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Kurdes / Syrie

La phase finale : Rojava

par Amed Dicle

vendredi 20 septembre 2013, par WXYZ

Pour l’auteur de cet article, la Syrie est l’étape finale pour les Kurdes. Si les Kurdes gagnent en Syrie, ils gagneront dans la région au sens large. Cela aura très probablement un effet positif sur les conditions de la plupart des Kurdes en Turquie, en Irak et en Iran. Les enjeux et les forces contraires sont énormes.
Soit la situation des Kurdes dans une nouvelle Syrie sera reconnue et les Kurdes deviendront la force sociale la plus active au Moyen-Orient, soit ils seront rejetés, accentuant alors la confusion et le chaos régnant dans la région.


La phase finale : Rojava

le 7 septembre 2013

par Amed Dicle (*)

Les derniers développements en Syrie ont pris un tour de plus en plus compliqué, menaçant de se transformer en une répétition tragique du passé récent de ce pays.
Les forces d’opposition restent en majorité sunnites et multi-embrigadées. Les tentatives constantes de ces forces d’opposition d’exclure les Kurdes, malgré leur capacité organisationnelle, de la lutte politique en Syrie, et les calculs égoïstes (plutôt qu’orientés vers la stabilité) des forces internationales, montrent clairement que la paix demeure un horizon lointain pour la Syrie.

La situation actuelle en Syrie doit être abordée comme un produit de l’histoire des cinquante-soixante dernières années. Avec le recul, un aperçu historique de la Syrie révèle les dynamiques internes et les fondements historiques de ce qui se passe en Syrie aujourd’hui.
De 1925 à 1946, la Syrie est un Etat placé sous le mandat du gouvernement français. Les Français conçurent une infrastructure politique reposant sur une logique coloniale classique : le pays fut séparé en trois et dirigé avec trois infrastructures administratives différentes. Dans l’ouest, les Alaouites avaient conservé le pouvoir, dans le sud de la Syrie les Druzes s’autogouvernaient, alors que Damas et Alep, où les sunnites constituaient la majorité, étaient régis par un ensemble différent d’infrastructures gouvernementales et politiques. C’est ainsi que l’État français géra la situation en Syrie.
Cependant, dans l’ensemble de toutes ces infrastructures gouvernementales, les Kurdes restèrent catégoriquement et pratiquement non reconnus en tant que communauté, et encore moins en tant que peuple. Sous leur mandat qui a duré vingt et un ans en Syrie, les Français n’ont pas reconnu les droits du peuple kurde. De par leur relation d’intérêts avec la Turquie, les Français ont en fait soumis les Kurdes à diverses formes d’oppression.

Lorsque le colonialisme français prit fin et que la Syrie émergea comme un État indépendant et souverain en 1946, la situation des Kurdes ne changea pas car la première administration de la Syrie souveraine refusa également de reconnaître les Kurdes. De nombreux intellectuels ayant appelé à la reconnaissance des droits linguistiques et culturels furent arrêtés et emprisonnés. Plus nombreux encore furent ceux contraints de fuir le pays. L’union de l’Égypte et de la Syrie autour de l’axe du nationalisme arabe entre 1958 et 1962 ne signifia que plus d’oppression pour les Kurdes. Les Kurdes qui réclamaient leurs droits en Irak furent torturés en Syrie. En résumé, les gouvernements arabes, en conflit sur de nombreuses questions, s’allièrent facilement sur la question de la reconnaissance et les droits des Kurdes.

En 1962, l’État syrien retirait leur citoyenneté syrienne à soixante-dix mille Kurdes et par la suite les déclarait comme « étrangers vivant dans le pays ». Leurs droits à l’éducation, de voyager à l’étranger, ou à la propriété étaient confisqués. Aujourd’hui, on estime que cette population a augmenté de 3 à 400 000 personnes.
L’année 1963 est une autre date importante dans l’histoire syrienne : c’est l’année où le parti Baas arrive au pouvoir par un coup d’État. Le Parti, non seulement déclara la Syrie comme un « pays arabe », mais définit les Kurdes comme des « réfugiés déplacés de la Turquie ». Sur la base de cette dernière définition, on refusa aux Kurdes la totalité de leurs droits : l’identité kurde fut interdite et les noms des villages et villes changés. En d’autres termes, ce que la Turquie avait fait dans les années 1920, la Syrie l’a fait cinquante ans plus tard. Même écrire en kurde fut considéré comme un crime grave, sanctionné par de longues peines de prison avec des méthodes violentes d’incarcération.
Entre 1972 et 1974, des milliers d’Arabes furent déplacés de manière programmée par le régime Baas dans des villages kurdes, dans la province d’Al-Jazira (Djézireh), avec le projet annoncé de peuplement d’une « ceinture arabe » dans la région. Ce projet fut activement poursuivi jusque dans les années 2000, après la mort d’Hafez al-Assad et l’arrivée au pouvoir de Bachar Al-Assad.

