La campagne qui est déversée dans les moyens de communication pour essayer de criminaliser cette protestation a dépassé toutes les limites de la manipulation et de la mystification, avec des informations fausses et non confirmée, et même qui parfois frôle la blague. L’insistance que met le Gouvernement à convaincre la population de Madrid que les personnes ayant pris part à cette protestation vont être punies de manière exemplaire, en arrivant même à parler de peines de 5 années de prison et des sanctions jusqu’à 30.000€ (quand il clair que l’action qui a été menée est catégorisé comme un léger manquement au règlement du Métro), ne peut être comprises que dans le cadre d’une stratégie visant à effrayer et écraser toutes les personnes pouvant être disposées à s’opposer dans cette ville.
Il est incroyable que la police soit allée arrêter plusieurs personnes à leurs domiciles et lieux de travail pour avoir tiré le signal d’alarme de wagon d’un train. Il est ridicule d’entendre qualifier comme rien de moins qu’un attentat terroriste une action qui a seulement provoqué quelques minutes de retard dans plusieurs lignes de Métro, et dans laquelle il n’y a eu aucune sorte d’altercation ni la plus minimale situation de violence contre des biens ou des personnes. Il est absurde d’entendre la présidente de la Communauté de Madrid dire que « la vie de 8.000 personnes a été mis en danger » en se référant à une action qui a été menée avec les trains arrêtés à quai et avec les portes ouvertes, et qui n’a comporté par le moindre danger pour personne. »
(extraits du communiqué de ‟Toma el metro”)

Ce climat répressif sur Madrid s’est installé depuis des mois, et notamment les tentatives de lancer une campagne de ‟No pago” (‟Je ne paie pas‟) contre les augmentations des tarifs des transports publics depuis le mois de janvier dernier. Des actions coordonnées de non-paiement collectif ont eu lieu dans cinq villes de l’Etat espagnol. Mais, sur Madrid, à chaque appel à des rassemblements, tout le centre de la métropole était placé sous contrôle policier, les rassemblements dispersés, les accès au métro bloqués par les forces anti-émeutes de la police. L’idée de l’action ‟Toma el Metro” est née de cette situation où les actions collectives ouvertes, avec rassemblements annoncés, devenaient impossibles à maintenir. Pendant que les mouvements ‟No pago” des tickets de métro tentent difficilement d’intervenir du fait des déploiements policiers, un mouvement de refus de payer les péages autoroutiers, principalement de la société Abertis (1500 km dans tout l’Etat espagnol, soit 59%) semble naître en Catalogne autour, entre autre, de la plateforme ‟novullpagar” (‟je ne veux pas payer”). Toujours à la pointe des luttes, le syndicat CCOO (des entreprises concessionnaires d’autoroutes), conteste cette campagne et a demandé une protection policière du personnel et des installations contre les actions des activistes !

Dans ce descriptif, il faut ajouter l’interdiction prononcée par le gouvernement de Madrid et validée par un tribunal d’une manifestation laïque appelée le 5 avril (Jeudi saint) dénonçant les financements de l’Eglise catholique (dont le petit nom complet en Espagne est SMICAR : Santa Madre Iglesia Católica Apostólica y Romana) par des fonds publics sur le slogan ‟No más privilegios. De mis impuestos a la Iglesia CERO” (‟Plus de privilèges. RIEN de mes impôts à l’Eglise”).

Finalement, les deux personnes arrêtées à Madrid ont été remises en liberté le lendemain. La mesure de « précaution » qui leur a été imposée par la Justice est de ne plus « s’approcher des installations du métro » ! L’enquête policière continue, notamment la visualisation des images enregistrées par les caméras de vidéosurveillance. L’important pour l’heure aura été le déchaînement de lynchage médiatique de la part des autorités de Madrid et de la ‟dame de fer”, sorte de Thatcher locale, et étoile montante du PP, Esperanza Aguirre.

La répression pour contenir la protestation sociale

Plus généralement, ces pratiques et propagandes répressives se déchaînent dans un contexte de tension intérieure à l’approche des échéances des 12 et 15 mai prochains, proclamées journées mondiales des mouvements Occupy et autres « indignés » dans un contexte de dégradation rapide de l’économie, des pressions toujours plus fortes des créanciers et de la BCE, de la baisse continue des revenus et de nouveaux plans d’ajustements frappant toutes les dépenses publiques (sauf la police), en particulier l’éducation et la santé (privatisation des hôpitaux dans certaines communautés, fin des prises en charge à 100% pour les retraités, de frais d’ambulance, soins interdits aux sans-papiers…).

