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Rojava (Kurdistan syrien)

La bataillle de Kobanê : entre offensive djihadiste, complicité turque et résistance kurde

(mise à jour 30 septembre)

mardi 30 septembre 2014, par WXYZ

Mise à jour, dimanche 28 septembre : voir à la fin.

Mise à jour, mardi 30 septembre : voir à la fin.



L’offensive de l’État islamique (EI) lancée sur Kobanê, l’un des trois cantons Kurdes de Syrie, le 15 septembre, se poursuit et marque un épisode crucial à la fois de la guerre en Syrie et de la révolution lancée par les mouvements de la gauche kurde.
L’enjeu de cette bataille détermine le sort du Kurdistan tout entier et de l’ensemble du Moyen-Orient.

Kobanê, troisième ville kurde de Syrie, peuplée avant la guerre d’environ 300 000 habitants, mais abritant aujourd’hui plus de 200.000 réfugiés, est depuis plus d’une semaine le théâtre d’une des opérations militaires des djihadistes les plus brutales, et après celle de Homs, la plus cruelle.

Une conséquence du renforcement des islamistes

L’origine immédiate de cette attaque se trouve à l’extérieur de la Syrie. En Irak, l’EI a réussi à s’emparer d’un énorme butin d’armes, en partie du régime de Saddam Hussein mais surtout d’une énorme quantité d’armes lourdes et de blindés abandonnés par les États-Unis et la "nouvelle" armée irakienne. Quand, au mois de juin, l’EI a occupé Mossoul, il a trouvé des arsenaux presque intacts. En août, le groupe islamiste se lançait contre Sinjar parce que cette ville est pour l’essentiel peuplée de yézidis. Le but de l’EI est d’exterminer littéralement toute religion qui n’est pas musulmane sunnite. Ces événements ont provoqué une réponse internationale et les États-Unis ont commencé à bombarder des positions de l’EI permettant ainsi une certaine reprise du terrain de la part des troupes kurdes irakiennes (barrage de Mossoul notamment).

Lors des évènements de Sinjar, la principale milice kurde Syrie, les YPG (Yekîneyên Parastina Gel / Unités de défense du peuple), vont intervenir pour la première fois sur le sol irakien pour sauver des dizaines de milliers de réfugiés, abandonnés de tous, en envoyant des renforts depuis le Rojava (Kurdistan de Syrie). Des renforts qui ont joué un rôle fondamental dans les monts du Sinjar, en organisant des couloirs humanitaires et en organisant les premières unités d’auto-défense yézidis, mais aussi sur d’autres points de la ligne de front, en particulier en reprenant, avec les combattants du PKK accourus eux-aussi, la ville de Makhmour et les villages alentours.

Paradoxalement ou pas, les bombardements américains, qui ont certainement sauvé de nombreux civils en Irak, ont provoqué cette attaque brutale sur le territoire syrien. Il n’est pas possible d’agir en Irak sans réfléchir à l’échelle globale, particulièrement sur les développements en Syrie, car cela revient à se protéger sur un flan en laissant l’autre à découvert.

Mais les États-Unis ne semblent pas avoir une stratégie qui aille au-delà de la protection des champs pétroliers et du rétablissement des anciens cadres nationaux et institutionnels. En ce sens, frapper l’EI en Irak (et surtout en Irak), récupérer Mossoul et les riches provinces du nord, aider à consolider le régime autonome du Kurdistan irakien, ce qui revient simultanément à faire refluer les djihadistes et les renvoyer en Syrie (où ils seront plus utiles pour les Occidentaux en combattant à la fois le régime de Damas et les kurdes ‟terroristes‟ du PKK-PYD), apparaissent comme l’axe principal des États-Unis et de la coalition qu’ils entendent mettre sur pied et diriger.
Les bombardements récents sur le sol syrien obéissent à cette ligne générale, même s’ils ouvrent apparemment un second front anti-djihadiste ayant pour visée et effet attendu d’affaiblir le régime de Bachar el-Assad.

Kobanê est située dans la province de Raqqa qui est la place force de l’EI, sa ‟vraie” capitale, vers laquelle se replieront les troupes djihadistes en cas d’offensive majeure sur Mossoul (province de Ninive) et sur l’ouest irakien (la grande province d’Al-Anbâr au ¾ désertique mais avec les villes rebelles de Ramadi et Falloujah et des frontières incontrôlées avec la Jordanie et l’Arabie Saoudite).

Les éléments de cette offensive

L’EI a semble-t-il déplacé une partie de ses forces en Syrie, concrètement à Raqqa. Le ‟calife” auto proclamé lui-même, Ibrahim, est maintenant en Syrie. Une fois qu’il a pu concentrer une bonne partie de ses forces militaires en Syrie, l’EI s’est retrouvé avec un potentiel très important et a défini un nouvel objectif prioritaire : Kobanê.

Les raisons sont au moins au nombre de trois :
1) Kobanê est le canton central des trois cantons Kurdes. Il est aussi le plus petit. Le faire tomber signifie isoler les deux autres, Efrin à l’ouest, Cerîzê à l’est.
2) Kobanê permet d’accéder à la Turquie depuis la Syrie. Comme plusieurs sources l’ont montré, les preuves du soutien turc à l’EI sont claires.
3) Les Kurdes, en particulier les YPG, se sont montrés sur le champ de bataille comme la seule force pouvant faire face à l’EI, et même de l’écraser dans de nombreux endroits. À égalité de conditions s’entend.

À cela peuvent être ajoutées des raisons supplémentaires, symboliques mais tout aussi importantes.
Kobanê est l’endroit où a été proclamée la révolution du Rojava, le 19 juillet 2012. C’est aussi la ville où s’est rendu la première fois Abdullah Öcalan, le 2 juillet 1979, lorsqu’il s’exila de Turquie pour poursuivre la lutte. C’est aussi à Kobanê que la solidarité kurde avec les victimes de l’opération Anfal perpétrée par le régime de Saddam Hussein (le massacre de Halabja en 1988) a été parmi les plus fortes, où, entre autres, les enfants faisaient don de leurs propres vêtements pour les jeunes survivants du génocide. C’est un des berceaux du mouvement kurde en Syrie.

Et en supplément, une raison tactique : les djihadistes pouvaient espérer profiter de l’absence de bombardements des forces occidentales sur le sol syrien.

Dans ce contexte, l’EI a lancé une attaque très préparée contre Kobanê avec les éléments suivants :
1) Une attaque sur trois fronts à la fois ; par l’est, par l’ouest et par le sud.
2) L’engagement de 3000 combattants au début, qui ont été renforcés au bout de cinq jours par plus de 4000 autres : ils sont maintenant 7000.
3) L’utilisation de l’essentiel de son arsenal de Syrie.
4) L’utilisation des équipements militaires arrivés en provenance de la Turquie, au moins deux trains de marchandises anonymes détectés à Tell-Abyad
5) Et, élément fondamental : l’utilisation d’artillerie lourde, en particulier environ 50 tanks en provenance d’Irak, des arsenaux du régime syrien et même de Turquie selon des témoignages.

Ce déséquilibre dans les armements a eu pour conséquence que le 15 septembre, l’EI a pu briser le front par le sud, malgré la résistance kurde désespérée. Le 17 septembre, l’avancée djihadiste était indéniable.

Les YPG n’ont pas de véhicules blindés ni de chars, et se battent essentiellement avec des AK47 (fusils d’assaut, les célèbres Kalachnikov), des RPG (lance-grenades, à moyenne portée) et des mitrailleuses. Leur supériorité en organisation, en expérience et en détermination leur avait permis de tenir pendant des mois, mais l’arrivée des chars depuis Raqqa a rendu impossible le maintien de cet équilibre des forces. C’est comme se battre avec des lances contre des canons. D’autant plus qu’il s’agit d’une zone de plaine, désertique et en partie irriguée, rendant quasiment impossible les actions de guérilla face à des forces dotées d’équipements blindés équipés pour les tirs de longue portée.

Le 17 septembre, l’EI est entré dans 21 villages et dès le lendemain, les YPG ont donné l’ordre d’évacuer les populations et de battre en retraite. 48 heures plus tard, les villages occupés par les djihadistes seraient au nombre d’une soixantaine.
À partir de là, les YPG ont réussi à stabiliser le front au prix de très lourdes pertes de part et d’autre. L’EI a semble-t-il choisi de ne pas user toutes ses forces et se limite à des bombardements massifs contre la population civile. L’Observatoire des droits de l’homme en Syrie (proche de l’opposition "modérée") parle de 70 morts dans chaque camp, mais aussi d’un grand nombre de disparus chez les Kurdes. D’autres sources avancent des pertes beaucoup plus importantes chez les djihadistes.

