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CA 209, avril 2011

A la gauche du PS : Recomposition ou décomposition ?

mercredi 13 avril 2011, par Courant Alternatif

A la Gauche du Parti Socialiste … pas grand-chose de nouveau lorsqu’il se produit un évènement majeur au Japon : Les communistes restés au PC, les trotskistes de Lutte Ouvrière et quelques attardés républicains défendent l’industrie nucléaire maîtrisée et sécurisée par l’Etat dont la gestion doit être plus « transparente » alors que les autres, labellisés écologistes à un niveau ou à un autre, plus ou moins récemment, demandent la sortie du nucléaire… dans quelques dizaines d’années, car il faut que le capitalisme ait tout de même le temps de s’adapter à cette nouvelle donne imposée par des catastrophes !

Il est certain qu’à tous les niveaux, revendicatif, social, projet de société, et, un terrain qui ne nous concerne pas, le terrain électoral … il y a de la place à Gauche du P.S. ! Aujourd’hui, encore plus qu’hier, nous ne pouvons plus parler à propos du PS, de sociaux démocrates mais plutôt de sociaux libéraux.
Mais il y a beaucoup de monde dans cet espace ! Nous pourrions nous en moquer en considérant que ce n’est pas notre problème et nous aurions raison si l’occupation de cet espace n’était tenu que par des politiciens ayant comme stratégie d’être calife à la place du calife et qui seraient de sortie qu’aux moments des élections. Mais sur le terrain des luttes, quel qu’il soit, du local au national, nous sommes confrontées à cette Gauche de la Gauche, dans les comités, grèves, manifs, mobilisations, … Alors, autant essayer de comprendre et d’analyser ce qui se trame, se construit et se déconstruit dans ce milieu que nous pouvons côtoyer quotidiennement…