La situation est assez insaisissable. Il y a peu de mouvements dans les entreprises, et ce n’est pas nouveau. Mais après les semaines de mobilisation de la « vague verte » des enseignants de la Communauté de Madrid à l’automne, les manifestations ‟salariés-citoyens” contre les coupes dans les hôpitaux et les menaces de privatisation de la santé, des mouvements spontanés peuvent surgir à tous moments. Comme ce fut le cas chez les lycéens de Valencia (ville pourtant traditionnellement peu combative, de droite) au mois février où des dizaines de milliers d’entre eux se sont mobilisés (ainsi que des étudiants et parents d’élèves) en quelques jours à la suite de violences policières au cours d’un petit rassemblement organisé devant un lycée pour protester contre le manque de chauffage (à cause des coupes budgétaires), le mouvement s’étendant rapidement à toute la province et se trouvant à deux doigt de déborder dans les régions voisines (Catalogne, Aragon…).

Les assemblées des « indignés » qui ont perdu beaucoup de force et de participation au cours de l’hiver, souhaitent néanmoins repartir de plus belle et relancer une présence massive dans les rues et les places, surtout après la grève et les manifestations du 29M où les ‟cortèges critiques” promus par le 15M ont fusionné avec ceux des courants syndicaux, sociaux et politiques opposés aux ‟syndicats du système” (CCOO, UGT), en particulier les diverses organisations se référant à l’anarchosyndicalisme qui semblent gagner aujourd’hui en présence et en visibilité, du moins dans les manifestations de rue.

Un retour possible pour les « indignés » ?

Les mouvements « indignés » sont traversés de contradictions depuis le début. Sur Madrid, le mouvement Democracia Real Ya (DRY) s’est divisé en deux tendances puis en deux groupes séparés devenus inconciliables : schématiquement, une tendance ‟mouvementiste” et orientée vers les luttes sociales et une autre, ‟institutionnaliste”, regroupant les ex-porte-paroles du mouvement et privilégiant les relations avec les médias et les positions de pouvoir que cela peut signifier et procurer. Derrière la question de la formalisation du mouvement promue par certains, se pose en fait des questions stratégiques et d’autodéfinition. La succession des mesures antisociales depuis l’arrivée du PP au gouvernement met évidemment sur un second plan les revendications citoyennistes d’amélioration de la démocratie représentative et de la lutte contre la corruption, loin derrière les thèmes autour de la réforme du marché du travail, le démantèlement des services publics et de l’Etat de Bienestar (Welfare), les expulsions des logements, la baisse des salaires, pensions, revenus, la hausse annoncée de la TVA et la montée continuelle du chômage de masse… et donc la question minimale de : comment résister à cette vague ?

Pour certains, il s’agit de sortir du capitalisme dès maintenant. C’est la proposition faite par le réseau à l’origine de la publication le 15 mars dernier de la revue « Rebelaos » (« Rebellez-vous ») dans tout l’Etat espagnol : 500 000 exemplaires gratuits ! C’est la suite des aventures du courant qui s’était cristallisé autour d’Enric Duran (le ‟Robin des Banques”) et les précédentes publications « Crisis » (200 000 ex. en septembre 2008) et « Podemos » (350 000 ex. en mars 2009). Son nouveau nom est Colectivo Afinidad Rebelde, surtout basé en Catalogne, mais qui a essaimé en dehors, par de nombreux liens virtuels et quelques rencontres réelles. Les thèmes sont la désobéissance économique, l’autogestion (notamment les coopératives intégrales), l’éducation et les savoirs libres, l’horizontalité, la décroissance, les projets locaux, la ruralité, etc. « Rebelaos » exprime une tendance (parmi d’autres) dans le contexte ibérique, en proposant des alternatives concrètes – et en rupture avec la logique dominante – à des problèmes concrets, en en appelant à l’auto-organisation, à des initiatives d’en bas… sans attendre le grand soir ou l’effondrement brutal du système.
Il s’agit en quelque sorte de reformuler un anticapitalisme concret, qui ne peut pas se contenter d’être « contre » mais qui doit se constituer ici et maintenant en traçant en même temps des « pour », en inventant des propositions utiles et praticables, sans doute imparfaites, que résume bien la simple question que soulève John Holloway lorsqu’il dit : « si le capital ne peut pas fournir la base matérielle de la vie, alors nous devons la recréer d’une autre manière. »[ http://oclibertaire.free.fr/spip.ph... ]. Ce que, avec d’autres, des mouvements piqueteros argentins avaient déjà mis sur la table il y a plus de dix ans en inventant depuis l’extérieur des lieux formels de la production matérielle de valeurs d’échange, une nouvelle dialectique dans la création d’une nouvelle réalité politique, nouant entre eux l’antagonisme au capital (comme relation de pouvoir et comme capacité de redistribuer des richesses matérielles, y compris sous forme argent tant qu’il existe) et la création d’espaces propres et autonomes de production matérielle de biens jugés utiles – ou valeurs d’usage – et de relations sociales non capitalistes et égalitaires. Question qu’il est toujours possible d’esquiver ou de combattre d’un point de vue théorique, mais beaucoup plus difficilement si l’on réinterroge la transformation révolutionnaire pratiquement et donc stratégiquement, dans le monde réellement existant, qui est celui de la réduction objective du travail vivant nécessaire, particulièrement dans les pays de la vieille Europe, qui se déroule sous nos yeux.