La Turquie, principal allié des djihadistes

Les appels désespérés des assiégés n’ont eu aucun effet. Les États-Unis, principal responsable des faits pour avoir bombardé l’Irak et laissé la Syrie être un sanctuaire, ont regardé ailleurs pendant plus d’une semaine. La Turquie offre un soutien officieux à l’EI et les Kurdes d’Irak qui doivent tant aux YPG, se limitent à des mots et des gesticulations. Une dernière donnée : l’EI a émis une fatwa (décret religieux) par laquelle tous les Kurdes qui sont capturés, qu’ils soient militaires ou civils, doivent être décapités. Un demi-million de Kurdes sont encerclés à Kobanê par l’EI avec deux options : mourir au combat ou par des bombardements ou être exécutés s’ils sont pris.

Mais des milliers de civils ont fui avant l’arrivée des djihadistes et se sont dirigés vers la frontière syro-turque.

De son côté, la Turquie a au début, rendu la frontière totalement infranchissable pour les Kurdes. Les consignes du Premier ministre Ahmet Davutoglu était de créer une zone tampon pour bloquer tout aide aux Kurdes de Syrie, civils comme combattants, ordre fut donné de les renvoyer vers leur ville et leurs villages bombardés.

Vendredi 19 septembre, alors qu’ils n’étaient que 3 à 4000 face aux soldats turcs, ainsi que des centaines de jeunes Kurdes venus manifester leur solidarité depuis le côté turc, ils ont forcé le passage, coupé les barbelés et ont contraint le gouvernement turc à ouvrir la frontière. Dès le lendemain, ils et elles étaient des dizaines de milliers.

Ce lundi 22 septembre, les réfugiés fuyant l’offensive djihadiste dépassent les 100 000. On parle de 130.000. Des Kurdes, mais pas seulement : Arabes, Assyriens, Arméniens…, toutes les populations composites de cette région, au-delà des Kurdes, les communautés vivant et/ou ayant trouvé refuge à Kobanê en masse depuis le début de la guerre (200 000), qui s’enfuient depuis que la frontière s’est entr’ouverte.

Tout le week-end, les Kurdes de Turquie sont descendus dans les rues par dizaines de milliers dans les principales villes. Des centaines de jeunes de tout le sud-est de la Turquie se sont dirigés en bus ou en voitures particulières vers la ville de Suruç (Pirsûs en kurde), proche de la frontière, en face de Kobanê.

Des milliers de policiers, gendarmes et soldat turcs ont été déployés pour contrôler les manifestants et militants qui veulent se mêler aux réfugiés. Au poste frontière de Mursitpinar, les forces de répression turques ont lancé des attaques pour disperser la foule à coup de gaz et de canon à eau. Dimanche, plus de trente manifestants blessés ont été hospitalisés dans différents hôpitaux de la province d’Urfa (ou Şanlıurfa). Des centaines de manifestants ont répondu avec des pierres et au moins un véhicule de la police a été incendié. Des tentes de solidarités dressées par des manifestants ont aussi été incendiées par les soldats.

L’État turc, accusé déjà d’armer encore les djihadistes, entend créer une zone-tampon sur la frontière pour empêcher les flux de personnes dans les deux sens : la fuite de réfugiés vers la Turquie dans un sens, l’afflux de volontaires et d’aide matérielle en direction de Kobanê pour renforcer la résistance.

D’après différentes sources, plus d’un millier de jeunes kurdes de Turquie ont réussi à passer la frontière à d’autres endroits pour rejoindre les rangs des YPG, répondant ainsi à l’appel lancé le 18 septembre par la KCK (Union des Communautés du Kurdistan).

Vendredi 19 septembre, à la mi-journée, le gouvernement turc a fini par céder sur l’accueil des réfugiés (pouvait-il faire autrement ?) mais continue d’aider l’EI en empêchant des renforts et le matériel (armes, munitions, équipements, autres fournitures militaires et non militaires) de rejoindre la ville assiégée. Non seulement la Turquie bloque les volontaires du Kurdistan turc mais aussi les nombreux Kurdes syriens qui ont franchi la frontière pour accompagner leurs familles, les aider à se mettre à l’abri et qui souhaitent revenir à Kobanê pour se battre.

Depuis samedi 20 septembre, les réfugiés peuvent passer mais les sorties en direction de Kobanê sont totalement bloquées sur et aux alentours de la route principale.

L’armée turque, de fait, complète le siège des djihadistes de Kobanê par le nord.

Dimanche 21 septembre, alors que les affrontements faisaient rage sur la frontière entre les soldats et policiers turcs et jeunes manifestants kurdes, le PKK lançait un nouvel appel aux armes pour défendre la ville de Kobanê et affirmait que 400 de ses combattants avaient déjà rejoint le front ces derniers jours, une ligne de front qui se situe à environ une quinzaine de kilomètre de la ville. D’autres renforts et de meilleures armes (anti-char notamment) sont attendus dans les prochains jours, malgré l’encerclement.
Des attaques de diversion sont également attendues depuis les autres cantons kurdes de Syrie, en particulier de la Jazira, à l’est de Kobanê.

Dimanche 21/09 toujours, d’après le quotidien turc Milliyet, l’EI aurait capturé environ 300 membres supposés du PYD dans différents villages et les auraient ensuite abattus par balles. D’après le quotidien, certains d’entre eux auraient été forcés de se déshabiller, puis trainés sur le sol avant d’être exécutés. Des photos de corps allongés par terre ont été diffusées sur Internet sans qu’elles soient authentifiées.

Les témoignages des réfugiés traversant la frontière, à pied, en véhicules, dont des ambulances, rapportent qu’il y a eu de nombreuses décapitations dans les villages. Pour, İbrahim Binici, député pro-kurde du HDP présent sur la frontière qui a recueilli ces témoignages, « plutôt que d’une guerre, il s’agit d’une opération de génocide... Ils vont dans les villages, coupent les têtes d’une ou deux personnes et les montrent aux villageois ».

La KCK : « il n’existe plus aucune limite dans la résistance »

Le mouvement kurde dans son ensemble appelle à une mobilisation générale pour défendre Kobanê et repousser les forces de l’EI.

Les organisations politiques civiles légales ainsi que tout le tissu associatif appellent la population à descendre dans la rue, à se rendre en masse en direction de la frontière, à aider les réfugiés et les assiégés. De leur côté, les instances du mouvement comme la KCK ainsi que les organisations ‟illégales” et combattantes (PKK, PYD…), appellent la jeunesse kurde de Turquie à rejoindre la résistance armée en s’enrôlant dans les unités combattantes, notamment les YPG et YPJ du Rojava. Le 22 septembre, la KCK émet un nouveau communiqué déclarant que « le peuple kurde ne doit plus mettre de limites à sa résistance ».

Communiqué

KCK : Les frontières doivent disparaître, Urfa[*] et Kobanê doivent s’unir

ANF - 20 septembre 2014

La co-présidence du Conseil exécutif de la KCK a lancé un appel invitant le peuple du Kurdistan, d’abord et avant tout la population [du district] de Urfa, à rejoindre la résistance de Kobanê et à faire de la lutte contre l’EIIL [État islamique en Irak et au Levant, devenu EI, Etat islamique] la lutte du peuple du Kurdistan tout entier : « Enlevons les frontières, unissons Urfa avec Kobanê, défaisons les agresseurs de l’EIIL et faisons de la Révolution du Rojava la révolution de toute la Syrie et de l’ensemble du Moyen-Orient »

La déclaration de la KCK a indiqué que la résistance du peuple de Kobanê avait encouragé la lutte démocratique partout, en ajoutant : « des dizaines de milliers de jeunes doivent rejoindre la résistance et répondre au fascisme de l’EIIL ».

