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Kurdistan - « Nous libérer comme femmes pour libérer la société »

samedi 7 septembre 2013

par Leandro Albani

Ni victimes ni en seconde ligne, mais guérilleras et en libération permanente. Ainsi sont les femmes qui composent la guérilla du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Cela peut se vérifier après avoir visité plusieurs camps que l’insurrection possède dans les montagnes de Kandil, dans le nord de l’Irak. Une des premières surprises est d’observer que la quantité de femmes commandantes dépasse presque en nombre les commandants hommes. Ce n’est pas là quelque chose de fantaisiste. Dans le PKK, et les organisations qui dépendent du parti, tous les postes de direction sont partagés à travers des coprésidences.

Répartir les responsabilités et les travaux dans les camps ne semble pas quelque chose d’imposé ou de rigide, simplement pour la cuisine ou au moment de la vaisselle, les hommes et les femmes se réunissent et le font. Ce qui ne diffère pas quand vient le moment de rejoindre le front et de se battre, comme cela se passe actuellement dans le nord de la Syrie, région assiégée par des mercenaires et des membres du Front Al Nosra, la branche locale d’Al-Qaïda

Rengin Botan, tout juste âgée de 37 ans, fait partie du Conseil du Commandement Général des Forces de Défense du Peuple (HPG), l’organisation qui regroupe les guérilleros et guérilleras. Avant de rencontrer Rengin, la commandante Beritan nous a dit que cette femme maigre, toujours souriante et d’où se dégage une fragilité sensible, est l’une des commandantes les plus respectées de l’insurrection. Mehmet Ali Dogan, un anthropologue qui m’accompagnait dit la même chose. « Quand elle donne un ordre, les hommes et les femmes obéissent aussitôt. Elle est toujours en première ligne, pas à l’arrière », fait-il remarquer.

Histoire et tradition

« La société kurde n’est pas développée, il y a beaucoup de traditions archaïques, la structure féodale est dominante et ne permet pas aux femmes de se libérer. Dans ces traditions, la femme de la maison est la fierté de la famille, mais cette fierté passe entre ses jambes. L’homme, qui est aussi une victime du système colonial, au lieu d’adopter une position de rébellion contre le système, tue sa femme pour décharger sa colère », résume la commandante Rengin sans mâcher ses mots.

Dans les conversations, les combattants et les combattantes de la guérilla s’accordent à dire que les femmes du Moyen-Orient subissent davantage la répression patriarcale imposée par le système, à laquelle il faut ajouter l’influence de l’Islam le plus réactionnaire qui complète le capitalisme. C’est pourquoi, dans l’insurrection, les classifications comme épouse, mère ou sœur ne sont pas utilisées. Ils préfèrent le simple « camarade ». De cette manière, ils cherchent à effacer les conditions imposées par la « modernité capitaliste », telle que la définit la guérilla.

Harun, un commandant du PKK, le synthétise ainsi : « Au Moyen- Orient, il y a un proverbe qui dit que la femme possède son nom, mais n’existe pas. Dans les sociétés originaires, d’où nous provenons, il n’y avait pas l’État-nation et les femmes participaient naturellement à la société. Les femmes qui participent à notre lutte insurrectionnelle montrent qu’elles existent et, comme être humain, sans parler d’égalité, qu’elles sont un acteur actif, comme tout le monde. »

Contre le sexisme

Dans son livre « Confédéralisme démocratique », le principal dirigeant PKK, Abdullah Öcalan, signale que l’un des piliers de l’Etat-nation est le « sexisme ». Dans ce texte, il analyse que les femmes sont exploitées et utilisées comme une réserve de main-d’œuvre bon marché. De leur côté, aussi bien Öcalan que les combattants et combattantes de la guérilla consultés, insistent sur le fait que la libération des femmes ne peut pas obtenue après la victoire de la révolution. Dans le PKK, ils savent que cette libération sera obtenue dans le feu de la lutte quotidienne, avec des fusils à la main, la formation idéologique et la certitude en une société plus juste.

« Chaque femme a ses raisons de participer à la lutte, mais quand nous nous réunissons, nous devenons une seule femme, glisse la commandante Rengin. Nous pouvons voir la libération d’une société selon le degré de libération des femmes. Cette philosophie est notre principe : nous devons nous libérer comme femmes pour libérer la société ».

