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Italie. Attaque de grande ampleur sur le salaire ouvrier chez Electrolux

samedi 8 février 2014

Electrolux propose la réduction de la moitié des salaires
des travailleurs italiens de ses usines

La société suédoise Electrolux propose aux travailleurs de ses quatre usines en Italie de réduire les salaires de 50% afin de maintenir leur compétitivité avec leurs homologues en Pologne et en Hongrie.

Ce n’est certainement pas une coïncidence si la proposition d’Electrolux est venue juste après la signature du nouvel accord sur la représentativité syndicale [voir plus bas], quand, aux yeux des grandes entreprises, les syndicats italiens semblent n’avoir jamais été aussi amicaux. Mais, néanmoins, ce que la multinationale suédoise qui fabrique des appareils électroménagers a mis sur la table a été un choc.

La direction a « proposé » que les 5.700 travailleurs de ses quatre usines italiennes (Susegnana, Porcia, Forli et Solaro) doivent accepter de recevoir la moitié de leurs salaires mensuels actuels (soit une baisse de 1400 à 700/800 €) pour qu’ils puissent rester aussi compétitifs que les travailleurs employés dans les usines de la société en Pologne et en Hongrie où, selon elle, « le coût du travail est quatre fois moins élevé ». Le marché, selon Electrolux, est envahi par des produits à bas coût des usines chinoises, et la seule chance de survie d’Electrolux est de déplacer les usines vers les zones où les coûts salariaux sont moins chers. Ou que les salaires italiens deviennent aussi compétitifs que ceux de Pologne (qui en fait oscillent entre 450 et 500 euros).

Dans le détail, la compagnie a proposé réduisant les salaires mensuels de 700/800 euros, la réduction de la journée de travail à 6 heures, la réduction des pauses, la réduction des primes de production de 80 %, et la réduction de 50% de la durée des congés pour les fonctions syndicales. Et même avec cela, la plus grande usine italienne, à Porcia (dans la région du nord-est du Friuli-Venezia-Giulia) est en danger. La société a annoncé le licenciement définitif de 650 travailleurs sur 1200, chiffre pouvant être abaissé à 250 si les heures de travail sont réduites à six par jour. Michele Zanocco, coordinateur du syndicat FIM CISL, a fait des calculs légèrement différents qui donnent un total de 1550 licenciements, ce qui signifierait la fermeture pure et simple de cette usine de lave-linges. Ce chiffre inclut tous ceux qui reçoivent de l’argent du Trésor public, qu’ils soient payés par le fonds de garantie des salaires (cassa integrazione) ou par un contrat de solidarité (contratto di solidarietà)[1].

Immédiatement après la « proposition » de la direction, les travailleurs se sont mis en en grève et ont bloqué les rues situées à côté des usines. De nouvelles manifestations sont prévues tandis que la société rencontre les gouvernements locaux et nationaux ainsi que les confédérations syndicales. Mais même à l’intérieur du Parti Démocrate, qui détient le pouvoir dans le gouvernement régional du Frioul-Vénétie-Julienne, il y a un énorme fossé. Alors que la présidente du gouvernement régional, Debora Serracchiani, a déclaré que toutes les quatre usines italiennes devraient être protégées, Davide Serra (homme d’affaires et grand supporter du nouveau secrétaire du Parti Démocrate, Matteo Renzi) a parlé d’une « proposition rationnelle pour protéger les emplois ». Lorsqu’il a été interrogé sur le sujet, Renzi a accusé le système électoral actuel, qui selon lui a empêché les politiciens de prendre une quelconque décision. Quel genre de décision, cela il ne l’a pas dit.

Beaucoup parmi les organisations radicales – comme le site Internet Contropiano – parlent d’une attaque sur les salaires italiens. Electrolux pourrait être à l’avant-garde d’un mouvement plus important, impliquant en premier lieu l’ensemble du secteur industriel italien, puis tous les travailleurs.

Le nouvel accord sur la représentativité syndicale.

Accord signé entre les 3 principaux syndicats de salariés (UIL, CISL, CGIL) et la Cofindustia (le Medef italien) au printemps dernier (la nuit du 31 mai 2013 au 1er juin).