« La Turquie est derrière les gangs de l’EIIL »

Le communiqué de la KCK a ensuite déclaré : « Ils ont beau le nier, il ne fait aucun doute que l’une des puissances qui se trouve derrière l’EIIL est la Turquie. L’Etat turc utilise l’EIIL pour attaquer la révolution de Rojava et l’ensemble du peuple kurde. C’est comme ça qu’il mène sa sale guerre contre la lutte de libération kurde. Le PDK, qui est allié avec la Turquie, a déclaré que la Turquie ne l’avait pas aidé quand il avait été attaqué par l’EIIL. Cela démontre que les relations Turquie-EIIL sont plus profondes et plus complètes que les relations Turquie-PDK. Le gouvernement de l’AKP s’efforce de sortir de son isolement dans la région par l’EIIL. Les médias du monde entier ont documenté cette relation. La libération de 49 membres du personnel consulaire turc [de Mossoul] s’est produite à la suite de ce soutien en faveur de l’EIIL. Les otages ont été libérés en raison notamment de la collaboration turque avec l’EIIL lors de son dernier assaut sur Kobanê ».

« La Turquie maintient sa politique la plus hypocrite »

La déclaration de la KCK souligne l’hypocrisie de la politique turque, en disant : « D’une part, elle utilise l’EIIL pour attaquer le peuple kurde, et de l’autre elle fait de la propagande sur la façon dont elle accueille ceux qui arrivent à sa frontière. Cela entrera dans l’histoire comme un exemple flagrant de son hypocrisie. L’un des objectifs de la Turquie est de vider Kobanê des Kurdes, brisant ainsi les effets positifs de la Révolution du Rojava sur le Kurdistan du Nord » [de Turquie].

La déclaration de la KCK insiste sur le fait que la révolution de Kobanê doit être étendue à Urfa, et que le fascisme de l’EIIL doit être noyé dans le sang qu’il a répandu en raison de la révolution du Rojava combinée avec la révolution dans le nord du Kurdistan.

« Les Kurdes du Nord doivent se rendre à Kobanê et au Rojava »

« Des dizaines de milliers de jeunes doivent rejoindre la résistance et répondre au fascisme de l’EIIL », poursuit le communiqué, ajoutant que de cette manière l’État turc et les politiques antikurdes de l’AKP pourraient être vaincus.

« En ce moment, l’Etat turc et l’AKP n’ont pas de solution politique. Ils utilisent l’EIIL pour étrangler aspirations démocratiques. »

« Les attaques de l’EIIL doivent être considérées comme des attaques de la Turquie »

La déclaration KCK se conclut avec un appel à prendre les armes : « La résistance contre l’EIIL dans Kobanê doit se transformer en une résistance contre le gouvernement de l’AKP. Rejoignez la résistance de Kobanê et faisons de la lutte contre l’EIIL la lutte du peuple du Kurdistan tout entier. Enlevons les frontières, unissons Urfa avec Kobanê, défaisons les agresseurs de l’EIIL et faisons de la Révolution du Rojava la révolution de toute la Syrie et de l’ensemble du Moyen-Orient »

La déclaration du Conseil exécutif de la KCK se termine en commémorant ceux qui sont tombés pendant la lutte dans le canton de Kobanê.

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[*] Note : Urfa est la province du Kurdistan turc située en face du canton de Kobanê. Le district de Suruç (Pirsûs en kurde), près de la frontière, où se retrouvent les réfugiés, en fait partie.

Sur le front diplomatique, trois députés du HDP (Parti démocratique du peuple) de Turquie, Selma Irmak, Sabahat Tuncel, Kemal Aktas, et une ex-députée Allemande au parlement européen Feleknaz Uca, ont commencé une grève de la faim à Genève, devant les bureaux de l’ONU, ce dimanche 21 septembre afin d’attirer l’attention de l’opinion publique sur les offensives et les massacres de l’Etat islamique à Kobanê, et demander une aide humanitaire d’urgence pour le peuple kurde. Selma Irmak a déclaré à un journaliste du quotidien Today’s Zaman d’Ankara : « En plus de la grève de la faim, nous allons avoir des entretiens diplomatiques avec les responsables de l’ONU. Nous allons demander à l’ONU et aux puissances internationales d’envoyer une aide militaire aux Kurdes pour éliminer la violence de l’EI ».

Sur le front kurde, le PKK, par la voix d’un de ses dirigeants, Duran Kalkan, n’appelle pas les peshmergas irakiens à intervenir directement sur le sol de Rojava, mais leur demande de lancer des offensives sur le territoire irakien contre les djihadistes.

Selon plusieurs témoignages, dans la nuit de dimanche au lundi 22 septembre, environ 500 combattants du PKK auraient réussi à déjouer la surveillance de la frontière par l’armée turque et à s’infiltrer en territoire syrien.

Au total, on estime que, depuis une semaine, près de 1000 combattants du PKK ont rejoint Kobanê et qu’un nombre équivalent de jeunes kurdes sympathisants ou militants non combattants ont réussi à franchir la frontière pour s’enrôler dans les unités combattantes ou pour, d’une manière ou d’une autre, participer à la défense de la ville.

Par ailleurs, plusieurs centaines de combattants de la guérilla du PKK sont passés depuis leur base, située dans les monts Qandil en Irak du nord, dans le canton le plus oriental du Rojava, Cezîrê (Jazira), afin de contribuer à la mise en œuvre d’attaques sur d’autres fronts afin de briser le siège de Kobanê.

Offensive djihadiste bloquée

Ce lundi 22 septembre, les YPG affirmaient avoir stabilisé le front et bloqué l’offensive de l’EI à une quinzaine de kilomètres de la ville de Kobamê, et même avoir entamé une contre-offensive sur les fronts sud et est. Par ailleurs, les forces kurdes auraient commencé une attaque contre des positions djihadistes depuis le canton de Cezîrê (Jazira).

Dans un communiqué, le centre de presse des YPG affirme que les forces kurdes ont perdu 32 combattants au combat en une semaine, et infligé des pertes bien supérieures à l’EI : 232 tués, 4 chars et une dizaine de véhicules détruits, et une grande quantité d’armes saisies. Ils ont aussi annoncé avoir arrêté 3 djihadistes étrangers, 2 Belges et 1 Français.

La situation dans la ville devient de plus en plus difficile. L’eau et l’électricité ont été coupées par les djihadistes. Un journaliste d’un quotidien turc parle d’une ville en partie désertée, mais aussi avec des habitants déterminés et armés d’armes de poing. Les jeunes kurdes venus du Nord s’entrainent pour partie au maniement des armes ou sont incorporés dans les groupes de la défense civile de la ville.

Solidarité partout

En France, samedi 21 septembre, manifestations à Paris à l’appel de la Fédération des Associations Kurdes de France (FEYKA). A Marseille, sur le Vieux-Port, une banderole de 80 mètre de long a été déployée par des militants kurdes…. En Allemagne, plusieurs manifestations ont eu lieu.

En ce qui concerne les appels à l’aide internationale, les forces kurdes de Kobanê ne demandent ni la présence de peshmergas d’Irak (ils ne souhaitent pas du tout que les barzanistes mettent leurs pieds dans le coin) ni expressément des frappes aériennes (même s’ils les souhaitent) : mais ils accepteraient volontiers des armes lourdes, anti-char, leur permettant de se battre « à égalité de conditions » et de reprendre l’offensive sur le terrain, au sol. Par contre, en cas de coalition "occidentale" sur le "front syrien" contre l’État Islamique, le PYD n’entend pas en être exclu : il demande à en faire partie en tant que force belligérante de premier plan s’opposant à la fois au régime d’Assad et aux djihadistes avec une longue expérience du combat au sol (interview de Saleh Muslim, co-président du PYD, à la Frankfurter Allgemeine, 21-09-2014)

Les frappes aériennes des États-Unis

Dans la nuit du 22 au 23 septembre, plusieurs frappes aériennes ont eu lieu sur le territoire syrien à l’initiative des Etats-Unis. Les principales cibles visées étaient des infrastructures de l’EI dans la région de Raqqa, près de Tabqa (ancienne base aérienne du régime prise par l’EI le 24 août dernier), Aïn Issa (entre Raqqa et Kobanê) et Tell Abyad (Girê Sipî en kurde, proche de la Turquie, une zone de conflit avec les YPG), Deir ez-Zor au sud-est et dans deux endroits de la frontière entre la Syrie et l’Irak sous contrôle de l’EI.

D’autres bombardements ont eu lieu dans la région d’Alep et celle d’Idlib, dans le nord-ouest du pays où ce sont semble-t-il les djihadistes du Front al-Nosra (Al-Qaïda maintenu) qui ont été visés.

Selon un communiqué de l’état-major des forces armées étatsuniennes, la coalition comportait l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Jordanie, le Bahreïn et le Qatar. Magnifiques retournements de vestes quand on sait d’où sont venus les soutiens (en armes et financiers) aux djihadistes...