Le fait le plus important à retenir à propos de l’ère Bachar est le massacre commis à Qamishlo le 12 mars 2004. Les Kurdes, inspirés par la chute de Saddam Hussein se révoltèrent contre le régime Assad. Avec le soutien de la Turquie, des dizaines de Kurdes furent massacrés. Le Premier ministre turc Erdoğan, qui qualifia le massacre d’« incidents », félicita Bachar Al-Assad personnellement pour avoir « restauré l’ordre et le contrôle » de la situation. La révolte de mars 2004, combinée avec les vagues de récents soulèvements dans la région, fut revendiquée à nouveau le 15 mars 2011[1]. Toute personne qui soutient l’idée de se débarrasser du régime actuel en Syrie, tous ceux qui veulent construire à sa place une Syrie démocratique, et tous ceux qui ont des problèmes avec le régime, doivent admettre qu’ils ont poursuivi le processus sept ans après les Kurdes.

Le plus gros problème pour les Kurdes, c’est le fait d’avoir été divisé en trois régions distinctes en Syrie.

1) Région de Cizîrê (Al-Jazira)

Cette région comprend les villes suivantes, énumérées ici avec leurs noms kurdes : Dêrika, Hemko, Tirbespiyê, Girkê Legê, Amudê, Dirbêsiyê, Serêkaniyê et Hesekê . Environ les trois quarts de la région est sous contrôle kurde. A tous les niveaux administratifs municipaux, les organisations civiles et militaires sont devenues complètement opérationnelles (ceci au cours du processus politique de l’an passé et conformément aux préparations préalables). Cette région d’Al-Jazira est le foyer de près de deux millions de personnes et est réputée être la région la plus riche de la Syrie. Bien que les Kurdes constituent la plus grande partie de la population, c’est une région cosmopolite. Pourtant, entre chaque ensemble donné de deux villages kurdes, un village « arabe » a été installé, et ce faisant, les droits fonciers et patrimoniaux des Kurdes confisqués. L’administration kurde actuelle dans la région a invité tous ceux qui y vivent à exprimer leur opinion dans la gouvernance de la région et à créer des parlements locaux collectifs.

          (Combattants kurdes chassant les djihadistes)

La région d’Al-Jazira se termine à Serêkeniye, limitrophe de la région de Tel Abyad. La zone située entre Serêkeniye et Tel Abyad avait été débarrassée de Kurdes sous le régime du Baas et repeuplée avec des habitants arabes. La région est actuellement sous le contrôle d’Al-Qaïda. La région qui s’étend de Tel Abyad à Kobanê, en revanche, est composée de villages kurdes et a été placée sous le contrôle et l’administration des YPG. De par sa densité de population et ses riches ressources, il ne serait pas exagéré d’appeler Al-Jazira la région la plus cruciale et le cœur de Rojava[2].
Al-Jazira, en d’autres termes, est presque synonyme de Rojava.

Toutes les villes, selon le découpage du gouvernement du Baas, constituent la wilaya ou l’état de Hesekê. La quantité de pétrole dans la province de Rimelan d’Al-Jazira est estimée comme étant la plus importante de l’ensemble de la Syrie, et l’on considère qu’elle a le même potentiel d’extraction que celle trouvée à Kirkouk en Irak. En outre, la région d’Al -Jazira produit la majeure partie de l’agriculture de la Syrie.

2) Région de Kobanê

Cette région est équivalente à la plaine de Suruç dans le nord du Kurdistan. Le centre de la ville de Suruç au-delà de la frontière est seulement distant de dix à quinze kilomètres de Kobanê. Les villages situés sur chaque côté de la frontière se font face. Les lieux les plus importants de la région comprennent Tal Abyad, ’Ayn Issa, Manbaj, et Al-Jarablus. Il y a plus d’un demi-million de Kurdes qui vivent dans la région, la plupart des villes et un nombre important de villages sont sous contrôle kurde.

3) Région d’Efrîn (Afrin)

La population locale est ici également d’environ un demi-million. Toutefois, en raison de la récente émigration à partir d’autres villes syriennes dans la région, le nombre de ceux qui vivent ici a doublé. Les villes les plus peuplées sont ici Êzaz, Cebel Seman et İdlip, et l’ensemble de la région est sous contrôle kurde.

