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Les évènements de Sinjar et en Irak ces derniers jours

dimanche 10 août 2014

Le 10 août 2014

Les événements de ces derniers jours dans le Kurdistan irakien ont déplacé l’épicentre de la guerre entre les intégristes et la nation kurde. Si jusqu’à présent le front était centré en Syrie, celui-ci se concentre maintenant en Irak.
Avec pour la première fois, l’entrée en scène des milices kurdes de Syrie (YPG-PYD) et de Turquie (HPG-PKK) venues épauler les
peshmergas (du PDK et de l’UPK) en difficulté devant l’offensive djihadiste, on assiste à une redéfinition rapide des rapports politiques sur le terrain entre les différentes forces militantes organisées dans laquelle une nouvelle situation s’ouvre pour la lutte de libération kurde.

Tout a commencé le 2 août quand l’Islamic State of Iraq and Syria (Etat islamique en Irak et en Syrie, ISIS, ou État Islamique, EI) a occupé la ville de Sinjar, se rapprochant de la frontière avec la Syrie et permettant la connexion avec ses troupes situées là-bas. La région de Sinjar (Şengal en kurde) est aussi la plus importante zone où résident encore des Kurdes yézidis, une ancienne confession religieuse [*]. L’ISIS a pris le contrôle de Mossoul, dans la province de Ninive, le 10 juin dans sa tentative de se rapprocher de Bagdad et de détruire les sanctuaires chiites du pays.

Fugitifs de Sinjar en direction des montagnes entre le 3 et le 8 août, la plupart des Yézidis avec plusieurs dizaines d’enfants morts déshydratés

Sinjar, située une centaine de kilomètres à l’ouest de la ville de Mossoul, est tombée après de violents combats entre l’ISIS et les forces peshmergas kurdes du PDK [d’Irak]. Ce sont les commandants de ces unités qui ont donné un ordre de retraite désordonnée, laissant des dizaines de milliers de civils sans protection. Tandis que les miliciens du PDK fuyaient, les familles yézidies abandonnaient leurs foyers, fuyant la ville de peur en direction des montagnes. Peur qui s’est immédiatement confirmée en constatant que les membres de l’ISIS tuaient des centaines de Yézidis dans les rues en toute impunité et procédaient à des exactions et à des enlèvements par centaines, peut-être par milliers. Les bilans précis sont encore à faire.

Le total des fugitifs est de la ville est 200 000. Beaucoup ont pu atteindre Erbil, la capitale de la région autonome kurde en Irak. D’autres, environ 7 000, ont été accueillis par des Kurdes syriens dès les premiers jours. Le paradoxe est que le gouvernement kurde du PDK avait bloqué la frontière avec le Kurdistan syrien en creusant un fossé et en ordonnant un embargo contre le Rojava (Kurdistan syrien). Maintenant, ceux qui avaient été bloqués ont accueillis ceux qui les bloquaient.

L’un des camps qui a accueilli des réfugiés fut Maxmur (Makhmour) situé au sud de Mossoul et à 40 km à l’ouest d’Erbil. Eh bien, l’ISIS a lancé une offensive brutale contre ce camp, ce qui a obligé la milice kurde à l’évacuer (cette fois en bon ordre). L’ISIS s’est emparé de toutes les villes environnantes, mais l’alliance des peshmergas [nom donné aux combattants kurdes d’Irak] et des deux milices liés au PKK-KCK, les Yekîneyên Parastinê Gel (les Unité de défense du peuple, YPG) de Syrie et les Hêzên Parastina Gel (les Forces de défense du peuple, HPG) de Turquie ont empêché que Maxmur tombe aux mains des djihadistes. Par contre, les intégristes se sont emparés et contrôlent des zones comme Zemar, localité qu’ils ont pris aux Kurdes au nord-ouest de Mossoul, le camp de Tamarat al-Kabir et les villages d’Al Hanka, Bardia, Ein al Fars, Nazra , Tel Muz, Kerfer et Dumiz, les champs de pétrole de l’Ain Zala et Batma, limitrophes du Kurdistan. Au total, ils se sont emparés de sept champs pétroliers et de deux raffineries.

