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Edito 181 Juin 2008

vendredi 30 mai 2008, par Courant Alternatif


Du « couac » comme méthode de gouvernement

Les média feignent de croire que certains membres du gouvernement font des erreurs dans les décisions ou les annonces publiques qui desservent la politique que Sarko veut mettre en place. C’est ce qu’ils appellent des « couacs ».
Un « couac » est un son faux et discordant, tellement évident qu’il focalise l’attention sur lui et perturbe la perception de l’ensemble. C’est effectivement ce qui s’est passé dans le cadre du transfert à la SNCF de la charge des réductions de transports pour familles nombreuses.
Au premier regard, il y a effectivement discordance entre cette mesure et la volonté proclamée par Sarkozy de continuer à aider les familles. Il y a donc bien eu « couac », mais qui en est responsable ?
La priorité de ce gouvernement, c’est la diminution des charges de l’Etat. Il est nécessaire de rogner dans tous les domaines, y compris celui des aides sociales. C’est dans le cadre général de la réduction des dépenses publiques (voir les articles sur la RGPP) que la commission d’audit du MEEDDAT (ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire… ouf) qui a en charge la politique des transports que cette décision a été prise.
Cette décision est clairement motivée dans le chapitre concernant ce ministère : « Les tarifs sociaux du train s’inscrivent dans la politique commerciale de la SNCF. Ils seront maintenus, mais devront être financés par les utilisateurs du train plutôt que par les contribuables. »
Qui copréside le comité de suivi de la RGPP ? Le secrétaire général de l’Elysée et le directeur de cabinet du premier ministre. Qui préside les réunions du comité de modernisation des politiques publiques ? Le président de la république lui-même. S’il y a eu «  couac », ils en sont tous coresponsables. Mais il n’y a pas eu de « couac ». Il y a eu une décision tout à fait conforme aux orientations générales voulues par Sarko et son équipe. Cette décision n’est devenue un « couac » quà partir du moment où elle a soulevé des protestations et que les protestataires (les associations familiales pour ce cas) ont montré la contradiction entre cette décision et certains discours populistes du président.

Sarko prétend toujours être quelqu’un qui fait ce qu’il dit et, évidemment (comme tous les politiciens), il dit assez souvent, surtout en période préélectorale, le contraire de ce qu’il compte faire. Se contredire sans vergogne est une des constantes de la politique politicienne ; le prédécesseur de Sarko n’avait-il pas été surnommé « supermenteur » ?
Ce « couac » a beaucoup agité les média et il a fallu en rejeter la responsabilité sur des subalternes et revenir sur cette décision. Cela a pu être présenté comme une reculade du gouvernement. En réalité, cela a été une victoire pour le pouvoir : pendant que tout le monde (en tout cas le microcosme politico- médiatique) se focalisait sur cet incident causé par une des mesures de la RGPP, qui se souciait d’analyser les 262 autres mesures de la réforme ? De plus, en ne s’arc-boutant pas sur le maintien de cette mesure impopulaire, Sarko a réussi à se faire passer pour un modèle de conciliation et de respect de la justice sociale tout en faisant passer une réforme bien plus vaste dont nous serons tous les victimes.

Sarko passe pour un agité, toujours en mouvement d’un des « quatre coins de l’Hexagone » à l’autre, d’un continent à l’autre et tel un illusionniste, sortant de son chapeau en guise de lapin une nouvelle réforme prioritaire par jour. Il réussit à passer pour quelqu’un de pas très sérieux, trop « bling-bling  » pour arriver à modifier la société française.
Il est temps de se rendre compte que derrière son côté agité, m’as-tu-vu, et les prétendus « couacs » de son équipe de ministres, il y a une détermination froide et claire. Il s’agit pour Sarko et ses conseiller d’orchestrer sur un rythme très rapide un bouleversement total de la société française tel qu’il sera très difficile de revenir en arrière. Ce sont des ultralibéraux purs et durs.
Ils veulent en finir, pas seulement avec l’héritage de Mai 68 ; c’était là encore de la provocation (même si elle correspond à l’état d’esprit revanchard d’une bonne partie de la bande à Sarko) pour amuser les média. Surtout ils veulent en finir avec l’héritage social de la France issu du Front populaire et du programme du Conseil National de la Résistance. Bien sûr, ce modèle social de compromis est bien loin de notre idéal, mais avec la mise en place autoritaire d’un modèle socio-économique ultra libéral, on va s’en prendre plein la gueule.

Pendant que les média amusent le populo avec le « bling-bling » et les « couacs », les réformes passent. Il y a bien des résistances (les luttes dans l’éducation ou de travailleurs sans-papiers par exemple), mais lorsqu’ils y sont confrontés, les ministres tiennent ferme et s’ils lâchent parfois quelques miettes, ils ne cèdent en rien sur le fond de ce qui leur paraît essentiel.
Même s’il est donc peu probable de voir ces luttes aboutir dans l’immédiat et le pouvoir céder sur des objectifs qu’il considère comme essentiels, ces mouvements sont quand même une chance. C’est dans les mouvements sociaux que les gens se parlent, réfléchissent en commun, élargissent leur vision de la société, font de la politique au vrai sens du terme et surtout reprennent espoir. C’est ce dont témoignent les trois contributions qui suivent concernant les luttes dans l’éducation.
Alors peut-être que, malgré son habileté à amuser la galerie, Sarkozy sera une chance pour nous. En continuant à foncer dans la mise en place de ses réformes il multiplie les occasions de relancer les luttes et la réflexion collective autour du modèle social que nous souhaitons.

Limoges 27 mai 2008


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