Les différentes factions de l’opposition syrienne dite modérée se félicitent de ces frappes.
Les mouvements kurdes ont également salué cette intervention.

Mais ils ne s’en satisfont pas.
Ils veulent des armes, comme les Kurdes d’Irak. Ils veulent un soutien à leur lutte. Des manifestations sont en cours sur ce point, notamment à Londres, devant le Parlement où un rassemblement est appelé mercredi 24/09, ainsi qu’à Bruxelles les 24 et 25 septembre, à Paris le 24, à Reims, Draguignan, Strasbourg, Bordeaux, Toulouse, etc...

Ils veulent être associés à la coalition anti-EI : « Nous sommes impatients de collaborer avec la coalition dans la lutte contre le terrorisme qui menace toutes les valeurs humaines au Moyen-Orient », a déclaré Salih Muslim, le co-président du Parti de l’union démocratique (PYD) ce mardi 23 septembre. Mais ils ne veulent pas jouer les supplétifs d’une opportuniste coalition ‟arabo-occidentale”, bien au contraire : ils veulent accroitre les moyens de poursuivre la lutte de libération kurde, avec la mise en place d’un projet politique et d’un modèle social originaux et alternatifs (confédéralisme, autonomie démocratique, écologie, anti-patriarcat…) : ce sont ces objectifs-là qu’ils entendent défendre et placer de manière non-négociable dans le cadre d’un ‟front” de lutte anti-djihadiste. Ils veulent la reconnaissance de l’autonomie du Rojava et de son autogouvernement. Ils veulent poursuivre, approfondir, amplifier, étendre la mobilisation pour la libération kurde sur tous les fronts, sur tous les terrains de lutte.

S’ils se battent militairement en Syrie et en Irak, ils n’oublient pas le caractère global de leur combat et en particulier celui qu’ils mènent depuis si longtemps sur le front turc. Ils veulent que soit dénoncée la politique de la Turquie, que soit démantelée la « zone tampon » installée par le gouvernement turc à la frontière, no man’s land militarisé qui n’a d’autres fonctions que de compléter le siège de Kobanê et d’empêcher des renforts de rejoindre l’enclave kurde pour mettre en déroute les djihadistes.

Ils demandent que soient sanctionnés les États qui aident les djihadistes et que le PKK soit retiré de la liste des organisations terroristes.

Les forces kurdes des YPG et YPJ pour leur part ont non seulement stoppé l’offensive des djihadistes sur Kobanê dès le dimanche 21 septembre, mais ont lancé lundi 22 une offensive sur la ville de Tell Abyad (70 kilomètres à l’est de Kobanê), tenue par l’EI, depuis la ville kurde de Sêrékaniyé (Rass al-Aïn, canton de Cizîrê) située à plus de 100 km à l’est. D’autres attaques sont menées depuis trois jours au sud de cette zone (Mabrukah) contre des positions djihadistes afin de briser le siège de Kobanê.

La bataille de Kobanê n’est pas seulement un épisode important pour Kobanê et le Rojava ou même pour la seule lutte contre les djihadistes. Son enjeu détermine le sort du Kurdistan tout entier et de l’ensemble du Moyen-Orient.

Le 23 septembre 2014

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Post Scriptum

Alors que nous bouclons l’édition de cet article sur le site, un communiqué des YPG fait un rapide état de la situation. Il annonce ce mercredi 24 septembre que les djihadistes restent bloqués sur le front de l’est et que plusieurs villages (Susanê, Tell Xezal, Halinc…) ont été repris au djihadistes au sud, sud-ouest et ouest de Kobanê ces dernières heures.
Ce début de contre-offensive est tantôt mené par les YPG/YPJ seuls, tantôt avec les combattants du Burkan El Fırat, Centre d’opérations conjointes, structure récemment créée regroupant des brigades issues de l’ASL dans la région de l’Euphrate et agissant en accord politique et en coordination militaire étroite avec les YPG, contre les djihadistes et contre le régime de Damas.

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Vidéo montrant des centaines de Kurdes prenant d’assaut un poste frontière turc le lundi 22 septembre et pénétrant en masse à Kobanê pour se joindre à la résistance.


Syrie : Face aux offensives barbares de l’EI contre Kobanê,
appel à manifester le 27 septembre


Mise à jour 28 septembre

Situation très difficile à Kobanê

Difficile d’avoir une vision précise, mais quelques bribes d’infos sont assez alarmantes. Les bombardements de la coalitions semblent totalement ignorer le front de Kobanê et l’urgence de la situation. La Turquie annonce qu’elle va changer de position par rapport à l’EI... mais rien ne change, elle verrouille la frontière au nord, réprime les manifestation de solidarité sur le territoire turc, d’Istanbul azux régions kurdes.

Depuis moins de 48 heures, les combats se sont rapprochés de la ville. Il y a une âpre bataille pour le contrôle d’une colline située à 6 km à l’ouest de Kobanê. C’est une position stratégique cas c’est l’unique point dominant dans cette zone totalement plate. Les Kurdes l’avaient perdu vendredi mais le lendemain ils l’ont reprise.

Signe de ce rapprochement des djihadistes : au moins un obus de mortier a touché la ville vendredi 27 septembre, provoquant 1 mort et plusieurs blessés graves parmi les habitants. Et aussi du côté turc de la frontière, un minibus a été touché par un engin similaire.

Les combats seraient aussi très durs au sud et à l’est.

Il y a eu deux vagues de bombardements aériens sur la zone de Kobanê, le 25 et le 27 septembre, mais qui n’auraient pas touché leur cible. Les forces kurdes ont dit que les frappes du 25/09 n’avaient eu aucun effet.
Pour celles du 27/09, le commandement des opérations US dit qu’un bâtiment de l’EI et 2 véhicules militaires ont été détruits. Les YPG affirment que le bâtiment était vide au moment de la frappe. Le SOHR (Observatoire syrien pour les droits de l’homme), proche de l’opposition syrienne dite modérée, ces frappes auraient tué 3 combattants djihadistes…

D’autres frappes ont eu lieu vers la ville de Tell Abyad (70 km à l’est de Kobanê), visant des raffineries de pétrole, là où les combattants kurdes essaient de progresser depuis Serêkaniye (Ras al-Ayn) depuis le 23 septembre (dans le canton de Cezîrê).

Signe de la violence des combats : on apprend que 300 combattant-e-s kurdes blessés sont ou ont été hospitalisés ces derniers temps en Turquie, selon un correspondant du journal The Independant. Ce qui est une première. Rappelons que des centaines de djihadistes blessés sont depuis longtemps transportés et soignés dans des hôpitaux en Turquie, notamment dans une zone frontalière plus à l’est.

Sur le « front nord », la frontière avec la Turquie est toujours bloquée par la police turque en direction de Kobanê, mais samedi 27, plusieurs centaines de Kurdes, syriens et turcs, ont abattu la grille marquant la frontière et ont encore réussi à passer pour défendre Kobanê. La police ne serait pas intervenue, ce qui est interprété comme un « signe » d’une légère évolution de la position d’Erdoğan sur le conflit. Mais un véhicule des YPG à côté de la frontière a été touché par un tir de l’armée turque.

Selon le SOHR, les combattants kurdes (essentiellement de la guérilla du PKK) venus renforcer les effectifs en territoire syrien depuis le 15 septembre, seraient au nombre de 1500.

Mais les choses se réchauffent aussi ailleurs.

- Turquie

Sur le territoire kurde de Turquie, les HPG (aile militaire du PKK) viennent de revendiquer deux actions armées. Le 26 septembre, 4 soldats ont été tués et 2 blessés dans une attaque désignée comme « un avertissement à la politique de terreur de la police contre le peuple et la politique de génocide ».
La veille, au cours d’une autre action, dans une autre zone, visant une patrouille, 1 policier a été tué et 2 autres blessés.
Il n’y a pas de long développement politique dans ce communiqué. Donc officiellement pas de rupture du cessez-le-feu mais des actions d’« avertissement ».

Par ailleurs, dans la région de Roboski (Sirnak), zone frontalière entre la Turquie et le Kurdistan autonome d’Irak (un des points chauds du conflit car c’est là où le 28 décembre 2011, des avions militaires turcs avaient bombardé ce village, tuant 34 kurdes dont 19 mineurs, tous des civils qui se dédient la plupart au commerce transfrontalier), les HPG auraient attaqué la « route de sécurité » marquant la frontière et s’en sont suivis des affrontement avec l’armée qui auraient duré deux heures. Pas de bilan pour l’instant.