Les « indignés » sont aussi traversés par d’autres problématiques, portées par d’autres tendances. Citons ceux qui parlent d’aller vers un « processus constituant », inspirés par des propositions émises par certains courants de la gauche intellectuelle et universitaire italienne, influencés par les écrits de Negri et Hardt, mais aussi par ce qui reste de l’altermondialisme et des diverses critiques conjoncturelles, tendancielles, situationnelles et superficielles ou partielles du capitalisme et les dichotomies qu’elles génèrent : public/privé, propriété intellectuelle/gratuité des biens communs, capitalisme industriel fordiste/capitalisme cognitif immatériel, capitalisme keynésien du Welfare/néolibéralisme, capitalisme productif/financier, travailleurs/précariat, peuples ou classe ouvrière/multitudes…. Un concept en tout cas assez vague pour convenir à divers tendances, depuis les aimables propositions d’une nouvelle constitution républicaine et participative à celles d’une refondation de l’ensemble des institutions de la gouvernementalité mondiale dans un grand mouvement d’abolition des frontières et d’une production coopérative et universelle en réseau de nouveaux ‟commons” (biens communs) immatériels… Notons simplement qu’il s’agit là de démarches et propositions visant toujours à établir des instances de pouvoir et de synthétisation de significations sociales par-dessus la tête des gens.

Sur Madrid, le 15M souhaite reprendre possession de la Puerta del Sol, au moins entre le 12 et le 15 mai pour y tenir des assemblées, comme ceux de Barcelone veulent le faire sur la Plaça de Catalunya. Sur Madrid, plusieurs cortèges doivent converger vers le symbole qu’est la Puerta del Sol où est prévue une assemblée en fin de journée.

Le ministre de l’Intérieur a averti que les campements n’auront pas lieu parce qu’ils sont interdits. Cette question de l’occupation des places va redevenir un enjeu entre le 15M et le gouvernement du PP. Au printemps 2011, le PSOE alors au pouvoir avait préféré – pendant quelques semaines – laisser les assemblées se réaliser et les campements s’installer plutôt que d’user ouvertement de la manière forte : les premières tentatives en ce sens n’avaient pas été concluantes et avaient en quelque sorte accéléré la formation du mouvement, en mobilisant des milliers de personnes contre les interdictions. Les déclarations musclées des divers représentants de la droite au pouvoir semblent indiquer qu’ils veulent agir différemment cette année. Vers l’épreuve de force cette fois ? On verra bien.

L’autre objectif de cette vague répressive est bien sûr d’effrayer les gens, de les détourner des manifestations de rues en les présentant comme des rassemblements réunissant des personnes violentes, des ‟vandales”, des partisans de la ‟guérilla de rue”. Quand les « violences » consistent pour l’essentiel à brûler des conteneurs de poubelles ou encore de mettre le feu symboliquement à des boites en carton dans des actions de type « performance » ou autres interventions symboliques et théâtralisées…

La défense de l’‟ordre public” comme défense de l’ordre social

En Catalogne, plus encore qu’ailleurs, l’hystérie semble une fois de plus s’emparer des autorités. En tous cas, le gouvernement de cette communauté autonome s’engouffre dans une escalade répressive et veut faire de la défense de l’ordre public le principal élément de légitimation de sa politique.