Cet accord institue le système suivant : les conventions collectives à l’échelle nationale adoptées par la majorité des trois syndicats doivent être appliquées dans chaque branche industrielle ou de services et dans chaque entreprise, usine ou bureau. Les délégués d’entreprise élus par la base n’ont pas le droit de s’opposer à ces accords, d’organiser des assemblées dans le lieu de travail, même si une minorité importante des travailleurs refusent l’accord. S’ils le font, leur statut de délégué sera supprimé et ils seront sur une liste noire pour le patronat.
En fait, cet accord a pour but de casser le secteur des délégués syndicaux combatifs qui peuvent être encore un relais de travailleurs en colère et qui pourraient être encore assez distants des directions syndicales. Cet accord vise aussi les syndicats de base (COBAS, USB...) qui voient leurs capacités d’expression réduits à rien, alors que, selon les secteurs, ils avaient pu obtenir une reconnaissance légale de leur représentativité, et donc une certaine protection quant à leur activité sur les lieux de travail.

Cet accord fait partie des mesures prises pour la « compétitivité » des entreprises, c’est-à-dire la baisse du coût du travail (salaires, flexibilité, réduction de la conflictualité, des arrêts maladies...).

Une disposition de cet accord n’accorde le droit à la représentation aux négociations qu’aux organisations ayant souscrit à l’accord et s’étant engagées à en respecter toutes ses clauses. Comme le dit un syndicaliste critique : « c’est un peu comme si une nouvelle loi électorale n’autorisait que les candidatures au parlement provenant de forces politiques souscrivant aux mesures d’austérité ».

C’est exactement ce qu’avait voulu imposer Marchionne, le patron de la Fiat (et de Chrysler) il y a quelques années, et qui avait quitté la Confindustria parce que l’organisation patronale ne l’avait pas suivi sur ce point à l’époque.

Marchionne, après avoir imposé un accord aux travailleurs de Chrysler (aux États-Unis) baissant les salaires et interdisant de fait la grève, a appliqué la même politique en Italie, en faisant accepter dans les différentes usines de la Fiat des contrats en dérogation aux accords nationaux, aboutissant à de nouvelles dégradations des conditions de travail, avec heures supplémentaires obligatoires non payées, obligation de ne pas réclamer d’augmentations de salaires, limitation du droit de grève et de l’absentéisme. Allant encore plus loin, il a décidé que chez Fiat, le droit de représentation syndicale ne pouvait être accordé qu’aux seuls syndicats qui approuvent sa politique et donc qui sont signataires des nouveaux accords.

L’accord national syndicat-patronat ratifie la conception selon laquelle celui ou celle qui n’accepte pas un accord signé par les directions nationales est, de fait, exclu de toute activité syndicale reconnue. Il lie la représentativité syndicale (décidée, lors d’une élection, par les travailleurs de l’entreprise) à la renonciation au conflit. Il attribue à l’entreprise de droit d’exiger des représentants élus des salariés l’application du contrat signé à l’échelle des confédérations par les bureaucraties syndicales.

Un récent décret d’application de cet accord du 31 mai 2013 vient encore aggraver la situation. Il introduit un système de « certification » pour les membres des syndicats signataires. Le poids d’un syndicat sur le lieu de travail se fera en comptabilisant le nombre de délégués – regroupés dans la structure RSU (« Représentation syndicale unitaire ») regroupant les délégués de chaque entreprise du secteur privé dans la proportion de 1/3 des délégués nommés par le syndicat et 2/3 élus par les travailleurs – et le nombre de « certifiées ». Or les syndicalistes ne pourront être « certifiés » que si leur syndicat a signé le contrat en cours dans l’entreprise.

Comme le dit Carlo Guglielmi, avocat et membre du syndicat de base USB, cet accord « prive les travailleurs de la possibilité de choisir qui les représente. D’abord, vous devez accepter de ne pas faire grève et obéir, et ensuite vous êtes autorisé à avoir des droits syndicaux. La majorité des syndicats signataires se prononcera sur les contrats et la minorité ne peut que se rendre. »

L’accord actuel prévoit un contrôle renforcé par les bureaucraties centrales et fédérales des confédérations syndicales sur les structures locales et d’entreprise, oblige les syndicats à accepter des clauses de non-grève et prévoit même un système de sanctions pour ceux qui font grève.

Comme si cela ne suffisait pas, les accords signés par ce nouveau type de négociation (qui donne la toute-puissance aux syndicats les plus proches des employeurs) pourront ignorer les conventions collectives nationales qui, jusqu’à présent (à l’exception de Fiat), ont protégé les travailleurs d’usine contre la déréglementation totale.

En résumé, il y a un double enjeu, dont les deux termes sont cohérents entre eux : d’une part la réduction de la conflictualité et la répression des luttes collectives des travailleurs et d’autre part la remise en cause des conventions collectives de branche ou nationales ouvrant la voie aux attaques directes sur le niveaux des salaires, les horaires, la flexibilité… et la possibilité de résister, tout cela grâce aux confédérations syndicales de salariés (et de retraités car en Italie, plus de la moitié des adhérents des grandes centrales sont des salariés à la retraite).