Il est clair que le PKK fait monter la pression sur Erdoğan, sur ce plan comme ailleurs : appel de 200 intellectuels, écrivains et personnalités de Turquie en direction de l’ONU lui demandant de prendre « une position forte pour la défense de Kobanê », manifs en Turquie (généralement bloquées comme à Istanbul ou réprimées comme dans les régions kurdes), rassemblements et manifestations en Europe, appels diplomatiques et humanitaires de toutes sortes, rassemblement de masse à la frontière entre la Turquie et la Syrie (une chaîne humaine de 25 km de long), etc…
Il y a quelques jours, la KCK avait dit dans un communiqué que, compte tenu de la position du gouvernement turc vis-à-vis de l’EI, « l’attaque contre Kobanê signifie que l’environnement de non-belligérance n’existe plus ».

Les manifestations de solidarité avec Kobanê sont attaquées par la police turque à Istanbul et à Izmir.

- Irak

Une unité des HPG basée dans un village proche de Sinjar (où les yézidis ont pris la fuite), a été attaquée par les djihadistes dans la nuit.

Dernier communiqué de la KCK (Union des Communautés du Kurdistan)

KCK : Les Kurdes ont des doutes au sujet de la coalition internationale

ANF – ISTANBUL, 28.09.2014

La présidence du Conseil exécutif de la KCK (Union des Communautés du Kurdistan) a publié une déclaration attirant l’attention sur le fait que les puissances internationales qui prétendent avoir mis en place une coalition pour lutter contre ISIS ne sont pas intervenues à Kobanê.

La KCK déclare que, dans la région de Kobanê, se livre une lutte semblable à la résistance contre le fascisme pendant la Seconde Guerre mondiale, ajoutant que la coalition internationale n’était pas intervenue contre l’EI.

Remarquant que les encouragements donnés à l’EI du fait que les avions de guerre de la coalition bombardaient d’autres endroits, ne seront pas acceptés, la KCK souligne que si une tragédie devait se produire à Kobanê, alors les Kurdes et l’opinion publique en tiendront pour responsables la Turquie, les Etats-Unis, l’Europe et les autres pays de la coalition.

« Les bombardements d’autres endroits en Syrie et en Irak, tout en ignorant Kobanê, ont éveillé les soupçons parmi les Kurdes et l’opinion publique. Si une tragédie devait se produire à Kobanê, alors les Kurdes et l’opinion publique en tiendront pour responsables la Turquie, les Etats-Unis, l’Europe et les autres pays de la coalition. Il n’est pas acceptable que les avions de guerre de la coalition frappent d’autres endroits alors qu’une immense résistance contre l’EI est en cours à Kobanê », déclare la KCK qui désigne les attaques de l’Etat turc à la frontière avec Kobanê comme une guerre contre le peuple kurde.

La déclaration de la KCK souligne que : « La population de Kobanê et les combattants des YPG et YPJ résistent héroïquement depuis 13 jours. Cette résistance, l’une des plus importantes jamais vue, n’est pas seulement pour le peuple kurde mais pour toute l’humanité, d’abord et avant tout pour les peuples du Moyen-Orient. Les forces révolutionnaires dans le Rojava offrent une résistance similaire à celle qui s’est manifestée contre le fascisme pendant la Seconde Guerre mondiale ».

Ils veulent être des sauveurs, une fois que le massacre aura eu lieu

Remarquant que le monde entier observe avec étonnement que la coalition internationale frappe d’autres endroits en Syrie et en Irak et ignore ce qui se passe à Kobanê, la KCK a déclaré que cela avait suscité de la méfiance, ajoutant ; « S’ils comptent attendre qu’un massacre ait lieu, et intervenir ensuite, comme c’est habituellement le cas, alors personne ne pourra accepter cela. L’humanité exige que quelque chose soit fait avant qu’un massacre ait lieu ».

La complicité de l’Etat turc dans ce crime a été remarquée une fois de plus.

« L’Etat turc, qui dit qu’il va rejoindre la coalition, ouvre le feu constamment sur des combattants et des véhicules des YPG et entrave leur mouvement. Il a également ouvert le feu sur des habitants de Kobanê, tuant une personne et blessant deux autres, démontrant sa complicité avec l’EI », a rappelé la KCK, en ajoutant que de cette manière la Turquie avait déclaré la guerre à tout le peuple du Kurdistan. La KCK souligne que le peuple kurde devra répondre en intensifiant sa lutte.

Ils encouragent l’EI en frappant ailleurs

La déclaration KCK souligne que « si aujourd’hui Kobanê est attaqué, c’est parce que la révolution du Rojava a résisté au fascisme de l’EI avant tout le monde. S’il devait se produire une tragédie à Kobanê, alors les Kurdes et l’opinion publique en tiendront pour responsables la Turquie, les Etats-Unis, l’Europe et les autres pays de la coalition ».

La KCK a également déclaré qu’il n’était pas acceptable que les avions de guerre de la coalition frappent d’autres endroits alors qu’une énorme résistance contre l’EI est en cours à Kobanê.

Le KCK a terminé sa déclaration en lançant un appel à tous les peuples du monde à soutenir la résistance du peuple de Kobanê, à repousser et à vaincre le fascisme de l’EI et à faire de la résistance de Kobanê le début de la fin pour ce fascisme.

Source : Firat News Agency (ANF - Ajansa Nûçeyan a Firatê)

(Traduction : OCLibertaire)

En fin d’après-midi ce dimanche 28 septembre, au moins 6 roquettes tirées par les djihadistes auraient atteint le centre-ville de Kobanê, d’autres seraient tombés sur les quartiers est et ouest de la ville. Les informations sont contradictoires. Les YPG annoncent des victoires sur le front est mais les djihadistes semblent en mesure d’atteindre les populations civiles de la ville. Les appels à des bombardements ciblés sur la ligne de front se multiplient.



Mise à jour du 30 septembre

Urgence Kobanê !

Les djihadistes aux portes de la ville

Ce mardi 30 septembre, les troupes djihadistes ont encore progressé en direction de Kobanê.

Selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH, proche de l’opposition syrienne dite modérée) joint par l’AFP, « L’EI est désormais à 2 ou 3 km de Kobané (nom kurde de la ville), il y a juste une vallée qui sépare les jihadistes de la ville ». Il s’agit du côté ouest. La veille, ils étaient à 5-6 km. Ce même lundi 29/9, plusieurs missiles Grad (de fabrication soviétique) ont atteint le centre-ville, faisant au moins un mort et plusieurs blessés.

Dans la soirée, la même source déclare que l’EI contrôle maintenant 325 des 354 villages de l’enclave.

Pourtant, la presse fait été de nouveaux bombardement de la coalition sur la zone de Kobanê dans la nuit de lundi à mardi. Le CentCom US a aujourd’hui déclaré à ce sujet : « Trois frappes près de Kobane ont "détruit" une pièce d’artillerie de l’EI, endommagé une autre et détruit deux lance-roquettes ». (AFP).

Bombardements : peu nombreux et inefficaces

La "coalition" bombarde un peu partout en Syrie, mais surtout sur des raffineries de pétrole, des complexes gaziers, des silos à grains (tuant au passage des ouvriers) mais ne fait rien contre les combattants de l’EI qui encerclent Kobanê. Ils sont pourtant complètement visibles, à découvert, dans une zone plate, semi-désertique...

C’est le deux poids, deux mesures.
Les défenseurs de Kobonê demandent des armes (en particulier des lance-missiles anti-char) mais les seules armes qu’ils obtiennent sont celles qu’ils récupèrent chez leur ennemi. Par contre les "bons" Kurdes (peshmergas) d’Irak reçoivent plein d’armes depuis quelques semaines, de la part de plusieurs pays, certains combattants partent même s’entrainer en Allemagne.
La coalition USA-pétromonarchies sur le "front syrien" s’attaque aux installations pétrolières et gazière (tiens, tiens…) sous l’argument d’attaquer l’économie de l’EI. Comme s’il n’y avait pas quelques urgences sur le terrain…

Non seulement la coalition ne frappe pas vraiment sur le front de Kobanê, mais il faut croire qu’ils ne savent pas viser !