En route pour la libération

« Toute participation des femmes à la guérilla est une expression qui démontre que nous existons et que nous cherchons à nous libérer. Une femme combattante de la guérilla se retrouve dans la montagne parce qu’elle se sent totalement libre et vit une rupture avec son histoire », explique Rengin Botan.

Au cours des deux dernières décennies, au sein du PKK, la question des femmes a pris un élan qui est encore en plein développement. Beaucoup de combattants indiquent que la position d’Öcalan d’encourager la participation des femmes a été déséquilibrante pour commencer à extirper le machisme des rangs des révolutionnaires.

Critique du sexisme

Le commandant Harun explique que toujours « nous faisons une critique radicale du machisme. Où que soit l’homme, dans une entreprise ou une famille, il a le pouvoir et la domination totale. La lutte du PKK est de transformer l’homme sexiste en un homme normal. Les femmes ne peuvent pas avoir de place dans la société sans la transformation de l’homme sexiste. »

Quand l’insurrection a été créée, se souvient la commandante Rengin, « l’attitude des camarades masculins était que les femmes ne pouvaient se battre que dans les espaces démocratiques et juridiques, ou faire la cuisine, mais ne pouvaient pas entrer dans la guérilla. Malgré cet obstacle, nous sommes entrées dans la guérilla et nous participons aux fronts de combats. A cette époque, ce n’était pas facile, nous devions prouver que nous pouvions résister physiquement, commander un groupe et mener des actions. Quand ils ont vu que, nous les femmes, nous pouvions tout faire, ils ont commencé à l’accepter. Nous avons beaucoup de commandantes héroïnes qui se sont sacrifiées pour une majorité de leurs camarades masculins. Maintenant, le PKK accepte, grâce à notre pratique, qu’une femme fait moins d’erreurs qu’un homme dans les zones de guerre. L’homme, parce qu’il vient d’une histoire machiste se sent parfois plus fort et plus sûr, mais la femme est plus attentive et analyse les choses point par point. »

Espaces de femmes

Dans le PKK, les structures organisationnelles ont des espaces particuliers pour les femmes. Sur les 15 académies de formations, 4 sont réservées exclusivement aux femmes, où elles discutent et analysent leurs problématiques. Il y a aussi des camps et des unités de guérilla composés de femmes.

En 1993, a été formée la première armée de guérilla de femmes, qui a reçu le soutien total d’Öcalan. « Nous avons créé cette formation parce que nous voulions quitter complètement la direction des hommes, explique Rengin Botan. Les femmes ont des arguments et des raisons particulières auxquelles les hommes ne peuvent pas donner de réponses. La naissance de cette unité a permis une vie sociale plus équilibrée et exemplaire, et pour nous, ce fut une révolution. »

« Nous sommes une organisation où les femmes ont leurs propres structures, dit Harun. Cela permet aux femmes d’exister et de participer. Lorsque nous avons créé le parti, peut-être que ces définitions idéologiques n’existaient pas, mais la façon de lutter nous a permis d’en arriver à prendre ces décisions. Beaucoup de femmes, qui sont des leaders, ont marqué le parti. Dans la guérilla, il y a une formation politique et militaire et des groupes de guérilla pour les hommes et les femmes. Quand les Occidentaux entendent cela, ils pensent que c’est un peu archaïque, mais ça ne l’est pas au sens traditionnel du terme, mais parce que les femmes et les hommes ont besoin de discuter de leurs particularités et d’avoir leurs espaces. Hommes et femmes, nous sommes ensemble dans tous les domaines de la lutte. Nous avons un parti de femmes, des colonnes de femmes, et d’autres formes d’organisation. Les femmes sont organisées au niveau régional, national et confédéral. Lors des dernières élections de l’Union des Communautés du Kurdistan (KCK), les femmes ont obtenu 63% des voix. »

« En général, nous sommes ensemble et quand une région a besoin d’une unité, nous décidons combien d’hommes et de femmes y vont. Il y a aussi des brigades de femmes qui combattent en Turquie. Cela se décide en fonction des besoins de la région. Dans chaque commission, nous sommes ensemble, mais dans les unités de guérilla nous pouvons être séparés. Il y a des camps pour les femmes et pour les hommes, mais quand nous allons au front, nous nous mélangeons », conclut Rengin Botan.

Le 3 septembre 2013


Source : Resumen Latinoamericano

Traduction : XYZ/OCLibertaire


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