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Enric Duran : arrêté après avoir escroqué 39 banques, en pleine campagne anticapitaliste

vendredi 27 mars 2009, par OCL St Nazaire

Comme il l’avait annoncé, le 16 mars est réapparu publiquement le jeune activiste catalan Enric Durán, au cours d’une conférence de presse présentant la publication gratuite de la brochure « Nous Pouvons ». Avec ce document le collectif catalan « Crisi » veut faire faire connaître à la société son pari qu’il est possible de dépasser l’actuel système économique et créer “un système juste et soutenable qui, à la différence du capitalisme, puisse garantir la nourriture et l’habitat pour tous et toutes”.

Voir en ligne : Podemos vivir sin capitalismo

Enric Duran arrêté. La campagne “Nous pouvons vivre sans le capitalisme” est lancée !

Le 17 septembre 2008, Durán avait publiquement déclaré qu’il avait escroqué 492.000 euros à 39 banques par des crédits personnels à travers une entreprise fictive. Avec une partie de cet argent, a été financée la publication de la revue gratuite « Crisi », dans laquelle il expliquait les causes de son action et critiquait durement le système capitaliste, en plaidant pour la construction d’alternatives économiques socialement, économiquement et environnementalement plus durables. Aussitôt le collectif qui a pris le nom de la revue précitée (« Podemos ») s’est mis au travail. La revue est liée avec les sites www.17-s.info et ww.sincapitalismo.net, actif depuis mercredi dernier.

Après son annonce, Enric Durán avait décidé de s’exiler du pays de manière préventive. Par la suite, celui que la presse a appelé « Robin des Banques » a annoncé son retour pour le 17 mars, en ajoutant qu’à cette date sortirait la deuxième publication du collectif et le lancement d’une grande capagne contre le capitalisme. Finalement, lundi passé, le 16 mars, Enric Durán a réapparu pour donner une conférence de presse à l’Université de Barcelone, où il a confirmé que le lendemain la revue gratuite verrait la jour. “Nous pouvons vivre sans le capitalisme” qu’il est possible de trouver dans un format digital dans ce lien www.17-s.info/es (en castillan) Comme ils expliquent depuis le collectif, « Nous pouvons » accomplit une fonction différente de celle de son prédécesseur. Si « Crisi » était principalement centré sur l’explication des causes réelles de la crise économique, cette deuxième phase fait le pari de proposer des solutions. La diffusion est aussi beaucoup plus importante. Dans le cas « Crisi », 200.000 exemplaires seulement avaient été édités, écrits seulement en catalan. L’édition de « Nous Pouvons », véritable revue de 20 pages en couleur, a été pensée pour couvrir tout le pays. Au total il a été imprimé 130.000 exemplaires en castillan et 220.000 en catalan, grâce à l’argent "exproprié" à la banque et à la collaboration de différentes personnes collectifs, qui ont été présents dans toutes les phases du processus, de la rédaction à la distribution. Dans les premiers articles de la nouvelle publication les causes de la crise sont revues dans l’objectif de développer ensuite, dans les pages centrales, un “plan d’action pour que le capitalisme sorte de nos vies”. Le collectif « Crisi » affirme que “il faut changer d’attitude. Il ne suffit pas de protester, il faut agir”. Il s’agit de mettre en pratique un projet de transformation sociale qui s’adresse à l’ensemble des citoyens.

Le collectif « Crisi » regrette que les Etats insistent sur leur volonté de perpétuer “ce modèle invivable”, et parie par une “alternative de société basée sur l’autogestion populaire”. Il propose aux Gouvernements la nationalisation des banques et aussi donne un délai, qui expire le 30 juin de cette année, pour que les administrations présentent un “plan de transition post-capitaliste”.