La séquence TV ci-après, d’un grand média US (CNN !), montre bien à quel point frapper les djihadistes qui assiègent Kobanê ne fait pas partie de la mission. Les réponses des porte-paroles, gênées et à côté de la plaque : « Nous sommes en train de réfléchir et de discuter avec nos partenaires pour voir ce que nous pouvons faire pour les aider ». Dans la seconde séquence, le contre-amiral interrogé ne fournit aucune explication convaincante sur le pourquoi de cette absence d’aide à la population de Kobanê.

http://www.youtube.com/watch?v=apYK...

Hypothèse plausible

La plus évidente des hypothèses est que la coalition dirigée par les États-Unis avec essentiellement des pétromonarchies islamistes sur le "front syrien", veut laisser la question de Kobanê et des Kurdes de Syrie être sous-traitée par la Turquie. Cette dernière a très certainement placé cette question comme son “domaine réservé”, comme condition de sa participation à la coalition. Et pour les États-Unis, il n’y a aucune raison de refuser cela à la Turquie, d’autant que ces deux États partagent le même refus de voir émerger un pôle (territorial, social, politique…) qui remette en cause les frontières et les intérêts stratégiques et géoéconomiques (géo-énergétiques surtout) dans cette région du monde.

Une quarantaine de chars et de véhicules blindés turcs ont été déployés lundi à la frontière et ne font rien contre les djihadistes qui se trouvent à portée d’obus, alors qu’ils progressent encore et se trouvent pratiquement aux portes de la ville.

Que cherche le gouvernement turc ?
Continuer le double jeu, c’est connu, mais pourquoi ?

Etre le gendarme de la région, contrôler tout le nord-syrien, affaiblir le mouvement kurde, annihiler toute perspective d’autonomie kurde, surtout avec les PKK/PYG. Et au passage renouer avec le Gouvernement régional kurde d’Irak (Barzani) car les relations se sont très refroidies ces derniers temps : quand Erbil, menacé par l’EI, a appelé au secours, les Turcs n’ont pas bougé le petit doigt, même pas livré quelques armes.

Le projet de l’État turc : profiter de sa situation géographique pour être incontournable, quelle que soit l’issue, avec Bachar maintenu ou sans.

Et dans l’immédiat quoi ?
Soit les djihadistes lancent l’assaut sur Kobanê, et l’armée turque pourrait alors intervenir, mais au moment où cela arrangerait le plus Erdoğan, par exemple en laissant faire quelques massacres par l’EI et en intervenant ensuite comme les sauveurs et les garants de la « paix » ; soit les Turcs imposent aux djihadistes, par "la force de la conviction", qu’ils se retirent sans combattre pour prendre leur place.

Dans tous les cas, le même résultat : ils parviennent à contrôler la zone.

On sait que le projet de la Turquie, depuis très longtemps, est de créer une zone de sécurité tout le long de la frontière côté syrien, officiellement pour se protéger. Mais cette « zone tampon » a pour objectif d’établir un pouvoir turc sur l’ensemble de ce territoire qui se trouve être aussi une grande partie du territoire de Rojava. Cette zone militaire frontalière aurait donc deux objectifs liés l’un à l’autre : briser le projet de réaliser l’autonomie kurde dans cette zone kurde de Syrie (et au mieux, consentir à l’existence de 2 ou 3 cantons « autonomes », mais séparés les uns des autres, dépendants de la Turquie, comme des sortes de bantoustans) et aussi bien sûr briser toute possibilité de continuité territoriale entre Rojava (Kurdistan occidental, en Syrie) et Bakûr (Nord-Kurdistan, en Turquie). En plus, ça regorge de pétrole par là…

Le hic, c’est que presque tous les plans lancés par la Turquie ces derniers temps se sont magistralement plantés !

Autres combats en cours

  • Une attaque conjointe des YPG et des peshmergas (combattants kurdes d’Irak) a conduit à la prise de la ville frontière de Rabia entre la Syrie et l’Irak au nord de Mossoul lundi 29/09. L’attaché de presse des YPG a été tué dans les combats.
  • En Irak, une offensive conjointe des peshmergas et des HPG (Forces de défense du peuple, la guérilla du PKK) a été lancée ce mardi depuis la grande ville de Kirkouk (considérée comme kurde mais faisant partie ‟légalement” du territoire irakien) vers des villages tenus par les djihadistes situés plus au sud.
  • Par ailleurs, dans la région de Sinjar, d’intenses combats opposent depuis le 26 septembre d’un côté les djihadistes, de l’autre l’alliance entre les HPG et les YBŞ (Unités de résistance de Sinjar), essentiellement composées de Yézidis. Ces unités ont été mises en place avec le soutien des mouvements de la gauche kurde de Syrie et de Turquie après leur intervention début août dans cette région du nord de l’Irak pour évacuer plusieurs dizaines de milliers fuyards perdus dans les montagnes. Ces combats se déroulent précisément dans le corridor humanitaire qui avait été créé alors et qui relie cette zone avec le Rojava.

Urgence : Kobanê en danger

Il y a urgence à Kobanê.
Partout des initiatives se prennent pour alerter les médias et l’opinion et faire pression sur les gouvernement et les autorités, pétitions demandant des armes et des moyens de se battre, grèves de la faim qui ont débuté lundi à Bruxelles (devant le Parlement européen), aujourd’hui à Paris (place des Invalides), Londres (au 10 Downing Street) et sans doute ailleurs. Le slogan de ces jeûnes de solidarité est : « La résistance de Kobanê est une résistance pour la défense de l’humanité ! »

A Paris

Kobanê est en danger, réagissez !

Veille pour un soutien immédiat de la France à la résistance de Kobanê contre Daesh !

Sur la place des Invalides
(angle rue de l’Université et rue de Constantine)
1er octobre, de 14h à 18h30 ; 2 et 3 oct de 12h à 19h

Depuis le 15 juillet, les gangs armés de l’Etat islamique (EI ou Daesh en arabe) lancent des offensives sur trois fronts contre le canton de Kobanê, utilisant des armes lourdes saisies en Irak et en Syrie. Dans le cadre de ces offensives, ils bénéficient du soutien militaire, politique et logistique de la Turquie. En échange de la libération de ses 49 otages retenus par l’EI, cette dernière a livré des tanks et des armes aux djihadistes.

Les dizaines de milliers de réfugiés qui ont dû fuir devant l’arrivée de l’EI sont amassés le long de la frontière entre la Turquie et la Syrie. Avec la population kurde de Turquie qui a massivement afflué à la frontière pour les soutenir, ils sont pris en étau entre les djihadistes de Daesh et l’armée turque. Cette dernière réprime violemment les manifestations et a jusqu’ici tué trois personnes et blessé de nombreuses autres. En tentant de convaincre la communauté internationale de la nécessité de faire de la ligne frontalière une « zone tampon », la Turquie poursuit l’objectif d’occuper le Rojava (Ouest-Kurdistan, nord de la Syrie).

Quant à l’EI, son objectif principal est de détruire le système politique mis en place par les Kurdes au Rojava. Il y a tout juste un mois, ses hordes de barbares ont violemment attaqué la région de Shengal (Sinjar) et commis de nombreuses exactions à l’encontre de sa population, majoritairement kurde yézidie. Depuis le 15 juillet, ils tentent de faire la même chose à Kobanê, sous les yeux indifférents de la communauté internationale. Avançant avec une artillerie lourde comprenant des obus, des chars, des missiles et des lance-roquettes, l’EI est arrivé aujourd’hui aux portes de Kobanê. Les centaines de milliers d’habitants de cette ville sont menacés de génocide. Les Unités de Défense du Peuple (YPG et YPJ) aidées par la population sont les seules à résister contre ces attaques, mais leurs armes ne suffisent pas pour arrêter l’avancée des gangs djihadistes.

Malgré leurs appels urgents et incessants à la coalition internationale contre l’EI, les Kurdes n’ont reçu aucune aide pour se battre contre les djihadistes.

Les Etats-Unis et les puissances européennes qui prétendent avoir créé une coalition internationale contre l’EI n’ont jusqu’à aujourd’hui entrepris aucune action en faveur des populations et, ce, malgré les violences et les atrocités commises par ces gangs terroristes. Jusqu’à présent, la coalition n’a effectué aucune frappe aérienne contre les positions de l’EI autour de Kobanê, et n’a pas non plus répondu aux demandes d’aide humanitaire et militaire des Kurdes. L’inaction coupable de la communauté internationale met la population kurde de Kobanê face à un danger imminent de génocide.

Le peuple kurde continuera à se défendre face aux assauts de l’EI, comme il l’a toujours fait jusqu’à aujourd’hui. En luttant contre ces bandits, les Kurdes défendent les valeurs universelles de la dignité humaine et de la démocratie.