Une nébuleuse indescriptible et une lente décomposition du PCF
Réglons déjà un problème qui n’en est pas un pour nous mais pour eux ! Effectivement, en regardant le paysage de cette Gauche de la Gauche, nous pouvons être étonnés par le nombre de structures différentes qui existent et qui naissent quasiment tous les mois, celles qui disparaissent ne produisant pas d’avis de décès. Cette diversité pourrait être un signe de « bonne santé » mais dans ce milieu l’objectif, proclamé dans tous les textes et les professions de foi, est l’Unité afin de construire une force politique capable de peser vis-à-vis de la mère-grand (ou le père-grand)… le Parti Socialiste. C’est ainsi qu’on peut, à quelques dizaines, créé un groupe intitulé « Gauche Unitaire » qui n’attend surtout pas le grand-soir mais l’opportunité de participer à la construction d’une structure regroupant à Gauche tous les déçus du PS. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, tout en sachant que ce type de grappe de militant/e/s prend toujours corps autour d’une personnalité qui a connu à un moment donné sa petite heure de gloire médiatique lors d’un mouvement social national (mouvement étudiant/lycéen essentiellement).
Dans ce paysage, il y a beaucoup de nouveautés depuis quelques années. Ces nouveautés sont déjà dues à la quasi-fin des certitudes des modèles labellisés « socialistes » dans les quatre coins de la planète. Le Parti Communiste Français n’en finit pas de se décomposer. Sa décomposition crée à elle seule des tas de regroupements qui restent à l’intérieur du Parti puis le quittent. Les derniers départs significatifs sont les « rénovateurs » qui se consacrent à la création de la « Fédération pour une alternative sociale et écologique » (FASE pour les intimes), rassemblement politique né en décembre 2008 visant « naturellement » à regrouper toute la « gauche alternative » suite à un appel lancé par l’hebdomadaire Politis pour soi-disant peser dans le rassemblement de la gauche anticapitaliste, antilibérale et naturellement écologiste. A noter que cette FASE est la seule structure politique dont la double appartenance est acceptée, légalisant ainsi certaines pratiques trotskistes historiques. Cette FASE… attend son heure institutionnelle car pour l’instant l’espace est occupé par Le Front de Gauche qu’elle n’arrive pas à rallier car une de ses importantes composantes, le PCF, en veut profondément à ces traîtres « rénovateurs » qui l’ont quitté.
Le Front de gauche est une alliance strictement électorale initiée par le Parti Communiste Français et le Parti de Gauche lors des élections européennes de 2009. Cette alliance devrait perdurer jusqu’aux prochaines élections de 2012 car le PCF y a jusqu’à maintenant trouvé son compte car elle a limité, sa perte inéluctable du nombre de ses élus. Cela va-t-il durer ? A l’approche de l’échéance électorale de 2012, un débat existentiel à l’intérieur du PCF fait rage. Trois gros courants (car les tendances n’ont pas droit de cité malgré l’abandon du centralisme démocratique) s’affrontent. Il y a ceux qui veulent revenir à l’alliance historique « PCF-PS et divers gauche », tendance qui refuse toujours la 2ème place prise dans cette gauche plurielle par les écolos institutionnels qui les ont supplantés depuis plusieurs élections déjà. Le 2ème courant, majoritaire actuellement, veut poursuivre la stratégie du Front de Gauche… mais une nouvelle donne est apparue : Mélenchon leader charismatique du Parti de Gauche est en train de les effacer des prochaines présidentielles au 1er tour. Pour la première fois, un communiste ne serait pas candidat à ces élections majeures pour ce type de Parti ; autant dire sa fin programmée. Le 3ème courant, orthodoxe (stalinien diront les mauvaises langues) maintient qu’il faut avoir un candidat du PCF au 1er tour des élections présidentielles et des candidats du Parti dans toutes les circonscriptions à la députation. A cela s’ajoutent des conflits de personnes, locaux, régionaux… et l’absence complète d’une quelconque esquisse de projet de société avec des contradictions fondamentales et inconciliables entre les différents courants. Autant dire que la décomposition du PCF se poursuit, elle va encore durer jusqu’à … sa faillite économique. Mais d’ici là, il y aura moult départs collectifs car c’est encore aujourd’hui la structure à la gauche du PS qui a, de loin, le plus de militants présents sur le terrain social et est encore capable de recruter lors de mobilisations sociales importantes.

Le Parti de Gauche ramasse la mise
Le Parti de Gauche, autre composante incontournable du Front de Gauche (à noter que leurs électeurs confondent Front et Parti au grand dam du PCF), est à sa création, en février 2009, issu d’une mini scission du PS au congrès de novembre 2008 à Reims. Il a pour l’instant trouvé lui aussi son compte avec cet accord électoral avec le PCF qui lui apporte la plupart de ses militants de base pour coller, distribuer les tracts et les professions de foi, porter les banderoles… contribuant ainsi à son implantation électorale. Le Front de Gauche qui regroupe aussi « La Gauche unitaire » première mini scission du NPA va, très certainement engranger d’autres structures ou militants (dont les derniers départs du NPA) cherchant un débouché politique dans le cadre de nos institutions républicaines. Car le Front de Gauche est actuellement un (petit) créneau porteur pour tous les politiciens se situant à la gauche du PS.
Il semble intéressant aujourd’hui de s’attarder un peu sur ce nouveau parti issu du PS qui a le vent en poupe tout en sachant que le « soufflé » peut aussi vite retomber qu’il n’a monté.
La référence historique de ce parti est Jean Jaurès. Ce Parti se présente comme la continuité politique des mouvements féministes, antiracistes, écologistes et altermondialistes. Une attrape… personnes de gauche en recherche de débouché institutionnel ! Il promeut le dépassement du capitalisme par une méthode : la révolution .. Citoyenne … respectueuse de nos institutions républicaines donc démocratiques. Le PG ambitionne de remporter un jour les élections afin d’appliquer un programme républicain de rupture avec la domination capitaliste. Vaste programme, effectivement ! C’est un peu la renaissance, plus d’un siècle plus tard, d’un parti social-démocrate à la sauce républicaine bien de chez nous ! Il s’inscrit « dans le meilleur des traditions du mouvement ouvrier et des combats républicains » (comme les conquêtes coloniales ?). Autant dire que c’est une attrape-couillon ! Le plus drôle est que ses statuts ne veulent pas « de chapelles, de culte du chef ou de domination des spécialistes de la politique ». Ce parti respecte à son plus haut niveau la « divine » parité puisqu’il est co-présidé Jean-Luc Mélenchon et une certaine Martine Billard. Il faut vraiment le lire dans la presse écrite… pour le savoir ! Plus drôle encore est le fait que le Parti de Gauche se dise favorable à l’idée de gouverner avec le PS en cas de majorité à gauche, à la seule condition … que le PS soit minoritaire au sein de cette majorité. Faut les laisser… ils s’arrangeront le moment venu !
Nous n’irons pas jusqu’à dire comme certaines mauvaises langues que le sieur Mélenchon est un coucou qui fait son nid dans celui du PCF, qui a pour stratégie de continuer à faire la même chose dans celui du NPA visant ainsi à devenir incontournable pour le PS la prochaine fois que celui-ci sera aux affaires. On le verrait bien de nouveau ministre…