Les suites de la grève générale et des « incidents » lors de la manifestation (près de 200 arrestations dont 50 à Barcelone), se traduisent par un déchaînement médiatique et des opérations d’identification et d’investigation contre plusieurs dizaines de personnes. Felip Puig le ministre de l’Intérieur de la Communauté autonome annonce une liste de 80 personnes recherchées.

Ce n’est pas tout. Ce ministère de l’Intérieur a mis en place une page Web publiant les photos de 68 personnes désignées comme « violentes et antisystème », et incitant les honnêtes citoyens à les dénoncer à la police. Un gouvernement autonome qui entend régner par les surenchères sécuritaires : augmentation des effectifs des Mossos d’Esquadra, du nombre de caméras de vidéosurveillance…

La page Web appelée « Collaboration citoyenne contre la violence urbaine » participe de ce climat de chasse aux sorcières. Même deux délégués de UGT et CCOO de SEAT ont été arrêtés pour fait de piquet de grève… ils ont été libérés au bout de quelques heures avec une citation à comparaître…

D’autre part, des arrestations ont lieu toutes les semaines. A Terrassa (banlieue de Barcelone), à Tarragone, à Barcelone (dont Laura Gómez, une militante de la fédération locale de la CGT). Mais aussi à Pampelune (13 arrestations dont 7 mineurs).
En fait de ‟violence”, les différents collectifs impliqués dans les mobilisations rappellent que ce sont essentiellement les policiers qui en usent et les manifestants qui la subissent : des dizaines de fractures, deux manifestants ayant perdu un œil… Une violence policière qui déborde le cadre des manifestations et prend un caractère diffus, dans toute la société. A Bilbao, c’est un supporter de l’équipe de foot qui a été tué par une balle en caoutchouc (flash-ball) de la Erzaintza (police autonome) le 9 avril des suites d’une intervention de « maintien de l’ordre » à la fin d’un match. Quelques jours auparavant, le 29 mars, jour de la grève générale, à Gasteiz, toujours au Pays basque, un jeune de 19 ans a été transporté dans une “unité de soins intensifs” après avoir été touché à la tête par une “pelota” de l’Ertzaintza.

Trois manifestants du 29M sont par ailleurs maintenus en détention depuis cette journée de grève générale.

Les divers gouvernements de droite (PP à Madrid, CiU à Barcelone) n’ont pas le monopole de la manière forte. En Andalousie, dans la province de Córdoba, c’est le gouvernement de la région, dirigé par la gauche (PSOE et IU, l’équivalent local du Front de gauche) qui envoie la Garde Civile expulser les ouvriers journaliers de la propriété agricole (publique) de Somontes qu’ils avaient occupé au début du mois de mars et commencé à cultiver. L’opiniâtreté des jornaleros ne s’est pas démentie et dès le lendemain une centaine d’entre eux réoccupaient la finca.

A l’approche du mois de mai, les enchères sont montées d’un cran.

De leur côté, les « syndicats du système » ainsi que le PSOE et IU, pour montrer qu’ils ne sont pas d’accord avec les mesures prises par le gouvernement, appellent à des défilés deux jours avant, le dimanche 29 avril : ce qui n’aura strictement aucune conséquence à part occuper l’espace politico-médiatique.

Après les manifestations traditionnelles du 1er mai, qui prendront sans doute un caractère moins rituel que d’habitude et plus de protestation sociale, le 3 mai, doit se dérouler en effet à Barcelone un « sommet » de la BCE. Aussitôt, branle-bas de combat, le gouvernement espagnol sort de grand jeu, alors qu’il n’y avait que quelques appels à manifester, et décide de mobiliser 7000 effectifs de police au total (3000 de la police nationale et garde civile espagnole en plus des 4000 Mossos de Catalogne), de suspendre les accords de Schengen et de mettre en place un contrôle aux frontières à partir de samedi 28 avril à 0 heure jusqu’au 4 mai pour empêcher l’arrivée de manifestants de l’étranger…

C’est aussi le jour choisi par divers mouvements étudiants et enseignants des universités pour lancer un appel à la grève contre la hausse des frais d’inscription et des études universitaires. D’autres appels à manifester sont apparus ces derniers jours.

Avec la campagne de lynchage médiatique sur les questions d’ordre public, il n’est pas impensable que cela donne au contraire des envies de prendre la rue ce 3 mai, déjà pour désobéir aux injonctions gouvernementales à peine voilées de ne pas manifester.