C’est pourquoi, nous lançons un appel urgent à tous les Etats pour leur demander de fournir à la population de Kobanê une assistance afin de lui permettre de résister contre l’EI.

Nous demandons également que des sanctions soient adoptées contre la Turquie et les autres Etats qui soutiennent l’EI.

Afin d’empêcher une nouvelle tragédie humaine, nous demandons d’urgence à la communauté internationale de fournir aux forces des YPG et des YPJ des moyens de défense adéquats pour résister contre l’EI à Kobanê.

La résistance de Kobanê est une résistance pour la défense de l’humanité !

_ _ _ _

Conseil Démocratique Kurde de France (CDKF)
16, rue d’Enghien - 75010 Paris
Tel : 09.52.51.09.34 - 09.52.51.09.34

= = =

Des images rares : un char des djihadistes détruit par un missile sol-sol des YPG :

Un autre jour, un autre tank hors d’état de nuire :


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2 Messages de forum

  •  

    Les troupes de « l’Etat Islamique » assaillent le canton Kobanê dans le Rojava (Kurdistan syrien) défendu par la mouvance kurde PKK-PYD. L’article suivant situe cette bataille dans le contexte régional pour en déterminer les enjeux alors que le gouvernement turc, contraint par la situation et la résistance en cours, vient d’indiquer pour la première fois hier qu’il « ne souhaite pas que Kobanê tombe aux mains de l’EI ». Cet été, la mouvance PKK-PYD a proclamé l’autonomie démocratique de trois cantons kurdes en Syrie, à la frontière avec l’Etat turc, dont le canton de Kobanê. (NdT)

    _ _ _ _ _ _ _ _ _ _

    Au mois de juin 2014, après avoir pris Mossoul, l’Etat islamique (EI) occupa le consulat turc de cette ville et prit en otage 49 employés du consulat, dont 46 citoyens turcs. Un scandale politique qui, grâce à l’interdiction d’informer sur le sujet, fut vite étouffé. A la veille des élections présidentielles (NdT : turques), le gouvernement fit tout pour empêcher que la crise soit discutée devant l’opinion publique, et, pour cela consacra tous ses efforts à masquer le fait que la crise était effectivement le fruit d’une série d’erreurs politiques graves ayant des lourdes conséquences. C’est pour la même raison que le sauvetage des captifs fut présenté, non pas comme une opération pour sauver ce qui peut l’être, mais bien comme une victoire diplomatique. Certes, le sauvetage des captifs pris en otage par une organisation terroriste féroce telle que l’est l’EI ne peut être qu’une bonne nouvelle. En revanche, les questions, tout comme le contenu des négociations, ainsi que les promesses faites à l’EI par l’AKP (NdT : le parti au pouvoir en Turquie), demeurent des questions qui reste à clarifier.

     

    Alliance avec l’EI contre la mouvance PKK

     

    Disons-le ouvertement : pour l’AKP, l’EI n’est pas un élément à soutenir, encore moins avec qui s’allier ceci à cause de son idéologie, à cause de sa stratégie politique et militaire et au fait qu’il lui fait la guerre (il est en conflit avec tous les autres éléments de l’opposition syrienne avec qui l’AKP avait fait l’alliance lors de la guerre civile syrienne). Il est donc un adversaire et non pas un allié. Mais cette organisation, par son confessionnalisme fondamentaliste, est aussi ennemie du gouvernement irakien à majorité chiite, ainsi que du PKK laïc. Et ces deux derniers sont également considérés comme des ennemis par l’AKP…

    C’est ce qui complique les relations avec l’EI : ce dernier est tantôt considéré comme un adversaire, tantôt comme un moindre mal. Cette relation tendue eut comme conséquence que l’EI menaça ouvertement la Turquie, en déclarant que cette dernière devrait payer le prix si elle n’évacuait pas le Mausolée de Suleyman Shah (qui se trouve en territoire syrien). Immédiatement après cette menace, eut lieu l’attaque de Nigde (NdT : une équipe de présumés membres de l’EI se rendant de Hatay, à la frontière syrienne, à Istanbul afin d’y commettre un attentat, fut interceptée par la gendarmerie turque près de Nigde en Anatolie et ouvrit le feu, tuant 3 gendarmes). Il est évident que la Turquie fit comprendre sa capacité opérationnelle sur l’EI. A la suite de cette attaque, la tension entre la Turquie et l’EI se poursuivît, les positions de l’EI furent visées par des tirs d’artillerie, sous prétexte de balles en provenance de l’autre côté de la frontière.

    En tout cas, il ne faut pas oublier que l’EI est considérée comme instrument effectif visant à opprimer le projet d’autonomie démocratique lancée à Rojava (NdT : c’est le Kurdistan syrien). Dès le début de la guerre civile syrienne, le gouvernement de l’AKP fit un effort considérable pour empêcher la réalisation de ce projet et pour faire exclure le PYD (parti frère du PKK au Kurdistan syrien) de l’opposition syrienne à laquelle l’AKP apportait son soutien. De même, ce dernier coopéra avec le PDK (NdT : parti du gouvernement autonome de Kurdistan irakien de M.Barzani) en vue de « décontaminer » les Kurdes syriens de l’influence du PKK.

    La fermeture des frontières entre le Rojava et le Kurdistan irakien résulta donc, à la fois des demandes de la Turquie auprès du PDK, et du désir de celui-ci d’anéantir ce modèle politique alternatif. De surcroît, les forces de défenses créées dans les trois cantons de Rojava – à savoir, les YPG (unités miliaires du PYD) – étaient considérées comme une menace sérieuse. Cela fut dans ce contexte que la Turquie facilita les passages frontaliers de l’EI et qu’elle mena des négociations avec lui, alors que ce dernier faisait la guerre avec aux YPG. De plus, le déplacement des soldats, ainsi que des véhicules blindés fut rendu possible grâce la tranquillité accordée à l’EI.

     

    Les Etats Unis ont repris pied sur le sol irakien alors qu’ils s’en étaient retirés en 2011

     

    Suite à l’attaque de l’Administration régionale kurde (NdT : en Irak, dirigée par Barzani) par l’EI, la Turquie se retrouve alors à un point décisif. Elle a deux choix : soit elle va se mettre en accord avec tous les Kurdes, soit le problème de l’EI – qui constitue une menace pour la Turquie aussi – va persister en s’aggravant.

    En revanche, à cause de sa perception qui réduit la question kurde à une simple question de sécurité, ainsi que des relations « privées » établies avec les éléments sunnites de l’Irak, la Turquie, malgré l’appel lancé par Barzani, n’a offert aucune fourniture militaire et technique. Pourtant, on sait très bien que l’Iran, immédiatement après les attentats de l’EI sur son sol, s’était précipité pour doter les pechmergas (milices kurdes de l’Administration régionale kurde en Irak) en munitions.

    Par ailleurs, le PKK a mobilisé tous les éléments des YPG et HPG (NdT : unités militaires) pour faire la guerre aux côtés des pechmergas. C’est ainsi que l’organisation (le PKK) a acquis un prestige inouï dans le Kurdistan irakien.

    La Turquie, quant à elle, a vu ses relations si méticuleusement établies avec l’Administration régionale kurde gravement minées, voire ébranlées, à cause d’une telle faute de raisonnement stratégique. De plus, la menace de l’EI, ciblant aussi l’alliance occidentale et ses intérêts, a provoqué l’intervention des États-Unis. Ainsi, ces derniers ont repris pied sur le sol irakien, alors qu’ils s’en étaient retirés en 2011. L’avancée de l’EI a été empêchée par les bombardements aériens américains. Les Américains se sont vite mis à l’organisation d’une coalition vaste contre l’EI.

    La Turquie, avec le prétexte des otages, est restée à l’écart de cette coalition. C’est même à ce moment qu’elle s’était mise d’accord avec l’EI et que les otages ont été libérés. Même si les détails sont inconnus, il semble qu’ils l’aient été en contrepartie de la libération de militants de l’EI détenus par la Turquie.

     

    Si Kobanê tombe, les forces démocratiques seront ébranlées

     

    L’offensive lancée par l’EI contre le canton de Kobanê, juste après l’échange de prisonniers avec la Turquie, a soulevé d’autres doutes : est-ce que la Turquie a retourné l’EI contre les Kurdes qu’elle considère comme une menace plus sérieuse ? Il est évident que les États-Unis et ses alliés qui ont monté une coalition anti-EI avec la participation des États arabes conservateurs et qui se sont lancé dans une offensive aérienne sur la Syrie, sont opposés à ce projet d’auto-administration démocratique et laïque des Kurdes. Le fait que l’offensive ne cible pas les éléments de l’EI en est une preuve.

