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Edito 171 juin 2007

mardi 12 juin 2007, par Courant Alternatif


Le niveau politique en France est-il en train de tomber aussi bas qu’aux USA ou qu’en Italie avec Berlusconi ? Le croisement possible des deux bateaux illustrant notre couverture entre Malte et Lampedusa illustre bien le décalage entre la politique spectacle et les problèmes politiques réels.
Nous avons assisté à une campagne présidentielle pleine de vedettes, de stars, de coups de théâtre et de retournements de vestes. La référence au décorum des campagnes à l’américaine a même déteint sur la photo officielle du nouveau président où les drapeaux français et européens mêlés évoquent irrésistiblement le drapeau américain. Sa concurrente a joué quasiment sur le même registre du look, du nationalisme et de la citoyenneté.
A ce petit jeu, il ne reste pas grand-chose de la gauche et nous avons assisté à un véritable zapping médiatique entre les thèmes “ people ” et les vrais sujets politiques. Même si quelques sujets sensibles (SDF, Ecologie par exemple) ont été abordés, ils ne deviennent sujets de la campagne que s’ils sont portés par les média autour d’événements ou de personnages “ porteurs ” médiatiquement parlant ; dès qu’ils cessent de faire les “ unes ”, les politiques les mettent de côté.
Avec l’escroquerie du “ vote utile ”, il n’y a plus de démocratie possible, plus moyen de voter selon ses convictions, ou de se faire plaisir par un vote de protestation. Or quelle utilité pourrait-il y avoir à voter pour un candidat ou l’autre alors qu’ils sont prêts à promettre tout et son contraire ?
Avec des styles différents, les discours des deux prétendants au trône de France (à ce stade de personnalisation, ce n’est plus un simple fauteuil de président) révèlent les mêmes priorités : l’ordre et la sécurité dans le cadre du développement capitaliste, permettant même parfois au centriste d’apparaître comme plus social.
Des grands problèmes internationaux, des conflits dans lesquels les partis au pouvoir depuis des décennies ont engagé la France, il n’en a pas été question à part chez quelques “ petits ” candidats.
Pourquoi les vrais problèmes sociaux ne sont-ils pas porteurs de vrais débats ? On est dans une société de lobbying où il n’y a plus d’engagement à partir d’où on est (sauf pour quelques exclus). On fait des discours sur ce qui serait souhaitable tout en refusant de rompre avec le consensus républicain. On reste dans la compassion pour éviter d’évoquer des mesures qui pourraient renverser l’ordre établi.
Donc c’est une campagne à l’américaine (avec moins d’effets paillettes quand même) : personnalisation, valeurs abstraites, nationalisme, tout sur l’apparence, presque rien sur le fond. D’où l’importance du JE : “ Je veux… Je ferai… ”. Chacune des deux vedettes de ce show a mis l’accent sur la toute puissance qu’il aurait et qui lui permettrait de résoudre les problèmes de chacun, et cela allant presque jusqu’au pouvoir divin de guérir les écrouelles ou faire marcher un paralytique. A quand leur béatification ?
En ces temps de campagne, il n’y a pas eu de grosses mobilisations mais pourtant beaucoup de luttes locales ou sectorielles (cheminots, grande distribution, postes…). Les partis de la “ gauche de la gauche ” et les syndicats ont très peu relayé ces luttes pour ne pas perturber le jeu politicien.
Il y a moins de luttes de préservation de l’outil de travail que dans les années 70-80 car les conditions de travail ont tant empiré que le licenciement peut apparaître comme un espoir de trouver mieux, même si c’est une illusion.
Il y a peu de luttes solidaires (sauf RESF, anti-OGM, résistances à action policière) car dans ces actions là, on se donne bonne conscience sans remettre en cause son confort personnel (sauf cas où on devient à son tour victime de répression policière).
On est vraiment en période de “ trêve des confiseurs ” : il y a accumulation d’insatisfactions sans que cela débouche sur des luttes et des analyses globales. Peu de média non militants s’y intéressent en dehors de quelques émissions d’une radio publique. Les élites politiques et les média sont déconnectés des réalités de la vie des classes populaires et défendent tous le même système.
Comment les vraies raisons du chômage et de la précarité ont-elles été écartées des débats ? En rejetant toute la faute sur les étrangers (que ce soient les immigrés, les patrons de multinationales ou les deux, selon les nuances du politicien qui tient le discours).
Qu’est ce qui pourrait remettre les gens en mouvement ? La politique du pire ? C’est-à-dire l’ami des patrons appliquant ce qu’il y a de plus dur dans son programme ? Même pas sûr…
“ L’ascenseur social est en panne ”. Au niveau des générations, on constate un phénomène nouveau : Les parents ayant moins de moyens, ce sont les grands-parents (ceux qui bénéficie d’une retraite correcte issue de leur travail lors des “ trente glorieuses ”) qui aident les petits-enfants. Les parents n’ont plus les moyens et les jeunes plus d’espoir d’avoir une vie autonome. Bientôt ça va finir par craquer… Pour l’instant, c’est autour de nous, de notre petit morceau du monde où il y a encore suffisamment de nantis, ou du moins de personnes arrivant à préserver une vie “ décente ”, que cela commence à craquer. Cette barque pleine à craquer d’émigrants africains tentés par le mirage des pays riches en est le témoignage. Elle ne pourra qu’être déstabilisée en croisant le yacht de luxe, mais si elle ne coule pas, elle pourrait bien l’accoster et ses passagers pourraient flanquer l’armateur, le capitaine et leurs valets par-dessus bord. Rêvons un peu…

Limoges le 28.05.07

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