La situation politique et militaire des Kurdes

Le leader du PKK, Abdullah Öcalan, traversa la frontière de Suruç à Kobanê en juillet 1979. il y resta pendant un certain temps alors qu’il était en route vers Damas et Beyrouth, où il passa les vingt années suivantes de sa vie. Durant cette période, Öcalan se rendit à Alep régulièrement et établit des relations intenses avec les Kurdes du Rojava. Selon la déclaration officielle du PKK, entre 1980 et 2012, environ cinq mille hommes et femmes du Rojava ont perdu la vie sur les fronts du PKK. Cela met en évidence le lien étroit entre les Kurdes de Rojava et le PKK. Avec le départ d’Öcalan de la région en 1999 et après le soi-disant traité d’Adana, qui initia entre la Turquie et la Syrie une collaboration au niveau des États en ce qui concerne « la question kurde », la marge de manœuvre du PKK fut pratiquement réduite à zéro en Syrie. Bon nombre de militants du PKK furent capturés et livrés à la Turquie par les autorités syriennes.

Le PYD a été fondée en 2003, en optant pour le paradigme politique et philosophique d’Öcalan et en l’adoptant comme base. Le co-leader actuel du PYD, Salih Muslim, fut emprisonné pendant trois ans, et beaucoup de membres du PYD ont été massacrés. Il faut rappeler à ce stade que, jusqu’en 2012, tout acte visible mené au nom de la kurdicité et de Rojava signifiait être une cible centrale pour le régime de Damas.

Lorsque la Révolution syrienne commença, les Kurdes en Syrie avaient un énorme avantage sur les autres. Ils étaient organisés, et ils savaient très bien comment s’organiser. C’est un fait que dans le Rojava ou en Syrie le PKK ne se voyait nulle part. Cela dit, il y avait une expérience vécue sur le terrain héritée et accumulée grâce à cette organisation. Les Kurdes étaient préparés lorsqu’ils se sont retrouvés à l’aube de la Révolution syrienne, à partir du 15 mars 2011. Au lieu de poursuivre une stratégie politique populiste, les Kurdes en Syrie ont opté pour une politique qui prend la participation sociale comme point de départ. Ils ont adopté des tactiques viables et à long terme – par opposition à celles pragmatiques qui changent tous les jours. C’est pourquoi, depuis le 19 juillet 2012 et de Kobanê à Derik, dans neuf grandes villes et des dizaines de districts, de villes plus petites et de villages, ils ont réussi à initier et à construire des révolutions du peuple.

Ce n’est pas une opération directe du PKK, comme certains le prétendent. Mais cela ne veut pas dire que le PKK est étranger ou extérieur à ces développements. Le PKK peut ne pas être là organiquement ou de manière organisationnelle, mais son esprit vit dans les pratiques politiques, militaires et sociales du peuple. Elles s’appuient sur les idées d’Öcalan

Au Rojava, tant avant qu’après 2011, la formation sociale la plus importante a été la TEV-DEM – le Mouvement de la Société Démocratique du Rojava en Kurde. Le PYD, le mouvement des femmes Yekîtiya Star, des organisations de jeunes et d’étudiants, des fondations culturelles, des collectifs d’artisans et des formations politiques similaires sont représentés sous les auspices de la TEV-DEM. 
Certains partis kurdes qui ont opté pour faire d’Hewlêr [Erbil, au Kurdistan d’Irak] leur centre politique (puisque leurs dirigeants vivent là-bas) ont choisi d’être actifs dans le Conseil national kurde syrien. En 2012, afin de s’assurer que les deux principales organisations fédératrices puissent travailler avec un agenda partagé, le Conseil suprême kurde s’est constitué avec dix membres, et cinq délégués pour chaque organisation. Les deux co-leaders de la TEV -DEM et du PYD sont membres du Conseil.

Dans chacune des trois régions de Rojava, des comités liés au Conseil suprême kurde sont actifs. Le mode de gouvernance est organisé en rubriques selon les domaines économiques, politiques, culturels et sociaux. Organisé comme un modèle de bas en haut qui encourage les citoyens à participer directement, le paysage politique dans le Rojava contemporain constitue un « modèle » concret pour le reste de la région moyenne-orientale.

Les YPG, chargées de la sécurité, constituent avec plus de quinze mille combattants la plus grande force militaire de la région. Lors de leur dernière conférence, elles ont décidé d’officialiser leur organisation comme une armée professionnelle. Une partie non négligeable de leurs combattants sont des femmes. Six bataillons au total, soient environ 1.500 femmes combattantes, ont créé leur propre unité autonome. Les YPG sont sous la juridiction de la commission de la défense du Conseil suprême kurde.