affiche CRISI

Devant la prévision que ces demandes ne seront pas satisfaites, le collectif déclare entrer dans une nouvelle phase de la campagne le 17 septembre prochain, une date qui marquera le commencement d’actions “de désertion” du capitalisme. Durán propose aux citoyens qu’ils sortent tout l’argent de la banque et qu’ils ne paient plus ni leurs prêts ni les hypothèques. Les autres mesures citées dans la publication sont “de réduire le montant des a quotité des loyers ou d’arrêter de les payer, d’arrêter de travailler pour des entreprises capitalistes et de ne pas payer les factures des services basiques, en plus de collectiviser les ressources basiques que le système n’utilise pas ou de ceux dont on abuse”. Parallèlement, seront réalisées d’autres types d’actions autour de la construction “d’alternatives de vie”, comme la création de coopératives intégrales ou d’un réseau de solidarité contre les expulsions. Aussi à partir du 17 septembre, au moins chaque troisième jeudi de chaque mois sera consacré à débattre publiquement du nouveau modèle de société. Le premier débat sera le 15 octobre, le jour dans lequel le collectif « Crisi » sortira dans la rue et demandera à la population de s’arrêter pour que tout le monde puisse prendre un part au débat. Entre temps, Enric Duran a été arrêté par la police le 17 mars dans les locaux de l’Université Autonome de Barcelone lors d’une intervention policière visant à déloger des étudiants en grève (eh oui, il n’y a pas qu’en France…). Il a été placé en détention préventive le 19 mars, poursuivi pour « escroquerie ». Sur les 39 banques escroquées, une vingtaine auraient porté plainte au pénal, les autres devant des juridictions civiles. Le collectif « Crisi » a rapidement annoncé la convocation de rassemblements de soutien et de deux manifestations. La première sera le 26 mars à Barcelone. La seconde aura lieu le 28 mars aussi à Barcelone, contre la réunion du G-20 à Londres. Mais ce jour, il est prévu d’autres convocations similaires tant dans le reste de l’État espagnol qu’au niveau international.

Notes :

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2 Messages de forum

  • « Il y a pire que cambrioler une banque, en fonder une ! » Bertold Brecht, L’Opéra de quat’sous.

    Enric Duran suite

    Comme toujours dans ces cas là, la « grande presse » en Espagne particulièrement, s’est fait toute petite pour parler de l’arrestation et l’incarcération d’Enric Durán : quelques entrefilets, ici ou là, et c’est tout. C’est donc surtout dans les médias alternatifs que les informations parviennent à émerger.

    [Valence] Le 25 mars, une trentaine de personnes, membres de la « Plateforme contre la crise » ont occupé une agence bancaire pour dire que « c’est aux capitalistes et aux banques de payer la crise ». Ils ont appelé à préparer une grève générale car les raisons pour une telle action ne manquent pas. Dans la succursale bancaire les manifestants tenaient des pancartes où on pouvait lire « La crise, que les riches la paient », « Liberté pour Enric Duran, jeune emprisonné pour avoir lutté contre la crise », « Si les banques escroquent, escroque les banques ».

    [Barcelone] Rassemblement Le 26 mars, dans la soirée, plus de 200 manifestants, parmi lesquels la mère d’Enric Durán, se sont réunis devant la Bourse de Barcelone. Beaucoup portaient des masques blancs. Le rassemblement a commencé par une sorte de « performance » où une douzaine de personnes se sont entièrement dénudées, en signe du dénuement auquel le capitalisme contraint de plus en plus de gens. Après plusieurs prises de parole, où il fut rappelé le vol légal que les banques commentent chaque jour tandis qu’Enric Durán est jeté en prison, les manifestants ont défilé en direction du lieu de départ de la grande manifestation étudiante.

    Manifestation Cette manifestation étudiante du 26 mars a été un énorme succès car elle a rassemblée beaucoup plus de monde que les précédentes. Elle a été organisée en réponse aux violentes interventions policières de la semaine précédente, notamment lors de l’évacuation du bâtiment central de l’Université Autonome de Barcelone occupé depuis 4 mois. Répression qui a été d’une sauvagerie inouïe avec coups de matraques sur des personnes maintenues à terre, non seulement sur les étudiants, mais aussi passants, photographes… faisant au total une cinquantaine de blessés dont 24 étudiants soignés par les services d’urgence.