Le NPA en crise
Effectivement ce Parti de Gauche fout sa merde partout y compris au NPA. Bien médiatisé, Mélenchon a su devenir incontournable à la gauche du PS (sauf à Lutte Ouvrière). A tel point que lors du premier congrès du NPA de février 2011 les 3 principaux courants se sont affrontés sur la question de son éventuelle alliance (ou de son refus) avec le Front de Gauche. C’est effectivement une question centrale pour ceux et celles qui veulent trouver aujourd’hui un créneau institutionnel…
Rappelons que le NPA a été créé en février 2009 sur l’initiative de la Ligue Communiste Révolutionnaire qui voulait politiquement capitaliser les 1,5 millions de personnes séduites par le facteur. LO et Arlette Laguiller avait eu, en son temps, la même idée mais LO est bien incapable de se dépasser structurellement. La LCR a semblé y arriver et son projet né d’un bon résultat électoral a attiré des jeunes mais aussi des anciens militants en recherche d’un soi-disant « débouché politique ». A sa création, le NPA avait pour principale fonction de défendre un programme anticapitaliste dans les luttes sociales … et aux élections ! Il devait se situer clairement dans une indépendance stricte vis-à-vis du Parti Socialiste. Rappelons tout de même deux constats :
• Au deuxième tour électoral, il est bon ton, dans ce milieu, de dire au minimum qu’il faut faire barrage à la Droite.
•On ne compte plus les élus du PS qui ont passé une grande partie de leur jeunesse militante à la LCR ! A noter que parmi les dernières personnes qui ont quitté le NPA pour le Front de Gauche figurent des militants qui étaient à la LCR depuis de nombreuses années.
Chez les trotskystes, l’indépendance par rapport au PS est une vieille chimère.
Quelques élections plus tard, les 1,5 millions d’électeurs et d’électrices de Besancenot ont fondu. Et deux ans après sa création, les courants du même type que les tendances de la LCR à son époque, ont refait leur apparition sans oublier que plus d’un tiers des adhérents au NPA à sa création l’ont déjà quitté. Encore quelques mois et le NPA ne sera plus un quelconque dépassement de feu la LCR.

Nous ne pouvons que constater que toute cette myriade de structures à Gauche du PS a toujours comme calendrier les échéances électorales. Le vieux schéma : les luttes sociales doivent permettent de recruter des militants politiques pour les prochaines élections, est toujours d’actualité !
Certains leaders de mouvements sociaux qui ont réussi à se faire médiatiser ont délibérément choisi la maison-mère, le PS ; d’autres passent par un purgatoire d’extrême gauche. Pour nous, les débouchés politiques ne sont pas à chercher dans les institutions mais complètement en dehors sur le terrain des luttes sociales.

Denis, Reims le 20/03/11


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