D’un autre coté, les forces chargées d’assurer la sécurité dans les villes et qui agissent comme police de la circulation, sont organisés en dehors des YPG. Des académies ont été mises en place pour former les gens qui rejoignent ces forces, et elles travaillent en étroite collaboration avec les conseils populaires.

Conformément avec l’évolution récente de la situation politique et sociale, un nouveau modèle de gouvernance se construit dans le Rojava. Selon les projets élaborés pour poursuivre cette construction, des élections seront organisées dans six mois. Le parlement local qui sera formé à la suite des élections constituera le ‟Gouvernement de transition de Rojava”. Les partis et autres organisations politiques participeront à ce gouvernement sur la base des voix qu’ils auront obtenues lors de ces élections. Les Kurdes du Rojava poursuivront leur gouvernance autonome jusqu’à ce qu’une nouvelle Syrie émerge. Dans cette nouvelle Syrie, les Kurdes veulent être reconnus et acceptés en tant que deuxième plus grand peuple dans le pays. En retour, ils reconnaîtront l’autorité du gouvernement central. Ils proposent également un modèle d’autonomie démocratique. Jusqu’à ce que la nouvelle Syrie émerge, le gouvernement de transition sera chargé de répondre aux besoins de la population. Cela dit, si dans cette nouvelle Syrie il arrivait qu’émerge un régime qui refuserait aux Kurdes leur dignité et leurs droits en Syrie, comme Al-Nosra ou le régime actuel, alors les Kurdes entreraient dans une nouvelle période de lutte. Un nouveau combat pour faire face à un régime qui n’aurait subi qu’un changement de nom, et qui renâclerait à résoudre les problèmes de la Syrie.

Quels sont les dangers qui guettent les Kurdes dans le long terme ?

Il y a deux dangers majeurs que nous devons mettre en évidence ici.

Le premier est interne, à savoir parmi les Kurdes eux-mêmes ; le second est le danger d’un conflit entre les Kurdes et les forces externes.
Comme expliqué ci-dessus, les diverses factions du mouvement kurde se sont réunies sous les auspices du Conseil suprême kurde.
Cependant, peu de temps après, certaines organisations ont décidé de ne pas approuver ou reconnaître le Conseil. Même si elles ont déclaré que la raison de cette attitude était l’échec du Conseil à répondre à leurs attentes, il y a lieu de croire qu’elles ont été influencées par d’autres acteurs.

Rappelez-vous que le Conseil lui-même est composé de différents partis, organisations et collectifs, y compris mais non limité au Front national kurde de Syrie et au Parlement démocratique du peuple de Rojava. Le Front (ou Conseil) national kurde de Syrie (Eniye Neteweyî ya Kurdên Sûrî-ENKS) est une coalition fortement associée à l’YNK [UPK, Union patriotique du Kurdistan] et au PDK. Parmi eux, les formations politiques comme Al-Partî et Azadî sont en contact direct avec la Turquie. Comme ils n’ont pas une base organique dans le Rojava, ils cherchent à exercer le pouvoir grâce à des soutiens externes. De ce fait, ils sont en opposition directe avec le PYD. Au sein du Conseil, bien que le PYD dispose de la même représentation que les autres, il bénéficie du principal soutien social des populations locales. Pour des raisons évidentes, la Turquie est mal à l’aise avec cette réalité et veut contrôler la popularité du PYD et contenir l’influence de ce dernier dans la région. Les dernières réunions qui ont eu lieu entre la Turquie et le PYD confirment que la position de la Turquie est devenue de plus en plus difficile à tenir, révélant les fondements de la politique turque de « pacification par la négociation. »
En fait, il y a des petits groupes organisés à l’intérieur du Rojava qui cherchent à favoriser des troubles. Il est important de se rappeler que ce n’est qu’après la rencontre entre Salih Muslim et les autorités turques que de nombreux membres d’Al-Qaïda ont organisé des attaques simultanées et synchronisées dans chacune des trois régions du Rojava. En d’autres termes, la Turquie use et abuse de son autorité et de ses connexions de multiples façons, y compris en faisant pression sur certaines organisations kurdes pour qu’elles ne coopèrent pas avec le PYD, en encourageant les attaques dans les régions kurdes, et en même temps, en reconnaissant partiellement le PYD. Tous ces moyens visent à favoriser ses intérêts dans la région, surtout maintenant que la Turquie traverse son propre processus de ‟solution” avec le PKK et les Kurdes.