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Notes

[1] Mesure de flexibilité. Réduction du temps de travail et du salaire à 6 heures par jour, les 2 heures restantes étant rémunérées à 60% par l’INPS (Sécurité sociale italienne). Ces mesures ne peuvent être prises qu’avec l’assentiment des syndicats dits représentatifs dans l’entreprise. A noter que ces “contrats” modifient substantiellement les contrats individuels de travail sans que les travailleurs aient leur mot à dire.

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Source principale : http://strugglesinitaly.wordpress.com/

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Ajouts du 11 février

 

Début de la chasse aux sorcières ?

Le ‟texte unique” sur la représentativité syndicale souhaitée par la CGIL, la CISL, l’UIL et la Confindustria – la guillotine – commence à faire ses premières victimes. L’entreprise ELBI International SpA, une société de Collegno (Turin), qui produit des composants pour les appareils électroménagers, vient de demander l’application de l’accord sur la représentation syndicale signé le 10 janvier entre la Confindustria et les trois confédérations syndicales, en intentant une action en justice pour invalider les récentes élections de délégués RSU dans lesquelles a été élue une candidate de l’Union Syndicale de Base (USB).
La direction de l’entreprise soutient que : « Le syndicat USB Lavoro Privato, participant à l’élection du 6 février 2014, n’est pas signataire du CCNL [contrat collectif national du travail] appliqué à l’unité de production, ni signataire des règles inter-confédérales mentionnées. »

« La chasse aux sorcières est lancée », dénonce Paul Sabatini, de l’exécutif national de l’USB. « Comme nous l’avons déjà signalé, le soi-disant ‟texte unique” est un accord entre les parties en vue de chasser les syndicats et les délégués d’entreprises qui se battent pour les intérêts des travailleurs ». « Alors que la mobilisation contre la direction de l’entreprise est en cours, nous allons déposer dans leurs heures qui viennent un recours détaillé et corsé auprès du Juge du Travail contre ce ‟texte unique” », a conclu le dirigeant de l’USB.

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De Marchionne à Electrolux : l’arrogance patronale poursuit son avancée

3 février 2014 / infoaut.org

L’affaire Electrolux doit être considérée comme le nouvel épisode, à inclure dans une longue liste, à insérer dans la crise qui frappe le monde du travail. Mais une crise qui est sur la crête d’une double attaque et qui, en elle-même, renferme l’état actuel du sujet-travailleurs : la crise sociale et la crise de ce qui était autrefois appelé ‟les luttes ouvrières”.

De notre point de vue, si d’une part nous nous félicitons de la résistance aux attaques des patrons, l’affaire Electrolux doit être considérée de la même manière que l’attaque lancée, et réussie, par Marchionne[1]. Elle contient la tentative claire de créer un nouveau précédent important dans la galaxie du travail. Depuis déjà un certain temps, le capitalisme global a identifié dans le Sud de l’Europe une zone à mettre systématiquement en dépression pour contrôler le coût du travail, puis, pour essayer de mettre en place des modèles de travail et de législation qui doivent permettre aux patrons de produire dans un État aux coûts et avec modèles d’organisation d’un autre État, essentiellement en contournant les règles ‟inadéquates” qui avaient été dictées par les victoires (toujours plus résiduelles) des luttes ouvrières du passé.
Electrolux va au-delà : produire en Italie avec la législation et les relations du travail italienne, mais avec des coûts du travail polonais. Une évolution créatrice du système de travail, basée sur le chantage dans le but habituel de faire du profit sur le dos des travailleurs.

En plus de suivre les foyers de lutte et les résistances ouvrières, nous voulons repartir de cette question, en essayant de trouver des réponses et des pistes de réflexion pour le débat : pourquoi les entreprises et les multinationales peuvent-elles se permettre ces manœuvres politiques complètement inacceptables ?

En premier lieu, il est évident que le rapport de forces dans la phase actuelle voit les patrons en mesure de déterminer substantiellement l’organisation de la production face à une réponse ouvrière ténue, fragmentée et souvent inefficace. Si nous faisons une analyse attentive du monde du travail, personne ne s’est soulevé ou n’a créé des tensions dans la tentative de contrer la féroce restructuration en cours, personne, une fois une bataille gagnée ou perdue, n’a eu la capacité, sauf à de rares exceptions, de donner une continuité aux luttes, de relancer et de créer des réactions en chaîne dans d’autres lieux et postes de travail. En outre, nous devons prendre en considération les modifications structurelles importantes de l’organisation du travail et la difficulté pour les rares sujets conflictuels, ou du moins non-alignés, à construire une stratégie de lutte qui se place sur un plan innovateur, qui cherche la généralisation et la sortie des formes corporatives.