Là où elles sont arrivées (montagnes de Sinjar, Maxmur), les milices kurdes de Syrie et de Turquie, ont aidé à mettre en place des unités d’autodéfense locales (Şengal’s Resistance Units) parmi les fugitifs et les habitants yézidis de la région de Sinjar, avec la formation d’un premier contingent de 700 volontaires le 6 août et la création d’un commandement militaire conjoint pour la région considérée.

La guérilla kurde de Turquie, HPG, arrive à Sinjar en apportant de l’aide humanitaire

L’apparition des milices HPG et YPG a été providentielle. Considéré comme des adversaires par le gouvernement irakien kurde de Massoud Barzani, ce dernier a dû accepter leur implication. Les Kurdes de Syrie des YPG ont organisé une opération de grande envergure pour sauver des personnes yézidies dans les montagnes de Sinjar en apportant des vivres et de l’eau et en créant un corridor humanitaire. De son côté, les HPG, la branche armée du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Turquie, a envoyé ses colonnes de combattants à Maxmur où elles ont joué un rôle crucial pour éviter une nouvelle défaite.

La milice kurde de Syrie ouvre un couloir humanitaire et apporte des vivres et de l’eau aux fugitifs de Sinjar

Le 8 août, les États-Unis ont commencé à lancer des vivres à 40.000 fugitifs de Sinjar, mais beaucoup n’ont pas atteint leur destination par manque de gestion terrestre de l’opération que Barack Obama a refusé d’autoriser. Pendant ce temps, l’aviation américaine a lancé deux frappes aériennes dites chirurgicales assurant avoir tué une centaine de membres de l’ISIS, ce qui n’a pas été confirmé.

Le 9 août, des unités combattantes du PKK (HPG et YJA Star) ont fait leur entrée dans la grande ville de Kirkouk, en provenance de leurs refuges des montagnes de Qandill. Ils et elles ont fraternisé avec les peshmergas de l’UPK (Union patriotique du Kurdistan, second parti du Kurdistan irakien) déployés dans la grande métropole revendiquée par les Kurdes.

Le 10 août, le Commandement des forces de défense conjointe (YPG-HPG-Unités de résistance de Sinjar) annoncent que « notre peuple a trouvé refuge dans les montagnes face aux attaques inhumaines. Dès le début, nous avons défendu notre peuple dans les collines.
Maintenant, la montagne de Sinjar et tous les villages situés sur les pentes et dans les contreforts sont sous le contrôle des Forces de défense conjointes de la région de Sinjar. Nous sommes en train de défendre cette région. Tous nos gens qui se trouvent dans les montagnes de Sinjar sont maintenant en sécurité ». Le même jour, les unités de la résistance conjointe de Maxmur auraient commencé à reprendre l’offensive contre les djihadistes en s’emparant victorieusement d’un premier village, Giyera (Guwer), en direction d’Erbil, après avoir repris la ville de Maxmur.

Le corridor créé par les milicien-ne-s kurdes et sécurisé sur une longueur de 10 km en direction du Kurdistan syrien (sous contrôle des YPG) et la ville de Duhok (Kurdistan irakien, proche de la frontière turque), serait maintenant en place et entre 5 et 10.000 fugitifs seraient en cours d’évacuation. Selon des sources sur place, il resterait encore au moins 40.000 personnes en fuite dans la montagne à sauver/évacuer.

Tous les yézidis ne fuient pas. Même les anciens ont pris les armes

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[*] Sur les Yézidis, on peut se reporter utilement à cet article : Les yézidis du Sinjar, oubliés du chaos irakien, Orient XXI

Sources : Kurdiscat (Comitè català de solidaritat amb Kurdistan) et agences d’informations kurdes (Anha-hawarnews, Firatnews, DIHA-Dicle News Agency…)


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