Le deuxième danger (et probablement le plus grand) se situe dans la politique des forces extérieures aux Kurdes. Comment le gâteau de la Syrie sera-t-il partagé ? Le statut des Kurdes sera-t-il reconnu ? Par exemple, si la Turquie reconnaît le statut des Kurdes en Syrie, elle sera aussi contrainte ou forcée d’accepter ses propres citoyens kurdes ? Comment la Turquie pourra-t-elle s’appuyer sur le Traité de Lausanne avec les deux jambes du traité cassées ?[3]

Pour toutes ces raisons, la Syrie est l’étape finale pour les Kurdes. Si les Kurdes gagnent en Syrie, ils gagneront dans la région au sens large. Cela aura très probablement un effet positif sur les conditions de la plupart des Kurdes en Turquie, en Irak et en Iran. Tant le mouvement kurde que les forces anti-kurdes sont conscients de cela. Soit la situation des Kurdes dans une nouvelle Syrie sera reconnue et les Kurdes deviendront la force sociale la plus active au Moyen-Orient, soit ils seront rejetés, accentuant alors la confusion et le chaos régnant dans la région.

          (“Artillerie kurde”. Au cours des derniers combats, les YPG ont récupéré des chars, aussi bien du côté de l’armée du régime d’Assad que chez les djihadistes)

Nous aurons les réponses aux questions posées ici dans un proche avenir. Les Kurdes veulent s’organiser politiquement afin de démontrer qu’ils sont une force avec laquelle il faut compter. L’acteur le plus sensible impliqué dans ces développements reste la Turquie – dont le gouvernement mène actuellement des négociations avec Öcalan sur l’île d’Imrali. La tâche à accomplir est d’établir une nouvelle synergie dans la région avec les Kurdes et de forger un nouvel ordre de justice, dont les contours restent flous. Le processus demeure inévitablement ouvert à de multiples possibilités. Mais un certain nombre de choses vont cesser en Syrie ; elles seront effacées. Dans le même temps, un certain nombre de choses vont s’achever en Syrie, et peuvent refleurir.

Amed Dicle

Le 27 août 2013


La version originale de ce texte a été publiée en langue turque le 27 août 2013 sur Jadaliyya.com

Version anglaise : ici

Traduction : OCLibertaire

___

Notes de la traduction

[1] Le 15 mars 2011 marque le début du soulèvement populaire en Syrie. C’est le jour où a commencé le mouvement de protestation contre le régime de Bachar Al-Assad avec des manifestations dans tout le pays.
[2] Rojava : “là où le soleil se couche” en kurde, l’ouest ou l’occident ou le « ponant ». Par facilité de langage, c’est devenu synonyme de Kurdistan occidental (soit celui situé en Syrie).
[3] Le Traité de Lausanne de 1923, remplaça celui de Sèvres de 1920 qui instituait, entre autre, une Arménie et un Kurdistan indépendants. Le Traité de Lausanne officialise les pertes territoriales de l’empire ottoman mais permet à la Turquie kémaliste de conserver l’Arménie (au nord-est) et le Kurdistan (au sud-est).


Sigles

PYD : Parti de l’unité démocratique (Syrie)
PKK : Parti des travailleurs du Kurdistan (Turquie)
PDK : Parti démocratique du Kurdistan (Irak) : Dirigé par Massoud Barzani, actuel président du gouvernement régional du Kurdistan.
UPK (YNK dans les sigles kurdes) : Union Patriotique du Kurdistan (Irak) : Dirigé par Jalal Talabani, président de l’Irak.
YPG : Unité de Protection du Peuple (forces armées kurdes de Syrie)
TEV-DEM : Mouvement démocratique de la société (Kurdes de Syrie)
Al-Partî (ou PDK-S) : Pendant du PDK de Barzani en Syrie.
Parti Azadî (Liberté) : Parti kurde de Syrie né à la fin des années 1990. S’est allié avec des mouvements islamistes de l’Armée Syrienne Libre contre le PYD et les YPG.
ENKS : Conseil national kurde de Syrie (dominé par les partis traditionnels du Kurdistan d’Irak PDK et UPK).
Jabhat [Front] Al-Nosra (ou Al-Nusra) : Un des principaux mouvements djihadistes opérant en Syrie. A fait allégeance à Al-Qaïda tout en restant indépendant des autres mouvements, dont l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL).


(*) Amed Dicle est né à Diyarbakır, Kurdistan de Turquie, en 1980. Il a quitté Diyarbakır à l’âge de vingt ans ; il a vécu dans l’exil pendant quatorze ans et a exercé comme journaliste pendant douze ans. Il a travaillé pour les chaînes de télévision de Medya, de Roj, et de Nuçe et a réalisé des reportages en Irak, au Kurdistan du sud, au Rojava, et dans plusieurs pays d’Europe.


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