Ce n’est pas nouveau. Les gouvernements et les États se servent toujours de la peur et de l’attachement réel ou supposé des gens à l’ordre social, à sa normalité, pour les mobiliser en faveur de la défense de l’ordre public et mieux marginaliser ainsi les minorités actives ‟anormales” et ‟asociales”. Le combat anti-répression devient chaque jour plus nécessaire afin d’exercer une vigilance permanente et une mobilisation contre les dispositifs et les stratégies des diverses institutions du pouvoir politique pour contenir la protestation sociale, particulièrement quand les options de la répression, de la criminalisation et de la prison, sont placées au centre, comme premières et principales réponses aux revendications, aux exigences des mouvements qui contestent l’ordre social et la légitimité de ceux qui l’administrent et veillent à sa sécurité et à sa pérennité. Les protestations sociales doivent inclurent dans les motifs qui les font naître et exister la défense – et l’élargissement - de leurs propres espaces d’expression, de confrontation.

1er mai. 3 mai. Puis du 12 au 15 mai… Il se pourrait bien qu’entre les actions directes de désobéissance sociale et les manifestations de rue d’un côté, et la volonté d’imposer à tous prix une normalité sociale au moyen d’une politique de la peur et de la mobilisation policière de l’autre, ce mois de mai 2012 soit un peu agité dans la péninsule. Vers un printemps chaud ? Ya veremos.

Á suivre…

Le 28 avril 2012

Francesco


PRISON POUR LA SECRÉTAIRE D’ORGANISATION DE LA CGT-BARCELONE http://www.cgtbarcelona.org/

Felip Puig (responsable du ministère de l’Intérieur) augmente ses otages

Aujourd’hui mercredi 25 avril de la juge d’instruction n ° 23 de Barcelone a ordonné l’incarcération sans possibilité de caution pour la Secrétaire d’Organisation de la CGT-Barcelone, accusée d’incendie et de dégâts indirects, de troubles à l’ordre public et délits à l’encontre des droits fondamentaux.

La CGT estime que les pressions politiques commencent à donner des résultats, à la fois sur le Palais de Justice et le procureur. Ce dernier, parce que le procureur estime qu’une personne avec un casier judiciaire vierge, avec un domicile fixe, un emploi stable et une fille qui vit avec elle, représente un risque de fuite et de récidive avant même d’être jugée et condamnée. Cette justice ne s’appliquent ni aux banquiers, ni aux politiciens suspectés par le procureur anti-corruption, qui les laisse en liberté. En fait, nous nous interrogeons sur la prétendue « indépendance judiciaire » par rapport aux pouvoirs dans un soi-disant "État de droit."

La CGT considère qu’il n’y a aucune raison de justifier l’arrestation et encore moins l’emprisonnement de Laura. C’est un clair abus de pouvoir et une violation du droit d’être en liberté. Ce cirque médiatique monté par la police catalane n’était pas nécessaire car elle ne cherche qu’à réprimer et écrouer les personnes et les organisations protestant et contestant le système sans être canalises par l’intermédiaire des « partenaires sociaux formés et autorisés."

Nous, les affiliées de la CGT, nous ne nous cachons pas, nous ne cachons pas nos actions, nous les considérons justes et sans danger pour l’intégrité des personnes. Nous écartons la règle de la police catalane d’enquêter sur beaucoup ce que nous faisons ou ne faisons pas. La CGT se demande quand y aura-t-il un procureur spécial pour enquêter sur les banquiers, les politiciens corrompus et les hommes d’affaires qui ont créé une crise qui plongent des millions des personnes dans la pauvreté et l’exclusion sociale. Quand y aura-t-il un site avec des photos de tous les criminels en col blanc qui sont traités par les autorités et par les pouvoirs publics comme des gentlemen. Quand un site web avec des photos de policiers qui ont mutilé et frappé de citoyens avec des balles en caoutchouc et des coups de matraque ? M. Puig, voila violence et vous l’avez toujours justifiée.

Nous considérons que cet emprisonnement est une vengeance du gouvernement catalan et de ses corps armées. (Mosos : police catalane) Vous n’avez pas pu assimiler que la journée de grève générale dans la matinée, de la CGT avec d’autres organisations, aient ressemblée plus de 15.000 personnes marchant dans le centre-ville et l’après-midi, plus de 50.000. L’objectif est de provoquer la peur parmi les citoyens, pour qu’ils ne se mobilisent pas et qu’ils acceptent les politiques économiques en silence et c’est pour ça que vous avez besoin de créer une image de violence totalement fabriquée....