    La présente bataille de Kobanê est l’étape la plus critique de la partie d’échecs en cours. Si Kobanê tombe, toutes les forces démocratiques de la région seront gravement ébranlées. La solidarité pour l’empêcher s’impose plus urgemment que jamais.

    _ _ _

    Erhan Kelesoglu, Maître de conférences, Université d’Istanbul, Faculté de Sciences Politiques, Département de Relations Internationales. Publié dans le quotidien Evrensel, le 28 septembre 2014.

    _ _ _

    Source de l’original : http://www.evrensel.net/haber/92813...

    Source de la version française : https://www.ensemble-fdg.org/conten...

    Texte revu par nos soins (OCLibertaire)

  • Syrie : la Turquie s’implique, mais la bataille de Kobane continue

    RFI / Jérôme Bastion

    Publié le 03-10-2014

     

    La Turquie fera « tout » pour empêcher les jihadistes du groupe Etat islamique de s’emparer de Kobane, ville située sur le sol syrien, à la lisière du territoire turc. Avant la guerre, la localité comptait près de 70 000 habitants. Aujourd’hui, elle est complètement asphyxiée, presque totalement vidée de ses civils. L’EI en a visiblement fait un objectif prioritaire. Les combattants kurdes font face.

    _______

    Un corbillard et plusieurs ambulances venant de Kobane ont été autorisés à entrer en Turquie dans la matinée de vendredi. Ils charriaient les victimes des derniers bombardements en Syrie, qui se sont intensifiés depuis le début de la journée. Après une soirée intense jeudi, la nuit avait été plutôt calme, mais le front a été de nouveau secoué par des tirs d’obus dans la matinée du vendredi 3 octobre.

    Notre envoyé spécial Jérôme Bastion, qui se trouve de l’autre côté de la frontière, en Turquie, à quelques kilomètres de Kobane, relate un véritable « duel d’artillerie ». Les bombardements ont d’abord repris à l’initiative des Kurdes, qui avaient entrepris de pilonner le premier village sur le front est, à deux ou trois kilomètres à peine. Il s’agit des positions jihadistes les plus proches, l’endroit duquel ils bombardent le centre-ville de Kobane depuis 48 heures environ.

    Deux tanks jihadistes en renfort sur la plaine

    La réponse des jihadistes n’a pas tardé. Des rafales de tirs ont été entendues et un obus a touché un dépôt de carburant, qui brûlait encore à la mi-journée en dégageant une épaisse fumée noire. Depuis, le rythme des déflagrations n’a fait que s’accélérer, et les panaches de fumée se sont multipliés sur le versant est de la ville.

    L’arrivée postérieure de deux tanks, bien reconnaissables dans la plaine, laissait prévoir une intensification des échanges. Elle a finalement bel et bien eu lieu. A la mi-journée, on pouvait régulièrement voir les deux véhicules sortir du village le plus proche pour tirer sur le flanc est de la ville.

    A partir de la mi-journée, des obus de très gros calibre, visiblement tirés du front sud cette fois, ont commencé à tomber sur le centre-ville. L’un d’eux a même atterri du côté turc du chemin de fer qui marque la frontière. Sans faire ni dégât, ni victime.

    L’objectif de l’EI : rafler la cité aujourd’hui

    Les combats sont suivis avec intérêt par la population, qui regarde à l’œil nu l’évolution de la situation, perchée sur des terrasses ou à même le sol.

    Ces Kurdes, hommes, femmes et enfants confondus, qu’ils soient de Turquie ou de Syrie, constatent que les bombardements se multiplient, se rapprochent, et visent de plus en plus le centre-ville de Kobane. Ce qui les fait s’interroger : quand la communauté internationale va-t-elle enfin se décider à arrêter le massacre ?

    L’espoir s’amenuise sur le champ de Kobane. Il y a deux mois, quand les combattants de l’organisation Etat islamique avaient lancé leur premier assaut sur la ville, ils avaient promis d’y célébrer la prière de la fête du Sacrifice, quand ils seraient sûrs de la prendre. Cette prière sera donnée le 4 octobre à 5 heures du matin. Mais il semble encore improbable que Kobane soit passée entre les mains des jihadistes d’ici là. Pour l’instant, les Kurdes défendent en effet leur ville, pied à pied.

    Coalition élargie avec l’arrivée de la Turquie

    Jean-Yves Le Drian salue la décision du Parlement turc, jeudi 2 octobre, d’envoyer des troupes en Irak. « Une bonne nouvelle », selon les mots du ministre français, mais qui ne prendra pas effet immédiatement, a précisé le ministre turc de la Défense Ismet Yilmaz.

    Pour la coalition internationale, l’aspect important de cette décision adoptée jeudi réside dans l’autorisation donnée aux troupes étrangères de stationner en Turquie et d’utiliser ses bases. Mais il ne faut pas attendre des Turcs qu’ils s’engagent directement contre les troupes du groupe Etat islamique, explique Jérôme Bastion.

    La suspicion des Kurdes à l’encontre des intentions turques

    Selon notre envoyé spécial à la frontière, Ankara veut surtout instaurer une zone tampon en Syrie pour accueillir les réfugiés, protéger sa frontière, mais pas forcément pour combattre directement les jihadistes.

    Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu l’assure pourtant : son pays fera « tout » ce qu’il peut pour empêcher la chute de Kobane. Mais les Kurdes de Syrie sont sceptiques. Khaled Issa est le représentant en France du PYD, la principale organisation kurde de Syrie. Il ne mâche pas ses mots, qui traduisent une animosité profonde et réciproque en Turcs et Kurdes. « Lorsque la coalition antiterroriste a été formée par les pays occidentaux et arabes, l’Etat turc ne s’y est pas joint, il a choisi le camp des terroristes, avec lesquels il a maintenu ses relations privilégiées », dénonce-t-il.

    Et de suspecter : « Actuellement, sous la pression des pays occidentaux notamment, l’Etat turc fait un marchandage. Il attend que Kobane tombe pour pouvoir mettre la main sur la région kurde et y installer des réfugiés arabes syriens que la Turquie a accueillis. Son but (...), c’est de changer la démographie et l’identité nationale kurde de ces territoires. » Jeudi, le chef historique des Kurdes, Abdullah Ocalan s’est exprimé depuis sa prison en Turquie. Il pressurise Ankara, assurant que la chute de Kobane ferait échouer le processus de paix entamé depuis deux ans entre les Kurdes et le gouvernement turc.

    Comment gagner sans lutter au sol ?

    Pour l’heure, en Irak comme en Syrie, la coalition internationale limite essentiellement ses interventions à l’espace aérien. Sa présence au sol reste limitée à des équipes de quelques dizaines d’hommes tout au plus. A ce jour, une cinquantaine de pays a accepté de rejoindre l’alliance contre l’organisation Etat islamique. Mais en réalité, peu sont ceux qui participent effectivement aux frappes aériennes, et encore plus rares sont ceux qui ont accepté d’envoyer des troupes sur le terrain.

    Au-delà des 1 600 hommes officiellement déployés en Irak par les Etats-Unis depuis l’été, le Canada affirme avoir mobilisé 69 membres de ses forces spéciales. L’Australie, qui a rejoint la coalition aussi et assure qu’elle frappera par les airs, a annoncé à son tour le déploiement de forces spéciales. 2 000 soldats australiens sont stationnés aux Emirats arabes unis. La France reconnait par ailleurs avoir envoyé en Irak quelques équipes chargées de recueillir du renseignement. Généralement, elles opèrent par petits groupes de cinq à dix personnes. Cette présence au sol est toutefois indispensable, afin d’obtenir des informations sur les déplacements des jihadistes, et pour guider les frappes avec précision. Un travail de longue haleine.

    A noter que de son côté, l’Iran a vivement critiqué la décision de la Turquie de rejoindre la coalition. Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, l’autre grande puissance régionale met en garde contre une aggravation de la situation au Moyen-Orient.


    ■ La situation militaire en Irak

    Cela fait bientôt deux semaines que les opérations françaises ont commencé en Irak. Deux semaines et seulement deux raids de bombardements menés par l’armée française. L’opération « Chammal » se poursuit, pendant que l’organisation Etat islamique s’organise.


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