    Il faut noter, que les auteurs de cette répression sont la gauche politique « unie » qui gouverne la Communauté autonome, en particulier un certain Joan Saura i Laporta, conseiller à l’Intérieur du Gouvernement Catalan et président de Iniciativa per Catalunya-Verds (ICV), un parti à la fois communiste et éco-pacifiste, membre de la coalition au pouvoir en Catalogne, décision soutenue par le conseiller aux université, Josep Huguet (ERC, gauche catalaniste). Dans la manifestation qui a réuni plus de 20 000 personnes, et qui était principalement dirigée contre la police et le gouvernement de Catalogne, de nombreux slogans ont été lancés en faveur de la libération d’Enric Durán.

    Le 28 mars, des manifestations sont appelées dans tout l’Etat espagnol, contre le G20 mais aussi contre le capitalisme, les banques, les multinationales et les gouvernements qui les défendent.

    A suivre…

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    • Entretien avec l’activiste catalan qui a mis en évidence le système de prêts bancaires de l’État espagnol

      “L’objectif était de critiquer les banques et de montrer que les choses peuvent changer”

      Héctor Rojo Letón | Diagonal | 24-4-2009

      www.kaosenlared.net/noticia/entrevi...

      Comme "une nouvelle forme de désobéissance civile" a résumé Enric Duran à propos de ce qu’il a conçu et développé au cours des 36 derniers mois et qu’il a rendu public le 17 septembre dernier depuis un lieu tenu secret. Les 60 prêts et plus qu’il ne remboursera pas ont été principalement destinés aux mouvements sociaux, à sa fuite et à la publication ce même jour de la revue « Crisi » (www.17-s.info), dont 200.000 exemplaires ont été distribués dans toute la Catalogne et qui dévoile tous les détails et les motivations de l’opération. Par courrier électronique, le magazine DIAGONAL a pu prendre contact avec lui.

      DIAGONAL : Quels objectifs avais-tu en « volant » les banques ?

      Enric Duran : Je me suis d’abord donné l’objectif de dénoncer le système financier et de financer des alternatives, concrètement des projets stratégiques visant à renforcer les mouvements sociaux. A mesure que l’action prenait forme, sa visibilité gagnait en importance. Montrer aux gens que nous pouvons être capables de changer les choses, si nous y croyons réellement et que nous nous y engageons. D. : Quelles sont les répercutions juridiques que pourraient te causer cette dette ? ED : Jusqu’à six ans de prison pour des accusations d’escroquerie, peut-être un peu plus si on y ajoute le délit d’insolvabilité. Ceci je le savais et l’ai assumé depuis le jour où j’ai décidé de lancer cette action. Si je ne l’avais pas rendue publique, peut-être qu’elle n’aurait pas provoqué des dépôts de plaintes au pénal, mais deux des trois objectifs en dépendaient. Pour contrôler ce risque, je suis alors caché, et quand je vois que sont réunies les conditions pour un procès, je n’exclus plus d’apparaître publiquement.

      D. : Combien de temps as-tu mis pour préparer l’opération et comment ça s’est passé ?

      ED : Il y a déjà longtemps, on m’avait expliqué que l’existence des salaires n’est pas vérifiable par les banques si les entreprises sont réelles. Il y a trois ans, j’ai repris cette idée après avoir étudié la crise énergétique dont il était prévisible qu’elle se propagerait à un système économique qui requiert une croissance exponentielle, crise qui par conséquent devrait survenir tôt ou tard. Cela m’a fait penser que les mouvements sociaux devaient faire un effort particulier pour être là le moment venu, avec une capacité de peser et avec de réelles propositions d’alternatives à la société. Bien évidemment, d’autres personnes ont pris part à des actions comme la revue “Crisi”, mais l’insoumission financière ne concerne que moi.

      D. : Quels ont été les problèmes que tu as rencontré au moment de lancer l’action ?

      ED : La solitude en fait partie, elle rend difficile l’accès aux crédits, qu’ils soient personnels ou de société. Egalement, le fait d’aborder un domaine sur lequel je n’avais pas de références ni de personnes à qui poser des questions en cas de doute. Ceci strictement au niveau de l’action sur les banques, parce que par rapport aux actions des mouvements sociaux, j’ai été bien couvert et beaucoup de gens ont bossé sans même avoir toutes les informations.