Cette situation complexe déterminée par les changements structurels dans le monde de la production et par l’incapacité (ou la non-volonté) des organisations qui se remuent sur ce front de construire des résistances et des attaques, a permis aux patrons et aux confédérations syndicales, avec l’approbation de l’État, de poursuivre tranquillement le processus de restructuration totale du monde du travail à coups d’accords. Le tout sous les yeux de ces syndicats qui ont servi et servent encore de levier aux luttes ouvrières. La faillite évidente d’une stratégie, incapable de créer avec le temps la subjectivité capable de s’opposer aux attaques patronales. Une faillite en partie déterminée par la reproduction de modèles d’organisation du passé inadéquats dans la période actuelle et les changements en cours.

L’autre question que nous posons est ‟que faire” face à cette situation. Les travailleurs d’Electrolux sont maintenant sous le feu des projecteurs, mais il est nécessaire que les luttes se propagent et se placent sur un terrain conflictuel plus généralisé sur lequel les syndicats seront contraints au moins de se confronter, faisant en sorte de ne pas commettre une autre erreur comme celle faite par la FIOM -CGIL dans la lutte contre le modèle Marchionne. Une lutte qui, incapable de construire une rigidité qui franchisse les limites de l’usine et de faire l’hypothèse de nouvelles stratégies de conflit, a conduit, de fait, à la défaite et à la consolidation de ce modèle. Les victoires à la Pyrrhus obtenues par la voie du système judiciaire n’ont pas tracé l’ébauche d’une remise en cause des rapports de force au sein des lieux de travail ; on ne peut pas penser qu’un tribunal puisse se substituer à la lutte ouvrière.

Quelques indications peuvent provenir des luttes menées dans le secteur de la logistique, en étant conscient cependant qu’il s’agit là d’une composition radicalement différente et de l’importance stratégique que revêt cet aspect de la production pour le capital. Là où la bataille se place sur un niveau de conflit qui sort des formes traditionnelles de la grève syndicale et bloque de manière réellement systématique les mécanismes de la production, elle est d’une réelle efficacité.

L’autre indication à recueillir est celle de donner à la bataille un profil d’adhésion sociale en cherchant à sortir du conflit en lui-même et en essayant d’entrer en communication avec d’autres luttes. L’attaque patronale portée ces derniers jours contre la lutte des ‟facchini” [ouvriers de manutention de la logistique, ‟porteurs”], en fait, se mène sur ces fronts : d’une part, l’érosion de l’adhésion aux formes de lutte, de l’autre la répression judiciaire et policière à l’égard des blocages et des initiatives. Cela n’enlève rien au fait que le rôle de l’usine classique dans le système de production italien est toujours plus résiduel et qu’on ne peut pas attendre qu’une reprise de la lutte de classe parte seulement de là.

Une vision d’ensemble est nécessaire en étant conscients de certaines transformations au cours des dernières années dans l’organisation du travail classique et donc dans la composition ouvrière. Cesser de penser d’une manière corporatiste dans les luttes quotidiennes est désormais central pour gagner ces batailles. Il est donc inévitable de passer à une vision qui soit en mesure de sortir de l’univers de l’usine et du poste de travail et de se mettre en rapport avec les luttes existantes et celles à inventer, de celles sur le logement au monde de l’éducation, à celles contre la dévastation des territoires, en repartant de ces petites indications que nous ont laissé les journées romaines des 19 et 20 octobre 2013[2], où la dimension du travail classique en lutte a pu s’amalgamer aux autres luttes sociales et politiques qui traversent notre société, en cherchant à inquiéter ceux qui vivent dans les palais du pouvoir.

Traduction : XYZ / OCLibertaire

Original : ici


Notes

[1] Patron de Fiat et de Chrysler (qui ont fusionné le 1er janvier 2014).
[2] Les 19 et 20 octobre 2013 ont été une double journée de grève et de mobilisations à l’appel des syndicats de base, des mouvements de base sur le logement et les occupations d’immeubles, les No-TAV du Val Susa et d’ailleurs, et les mouvements de défense du territoire, les collectifs autonomes de migrants, de précaires, d’étudiants,… qui regroupé plus 80 000 manifestants dans les rues de Rome (voir à ce sujet, ‟Italie, 18/19 octobre. Mobilisations contre l’austérité et recomposition sociale” )


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