La CGT, bien entendu, continuera à sortir dans la rue et à protester, comme l’on fait nos ancêtres, pour défendre la liberté et une société plus juste. La CGT continuera à se battre contre l’injustice, nous ne vous permettrons pas de rétablir les conditions sociales de travail du XIX siècle comme les banquiers et les politiciens vous le demandent.

RAZ-LE-BOL DE LA REPRESSION

LIBERTÉ IMMÉDIATE POUR LAURA

Carlos Navarro, Barcelone CGT-Premsa 25 avril 2012

CGT Confédération Générale du Travail

(Traduction CNT 66)

1 Message

  • Barcelone : Trois des quatre détenus du 29S remis en liberté

    La secrétaire à l’organisation de la FL de la CGT Barcelone reste incarcérée

    La justice a rendu deux décisions différentes. Le Tribunal de Barcelone a remis en liberté sous caution aujourd’hui trois des quatre prisonniers qui étaient détenus à la suite de la journée de grève générale du 29 mars. De plus, il leur est interdit de participer à des manifestations rassemblements publics dans la rue pendant toute la durée de l’enquête. Le tribunal a justifié la détention préventive pour une éventuelle participation aux manifestations du 1er mai ou celles qui se sont déroulées au cours du sommet de la Banque centrale européenne les 3 et 4 mai.

    Les personnes arrêtées étaient en prison depuis le 31 mars, accusés d’attentat, désordres publics, résistance, dommages, lésions, contre la sécurité routière et détention de substances inflammables et explosives. Accusations que les trois poursuivis ont niées.

    Dans son ordonnance, le juge d’instruction impose aux trois manifestants des cautions entre 3000 et 6000, et l’obligation de comparaître devant le tribunal toutes les deux semaines.

    Cependant, parallèlement à cette décision, la chambre du Tribunal de Barcelone a également décidé aujourd’hui de libérer les trois détenus, mais sans caution, une décision qui annule celle du juge instructeur car émanent d’une juridiction supérieure.

    Le point commun des deux décisions : les accusés ne peuvent pas aller à des manifestations ou des réunions publiques, et s’ils passent outre, c’est le retour à la case prison.

    Actuellement, seule reste placée en détention provisoire la secrétaire à l’organisation de la Fédération Locale de la CGT à Barcelone, Laura Gómez, sur réquisition du juge n°23 du Tribunal de première instance de Barcelone.

    ====================

    En Navarre, record absolu : 38 personnes ont été arrêtées à la suite de la grève de 29M

    Depuis le 29M, une personne a été détenue par jour en moyenne.

    Le 22 mars. Deux jeunes arrêtés lors des manifestations étudiantes appelées avant la grève de 29M dans toute l’agglomération d’Iruñea (Pampelune).

    Le 29 mars. Grève générale : la police nationale et provinciale ont arrêté 13 personnes, dont 11 mineurs.

    4 avril. Deux responsables du syndicat LAB sont arrêtés par la police nationale à Iruñea sur l’accusation d’avoir jeté de la peinture sur la CEN (le bâtiment du patronat navarrais). Ils ont été jugés le 19 avril. Le procureur a requis 12 mois d’amendes de 8 euros par jour, plus une indemnisation de 3 709,20 euros.

    Le 12 avril. Deux jeunes arrêtés à Lizarra par la Police régionale.

    Le 19 avril. Descente de la Police Nationale dans la comarque (canton) de Iruñea : 14 détenus, dont 7 enfants.

    3 mai. Cinq arrêtés en Iruñea, dont un mineur. Parmi les personnes arrêtées figure le responsable du syndicat LAB des services privés.

    Les détentions des 4, 12, 19 avril et du 3 mai ont été réalisées au cours de raids policiers. La police les a interceptés alors qu’ils se rendaient au travail, au lycée et même dans le lycée. Même dans le cas des mineurs, n’ont pas été envoyés aux accusés une citation à comparaître au tribunal : ils ont été directement arrêtés et fichés.

    Parallèlement à cela, il y a eu deux expulsions de campements (Iruñea et Lizarra), avec des dizaines de jeunes contrôlés. Et aussi de nombreuses charges de la police les 22M et 29M, avec de nombreux blessés. Le 29M, un mineur a été victime d’un tir de flash-ball dans la bouche.

    Selon le syndicat LAB, le gouvernement espagnol est en train d’utiliser les méthodes franquistes pour essayer de réduire au silence les protestations sociales.

    (Source : #LaboratorioRepresivo)


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