      D. : Quelle répercussion peut avoir cette action sur les mouvements sociaux ?

      ED : Pour le moment, même si cela reste au niveau de la Catalogne, les réponses sont en train de se faire par le biais du débat sur le changement social, les banques... Beaucoup de gens m’ont dit que cette action leur a donné plus d’espoir avec les possibilités des mouvements. J’espère que nous serons capables de continuer à profiter de l’avenir pour contester la légitimité du système économique actuel et d’étendre ses alternatives.

      D. : Tu as choisi la banque comme principal objectif. Explique-nous pourquoi.

      ED : Elles sont le principal moyen par lequel les familles les plus puissantes du monde contrôlent le système actuel. Qui contrôle l’argent n’a pas besoin de faire les lois. Leurs méthodes sont absolument méconnues et il est nécessaire d’en finir avec l’ignorance pour transformer la réalité. C’est seulement en sortant de la croissance perpétuelle que nous pourrons avoir un avenir comme société intégrée dans son environnement.

      Le rôle des médias

      D. : Les médias aussi ne sont pas épargnés par ta dénonciation. Quelle a été la réaction des médias ?

      ED : L’effet de surprise et la sympathie que l’action a reçue chez de nombreux journalistes ont été un élément clé pour briser le filtre des médias. En particulier sur l’Internet, les radios et journaux et certains programmes de télévision. Mais le filtre a été maintenu avec succès pour les journaux télévisés, qui sont l‘espace le plus contrôlé politiquement. Il semble que la couverture médiatique a été meilleure dans les médias catalans qu’au niveau de l’Etat [espagnol], avec des exceptions notables. Il est normal, en plus du fait que l’action se déroule ici, que les gens aient tendance à avoir une opinion plus favorable de ces choses que dans d’autres parties de l’État. D. : Pour fermer le triangle du pouvoir, on trouve le système politique ... ED : Dans “Crisi” nous avons également expliqué comment les partis politiques dépendent financièrement des banques, qui peuvent effacer leurs prêts s’ils se comportent bien. Exactement cela ferme le cercle et démontre comment la puissance financière domine nos sociétés « modernes », qui sont une caricature de ce pourrait être une démocratie.

      D. : Vous faites référence dans la publication à une « crise systémique », peux-tu mieux expliquer ce concept ?

      ED : Le système est à la croisée des chemins, parce que au cours des 300 dernières années, il s’est basé sur la croissance exponentielle pour survivre. Dans le passé, il y a eu des crises et des récessions, mais toujours dans un contexte qui permettait de reprendre le chemin de la croissance au bout de quelques années. Cela est maintenant terminé, nous avons atteint les limites de la planète en terme d’énergie disponible, et nous nous approchons des limites de beaucoup d’autres ressources. A l’avenir, l’économie ne pourra plus se fonder sur la croissance exponentielle, c’est pour cela que nous parlons de crise systémique.

      "Les usagers ne la paieront pas"

      D. : L’une des critiques que tu a reçu est que cet argent [exproprié] les autres clients vont devoir le payer. Est-ce vrai ?

      ED : Non, pas du tout. Les personnes qui ont contracté les dépôts vont être rémunérés, les gens qui cherchent des prêts ont les mêmes possibilités de les avoir que si mon action n’avait pas eu lieu, car les banques ont besoin de prêter pour survivre. Conceptuellement, cet argent disparaît en ne payant pas cette dette, puisque l’argent existe seulement quand existe une dette. Comme les banques accroissent leurs revenus en spéculant avec cet argent fictif, alors elles doivent répondre en ce qui concerne le trou [financier] devant la Banque d’Espagne, elles vont devoir le sortir des comptes de leurs bénéfices. Donc si quelqu’un de réel, avec nom et visage, doit répondre de cela, ce sont les investisseurs, par les clients.

      Diagonal : bimensuel (quinzomadaire) d’information critique

      [http://www.diagonalperiodico.net/]

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