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courant alternatif d’avril, n° 239 est sorti

mercredi 9 avril 2014, par admi2


SOMMAIRE

édito page 3

lutte des classes

page 4 La Redoute, suite et pas fin ?

page 7 Quand le FMI rend visite au Pays Basque

page 9 A bas les « privilèges » des...cheminots

page 10 Santé : On lutte encore !

l’économie en brèves page 11

question sociale

page 12 Pacte de responsabilité : PACS entre bourgeois

nucléaire

page 14 Fukuschima, on n’oublie pas

page 16 Déchets radioactifs. Débat public ? Débat bidon ! en revenant de la manif

page 18 Nantes, 22 février ; la manif régénère

page 20 Féminisme : un 8 mars parisien bien dissonant !

page 22 criminalisation du travail du sexe, les femmes noires en prison

big brother page 24

International

pages 26 Françafric en centrafique

pages 28 Ukraine :un hiver plutôt chaud

société

pages 32 De l’interdiction du boycott des produits israéliens à celle des spectacles de Dieudonné : L’Etat s’en mêle

EDITO

Aussi limitées qu’elles puissent paraître, les luttes sur le terrain de la production et des services sont les preuves d’une lutte de classes qui se poursuit.

«  La tendance du capitalisme aux expansions soudaines constitue l’élément le plus important, le trait le plus remarquable de l’évolution moderne ; en fait l’expansion accompagne toute la carrière historique du capital, elle a pris dans sa phase finale actuelle, l’impérialisme une énergie si impétueuse qu’elle met en question toute l’existence civilisée de l’humanité.  » R. Luxemburg

Le scénario d’une relance économique stimulée par l’activité des pays dits “émergents” est en passe de tourner court. En guise de reprise, la crise semble prendre un tour dont l’issue apparaît désormais imprévisible. Les monnaies des “Bricks” subissent depuis peu d’importantes chutes de valeur tandis que la fameuse croissance chinoise montre des signes de ralentissement significatifs. Ces nouvelles agitent d’autant les dirigeants du vieux monde que la reprise attendue se double à leurs yeux d’un enjeu politico-idéologique important. Les nouveaux Eldorados sont, certes, des auxiliaires inféodés au centre historique du capitalisme et assurément ils le resteront. Mais ils sont, au même titre, la promesse que ce vieux cœur usé peut se refaire une nouvelle jeunesse ; la démonstration à qui en douterait encore, que le capitalisme ne connaît aucune limite, qu’il est en capacité de rebondir à l’infini…

La confrontation à l’œuvre aux quatre coins du globe entre impérialismes rivaux nous laisse entre-voir un tout autre tableau. Que ce soit actuellement en Syrie, en Ukraine ou encore sur le continent africain. Par delà les fractures propres à chacun de ces Etats, ils sont, de fait, les espaces où se reconfigure le partage d’un seul système en crise entre puissances rivales. A mesure que les désordres économiques s’enchaînent, la recherche de débou-chés, le contrôle et l’accès aux richesses naturelles s’affirment comme les enjeux géostratégiques majeurs de la période. Et en la matière, ce sont une fois encore les vieilles recettes qui prévalent ; à base de militarisme, de coups de force et de mise sous tutelle des populations. La même logique bi-polaire où Etats-Unis/Europe d’un côté et Chine/Russie de l’autre n’auront de cesse d’affirmer et tenter d’imposer leur leadership.

Une nouvelle étape de cette politique pourrait bientôt s’incarner dans le Projet de Partenariat Transatlantique. Si les Etats-Unis et l’Union Européenne parviennent à conclure cet accord, ils réussiront alors un joli doublon. Les bénéficiaires exclusifs en seront bien évidemment leurs groupes multinationaux respectifs. Cette alliance commerciale qui s’annonce d’évidence inégale entre les deux zones, permettra de s’attaquer aux salaires et à la protection sociale des travailleurs des deux côtés de l’Atlantique. C’est à ce prix qu’une Union Européenne qui peine à s’imposer sur la scène internationale, espère trouver aux côtés des Etats-Unis des moyens de pression appropriés et persuasifs afin d’accéder aux marchés qui pour le moment lui échappent toujours.

En Ukraine, les effets de cette crise et les pratiques d’un pouvoir corrompu ont justement conduit une partie de la population à la révolte. Des ukrainiens qui aspirent à plus de droits et de libertés se sont mêlés dans un même mouvement à d’autres ukrainiens porteurs, ceux là, d’une vision ouvertement réactionnaire de la société. Cette confusion est une caractéristique commune à de nombreux autres soulèvements populaires de la période. La dimension le plus souvent interclassiste de ces rébellions parait à la fois inévitable, comme un passage obligé qui dans le même temps en souligne l’une des limites immédiates. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que la “révolution ukrainienne” débouche à son tour sur le simple remplacement du personnel politique en place. Pour autant, la question sociale se pose en Ukraine comme ailleurs. Elle se devra d’occuper une place centrale dans les événements à venir. En dépit de quoi, ce sont les impérialistes à la manoeuvre qui se chargeront d’instrumentaliser les ressorts du nationalisme afin de tracer des lignes de partage contre les intérêts mêmes des prolétaires. Pour autant, doit-on craindre comme certains le laissent entendre un affrontement militaire sur le sol européen entre d’un côté l’OTAN qui reprendrait du service et de l’autre la Russie ? A mesure que la crise du système va s’aggraver la solution militaire demeurera une hypothèse à ne pas exclure. Mais pour le moment nous n’en sommes pas là. Et les affaires continuent. L’épisode de la Crimée n’entravera pas la vente d’armes à la Russie par la France qui empochera plus d’un milliard d’euros pour la livraison de deux navires ...

Une même incertitude règne ici, où l’on se demande combien de temps encore l’apathie sociale demeurera la seule réponse apportée aux attaques conjuguées des patrons et de l’Etat. Les journées nationales de mobilisation orchestrées par les centrales syndicales ne jouent même plus le rôle de contre-feux. La dernière en date, celle du 18 mars contre le “pacte de responsabilité” a connu le même insuccès, ou peu s’en faut, que celle d’octobre contre la casse des retraites. On sait par avance que rien ne peut sortir de ces “journées spectacles”. Pour le moment, l’espoir, bien maigre, mais bien réel en même temps, réside dans quelques luttes de secteur. A La Redoute où une base ouvrière déterminée a pour le moment refusé de céder au chantage du plan social que lui impose le groupe Kering. A la Poste, dans les départements du 92 et le 78, où les travailleurs mènent depuis plus d’un mois une grève offensive et qui déjoue les pièges de l’isolement. A l’hopital psychiatrie de Caen où s’organise une AG nationale des hopitaux en lutte. Chez les intermittents du spectacle qui pratiquent les occupations de lieux dans leur lutte contre la casse des dispositifs de protection sociale. Même si elles s’éteignent comme elles sont apparues, et aussi limitées qu’elles puissent paraître, ces luttes sont les indices d’une conflictualité latente qui couve malgré tout. Et cela sur le terrain de la production et des services que certains s’imaginent à tort aujourd’hui pacifié. Elles sont les preuves d’une lutte de classes qui se poursuit.

Boulogne-sur-mer, le 23/03/14.